Kyriákos Mitsotákis (en ), né le à Athènes, est un homme d'État grec. Président du parti conservateur Nouvelle Démocratie (ND) depuis 2016, il est Premier ministre du au et depuis le .
Fils de l'ancien Premier ministre Konstantínos Mitsotákis, il effectue une partie de ses études puis de sa carrière professionnelle à l'étranger, avant de suivre les pas de son père en politique. Député depuis , il est ministre de la Réforme administrative et de la Gouvernance électronique de à , dans le gouvernement d'Antónis Samarás.
En 2016, il est élu à la présidence de la Nouvelle Démocratie et devient ainsi le chef de l'opposition officielle. Trois ans plus tard, il devient Premier ministre après la victoire des conservateurs aux élections législatives. Son mandat à la tête du gouvernement grec est marqué par la reprise économique, mais aussi par un certain nombre de scandales.
Vainqueur des élections législatives de mai 2023, il échoue à obtenir une majorité absolue pour son parti et démissionne afin de provoquer la dissolution du Parlement. De nouvelles élections anticipées et organisées le mois suivant, sont à nouveau remportées largement par les conservateurs, qui obtiennent cette fois la majorité absolue.
Situation personnelle Famille et études Né à Athènes, Kyriákos Mitsotákis est le quatrième enfant de Konstantínos Mitsotákis, Premier ministre de Grèce de 1990 à 1993, et de Marika Giannoukou. Par son père, il est apparenté au « fondateur de la Grèce moderne », Elefthérios Venizélos.
Sa sœur aînée Dóra Bakoyánni suit les traces de leur père en politique, jusqu'à devenir maire d'Athènes puis ministre. Le fils de Dóra et neveu de Kyriákos, Kóstas Bakoyánnis, entretient le rapport familial à la politique en étant, à son tour, élu maire de la capitale en 2019 . . ..
Lorsque Kyriákos Mitsotákis naît, sa famille est placée en résidence surveillée par la junte militaire au pouvoir. Alors qu'il n'est âgé que de six mois, ses parents choisissent de quitter la Grèce pour s'exiler à Paris, en France ; la famille Mitsotákis ne revient à Athènes qu'après le rétablissement de la démocratie, en 1974.
Ses études ont une dimension internationale : en 1986, il sort diplômé de l'Athens College, un établissement privé de la capitale grecque prisé des élites institutionnelles, économiques et politiques du pays. Dès lors, il poursuit ses études supérieures aux États-Unis, à l'université Harvard, où il étudie les sciences sociales. Entre 1992 et 1993, il y suit des cours de relations internationales à l'université Stanford, où il obtient une maîtrise. Enfin, de 1993 à 1995, il complète son cursus universitaire par un séjour à la Harvard Business School, sanctionné par une maîtrise en administration des affaires (MBA) « Kyriakos Mitsotakis. President of Nea Demokratia, Hellenic Parliament », notice biographique, Concordia..
En 1997, il épouse Mareva Grabowski, une vedette des médias d'ascendance polonaise. Trois enfants naissent de ce mariage. En 2012, elle crée la marque de luxe Zeus+Dione..
Kyriákos Mitsotákis parle grec, anglais, français et allemand ..
Carrière professionnelle Entre 1990 et 1991, Kyriákos Mitsotákis travaille comme analyste financier pour la division consacrée à la finance d'entreprise de la section londonienne de la Chase Manhattan Bank. Il n'y travaille que quelques mois durant, retournant en Grèce pour s'acquitter de son service national, qu'il effectue au sein de la Force aérienne grecque. À partir de 1995, il reprend ses activités internationales en travaillant pour la société de conseil McKinsey & Company. ; il se voit confier des missions touchant aux secteurs des télécommunications et des services financiers. Deux ans plus tard, il entame une collaboration avec la société Alpha Ventures, une filiale de l'Alpha Bank, qui fait de lui son responsable des investissements.
