Jon Lord, né le à Leicester et mort le à Londres, est un compositeur, pianiste et organiste britannique. Membre fondateur du groupe de hard rock Deep Purple, il a également collaboré avec Whitesnake et composé de nombreuses compositions classiques.

Comme Keith Emerson de ELP et Rick Wakeman de Yes, Jon Lord est un innovateur qui a mélangé différents styles musicaux comme rock, jazz, blues et musique classique, n'hésitant pas à utiliser orchestre, musiciens et chanteurs classiques à côté des instruments traditionnels du rock. On lui doit en particulier la composition du Concerto for Group and Orchestra dont la première représentation a été donnée avec Deep Purple en 1969.

Biographie

1941-1967 : formation et débuts musicaux John Douglas Lord nait le à Leicester au 120 Averil Road. Son père, Reginald Lord joue du saxophone dans un groupe amateur local, et participe avec sa sœur à un duo appelé Reg And Molly - A Smile And A Song. Pour le tirer des jupes de sa mère Miriam, née Hudson, son père emmène John les après-midi dans des salons de thé dansants, lui inculquant ainsi l'amour de la musique dès son plus jeune âge.

Le jeune John montre en effet un intérêt précoce pour le vieux piano droit qui traîne dans la maison familiale. Ses parents l'inscrivent alors à des cours de piano dès l'âge de sept ans. À neuf ans, il change de professeur en la personne de Frederick All, qui donne des récitals pour la BBC et joue de l'orgue à l'église. Plus tard, Jon Lord dira de lui :

John Lord fréquente la entre 1952 et 1958, où il étude la théorie et la composition, puis obtient un diplôme de niveau « O » en français, mathématiques et musique. À , il passe les examens du Royal College of Music, où il obtient un niveau « A ». Parallèlement à ses études d'orgue et de piano, il prend des cours d'art dramatique, rejoint la troupe , et part assister à des pièces de théâtre en dehors de Leicester. Cependant, contre la volonté de ses parents, il arrête ses études pour aller travailler comme commis dans le cabinet d'un avocat local. Ses premiers revenus lui permettent l'achat de disques de musique classique (Bach, Beethoven, Elgar), de jazz (Jimmy Smith) et de rock'n'roll (Jerry Lee Lewis) qui vont influencer sa musique.

Il déménage à Londres en 1959-1960, avec l'intention de faire une carrière d'acteur et de s'inscrire à la Central School of Speech and Drama, dans le Swiss Cottage de Londres. À la suite d'une célèbre rébellion étudiante, il devient l'un des fondateurs du Drama Centre London, où il obtient son diplôme en 1964. De petits rôles d'acteurs vont suivre, notamment dans la série télévisée britannique Emergency - Ward 10. En parallèle, Lord joue du piano et de l'orgue dans des boîtes de nuit et en tant que musicien de session pour gagner sa vie.

The Bill Ashton Combo (1960-1962) John Lord commence sa carrière musicale en 1960 à Londres avec l'ensemble de jazz The Bill Ashton Combo (Ashton est une figure clé de l'enseignement du jazz en Grande-Bretagne, créant ce qui deviendra plus tard le National Youth Jazz Orchestra). Il est alors très influencé par les sons bruts des grands organistes américains de jazz et de blues, tels que Wild Bill Davis, Jimmy Smith, Jimmy McGriff et « Brother » Jack McDuff (« Rock Candy »), ainsi que par la performance sur scène de Jerry Lee Lewis et d'artistes comme Buddy Holly, qu'il a vu se produire au De Montfort Hall de Leicester en . Le style d'orgue jazz-blues des joueurs d'orgue R&B noirs des années 1950 et 1960, utilisant le son d'orgue blues caractéristique de l'orgue Hammond (modèles B3 et C3) et le combinant avec le système d'enceintes Leslie, sont des influences fondamentales pour Lord. Ce dernier déclarera aussi qu'il avait été fortement influencé par le rock progressif à base d'orgue joué par Vanilla Fudge après avoir vu ce groupe se produire en Grande-Bretagne en 1967, et plus tôt par le jeu du pionnier britannique de l'orgue Graham Bond.

