La nécropole des Rabs, appelée aussi nécropole de Sainte-Monique, nécropole de Bordj Djedid ou djebel Louzir, est un cimetière d'époque punique (-) situé sur le site archéologique de Carthage en Tunisie, et qui a fait l'objet de fouilles à la fin du et au début du .

Fouillé par Alfred Louis Delattre dans les conditions de fouilles usuelles à l'époque mais très dommageables pour la compréhension globale du site, le cimetière réservé à une classe sociale privilégiée de la cité punique a livré des sarcophages de marbre, qui constituent des pièces maîtresses du musée national de Carthage et du musée du Louvre, et un riche mobilier funéraire dont des bijoux et des céramiques, le tout constituant selon Salah-Eddine Tlatli .

En dépit de conditions de fouilles préjudiciables, les spécialistes ont pu étudier les rites ayant prévalu lors des inhumations et appréhender les caractères spécifiques de la nécropole par rapport aux autres lieux d'inhumation connus de la métropole punique et appartenant à d'autres époques de l'histoire de Carthage.

Le site archéologique de la nécropole n'existe plus au début du , dans le contexte d'urbanisation intense de la ville qui a suivi l'installation sur son rivage du palais présidentiel.

Localisation et étymologie

vignette|alt=Plan localisant les vestiges antiques de Carthage.|Plan des vestiges conservés du site archéologique de Carthage : la nécropole se situait à l'est du (citernes de Bordj Djedid).

La nécropole est baptisée par Alfred Louis Delattre en référence aux . Il a nommé ainsi un secteur de la nécropole de Sainte-Monique du fait de la richesse des découvertes, qui ne peut selon lui qu'être réservé . Le terme, utilisé dans des contextes différents, est lié aux difficultés d'étude de la Constitution de la cité punique. Le mot rab cité par les inscriptions signifie de façon générique .

Le secteur occupé par la nécropole des Rabs est de la cité punique. Le site est situé sur la colline Sainte-Monique, entre le plateau de Bordj Djedid (« Fort neuf » en arabe) et le couvent de Sainte-Monique. Les fouilles d'Alfred Louis Delattre étaient situées dans le secteur entre la zone de l'actuel lycée et le palais présidentiel. Une localisation plus précise est rendue difficile par l'absence de méthodologie lors des fouilles et surtout du fait de l'abandon ultérieur du site. Le fouilleur n'a en outre laissé , la nécropole étant sans doute initialement d'.

Histoire Histoire antique Nécropoles de Carthage

vignette|alt=Ancien plan de Carthage en langue allemande|Ancien plan de Carthage daté du milieu du .

Les nécropoles de Carthage ont pu couvrir environ et Salah-Eddine Tlatli donne à la cité punique une superficie supérieure à . Hélène Bénichou-Safar recense dans son ouvrage publié en 1982, et prenant en compte les travaux jusqu'en 1977, plus de fouillées pendant un siècle sur le site archéologique de Carthage. M'hamed Hassine Fantar pense que ce chiffre peut aller jusqu'à . Les fouilleurs de la nécropole des Rabs ont exploré sur ce seul site environ , qui étaient alignés.

Histoire de la nécropole dite

vignette|gauche|alt=Groupe de statuettes représentant une divinité féminine avec un chapeau|Groupe de statuettes de terre cuite représentant Déméter.

Selon Abdelmajid Ennabli, la nécropole des Rabs est occupée du au mais surtout au - Un tiers des tombes datent du et deux tiers du . Selon Salah-Eddine Tlatli, la nécropole de la colline de Sainte-Monique est datée du . La nécropole est utilisée à partir du - et cela jusqu'à la destruction de la cité punique à l'issue de la troisième guerre punique en 146 av. J.-C. selon Colette Picard.

Les nécropoles évoluent au fil du temps, des zones étant réservées . Les tombes passent donc d'un caractère individuel à un caractère collectif. Au , les rites funéraires utilisés sont l'incinération et l'inhumation ; les défunts sont accompagnés dans leur dernière demeure par des bijoux d'or, des ivoires sculptés, des vases de bronze et de céramiques siciliennes ou étrusques. Pendant l'époque hellénistique, du au , l'incinération domine, les restes étant conservés dans un coffret de calcaire. Il y a alors .

Du fait de la richesse du mobilier retrouvé et de l'architecture des tombeaux, il est admis que la nécropole des Rabs accueille les sépultures de la haute société carthaginoise. Selon Colette Picard, le cimetière aurait accueilli les prêtres et les prêtresses de Carthage. Le clergé de Carthage est alors nombreux et issu de l'aristocratie punique mais sans disposer d'un pouvoir politique. De nombreuses femmes occupent des . Le rôle de ces dignitaires est cantonné à la célébration des cérémonies religieuses et des sacrifices, basés sur des tarifs dont un exemplaire provenant de la capitale punique a été retrouvé à Marseille au milieu du .

vignette|alt=Plan régulier d'une ville|Plan de la Carthage romaine avec la cadastration mise en place ; le secteur de la nécropole est situé hors des limites de la ville.

Le site de la nécropole n'est pas occupé de façon dense à l'époque romaine, au cours de l'histoire de la . Le site a accueilli un édifice en identifié comme un par Alfred Louis Delattre. La découverte de statuettes de terre cuite d'époque punique dédiées à Déméter a entraîné l'hypothèse que se trouvait là le temple de Déméter consacré à Carthage au début du pour réparer la destruction d'un temple à la même divinité lors des guerres siciliennes. Cette hypothèse, balayée par Stéphane Gsell, peut cependant être étayée par la découverte d'éléments architecturaux : un chapiteau stuqué est découvert par Charles Saumagne, un autre est retrouvé par un militaire et déposé au musée du Bardo en 1926. Gilbert Charles-Picard, Alexandre Lézine puis Naïdé Ferchiou acceptent pour leur part l'hypothèse d'un temple. Pierre Cintas évoque un temple ayant existé de l'époque punique à l'époque romaine.

