La notion de spiritualité (du latin ecclésiastique spiritualitasLe Petit Robert 2011, page 2423) comporte aujourd'hui des acceptions différentes selon le contexte de son usage« En dehors du contexte francophone, le terme spiritualité est un terme relativement nouveau dont la signification est d’ailleurs largement fluctuante »p.4 : « Le concept de spiritualité est un concept très vaste et qu'il va nous falloir le délimiter dans le contexte de ce travail. Analysant le mot "spiritualité" dans le tome de ce chef-d’œuvre (commencé en 1928 bientôt achevé) des dictionnaires encyclopédiques qu'est le Dictionnaire de Spiritualité Ascétique et Mystique, Aimé Solignac souligne que le mot a pris successivement trois sens principaux au fil des siècles: un sens religieux appliqué à la vie spirituelle, un sens philosophique pour désigner un "mode d'être" ou un "mode de connaître" et un sens juridique par antithèse au "temporel." Les recherches de Solignac sur l'histoire de ce terme l'amènent à conclure que "le sens philosophique ne subsiste guère que dans des expressions consacrées, comme la spiritualité de l'âme. Le sens juridique a pratiquement disparu à la fin du . Par contre, le sens religieux a fini par prédominer.». Elle se rattache conventionnellement, en Occident, à la religion dans la perspective de l'être humain en relation avec un ou des êtres supérieurs (Dieu, dieux, ou esprits), souvent en vue du salut de l'âme.
Elle se rapporte, d'un point de vue philosophique, à l'opposition de la matière et de l'esprit (voir problème corps-esprit) ou encore de l'intériorité et de l'extériorité« délimiter la notion de spiritualité et se demander à quels champs de signification elle se rattache (…) la notion d’âme (…) l’opposition matière et esprit (…) l’opposition intériorité et extériorité ». Elle qualifie l'activité de l'esprit en tant qu'elle se rapporte à lui-même, séparément de ce qu'il n'est pas ou plus. Par conséquent, est compris comme spirituel tout ce qui se rattache à la nature de l'esprit. Elle annonce le spiritualisme.
Elle désigne également la quête de sens, d'espoir ou de libération et les démarches qui s'y rattachent (initiations, rituels, développement personnel, Nouvel Âge)« Pour plusieurs personnes la notion de spiritualité se limite à la dimension mystique ou religieuse. Watson (Jean Watson «The philosophy and science of caring » 1985a) va au-delà en reconnaissant en chaque personne l’existence de forces existentielles phénoménologiques et spirituelles (…) Forbis (1988) suggère trois définitions pouvant aider à comprendre le concept de spiritualité. La première conception fait référence à la relation de l’être humain avec un être supérieur (…) (ou) à cette qualité de vie qui pénètre la globalité de l’être en unifiant ou transcendant les dimensions d’ordre physiologiques et psychosociales (…) Le besoin de donner et recevoir de l’amour, conserver de l’espoir trouver un sens à la vie, à la maladie et à la mort par le moyen d’une démarche personnelle en vue de se réaliser et de s’actualiser. Ces conceptions démontrent que la spiritualité est un phénomène complexe, difficilement palpable et multidimensionnel ».. Elle peut également, et plus récemment, se comprendre comme dissociée de la religion ou de la foi en un Dieu, jusqu'à évoquer une « spiritualité sans religion » ou une « spiritualité sans dieu »« la notion de spiritualité est neutre par rapport à celle de foi en Dieu ».
Elle désigne parfois des aspects esthétiques dans la littérature« La notion de spiritualité, quand elle rencontre la production et l’activité des écrivains, implique outre les enjeux religieux, philosophique et anthropologique, (…) des dimensions proprement littéraires et esthétiques ».
Religions et spiritualité
Bien que les aspirations et pratiques spiritualistes se soient développées de façon souvent très normative (dans le cadre d’églises établies, ou de rites traditionnels) au point de rendre les termes religion et spiritualité synonymes pendant plusieurs siècles, la notion de spiritualité s'est de plus en plus appliquée dans les travaux de théologiensReligion and Spirituality: Strangers, Rivals, or Partners ? par , professeur de théologiehttp://www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/psyreli/documents/RTL-Spirituality.pdf Spiritualité moderne, revue théologique de Louvain, 34, 2003, 473 - 504, par Vassilis Saroglou « Toute religion a sa spiritualité, à savoir sa théorie et sa pratique relatives à la vie et au progrès des croyants dans le but de réaliser les motivations inhérentes à leur foi » ou de sociologuesVoir les travaux de René Barbier, André Comte-Sponville, Edgar Morin, Frédéric Lenoir, Danièle Hervieu-Léger (la notion de « religion en kit »), Jacqueline Costa-Lascoux ou Éric Forgues pour désigner des croyances et comportements humains universels antérieursL'étude de la Religion Au Québec: Bilan et Prospective par Jean-Marc Larouche, Guy Ménard, Éric Bellavance, Presses Université Laval, 2001 « Lorsqu'il s'agit de qualifier les éléments « religieux » de la culture amérindienne, mis à part quelques travaux, [...], le terme « religion » est timidement utilisé [...], pour désigner la religion en dehors de ses cadres institutionnels ou de ses expressions apparentes, le terme « spiritualité » a été de plus en plus préféré » ou postérieurs Frédéric Lenoir : « si la religion est culturelle et collective, la foi et la recherche de sens sont éminemment universelles et individuelles. Un mot permet de bien distinguer la religion communautaire de cette quête personnelle : la spiritualité. Croyant ou non, religieux ou