The Artwoods et St. Valentine's Day Massacre (1963-1967) Entre 1960 et 1963, Jon Lord et Bill Ashton jouent tous deux au sein des Bluesicians de Red Bludd (également connu sous le nom de Don Wilson Quartet), dont fait partie le chanteur Arthur « Art » Wood, frère du guitariste Ronnie Wood. Wood a déjà chanté avec Alexis Korner 's Blues Incorporated et est une figure montante du mouvement blues britannique. C'est au cours de cette période que Lord change l'orthographe de son prénom de naissance « John » en « Jon ».

À la suite de la séparation des Bluesicians à la fin de 1963, Wood, Lord et le batteur Red Dunnage forment un nouveau groupe, The Art Wood Combo, qui comprend également Derek Griffiths à la guitare et Malcolm Pool à la basse. Dunnage est remplacé en par Keef Hartley, parti remplacer Ringo Starr dans Rory Storm and the Hurricanes. Ce groupe, plus tard connu sous le nom de The Artwoods, met en avant l'orgue comme noyau rythmique bluesy de son son, comme le font des groupes contemporains tels The Spencer Davis Group (Steve Winwood à l'orgue) et The Animals (avec Alan Price). Il fait des apparitions dans l'émission de radio Saturday Club de la BBC et dans des programmes télévisés tels que Ready Steady Go!. Le groupe se produit également à l'étranger et apparait sur le premier Ready Steady Goes Live, faisant la promotion de son premier single, la chanson de Lead Belly Sweet Mary. Mais le succès commercial n'est pas au rendez-vous. Son seul single important I Take What I Want atteint la le , année ou le groupe enregistre un album intitulé Art Gallery.

Durant cette période Jon Lord commence à incorporer des éléments de musique classique dans les chansons rock comme il l'explique : .

Les membres des Artwoods se réunissent en 1967 sous le nom de St. Valentine's Day Massacre. Il s'agit d'une tentative de tirer profit de l'engouement pour les gangsters des années 1930 déclenché par le film américain Bonnie and Clyde. Hartley quitte le groupe en 1967 pour rejoindre John Mayall & the Bluesbreakers.

Santa Barbara Machine Head et The Flower Pot Men (1967) Cette même année, Lord fonde Santa Barbara Machine Head, influencé par le blues, avec le frère d'Art, Ronnie Wood, écrivant et enregistrant trois pistes instrumentales au clavier qui donnent un aperçu du futur style de Deep Purple : Porcupine Juice, Albert et Rubber Monkey. Puis, Lord joue pour une unique tournée dans The Flower Pot Men, en remplacement du claviériste malade. Il est accompagné par le batteur Carlo Little, le guitariste Ged Peckle et le bassiste Nick Simper.

1968-1976 : Deep Purple et carrière solo Toujours en 1967, par l'intermédiaire de son colocataire Chris Curtis des Searchers, Lord rencontre l'homme d'affaires Tony Edwards qui cherche à investir dans le secteur de la musique aux côtés de ses partenaires Ron Hire et John Coletta (HEC Enterprises). Le guitariste de studio Ritchie Blackmore est appelé et il rencontre Lord pour la première fois, mais le comportement erratique de Chris Curtis ne mène le trio nulle part. Edwards est suffisamment impressionné par Jon Lord pour lui demander de former un groupe après le départ de Curtis. Edwards déclare : Tyler, Kieron On The Roundabout With Deep Purple Retrieved 31 August 2020 Simper est aussi contacté et Blackmore est rappelé de Hambourg. Bien que Bobbie Clarke soit le premier choix comme batteur, lors des auditions pour un chanteur, Rod Evans vient avec son propre batteur, Ian Paice, qui joue avec lui dans The Maze. Blackmore, qui a été impressionné par le jeu de batterie de Paice lorsqu'il l'a rencontré en 1967, lui organise aussi une audition.

Le groupe se nomme initialement Roundabout et commence les répétitions au Deeves Hall dans le Hertfordshire. En , il devient la formation « Mark I » de Deep Purple : Lord, Simper, Blackmore, Paice et Evans.

Deep Purple « Mark I » (1968-1969) Avec cette première formation de Deep Purple, Jon Lord enregistre trois albums studio, Shades of Deep Purple, The Book of Taliesyn et Deep Purple, entre 1968 et 1969.

