Kanishka , ou Kaniška, est le souverain le plus connu de l'Empire kouchan au début de notre ère. Il a régné environ deux décennies et les dates de son règne sont incertaines donc discutées. Fils de Vima Kadphisès, c'est un grand conquérant et un sage administrateur. Sous son règne, l'empire s'étend de l'Asie centrale à l'État de Bénarès, sur ce qui est aujourd'hui l'ouest du Xinjiang, le Tadjikistan, l'Afghanistan, le Pakistan et Inde du nord-ouest. Il porte à la fois le titre chinois de « Fils du Ciel », iranien de « Roi des Rois » et indien de « maharaja » (« grand roi »). Sa capitale est Purushapura.
Si les textes bouddhiques font de Kanishka celui qui a favorisé l'expansion du bouddhisme, aujourd'hui il y a tout lieu de penser que les bouddhistes se sont approprié ultérieurement cette image de Kanishka en protecteur de leur foi, mais on peut légitimement en douter. C'est toutefois sous son règne que l'on assiste à cette expansion dans son empire, et surtout au Gandhara. Aussi le Bouddha, autrefois représenté sous forme symbolique, prit très rapidement de nombreuses formes dans un syncrétisme culturel singulier, dont l'un des volets est l'art serindien.
Les talibans ont détruit en 2000 une statue de Kanishka, pièce unique du musée de KaboulVoir l'état du musée de Kaboul après la guerre civile, les pillages et les martelages et autres dégradations effectuées par les talibans (on voit ce qui reste, hélas, de la statue de Kanishka et aussi de la plaque de l'inscription de Surkh Kotal) : .
L'Empereur Huvishka lui succède.
Une chronologie controversée thumb|Statue de Kanishka I. Grès, H. 1,85 m. Tumulus d'Etokri, avec inscription en brahmi. Musée de Mathura. Les dates du règne de Kaniska sont l'objet d'incertitudes dont l'amplitude atteint 147 ans, et toutes les autres dates des kushâna se calent sur cette large approximationGilles Béguin, ancien conservateur au Musée Guimet et au Musée Cernuschi, et auteur de L'art bouddhique, CNRS éditions 2009, indique (p. 206) en 2009 que « Les dates de ce souverain restent discutées. Son avènement qui marque le début d'un nouveau comput, est situé par certains archéologues en 78 et par d'autres en 144 », tandis que Robert Göbl, qui s’appuyait sur des études numismatiques pour faire valoir que l’empire kushâna ne s’est effondré qu’en 325, considérait 225 comme l’an un de Kanishka.. En 2002, les dates du début de son ère allaient, selon Gérard Fussman, de l'an 78, début de l'ère indienne dite shaka, à l'an 127Gérard Fussman, 2002.. En 2010 Jacques GièsJacques Giès fut, de 2008 à 2011, président du Musée national des arts asiatiques - Guimet indiquait, en se référant à l'inscription découverte à Rabatak, en Bactriane afghane, que « le règne semblerait se situer vers le ». Gérard Fussman, professeur au Collège de France et spécialiste des langues anciennes de cette région, en introduction à la relecture de cette inscription de Rabatak, au colloque de Termez en 1997, précisait que cette inscription « ne change rien aux données de la chronologie kouchane… Si rien n'impose de placer l'an 1 de Kanishka en 78 de notre ère, rien non plus ne s'y oppose ». Et cette affirmation est réitérée en fin d'article : . Et ci-dessous : Lien externe : Gérard Fussman, 2002.. Les dates suivantes ont été proposées par d'autres spécialistes mais sont à considérer avec réserve. Soit : 127 - 147 environ, soit 129 - 155 qui ne fait aucune réserve sur les dates qu'il propose, comme si l'affaire était entendue, alors qu'elle n'est toujours pas claire pour Jacques Gies en 2010..