non, nous sommes tous plus ou moins touchés par la spiritualité, dès lors que nous nous demandons si notre existence a un sens, s’il existe d’autres niveaux de réalité ou si nous sommes engagés dans un authentique travail sur nous-mêmes » aux religions historiques et dont la motivation serait liée à l'idée d'une survie après la mort physique, à une notion plus ou moins apparentée à celle de l'âme, en tant qu'entité cohérente et indépendante du corpsTelle que le Bâ de l'Égypte antique, ainsi qu'à des rites propitiatoires proches du chamanisme (pour appeler une bonne chasse, de bonnes récoltes, etc., voir les rites funéraires préhistoriques). Certains voient dans la spiritualité une simple expression de l'instinct de survie, voire un moyen de ne pas se confronter à la réalité de notre condition de mortelspar exemple Henri Bergson dans Les Deux Sources de la morale et de la religion 1932 ; selon d’autres, elle révèle la mémoire intrinsèque de l’immortalité de l’âmeSocrate, dans Le Ménon . Si toute religion est fondée dans une spiritualité, toute spiritualité n'est donc pas une religion. Selon certains auteurs, la distinction se ferait ainsi : il y aurait dans la religion une perspective collective et dans la spiritualité une démarche plus individuelle. vignette|La Nébuleuse de l'hélice, parfois appelée « Œil de Dieu »
Spiritualité dans le cadre de la religion
La spiritualité religieuse est souvent associée à l'origine latine religare, dont le premier sens (Félix Gaffiot) est : attacher par-derrière, relier , attacher, amarrer [les navires au rivage]. C'est une racine possible du mot religion. Il s'agit alors essentiellement dans un sens très extensif de se relier à Dieu, au divin, à une réalité transcendante« Un trait d'union entre l'homme et Dieu, comme entre membres de la même Église » ; un lien qui conduirait, toujours par extension, l'homme à se relier aussi à lui-même, aux autres, à la nature ou à l'universVoir la pensée de Pierre Teilhard de Chardin sur la communion avec Dieu à travers l'univers. Beaucoup d'auteurs cependant, et depuis l'Antiquité (Cicéron), s'appuient sur l'étymologie latine relegere, « relire », peut-être par extension « réécrire », par exemple les rituels, ou se placer dans la perspective d'une nouvelle lecture. Aujourd'hui, dans les études francophones c'est l'étymologie relegere qui est considérée comme généralement admise, tandis que dans les études anglophones c'est plutôt celle de religare.
Après avoir supplanté les spiritualités plus ou moins structurées du paganisme ou de l'animisme, les spiritualités juive, chrétienne, musulmane, se sont développées sans véritable concurrence pendant de nombreux siècles en Occident, jusqu'au siècle des Lumières. Dans tous les pays où ces religions n'étaient pas parvenues à s'imposer, des spiritualités locales ont cependant continué à se développer.
Pratiques associées Différentes pratiques sont issues des spiritualités religieuses : la méditation, la prière, la lecture (de textes sacrés (voir lectio divina) et leurs commentaires, de livres de piété), l'audition (lectures à voix haute, prêches) ; le travail manuel ou intellectuel, la lecture (d'ouvrages savants ou d'autres traditions), l'écriture, le chant (musique sacrée), les « bonnes œuvres » (secours aux nécessiteux ou aux malheureux, prêche, instruction) ; la réflexion, l'engagement dans la société, la rencontre et surtout le dialogue.
Certaines de ces activités sont solitaires, d'autres collectives, certaines se vivent dans la réclusion volontaire (cellule monastique) et d'autres « à l'extérieur » (dans la société civile). Certaines sont contemplatives, d'autres plus pratiques. Le choix des activités et l'importance relative donnée à chacune permettent d'approcher la « spiritualité » qui diffère à chaque courant spirituel.
vignette|Photographie d'un derviche extatique pendant un rituel soufi Toutes ces activités sont expressément définies et organisées lorsque l'expérience spirituelle est vécue au sein d'un monastère (ou son équivalent couvent, ashram, confrérie), les tâches domestiques sont alors également incluses dans le champ de la pratique spirituelle et donc stipulées par la règle monastique.
Notion « d'expérience spirituelle »
La spiritualité n'est pas limitée à une démarche conceptuelle ou dogmatique. L'expérience spirituelle (ou expérience mystique), par la recherche d'intériorité, de connaissance de soi, de transcendance, de sagesse, ou de dépassement des limitations de la condition humaine est indissociable de la démarche intellectuelle. C'est pourquoi la spiritualité débouche généralement sur des démarches corporelles, émotionnelles et mystiques, cherchant à générer une expérience transcendante, une relation (selon l'une des étymologies de religion) avec Dieu, le Soi, la Conscience, l’Âme, le Monde, le Devenir, etc. Pour certains, le but de la spiritualité est une exploration profonde de l'intériorité, conduisant à l'éveil spirituel« une spiritualité qui accentue la dimension expérientielle de la religion et qui veut explorationner l’intériorité profonde de la personne humaine. Je n’hésiterais pas à qualifier un tel éveil spirituel de « signe des temps »», une conversion intime, ou l'accession à un état de conscience modifié et durable.
L'expérience spirituelle n'abolit pas de manière absolue les conditionnements, mais, en ouvrant l'homme à une dimension qui les transcende, elle l'en rend intérieurement libre. [Desjardins Arnaud et Farcet Gilles, Regards sages sur un monde fou, La Table Ronde]
Spiritualité hors du cadre des religions
Humanisme, néopaganisme, spiritualité laïque, New Age