Au cours des premiers enregistrements de Deep Purple, Lord semble être le leader du groupe. Sur les deuxième et troisième albums, il commence à assouvir son ambition de fusionner le rock avec la musique classique. Un des premiers exemples en est la chanson Anthem de l'album The Book of Taliesyn (1968) avec son arrangement de cordes, mais un encore plus frappant la chanson April du troisième album (1969). Celle-ci est enregistrée en trois parties : Lord et Blackmore uniquement, respectivement aux claviers et à la guitare acoustique ; un arrangement orchestral avec cordes; et le groupe de rock complet avec voix. L'ambition de Lord renforce sa réputation parmi ses collègues musiciens, mais provoque des tensions au sein du groupe. Simper déclarera plus tard : . Blackmore accepte de suivre l'expérimentation de Lord, à condition qu'on lui donne de l'espace sur le prochain album du groupe.

Boz (1968) Lord travaille également en studio au début de 1968 avec le groupe Boz, avec Blackmore à la guitare et Paice à la batterie. Boz est produit par Derek Lawrence qui a travaillé sur les trois premiers albums de Deep Purple. Dirigé par Boz Burrell au chant et à la guitare, lequel deviendra plus tard le bassiste de King Crimson et de Bad Company, il comprend également Chas Hodges à la basse. Le groupe enregistre une reprise de Bob Dylan : Down in the Flood.

Concerto for Group and Orchestra (1969-1970) Le Concerto for Group and Orchestra est l'une des premières tentatives du rock de fusionner deux idiomes musicaux distincts. Jon Lord en a eu l'idée après avoir écouté la pièce Dialogues for jazz combo and orchestra composée par Howard Brubeck et enregistrée avec le quartet de son frère Dave en 1960, laquelle allie un orchestre philharmonique jouant des notes strictement écrites avec un groupe de jazz libre d'improviser.

Au début de 1969, Lord parle de ce projet à Tony Edwards, alors manager de Deep Purple, lequel, sans avoir entendu la moindre note, réserve le prestigieux Royal Albert Hall, et prend contact par l'intermédiaire de Ben Nisbet, éditeur de Deep Purple, avec le renommé chef d'orchestre Malcolm Arnold qui, entre autres, a composé la musique du film Le pont de la Rivière Kwaï en 1957. Ce dernier, après avoir rencontré Lord et étudié sa partition, est enthousiasmé par son concerto :

Cependant, les répétitions sont houleuses : les musiciens du Royal Philharmonic Orchestra, en costume, sifflent les membres du groupe, débraillés et aux cheveux longs. Certains refusent même de jouer avec des « Beatles de seconde zone », font des mots-croisés ou se bouchent les oreilles. Ces attitudes amèneront même Arnold à insulter ses propres musiciens. vignette|Le Royal Albert Hall Le concert a finalement lieu au Royal Albert Hall le , dans une salle bondée, dans le cadre d'un gala de charité pour l'association « Task Force », qui aide des personnes âgées. La prestation est enregistrée et filmée par la BBC qui télédiffuse les images en couleurs le au cours de l'émission The Best of Both Worlds. Outre le concerto, sont également jouées la Symphonie (op. 95) d'Arnold, ainsi que les pièces Hush, Wring that Neck et Child in Time de Deep Purple, avec ses nouveaux membres, le chanteur Ian Gillan et le bassiste Roger Glover, Evans et Simper ayant été renvoyés. Le concert est un succès puisque le public bisse l'œuvre, dont le second mouvement est interprété en rappel. Cependant, les avis de la presse anglaise sont mitigés.

Le Daily Express cite les félicitations du compositeur Sir Williams Walton : . Cependant, le journal fait remarquer les difficultés à unir deux styles musicaux différents :

L'article « Mais, j'ai aimé l'expérience de Deep Purple » du New Musical Express présente le concerto comme un succès retentissant, tout en reconnaissant la part de vérité de celui du Daily Express :

LInternational Times met en avant l'aspect historique de l'œuvre et la proximité de Jon Lord avec le style de Keith Emerson, dans son article « Deep Purple l'a fait » :