La chronologie de la dynastie kushâna est donc encore, en 2015, controversée : selon l’ère des Shaka (utilisée dans le calendrier national indien, elle commence le 21 mars 78 du calendrier grégorien), l’an 1 du règne de Kanishka serait 78 de notre ère. L’orientaliste français Roman Ghirshman retenait la date de l’an 144, car il pensait que la dynastie kushane fut renversée par le premier roi sassanide en 241. La découverte d'une inscription dans les années 1990 a permis de réduire la marge d'incertitude à 49 ans, situant l'an 1 de Kanishka entre 78 et 127 de notre ère. Mais une inscription à Rabatak, en Bactriane Afghane, permettrait à Jacques Giès de penser que « le règne de Kanishka semblerait se situer vers le ». Et celui-ci d'ajouter que « mathématiquement cela renverrait aux périodes postérieures l'épanouissement du style « classique » du Gandhara » en fonction des inscriptions datées sur les statues. Cet apogée se situe alors à la période kouchano-sassanide, « si l'on admet du moins la référence kouchane comme seule option possible. »
L'inscription de Rabatak thumb|left|L'inscription de Rabatak. L'inscription de Rabatak (Afghanistan du Nord, province de Baghlan, dans la Bactriane de l'empire kouchan) est un texte célèbre, rédigé en bactrien« Le bactrien est une langue nouvellement découverte dont l'interprétation est en grande partie étymologique, donc douteuse » : Gérard Fussman , découvert en mars 1993, qui ne date pas de l'an 1 de Kanishka et n'émane pas de Kanishka non plus, mais d'un dignitaireGérard Fussman .. Les ruines de Rabatak se trouvent en pays montagneux et ont l'apparence d'une forteresse dominant un col, semblable en cela aux ruines de Surkh Kotal.
La pierre de calcaire (90 x 50 x 25 cm.) n'est plus connue que par des photographies. Deux interprétations de Sims-Williams 1996 et 98Sims-Williams, Nicholas and Cribb, Joe 1996, "A New Bactrian Inscription of Kanishka the Great", Silk Road Art and Archaeology, volume 4, 1995-6, Kamakura, pp. 75–142. ont été construites sur l'étude de ces documents photographiques, et Gérard Fussman en 1997. Le reste de cette partie est fondé sur cette référence. a construit une autre interprétation sur la base des propositions de Sims-Williams. Le texte est probablement suivi d'une partie manquante, il pourrait être précédé d'une autre partie manquante, et il est très largement effacé dans sa partie gauche. Le déchiffrement est donc très incertain. Le texte évoquerait, sur ordre de Kanishka, la construction d'un temple et l'installation, dans ce temple, des images (des sculptures ?) de dieux (apparemment dans l'ordre hiérarchique) : deux déesses NanaNana déesse « iranienne » : , et et Omma (Uma ?, la compagne de Shiva), et d'autres dieux tous iraniens : (Athso ? ou Ahura ?) Mazda, probablement Sroshardo, Narasa, Mithra, enfin deux dieux indiens ont été ajoutés (plus tard ?) à cette liste : peut-être Mahasena / Shiva et Visakha / Skanda. Les images de Kanishka (qui a obtenu la royauté de Nana et de tous les autres dieux) et les images de son père, de son grand-père et de son arrière-grand-père y seront installées. Le texte se termine par une prière où le rédacteur de l'inscription s'adresse à ces dieux afin qu'ils assurent un règne long et prospère à Kanishka.
Une inscription à la gloire de Kanishka La mention du titre royal ou impérial n'apparait pas : comme on peut aussi le constater dans les inscriptions de Surkh Kotal cela n'était pas nécessaireGérard Fussman . En revanche la rupture nette avec le passé est marquée par l'institution de l'an 1 (ligne 3). Cet acte imposait à tout l'empire la création d'une ère unique, remplaçant toutes les ères antérieures. Un tel acte d'autorité impériale était sans précédent en territoire indien et ne se reproduisit jamais plus, ce qui justifierait l'identification de cette date mémorable avec l'ère Saka. Cette rupture est associée à un autre acte de très grande importance pour la région : le bactrien, en tant qu'écriture et en tant que langue officielle a définitivement chassé le grec des territoires iraniens au Nord de l'Hindou Kouch (un équivalent du remplacement du persan par l'anglais dans l'Inde britannique). Enfin le texte montre la volonté de Kanishka d'exercer son pouvoir sur l'Inde : le terme choisi n'évoque pas le Sind mais bien toute la plaine indo-gangétique. De même la liste des villes indiennes qui sont précisément choisies pour évoquer l'Inde : Ujjain, Saketa (Ayodhya), Kosambi, Pataliputra et Campa.
