Bibracte est la capitale du peuple celte des Éduens, développée surtout au Centre névralgique du pouvoir de l'aristocratie éduenne, c'est aussi un important lieu d'artisanat et de commerces où se côtoient mineurs, forgerons et frappeurs de monnaies, sur une superficie de près de ..
Ce site remarquable est situé sur les communes de Saint-Léger-sous-Beuvray (Saône-et-Loire), de Glux-en-Glenne et de Larochemillay (Nièvre), et dans le Morvan au sommet du mont Beuvray (communément appelé le Beuvray dans la région). Il est au confluent des bassins de l'Yonne, de la Saône et de la Loire. Le Beuvray est constitué de trois sommets : le Theurot de la Wivre avec sa pierre, le Theurot de la Roche et le Porrey qui en est le point culminant.
Dès les premières fouilles archéologiques, Bibracte est considérée comme un modèle de la civilisation des oppida et de l'agglomération gauloise. La comparaison avec Augustodunum (cité antique d'Autun, où la capitale du peuple éduen fut transférée) a longtemps été perçue comme manifestant la concurrence entre le modèle urbain indigène et le modèle urbain romain, alors que sur un niveau d'occupation indigène, Bibracte a bénéficié d'une parure architecturale adaptée aux conditions locales, mais de facture typiquement romaine. Bibracte fait plutôt figure d'exception du fait de sa fondation tardive, de sa situation de ville fortifiée de hauteur (alors que les agglomérations gauloises sont avant tout en plaine et non fortifiées) et de son abandon, quand la plupart des villes gauloises ont évolué en villes d'époque romaine..
Ce site fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le . Le 12 décembre 2007, le site de Bibracte reçoit le label « Grand site de France ».
Le site héberge le musée de la civilisation celtique., qui retrace la vie de cette cité de quelque d'âmes au sein d'un oppidum fortifié, que les fouilles archéologiques du mont Beuvray révèlent peu à peu. La conservation et la gestion du site sont assurées depuis 2007 par l'établissement public de coopération culturelle (EPCC) de Bibracte..
Toponymie droite|vignette|Bibracte au fond et Autun au premier plan.
Attestations anciennes A Bibracte [oppido Haeduorum] en 50 av. J.-C. (Jules César, I, XXIII, I)Jean Rigault, Dictionnaire topographique de Saône-et-Loire, Paris, 2008, p. 48 (lire en ligne sur DicoTopo) ; [Ecclesia de] Buvrait en 1233 (Cartulaire Église d’Autun, II, 68)Georges de Soultrait, Dictionnaire topographique de la Nièvre, Paris, 1865, p. 15 (lire en ligne sur DicoTopo) ; [In nundinis] Biffracti en 1236 (Cartulaire Église d’Autun, II, 73) ; Beuvray en 1236 (S. charte des seigneurs de Châtillon au sujet des foires du Beuvray) ; Biffratus en 1248 (cartulaire d'Autun, 332) ; Biffractus en 1281 (C.) ; Biffratum avant 1312 (Auguste Longnon, Pouillés, p. 67) ; Buvrai en 1351 - 1352 (C.O., B 4823, f. 15 v.) ; Beuvray en 1409 - 1410 (C.O., B 1290, f. 35 v.) ; Buvreaul en 1476 (C.O., B 11510, f. 165) ; [Couvent de] Beuvray en 1538 (Lory) ; [Montagne de] Beuvray en 1757 (C.O., C 3530, p. 897) ; [Mont] Beuvray en 1848 (État-major).