En 1999, Kyriákos Mitsotákis fonde NBG Venture Capital, rattachée à la Banque nationale de Grèce, dont il est le directeur général jusqu'en 2003, date à laquelle il quitte cette fonction pour entrer en politique et préparer sa candidature aux prochaines élections législatives.
Parcours politique Député d'Athènes et ministre Kyriákos Mitsotákis entre en politique peu avant les élections législatives de 2000, lorsqu'il travaille pour la campagne de la Nouvelle Démocratie ; le parti de droite est toutefois battu par le Mouvement socialiste panhellénique. Quatre ans plus tard, cette fois-ci candidat aux élections législatives, Kyriákos Mitsotákis est largement élu député de la deuxième circonscription d'Athènes. Sa trajectoire est toutefois relativement discrète, à l'inverse de celle de sa sœur, Dóra Bakoyánni, considérée pour sa part comme une figure montante de la droite grecque.
Kyriákos Mitsotákis acquiert réellement une notoriété lorsqu'il se voit confier, le , son premier portefeuille ministériel ; à l'occasion d'un remaniement, le Premier ministre conservateur Antónis Samarás le nomme ministre des Réformes administratives et de l'Administration électronique. À cette fonction, il met en œuvre la continuité d'une rigoureuse politique de réformes, conduisant une réorganisation fonctionnelle des institutions de l'État ; il encourage, par ailleurs, une réduction drastique du personnel et des compétences de la fonction publique ainsi qu'une refonte structurelle de l'administration fiscale.
La victoire de SYRIZA aux élections législatives de janvier 2015 le conduit à quitter ses fonctions gouvernementales. Il se consacre pleinement à son mandat parlementaire. Désigné représentant de la Nouvelle Démocratie au Parlement, il critique sévèrement la conduite du nouveau gouvernement de gauche radicale, s'en prenant particulièrement au ministre des Finances Yánis Varoufákis qu'il accuse de compromettre la position du pays face à ses partenaires européens « Varoufakis undermining Greek negotiations, says Mitsotakis », I Kathimeriní, ..
Président de Nouvelle Démocratie et chef de l'opposition Élection à la tête de Nouvelle Démocratie Aux élections législatives de , Kyriákos Mitsotákis est élu député sur la liste de la Nouvelle Démocratie dans la deuxième circonscription d'Athènes. Il est désigné représentant parlementaire de Nouvelle Démocratie pour la XVIe législature « Σαμαράς: Ανασύνταξη της ΝΔ και συγκρότηση πολιτικού συμβουλίου », Protothema, 29 janvier 2015.. Il devient président du parti conservateur Nouvelle Démocratie le , à l'issue de l'élection interne de 2015-2016, et du même coup chef de l'opposition officielle. Il choisit comme vice-président Ádonis Georgiádis, ancien membre de LAOS. Míkis Vorídis, également issu de LAOS et ayant dirigé un groupe de jeunesse nostalgique de la dictature des colonels, fait aussi partie de son cabinet.. Le journaliste Dimitris Psarras, spécialiste de l'extrême droite grecque, note ainsi que « sous Mitsotakis, Nouvelle Démocratie n'est plus un parti de droite européen classique » et a « des liens forts avec l'extrême droite. »
Élections européennes de 2019 En vue des élections européennes de , Kyriákos Mitsotákis mène campagne sur des thématiques nationalistes, fustigeant entre autres l'accord de Prespa sur le nom de la Macédoine et critiquant les politiques d'accueil des exilés. Son parti arrive en tête du scrutin (33,1 % des voix), étant notamment parvenu à reprendre des voix à Aube dorée..
Élections législatives de 2019 Crédité de 39,8 % des suffrages aux élections législatives anticipées de , Kyriákos Mitsotákis remporte une nette victoire.. Durant la campagne, il promet de baisser la TVA, les impôts sur les bénéfices des entreprises., l'accélération des privatisations, l'externalisation de certains services publics et la mise en place d'un programme d'« évaluation » des fonctionnaires..
