La révolution allemande est une période de l'histoire de l'Allemagne correspondant à la fin de l'Empire allemand. Amorcée en par des mutineries, la formation de conseils de soldats puis de conseils ouvriers, elle voit le remplacement de l'Empire par la République, épisode appelé la « révolution de Novembre » et la signature de l'armistice du 11 novembre 1918.

Le mouvement socialiste allemand est divisé entre les modérés, désireux d'éviter une révolution violente, et les radicaux, partisans d'une dans la foulée de la révolution d'Octobre en Russie, notamment les spartakistes qui forment alors le Parti communiste d'Allemagne.

Cette période confuse s'est soldée par l'écrasement violent des soulèvements et tentatives communistes comme la révolte spartakiste à Berlin et la république des conseils de Bavière. Les institutions du pays se stabilisent le lors de l'adoption de la constitution de Weimar, première constitution démocratique appliquée dans l’histoire allemande. L'Allemagne de Weimar demeure cependant marquée par l'instabilité sociale et politique : elle connaît par la suite de nombreux soulèvements, soit par des révolutionnaires qui veulent aller plus loin, notamment par le transfert du pouvoir aux conseils ouvriers (en 1920 avec le soulèvement de la Ruhr, en avec l'action de Mars, ainsi que lors de la tentative d'octobre 1923), soit par la droite et l'extrême droite antirépublicaine qui s'oppose à la révolution (en avec le putsch de Kapp, puis en 1923 avec le putsch de la Brasserie).

Contexte À la veille de la Première Guerre mondiale, l'Empire allemand est un pays encore mal unifié, dominé par la Prusse qui lui a légué ses traditions aristocratiques et militaires. La démocratisation du pays est de surcroît très incomplète. Si le Reichstag est élu au suffrage universel masculin, les votes au parlement prussien (divisé entre Chambre des représentants et Chambre des seigneurs) se font encore par classe. L'Empereur ne tient en outre compte des votes du Reichstag que lorsqu'ils sont conformes à ses propres objectifs. Face à l'immobilisme politique, l'opposition se renforce et, aux élections de 1912, remporte la majorité face au bloc gouvernemental. Le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) devient le premier parti du Reichstag ; le mouvement syndical progresse également et l'Allemagne compte, en 1914, quatre millions de syndiqués - dont deux millions et demi pour les syndicats liés au SPD - contre un million en France. Mais si la social-démocratie allemande gagne en influence au début du , elle ne cesse parallèlement de se modérer sur le plan doctrinal et, sous la double influence d'Eduard Bernstein et de Carl Legien, abandonne progressivement ses ambitions révolutionnaires au profit du réformisme.

Au moment du déclenchement du conflit, le SPD, présidé par Hugo Haase et Friedrich Ebert, soutient l'effort de guerre du gouvernement impérial et vote les crédits de guerre, malgré la présence en son sein d'une opposition. Mais dès l'automne, la gauche du parti, qui n'avait accepté ce vote qu'à contrecœur, s'organise. Autour de Karl Liebknecht, plusieurs dirigeants sociaux-démocrates comme Rosa Luxemburg, Clara Zetkin et Franz Mehring, entament la lutte contre la politique d'union sacrée suivie par Ebert. Un courant plus modéré, dont fait partie Hugo Haase, s'organise également.

Le , des milliers d'ouvriers et de jeunes manifestent contre la guerre sur la Potsdamer Platz, à Berlin. Karl Liebknecht leur parle, mais est arrêté par la police. Le , jour d'ouverture de son procès, des usines de guerre se mettent en grève et des manifestations se déroulent pour le soutenir. Liebknecht est néanmoins condamné à 4 ans et demi de prison.

En , le SPD exclut en bloc tous ses contestataires, qui forment alors le Parti social-démocrate indépendant d'Allemagne (USPD). La ligne suivie par Ebert demeure cependant majoritaire au sein du mouvement social-démocrate.