Étymologie Comme l'indique le corpus de formes anciennes disponibles (voir ci-dessus), les formes romanes Buvrait et Beuvray sont mentionnées dès le début du , conjointement aux formes latinisées du type Biffra[c]tus qui n’ont aucune antériorité. En comparant par exemple avec les noms de lieux du type qui sont, à l'origine, des hydronymesXavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Une approche linguistique du vieux-celtique continental, Errance, Collection des Hespérides, 2003 . p. 69-70, les spécialistes du celtique et les toponymistes reconstruisent un type *Bibrakti / *BebraktiPierre-Yves Lambert, La Langue gauloise, éditions Errance 1994, , 59, 188-189., basé sur le nom gaulois du castor, à savoir *bibro- / *bebro- (ou bebros / bebrus). Bebros / bebrus a par ailleurs donné le latin tardif beber, accusatif bebrum (distinct du latin classique fiber « castor ») et le français (aujourd'hui dialectal) bièvre « castor »Site du CNRTL : étymologie de bièvre (lire en ligne) . En effet, il est également la racine des Beuvron, mais avec un autre suffixe, c'est-à-dire le collectif -akti (cf. irlandais, gallois aktā), d’où Bibracte « l'ensemble des castors » qui désignait en fait le Mont Beuvray, ou le « mont aux castors ». Pour Gérard Taverdet, cette racine celtique bien représentée dans les noms de rivières, suggère que Bibracte est à l'origine un hydronyme.. Quoi qu'il en soit, l'élément Bibr- de Bibracte, qui a abouti à Buvr[ait] / Beuvr[ay], a connu une évolution phonétique analogue à celle du verbe latin bibo, bibere « boire » qui a donné le radical buv- / beuv(r)- en (ancien) français, par exemple dans les formes verbales buvons, etc. et les substantifs beuverie (également buverie) et breuvage (anciennement beuvrage, beverage).
L'hypothèse d'un oronyme signifiant « mont doublement fortifié », n'est pas validée par la communauté des linguistes, car elle repose sur les formes médiévales latinisées du type Biffra[c]tus qui aurait dû donner *Beffray (forme non attestée) par évolution phonétique régulière. Ainsi, Biffractus résulte probablement d'une latinisation tardive de scribes., selon un processus courant au Moyen Âge, après que l'étymologie et le sens de nombreux toponymes sont devenus opaques. En outre, cette explication est incertaine d'un point de vue géostratégique et historique. En effet, il est très difficile de protéger un rempart sur plusieurs kilomètres et l'utilisation d'un double rempart n'est donc pas justifiée. De plus, l'enceinte de la ville a été rétrécie puisque des mesures de datation ont permis de montrer l'antériorité du rempart extérieur par rapport au rempart intérieur (voir plan). Le parement en pierre de l'enceinte extérieure a d'ailleurs été certainement réutilisé pour la construction du second mur. Il n'est donc pas certifié que Bibracte ait eu deux murs d'enceinte simultanément.
Trois inscriptions dédiées à la déesse Bibracte ont été trouvées à Autun au . Il semble donc que l'on ait affaire à un exemple d'homonymie entre le toponyme et le théonyme.. . Malheureusement, deux des inscriptions taillées dans la pierre ont disparu ; la troisième, gravée sur un médaillon en laiton fait toujours l'objet d'un débat sur son authenticité. En effet, les anciennes querelles sur la localisation de Bibracte ont peut-être mené certains érudits de l'époque à fabriquer des faux pour justifier l'emplacement de loppidum éduen sur le site d'Autun (l'ancienne Augustodunum) qui fut effectivement capitale du peuple éduen au .
Découverte de Bibracte La première mention de Bibracte dans l’histoire a été faite par César dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules concernant l’année -58 et la bataille de Bibracte. Celle-ci est à nouveau mentionnée en -52 lorsque César s’interroge sur les intentions de ses alliés éduens qui ont rejoint la révolte et couronnent Vercingétorix roi des Gaules à Bibracte, il dit de Bibracte qu'elle est . Celle-ci n'est plus mentionnée par la suite. Des inscriptions d’époque annoncent que la capitale éduenne a reçu le nom d’Augustodunum (« la citadelle d’Auguste »), sous le règne de celui-ci ; ce nom donne ensuite naissance au toponyme de l’actuelle Autun.
À partir du naît un engouement chez les savants, les aristocrates et les hommes d’Église pour leur passé local, qui conduit à poser la question de l’emplacement de Bibracte. Plusieurs thèses s’affrontent. L’une veut situer Bibracte à Autun : la ville gauloise à l’emplacement de la ville gallo-romaine. Une autre à Beaune est défendue par l'érudit Hugues de Salins, une troisième thèse veut que la cité soit sur les pentes du Beuvrect ou Bevrect, aujourd’hui Mont Beuvray. Cette dernière thèse s’appuie sur trois arguments majeurs. Tout d’abord, il y a une parenté entre les termes Bibracte et Beuvrect. Ensuite, cette hypothèse invoque une tradition transmise par des chroniques médiévales qui situaient la ville au Beuvrect. Ceci est conforté par l’existence d’une foire annuelle les premiers mercredi, jeudi et vendredi de mai et dont l’ancienneté est déjà relatée dans des textes du . Enfin, les découvertes de poterie, de monnaies et les observations du curé de Saint-Léger-sous-Beuvray en 1725 vont dans ce sens.
droite|vignette|300px|Plan d'ensemble de la cité, les noms de lieux correspondent aux dénominations actuelles et les courbes de niveau ne sont prises qu'au niveau des sommets.
