Le comte Robert de Montesquiou, né à Paris le Archives en ligne de Paris, état civil reconstitué (XVIe-1859), vue 69/101 et mort à Menton (Alpes-Maritimes) le Archives départementales des Alpes-Maritimes, commune de Menton, année 1921, acte de décès , vue 82/98, est un homme de lettres français, poète, dandy et critique d'art et de littérature.
Cyril Grunspan, Marcel Proust : tout dire, 2005, p. 35., il aurait servi de modèle à des Esseintes dans À Rebours (1884) de Huysmans et à Monsieur de Phocas de Jean Lorrain. Il fournit aussi à Marcel Proust l'un des modèles du baron de Charlus dans À la recherche du temps perdu, ce qui le rendit furieux malgré les dénégations de ProustWilliam Howard Adams En souvenir de Proust : les personnages du temps perdu, Edita, 1985, page 76.. La postérité l'a malmené sans tenir compte de la diversité de ses activités et de la qualité de ses écrits.
Biographie thumb|Portrait du comte de Montesquiou par Whistler (1891). thumb|Robert de Montesquiou. Gravure d'Henri Guérard d'après Whistler. thumb|Montesquiou (à gauche) chez Charvet (à droite). Au centre, Gabriel de Yturri tend à Montesquiou un caleçon orné de chauves-souris (caricature de Sem).
Marie Joseph Robert Anatole de Montesquiou-Fézensac, quatrième et dernier enfant du comte Thierry de Montesquiou-Fézensac (1824-1904), vice-président du Jockey Club, et de la comtesse, née Pauline Duroux, petit-fils d'Anatole de Montesquiou-Fezensac, est issu par son père d’une très ancienne famille de la noblesse française, originaire de Gascogne, et par sa mère d'une famille bourgeoise cossue. Souffrant de ce qu'il ressentait comme une mésalliance de son père, il s'éloigne de sa mère (« une personne à laquelle je ne suis rattaché que de loin »), dont il déclare que la famille est suisse, ce qui est faux.
Sa sœur aînée, Élise, épousera Louis de Cambacérès (veuf de la princesse Mathilde Bonaparte).
En 1885, Montesquiou rencontre à Venise un jeune Argentin, Gabriel de Yturri (1860-1905), qui devient son secrétaire et son compagnonFrancesco Rapazzini, Élisabeth de Gramont : Avant-gardiste, Fayard, 2004, p. 57.. L’abbé Mugnier évoque ainsi cette amitié : Idem., ..
Il participe aux épreuves d'équitation aux Jeux olympiques de 1900 à Paris, remportant la médaille de bronze dans l'épreuve de chevaux en selle.
Ses amitiés Il a été entouré d'amis fidèles : d'abord sa cousine, la comtesse Greffulhe, le marquis et la marquise de Casa Fuerte, la princesse Bibesco, la comédienne Sarah BernhardtIl lui avait dédié un poème inédit : « À Sarah Bernhardt (pour sa fête en 97) », faisant partie de la vente publique de la bibliothèque de la comédienne : Bibliothèque de Sarah Bernhardt. Paris, Librairie Henri Leclerc. 1923 [25-27 juin]. 2 volumes [ : Robert de Montesquiou, « À Sarah Bernhardt (pour sa fête en 1897) » - poème manuscrit inédit]. Ce manuscrit inédit a été à nouveau vendu le chez Christie's à Paris., Madeleine Lemaire, qu'il surnomma l'André Germain, Les Clés de Proust, Paris, éd. Sun, 1953, , la princesse de Léon, Judith Gautier, Gustave Moreau, James Abbott McNeill Whistler, Antonio de La Gandara, Georges Hoentschel, et même, pendant un temps, Octave Mirbeau. Il fut aussi ami avec Maurice Barrès, duquel il était voisin quand il vivait à Neuilly (il vivait au 96 et Barrès au 100 boulevard Maillot, devenu boulevard Maurice-Barrès). Gabriele D'Annunzio était un de ses amis notamment pendant la période que le grand poète italien passa à Arcachon. Les deux amis avaient une vision très semblable de la vie et une communauté d’intérêts. Il fréquentait le salon littéraire de Geneviève Bizet où il croisait Henri Meilhac, Paul Bourget, dandy comme lui et romancier, ou Joseph Reinach. Il tint l'un des cordons du poêle lors des obsèques de Paul Verlaine.