Si la gauche est divisée par le conflit, les soutiens traditionnels de la politique impériale le sont également : en 1917, le gouvernement est confronté à la défection d'une partie des élus des partis du parlement, notamment des Progressistes, des Nationaux-libéraux et de l'aile gauche du Zentrum qui, en 1917, s'opposent désormais à une guerre interminable.

Le , à la suite d'un nouveau rationnement du pain, un mouvement de grève paralyse des centaines d'entreprises à Berlin et Leipzig. L'autorité militaire arrête les dirigeants grévistes et force la reprise du travail.

En , des marins de la Marine de guerre (Kaiserliche Marine), organisés en groupes socialistes clandestins, paralysent des navires de guerre : grève de la faim sur le (), sortie à terre sans permission de l'équipage du () et sortie à terre sans permission de l'équipage du SMS Prinzregent Luitpold (). Mais ces mouvements sont réprimés, et deux marins sont condamnés à mort et fusillés le .

Grèves de janvier 1918

En 1918, la situation de l'Empire allemand est critique sur les plans militaire et économique. Soumise à un blocus par les pays de la Triple-Entente, l'Allemagne connaît une grave inflation, qui entraîne des situations de misère et de pénurie. L'entrée en guerre des États-Unis aggrave singulièrement le contexte militaire et le mécontentement est général au sein des troupes de l'Armée impériale allemande. Le débute une grève générale des ouvriers allemands pour « la conclusion rapide d’une paix sans annexion », pour la levée de l’état de siège (en place depuis le début de la guerre), pour la libération des prisonniers politiques, et pour la démocratisation des institutions.

Commencée dans l'agglomération de Berlin où arrêtent le travail à l'instigation de certains comme , et sans la participation des centrales syndicales, la grève s'étend en l'espace de quelques jours à de nombreuses villes allemandes comme Kiel, Hambourg, Cologne et Bochum. Friedrich Ebert, Philipp Scheidemann et Otto Braun, membres du SPD, se font élire au comité de grève pour mettre fin le plus rapidement possible au soulèvement, et obtiennent gain de cause le . L'Empire allemand évite ainsi une situation catastrophique, le mouvement de grève dans l'industrie métallurgique ayant représenté une grave menace pour son potentiel militaire.

Les autorités impériales réagissent en arrêtant en grand nombre les grévistes actifs, ou en les incorporant dans l'armée ; le mécontentement ne se limite cependant pas à la classe ouvrière et aux soldats, et gagne largement les classes moyennes. Constatant le discrédit des pouvoirs établis, Friedrich Ebert préconise auprès de ses camarades du SPD de s'entendre avec les partis bourgeois et d'imposer les revendications social-démocrates par la voie réformiste, pour éviter en Allemagne une situation révolutionnaire comparable à celle de la Russie. Pour Ebert, la seule issue pour éviter une révolution qui déraperait vers la guerre civile est la constitution d'un gouvernement de coalition fondé sur un et permettant des réformes pacifiques.

Révolution de Novembre et chute du régime impérial vignette|redresse|gauche|L'empereur Guillaume II est contraint d'abdiquer devant le soulèvement populaire. vignette|« Activités ennemies - Révolte en Allemagne - Soldats allemands révolutionnaires gardant le pont de Strasbourg », fiche du War Department américain, 1917-1919. Les autorités impériales, quant à elles, envisagent un train de réformes qui permettrait, selon l'expression du secrétaire d’État aux affaires étrangères Paul von Hintze, d'appliquer une afin de prévenir une .