Kanishka et le bouddhisme thumb|Une pièce de Kanishka montrant le Bouddha (ΒΟΔΔΟ). Les textes bouddhiques dépeignent Kanishka comme favorisant l'expansion du bouddhisme, mais on peut légitimement en douter, même si c'est effectivement sous son règne que cette expansion s'est déroulée dans son empire, notamment au Gandhara, et plutôt en milieu rural (on ne retrouve quasiment aucune trace de sa présence dans les cités). Cet essor va de pair avec le premier apogée de l'art autrefois nommé « art gréco-bouddhique » du Gandhara (géographique) et des régions qui en partagent la culture. Aujourd'hui cet art est considéré comme résultant d'un syncrétisme culturel bien plus complexe. Le Bouddha, avant notre ère, n'est « représenté » qu'en Inde et uniquement sous forme symbolique : Dharmachakra, empreintes des pieds, stupas. À l'époque des dynasties Sakas, il avait pris ponctuellement la forme de Zeus, sur une médaille. Sur une monnaie de Kanishka il avait pris sa forme « classique », celle d'un moine debout, de face. Forme que l'on retrouve sur le célèbre reliquaire de Bimaran, du British Museum, découvert dans la région de Jalalabad, en Afghanistan oriental. Dans ce contexte, il semblerait que « la » première image de Bouddha ait été créée dans les premiers temps du règne de Kanishka. À ce moment on constate une floraison de formes différentes et une fusion des styles et des éléments culturels provenant aussi bien de l'Inde (Cachemire), du monde grec et iranien et du monde des steppes (par les Yuezhi dont sont issus les Kouchans). Son règne aurait donc permis ce phénomène de syncrétisme, sur un fond d'intense activité religieuse, la bhakti populaire et la réflexion philosophique de l'élite des communautés bouddhiques et du bouddhisme mahāyāna naissant.
Si Kanishka est considéré comme un protecteur du bouddhisme, il honore ou pratique cependant d’autres religions, comme le zoroastrisme, le mithraïsme et la religion grecque. Pour régler les controverses entre les différentes écoles bouddhistes, Kanishka convoqua un grand concile bouddhique à Kunnavala Vihara au Cachemire. Le Mahāyāna (« grand véhicule », où « véhicule » signifie « moyen de progresser »), déjà pratiqué à côté du bouddhisme hīnayāna au moins depuis avant notre ère, y fut adopté comme canon dans l'empireCi-dessous, en lien externe : Gérard Fussman, cours au Collège de France 2011 : cours des 10 et 17 mai. Dans ce cours : Le bouddhisme Mahasanghika, implanté à Bâmiyân, à Mathura et à Termez (Bactriane), aurait servi d'intermédiaire entre ces deux autres courants du bouddhisme..
Statuaire bouddhique sous Kanishka Plusieurs statues bouddhiques sont datées du règne de Kanishka (notamment des Bodhisattvas dérivés de l'art de Mathura), ou bien datées de l'ère Yavana, commençant en 186 av.J-C (pour plusieurs statues du Gandhara). Statuaire datée du règne de Kanishka
Numismatique
Arts
Références
Bibliographie
Gérard Fussman : cours au Collège de France 2010-2011, Le Gandhāra, terre de passage, d’échanges et de création cours 2010-2011 sur : .
. Avec la collaboration de Vincent Fourniau. Actes du colloque de Termez 1997. (Nombreux auteurs, dont Gérard Fussman « L'inscription de Rabatak. La Bactriane et les Kouchans » )
Voir aussi Surkh Kotal Royaume indo-parthe
Liens externes Gérard Fussman, « Une étape décisive dans l'étude des monnaies kouchanes » site : Persée / Revue numismatique Année 1986 Volume 6 Numéro 28 pp. 145-173. Où se trouve avancée la question de la chronologie : 78 de notre ère, année 1 du règne de Kanishka I. Page 163, note 29. Gérard Fussman, Cours au Collège de France, en particulier 2011 : « Le Gandhara, terre de passage, d'échanges et de création ».
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