Marcel Proust Marcel Proust lui est présenté en , lors d'une réception donnée par Madeleine Lemaire pour fêter la sortie prochaine de son recueil de poèmes, Le Chef des odeurs suaves. À l'invitation du comte, Proust entrera en correspondance avec lui à la suite de cette rencontre. Il n'éprouve cependant pas d'attirance physique à son égard, étant plutôt porté vers les éphèbes de son âge, mais est désireux de cultiver une amitié qui peut lui ouvrir les portes des salons les plus fermés et profiter des leçons du comte. Il le flatte sans vergogne , se disant et lui envoie de petits cadeaux ainsi que des tirés à part de ses articles. En , le comte lui confie la rédaction du compte rendu pour Le Gaulois de la « fête littéraire » très fermée lors de l'inauguration du Pavillon Montesquiou.. Dans un article ultérieur, Proust dit de Montesquiou qu'il est « Un professeur de beauté » (1904).
L'importance de Robert de Montesquiou pour Marcel Proust n'est plus à démontrer. Le comte permet au jeune écrivain de faire ses premières armes, d'entrer dans la haute société et aussi de porter un regard d'esthète sur la société. Se retrouve d'ailleurs dans le projet proustien une complexité de langue et d'écriture qui n'est pas étrangère au style de Montesquiou. Une abondante correspondance atteste de la proximité, tumultueuse toutefois, des deux hommes. Une quinzaine d'années après leur rencontre, Proust confiera à son ami Robert Dreyfus qu'il ne savait pas que Montesquiou ignorait qu'il était ridicule. Si Proust ne fut pas toujours aussi reconnaissant qu'il aurait pu l'être vis-à-vis de Montesquiou, les relations entre les deux écrivains restèrent cordiales, voire affectueuses, jusqu'à la mort du comte. Montesquiou souffre manifestement d'être réduit aux modèles de des Esseintes et de Charlus, alors que, dans la vie, il était très différent de ces deux personnages. Il ne cesse de se défendre de cette légende dans des textes particulièrement émouvants réunis en 1999 par Jean-David Jumeau-Lafond avec les textes de Proust consacrés à Montesquiou, un texte de Verlaine et des fragments de correspondance Proust-Montesquiou sous le titre d'un des articles que Proust lui dédia : Professeur de beauté. Il faut toutefois reconnaître avec Caroline Weber que ().
Influence Il soutient l'avant-garde de son époque : Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine en poésie ; Claude Debussy ou Gabriel Fauré en musique ; Paul Helleu et Léon Bakst en peinture. Montesquiou ne se contente pas alors d'aider intellectuellement certains créateurs : pour Verlaine, pauvre et alcoolique, par exemple, il met en place une pension avec une dizaine de contributeurs (dont Maurice Barrès et la comtesse de Béarn), qui fut versée au poète à la fin de sa vie.
Il joue aussi un rôle essentiel dans la reconnaissance de certains auteurs : c'est le cas de la poétesse romantique Marceline Desbordes-Valmore à laquelle il consacre une conférence et dont il est l'un des initiateurs de la redécouverte, en organisant une cérémonie à Douai en 1896, avec inauguration d'une statue et lecture de textes par Sarah Bernhardt et Marguerite Moreno.
Montesquiou rend aussi hommage à la fameuse comtesse de Castiglione, personnalité singulière du Second Empire, célèbre pour ses photographies et sa vie romanesque.
Montesquiou portait sur le « Grand monde », qui était le sien, un regard souvent amusé, voire incisif comme l'attestent divers écrits, parfois posthumes ou inédits, tel Les Quarante Bergères, recueil de poèmes satiriques à clés consacré à des femmes de la haute société.
D'un caractère éruptif, Montesquiou ne pouvait s'empêcher de polémiquer à tout propos, ainsi lorsque la comtesse de Béarn, née Martine de Béhague, offre au Louvre un cadre ancien pour La Joconde..
Appréciation Des jugements sévères ont été portés sur lui : , pour certains. , il ne serait pas parvenu pour d'autres. L'œuvre poétique et critique de Montesquiou, certes inégale, est pourtant d'une grande richesse empreinte d'une subtilité sensible. Si Forain l'appelait méchamment et si Pierre Louÿs lui a consacré un poème très acide, Le comte R… de M… de l'édition de ses Poésies, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1988., il fut soutenu et défendu par Georges Rodenbach, Paul Verlaine, Anatole France, Leconte de Lisle, les frères Goncourt et bien d'autres, en particulier lors de la parution de ses principaux recueils : Les Chauves-souris (1892) et Les Hortensias bleus (1896).