À la fin septembre, le commandement de l'armée, qui considère la capitulation comme inévitable, convainc l'empereur Guillaume II de changer de chancelier et d'adopter un régime parlementaire, les sociaux-démocrates devant être invités à participer au gouvernement pour faire accepter la défaite au peuple et être obligés d'endosser la responsabilité de la reddition. Le , pour remplacer le chancelier Georg von Hertling démissionnaire, Guillaume II nomme à la tête du gouvernement son cousin le prince Max de Bade, en espérant qu'il pourra obtenir de la part des Alliés des conditions d'armistice acceptables. Le cabinet compte des représentants de divers partis, dont les sociaux-démocrates qui accèdent pour la première fois à des responsabilités ministérielles. À l'extrême-droite, la Ligue pangermaniste proteste vivement contre la démocratie et l'influence supposée des Juifs. Le , après sa prise de fonctions, le nouveau chancelier fait transmettre une demande d'armistice à Woodrow Wilson : les États-Unis répondent en refusant de traiter avec Guillaume II, dont l'abdication est préalable à toute négociation.

Le , la constitution impériale est modifiée : cet évènement, qui marque le passage officiel à un régime parlementaire, prend le nom de Réformes d'Octobre. Le chancelier dépend désormais de la confiance du Reichstag et exerce des responsabilités accrues, tandis que le pouvoir de l'empereur est constitutionnellement limité. L'accord du Reichstag devient en outre nécessaire pour déclarer la guerre ou conclure la paix. Dans le même temps, le pouvoir militaire s'efface : Ludendorff, général en chef des armées, démissionne sous un prétexte mineur. Avec l'accord du maréchal Hindenburg, le nouveau quartier-maître général Wilhelm Groener déclare que l'armée se tiendra à l'écart de toute négociation d'armistice.

D'emblée, le nouveau régime se trouve confronté à une situation de type insurrectionnel : le , les marins des navires de guerre de la base de Kiel refusent d'appareiller pour se lancer dans une opération que leur hiérarchie entendait mener . S'ensuivent les mutineries de Kiel qui marquent l'un des points de départ du processus révolutionnaire en Allemagne. Le secrétaire d'état Conrad Haußmann et le rapporteur des affaires maritimes du SPD Gustav Noske sont envoyés pour parlementer avec les matelots. Bien que Noske, accueilli avec enthousiasme et porté à la présidence du conseil d'ouvriers et de marins, parvienne à calmer les marins en leur promettant une amnistie, le mouvement s'étend et, outre Kiel, contrôle le Lübeck, Brunsbüttel, Hambourg, Brême et Cuxhaven. En gagnant en importance, le mouvement prend un caractère plus politique : à Stuttgart, le , un conseil ouvrier, constitué après une grève générale, se déclare prêt à signer la paix au nom du Wurtemberg et réclame l'abdication de Guillaume II. À Munich, le , Kurt Eisner, membre de l'USPD, prend la parole lors d'un défilé du SPD et appelle la foule à prendre le contrôle de la ville : les points stratégiques de Munich sont rapidement pris sans rencontrer de résistance de la part de la troupe. Le lendemain, le conseil d'ouvriers, de paysans et de soldats constitué lors de l'insurrection porte à sa présidence Kurt Eisner qui proclame la . Le roi de Bavière Louis III et la famille Wittelsbach prennent la fuite. Le même jour, Dresde et Leipzig se soulèvent et chassent le roi de Saxe Frédéric-Auguste III. À mesure que la révolte s'étend, elle prend de plus en plus nettement pour cible les familles régnantes et le régime monarchiste. Les insurrections sont prises en main par les dirigeants locaux du SPD, quelquefois de l'USPD et des spartakistes. Un conseil de soldats est créé à Metz. Guillaume II, qui se trouve au quartier général de Spa en Belgique, refuse dans un premier temps de reconnaître la situation : durant dix jours, il croit possible de mettre un terme au mouvement révolutionnaire en faisant marcher l'armée contre les insurgésJohn Keegan, La Première Guerre mondiale, Perrin, 2003, p. 507-510.

vignette|La République allemande est proclamée par Philipp Scheidemann (membre du SPD), photographie publiée le 24 novembre 1918 dans le Berliner Illustrirte Zeitung, auteur : Erich Greiser (1883–1939).|314x314px