Premier mandat de Premier ministre Formation du gouvernement Le , au lendemain du scrutin législatif, Kyriákos Mitsotákis est nommé Premier ministre par le président de la République, Prokópis Pavlópoulos.. Son gouvernement prend ses fonctions le lendemain.. À la différence de son prédécesseur Alexis Tsipras, il choisit de prêter serment sur la Bible plutôt que sur la Constitution.
Le secrétariat général chargé de l'intégration des Roms est supprimé et celui de l'égalité des genres voit réduire son champ d'action, suscitant les critiques des mouvements féministes qui déplorent par ailleurs la nomination de seulement cinq femmes au sein du nouveau gouvernement.
La nomination de personnalités issues de la mouvance néo-fasciste à la tête de ministères a été froidement accueillie à l'étranger et par la communauté juive de Grèce. Israël a ainsi annoncé qu'il ne coopérerait pas avec le ministre de l'Agriculture, Mavroudís Vorídis.. « Kyriakos Mitsotakis est arrivé au pouvoir en contentant les différentes tendances à droite : les conservateurs traditionnels, les ultralibéraux et l'aile droite autoritaire et xénophobe. Cet équilibre maîtrisé est perceptible dès les premiers jours au pouvoir de son gouvernement », estime Filippa Chatzistavrou, chercheuse en science politique à la Fondation hellénique pour la politique étrangère et européenne. Il fait entrer dans son gouvernement trois autres personnalités d'extrême droite le , ce qui fait à nouveau polémique. Le nouveau ministre de la santé, Thános Plévris, s'était illustré par le passé par des propos ouvertement antisémites..
Réformes économiques Au mois d', une réforme du droit du travail est adoptée. Elle prévoit la possibilité pour un employeur de licencier ses salariés sans avoir à motiver sa décision, ni à prévenir préalablement les personnes concernées.. La brigade antifraude de l'administration fiscale est supprimée, et ses employés intégrés au ministère des Finances, ce qui pourrait réduire leur marge de manœuvre..
Kyriákos Mitsotákis lance à partir de 2019 une vague de privatisations, dont notamment celles d'infrastructures touristiques, de terres côtières, et des parts détenus par l'État dans les entreprises de gaz et d'électricité et de l'aéroport d'AthènesEurope. En Grèce, le tombeur de Tsipras privatise à tout-va, L'Humanité, 6 novembre 2019. D'autre part, une réforme fiscale visant à faire du pays « une terre d’accueil pour les milliardaires et les citoyens les plus fortunés », relève le Financial Times, est mise sur pied. Il s'agit d'attirer les investissements en proposant de faibles taux d'imposition. Une clause protégera les bénéficiaires de cette politique fiscale contre les éventuels changements de politique mis en place par de futurs gouvernementsLa Grèce va-t-elle devenir le paradis des milliardaires ?, Capital, 7 décembre 2019. Le premier ministre annonce aussi une baisse de la taxe foncière de 22 % en moyenne. L'allégement de cet impôt est surtout bénéfique aux plus grands propriétaires.
Le « grand projet de loi sur la croissance », adopté durant l'été 2020, prévoit la restriction du droit de grève et la suppression des conventions collectives, qui avaient déjà été suspendues en 2012 à la demande de la troïka puis rétablies par le gouvernement Tsipras.
En , dans un contexte de hausse de l'inflation (près de 10 % sur un an) et de mobilisation des syndicats, le gouvernement augmente le salaire minimum à 713 euros brut par mois, soit une hausse de 50 euros, et revalorise certaines aides sociales. Cette annonce est accueillie favorablement par le patronat, qui y voit un moyen de relancer la croissance économique, mais avec réserves par les syndicats et partis de gauche, qui la jugent insuffisante. En 2022, près de 60 % des salariés déclarent avoir réduit leur consommation de produits alimentaires de base en raison de la hausse des prix, tandis que 74 % disent avoir diminué leur consommation de chauffage ou d'électricité.
Immigration Les priorités du gouvernement en matière d'immigration sont de « renforcer la protection des frontières grecques et européennes » et d'être plus strict sur l'octroi de l'asile en Grèce pour faciliter les expulsions vers la Turquie.