Résidences L’hôtel particulier du comte de Montesquiou, que ses parents firent édifier pour lui et son frère en 1858 par l'architecte Joseph-Michel Le Soufaché, existe toujours aujourd’hui au 1, boulevard de La Tour-Maubourg dans arrondissement de Paris (il est actuellement occupé par le centre culturel de Chine).
Quant au château de la famille Montesquiou-Fézensac, situé à Artagnan, près de Vic-en-Bigorre dans les Hautes-Pyrénées, il a été détruit en 1934 par un incendie, dont les causes restent inexpliquées. Il est aujourd'hui en partie restauré.
À la suite de leur visite du , les frères Goncourt ont décrit la "garçonnière" de Montesquiou, du rez-de-chaussée avec jardin du 8, rue Benjamin-Franklin (où vécut de 1895 à sa mort en 1929 Georges Clemenceau et devenu en 1931 le musée Clemenceau) : Journal, cité par Arnaud Teyssier, Le Tigre dans sa tanière Georges Clemenceau, rue Franklin, dans Une journée avec, collectif sous la direction de Frantz-Olivier Giesbert et Claude Quétel, Perrin/Le Point, 2016, note 6 ). Il avait une tortue qu'il envoya chez Fabergé pour en sertir la coquille de pierres précieuses, ce qui eut pour effet de tuer l'animal, une excentricité que J.-K. Huysmans a reprise dans À rebours (chapitre V).
Envisageant de quitter Paris, il achète sur l'avenue de Paris à Versailles un pavillon du qui avait appartenu à un écuyer de Louis XVI. Il le fait restaurer au coût de 458 millions de francs et le nomme Pavillon Montesquiou. Il y adjoint un théâtre en style rococo au centre du jardin qu'il nomme Éphémère. Pour son inauguration, il y donne le une « fête littéraire » sous la présidence d'honneur d'Élisabeth Greffulhe et Sarah Bernhardt. La liste des invités compte des écrivains, des peintres et des personnalités de l'aristocratie ainsi que du monde politique. Marcel Proust y est invité afin de rédiger un compte rendu de la fête pour Le Gaulois. Pour le jeune auteur, cette fête lui permet de faire la connaissance de la comtesse Greffulhe, dont il dira qu'il n'a jamais vu une femme aussi belle.
Le , Montesquiou acquiert du milliardaire pârsî Ratanji Jamsetji Tata le Palais Rose du Vésinet, copie assez fidèle du Grand Trianon de Versailles, en plus petit. Séduit dès sa première visite, il se serait aussitôt écrié : Site de la Société d'Histoire du Vésinet : Le Palais Rose. Il l'habite jusqu'en 1921 et la laisse à son dernier secrétaire Henri Pinard ; celui-ci la vendit à Luisa Amann, marquise Casati, muse de nombre d'artistes de la première moitié du qui, ruinée, l'abandonna à ses créanciers en 1932.
Son tombeau Montesquiou repose dans une tombe anonyme du cimetière des Gonards à Versailles, aux côtés de son compagnon Gabriel de Yturri ; elle est surmontée de la statue de l'ange du silence, l'index de la main droite sur les lèvres et les orbites vides, statue provenant du château de Vitry-sur-Seine et achetée par Montesquiou.
Scandale Supposé présent lors de l'incendie du Bazar de la Charité, Robert de Montesquiou . Il fut accusé de s'être frayé un chemin vers la sortie en frappant violemment avec sa canne des femmes et des jeunes filles déjà encombrées par leurs toilettes. En réalité, Montesquiou n'était pas présent lors de cette tragédie. La rumeur concernant ce fait, propagée sans fondement par la famille d'Henri de Régnier, entraîna un duel retentissant entre Montesquiou et Régnier en , épisode qui mit fin à la diffamation, mais permit au comte de se distinguer encore par son dandysme malgré les circonstances puisque le journaliste Louis Marsolleau, en rendant compte de l'événement, décrivit la canne arborée par le comte en cette circonstance comme .
Postérité