La nécropole est visitée ultérieurement pour en dérober les objets précieux. Le sarcophage du prêtre a été profané dès l'antiquité, tout comme celui de la prêtresse, à l'endroit où le marbre était le moins épais.

Organisation et architecture des tombeaux de la nécropole des Rabs

vignette|gauche|alt=Accès à une tombe construite dans la roche avec une surélévation|Accès d'une tombe à dromos dans le parc des thermes d'Antonin (image d'illustration).

L'accès aux chambres se fait soit par des puits soit par des accès de type dromos. À partir du , les tombes à puits d'une profondeur variée apparaissent à Carthage. Les puits sont profonds en moyenne de dans la nécropole de Sainte-Monique mais peuvent être beaucoup plus profonds, jusqu'à . La profondeur des puits est une question de sécurité contre les voleurs mais aussi de prestige, voire obéit à des motifs religieux. Des entailles réalisées dans le puits permettent aux personnes souhaitant monter ou descendre de poser les pieds .

vignette|alt=Groupe de tombes remblayées à côté d'un mur en ruines|Groupes de tombes à puits dans le parc archéologique des thermes d'Antonin (image d'illustration).

Les tombes ont été creusées avec plus ou moins de soin et l'ont été en prenant en compte la nature de la roche. Le sol peut être constitué de roche, terre battue ou sable. La baie d'accès aux chambres funéraires de sur peut comporter une console sculptée dans la roche. Les murs des chambres funéraires sont taillés soigneusement, enduits de stuc avec parfois de la poudre de marbre. Certaines parois sont pourvues d'un décor d'enduits de stuc, et Alfred Louis Delattre a noté une corniche à l'entrée d'une chambre voire dans les chambres. Le plafond des tombes les plus riches peut éventuellement posséder un lambris de bois, comme dans la tombe de Yada'milk constitué de bois d'essences variées des forêts de Kroumirie ou de Cyrénaïque mais au caractère imputrescible. Les puits peuvent peu à peu comporter plusieurs chambres funéraires, destinées par exemple à des couples. Ces chambres mesurent sur sur une hauteur de .

Les avaient disparu lors des fouilles. Il y a peut-être eu dans la nécropole des édifices monumentaux, des mausolées comme celui de Dougga, Sabratha ou le Medracen parmi d'autres exemples parvenus jusqu'à nous ; en effet des éléments d'architecture ont été retrouvés lors des fouilles sur le site d'Ard el-Khéraïb ou de Byrsa. Alfred Louis Delattre a décrit un édifice recouvrant plusieurs puits funéraires. La ville peut disposer durant l'Antiquité de carrières situées non loin ; en effet les pierres peuvent être transportées depuis les carrières du cap Bon à travers le golfe de Tunis, puis taillées sur place.

L'emplacement de la sépulture est marqué par une pierre ou un cippe, pourvu ou non d'inscriptions destinées à . Des stèles anthropomorphes utilisées à partir du ont été retrouvées, figurant un personnage dans une attitude de prière. Les inscriptions funéraires ont été retrouvées surtout dans le . Ces épitaphes sont parfois gravées sur des dalles incrustées à l'entrée des tombes et destinées à les fermer, sur des tablettes de pierre encastrées en forme de , ce sont de .

Redécouverte Fouille ancienne

vignette|upright|alt=Représentation sur une carte postale de l'exhumation d'un sarcophage pendant des fouilles archéologiques.|Carte postale ancienne figurant la sortie d'un sarcophage lors des fouilles de la nécropole par Alfred Louis Delattre.

À partir de 1878 et jusqu'en 1906, les nécropoles de Carthage sont fouillées par Alfred Louis Delattre : la colline de Junon, Byrsa, Douïmès, Bordj Djedid et Sainte-Monique sont explorées. Paul Gauckler explore une partie des nécropoles en parallèle et dans un contexte de rivalité avec le père blanc. Les fouilles archéologiques sont souvent .

La nécropole des Rabs est découverte en 1897, même si des tombes sont signalées avant cette date par des . Le site est fouillé par son découvreur de façon entre 1898 et 1905 ou 1906, et avec une . Les fouilles se sont déroulées dans des conditions déplorables au vu des conditions actuelles mais conformes en tous points à ce qui se pratiquait au début du . L'architecture des sépultures n'est que très peu étudiée. Alfred Louis Delattre place ses ouvriers sur plusieurs zones d'un même secteur et livre une conclusion générale par secteur.

Le service des armées lève un plan dès 1898. Un plan partiel est également publié dans un numéro de la revue Cosmos en 1904. Cependant, certains considèrent Delattre comme fautif du fait de son amateurisme, car aucun plan complet de la nécropole n'a été levé. La finalité des fouilles est de dégager du matériel funéraire afin d', ces campagnes livrant en effet .

Les fouilles sont financées alors par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Le fouilleur l'alerte périodiquement de l'avancement de ses travaux, et fait des rapports sur les sarcophages, ce qui permet de livrer des détails disparus depuis. La constitue également une ressource. De nombreux éléments de céramique ordinaire sont également détruits .

vignette|gauche|alt=Carte postale ancienne représentant un groupe de personnes autour d'une installation destinée à faire sortir un sarcophage en forme de femme d'un puits funéraire.|Sortie d'un sarcophage anthropomorphe dans la nécropole des Rabs, avec le père Delattre au premier rang à droite.