D'une manière générale, c'est l'hypothèse d'Autun qui reçoit la plus grande approbation au début. D'ailleurs, Autun sera rebaptisée Bibracte après la Révolution et cela pendant quelque temps. Il faudra attendre le et les recherches de Jacques-Gabriel Bulliot pour que la situation s'inverse en faveur du mont Beuvray. En 1851, Bulliot décide de faire une communication au Congrès de la société française d'archéologie sur une l'antique chapelle Saint-Martin du Beuvray au sujet de la christianisation du pays éduen. Il retourne alors au Beuvray pour prendre d'autres notes. Il découvre ce qu'il pense être alors le talus d'un camp romain (en réalité un nemeton ou sanctuaire) au sommet du Beuvray près de la chapelle. Il se documente et envisage, contre l'opinion unanime de la Société éduenne, de situer Bibracte au Beuvray et non à Autun. La publication de son Essai sur le système défensif des Romains dans le pays éduen entre la Saône et la Loire dans lequel il expose ses convictions ne lui vaut que les sourires des membres de la société d'archéologie. C'est l'intérêt de l'empereur pour les batailles de la Guerre des Gaules qui accélère les choses. En effet, Bulliot reçoit la visite d'un officier, nommé Stoffel, chargé par l'empereur d'effectuer des fouilles sur la victoire romaine contre les Helvètes. Bulliot lui fait alors part de ses convictions quant à la situation de Bibracte. L'officier lui porte peu d'intérêt, mais il confie à un autre membre de la Société éduenne, Xavier Garenne, la mission d'effectuer des sondages en 1864 au Beuvray. Parallèlement, le propriétaire des terres, le vicomte Auguste Ernest d'Aboville effectue aussi ses propres recherches de 1865 à 1867qu'il montre à l'archevêque de Reims, lui aussi membre de la Société éduenne, et ami de Bulliot (malgré leurs divergences sur la question de Bibracte). Intéressé par ces fouilles, ce dernier en fait part à l'empereur. C'est ainsi qu'en 1867, missionne Bulliot pour des recherches au Beuvray en lui allouant des fonds.
Bulliot fouille le site de 1867 à 1895, levant tous les doutes quant à la situation de Bibracte. Son neveu Joseph Déchelette, qu'il initie aux fouilles, continue les travaux jusqu'en 1907 comparant Bibracte à d'autres sites d'Europe tels que Stradonice en Bohême, Manching en Allemagne et Szent Vid en Hongrie, ce qui fait de lui l'un des précurseurs dans l'unification culturelle du monde celte et de la civilisation des oppida.
Histoire de loppidum
Chronologie du peuplement du Beuvray vignette|Vue du mont Beuvray.
Les fouilles de la porte du Rebout ont permis de découvrir une succession de cinq ouvrages dont le plus vieux atteste la présence humaine sur le mont Beuvray dès le Néolithique. Au début du , Bulliot a rassemblé, en fouillant le Champlain (la partie la plus haute du mont Beuvray), une large collection d'« objets de l’âge de la pierre polie, haches en roches variées, flèches à pédoncules, triangulaires ou losangiques, grattoirs, éclats, couteaux, meules dormantes, percuteurs criblés de meurtrissures et galets arrondis ayant servi de molettes ». Des objets néolithiques ont été découverts sur l'ensemble du mont, et : « Localisation des découvertes mésolithiques et néolithiques sur le mont Beuvray »..
Cependant, les techniques de datation ont révélé que l'oppidum ne fut fondé que vers la fin du sur une surface de protégée par le rempart extérieur. Un second rempart intérieur fut construit par la suite pour des raisons encore mal connues.