La campagne de Nuku Hiva est un conflit armé entre des forces armées des États-Unis et les habitants polynésiens de Nuku Hiva pendant la guerre anglo-américaine de 1812. Le conflit se déroule en 1813, à la suite de la décision du capitaine David Porter de mouiller sa flotte de navires dans l'archipel des Marquises pour y effectuer des réparations, avant de continuer sa guerre de course contre les navires britanniques. Dès leur arrivée, les Américains sont impliqués dans une guerre tribale et s'allient aux clans de la province de Te I'i contre les clans Hapaa et Tai Pi.
Contexte
Guerre anglo-américaine
Dans le cadre de la guerre opposant les jeunes États-Unis d'Amérique à l'Empire britannique, débutée en 1812, le capitaine David Porter, commandant l', une frégate de 32 canons lancée en 1799, s'est déjà illustré dans l'Atlantique Nord en capturant dix navires ennemis. L’Essex descend ensuite dans l’Atlantique sud, où il doit rencontrer l' de William Bainbridge et le au large des côtes du Brésil. Mais la rencontre n’a pas lieu, ces derniers ayant rencontré une résistance ennemie, et Porter décide alors de sa propre initiative de contourner le cap Horn et de naviguer dans le Pacifique. Les Britanniques ne disposent pas dans cet océan de moyens suffisants pour assurer une surveillance effective et protéger leur flotte de commerce et leurs baleiniers. Pour pallier ce manque, nombre d'entre eux ont reçu des lettres de marque qui les autorisent à attaquer les baleiniers américains, ce qui a quasiment détruit cette industrie. Porter se propose donc d'effectuer une campagne de corsaire à l'encontre de ces navires, en harcelant l'industrie baleinière britannique au large de l'Amérique du Sud et autour des îles Galápagos. Début mars l’Essex franchit le cap Horn et devient le premier navire de guerre américain à naviguer dans le Pacifique.
Opérations dans le Pacifique Après le passage difficile du cap, l’Essex arrive le à Valparaiso, au Chili, non sans avoir pris deux goélettes anglaises en cours de route. Dans les cinq mois qui suivent, Porter prend treize navires, dont l’Atlantic, qu’il garde auprès de lui et rebaptise l'. L’impact sur l’industrie baleinière britannique est important ; Porter chiffre les dommages infligés à deux millions et demi de dollars américains.
Pendant des mois, les Américains croisent dans les mers du Sud et capturent plusieurs baleiniers britanniques, plus un baleinier américain précédemment capturé, qu'ils intègrent à la marine des États-Unis. En , l'Essex a sérieusement besoin de réparations et Porter décide de se diriger vers Nuku Hiva, une île des Marquises, craignant qu'une escadre britannique ne le trouve s'il choisit de se réfugier dans un port d'Amérique du Sud.
La flotte qui arrive aux Marquises comprend lUSS Essex et le baleinier américain libéré le Barclay, ainsi que neuf baleiniers britanniques capturés : le (22 canons), le (18 canons), l'Essex Junior (16 canons), le (12 canons), l' (11 canons), le (10 canons), le (10 canons), le et le , tous deux de huit canons.
Au total, le capitaine Porter dispose d'un peu plus de 200 officiers et marins, accompagnés d'un petit détachement d'une vingtaine de marines au maximum, sous le commandement du lieutenant John M. Gamble. L'un des marins est le jeune aspirant David Farragut, fils d'un ami de Porter, qui deviendra plus tard le premier amiral de la marine américaine. De plus, de nombreux prisonniers des navires ennemis capturés se sont portés volontaires pour servir.
Intervention Fondation de Madisonville Porter arrive au large de Nuku Hiva le , et baptise l'île Madison's Island en l'honneur du président américain James Madison. Il commence alors à préparer l'établissement de la première base navale américaine dans le Pacifique, ainsi que d'une petite colonie, nommée Madisonville, pour loger les marins.
Le petit Fort Madison, doté de quatre canons, est également construit sur une colline au nord-est de la baie de Taiohae, que Porter renomme Massachusetts Bay. Le , une cérémonie officielle de lever de drapeau a lieu, une salve de dix-sept coups de canon est tirée, et un message est enterré dans le sol pour que les futurs Européens le trouvent, s'ils tentaient de coloniser l'île après le départ de Porter et de ses hommes. La déclaration stipule que les Te I'i sont des sujets des États-Unis et que ces derniers ont officiellement revendiqué l'île, dont Porter espère qu'elle deviendra une importante base navale. Pendant ce temps, les marins ont également gratté la coque en cuivre de l'Essex et utilisé de la fumée pour chasser plus de 1 000 rats qui se cachaient dans ses structures.
Les Américains décrivent les guerriers indigènes comme étant de grande taille et de couleur cuivrée, avec des tatouages sur tout le corps. Ils portent des pagnes et certains des capes faites d'écorce d'arbre ; les guerriers arborent également des u'u - de grandes massues de bois - ou des lances. Les femmes sont vêtues de la même manière que les hommes et sont amicales avec les marins. On découvre qu'un Anglais nommé Wilson vit sur l'île depuis de nombreuses années. Il sert d'interprète entre les Américains et les chefs MarquisiensBoot, pp. 31-34.
Expédition de Downes gauche|vignette|203x203px| Un guerrier de Nuku Hiva par Wilhelm Gottlieb Tilesius von Tilenau, 1813 À l'époque, Nuku Hiva est habitée par de nombreuses tribus, dont les villages sont séparés par des crêtes montagneuses hautes de plusieurs centaines de mètres. La zone autour de Taiohae, avec Madisonville, est contrôlée par le chef Kiatonui des Te I'i. En échange des droits de construction de la base, Kiatonui exige que les Américains deviennent ses alliés et l'aident à mener la guerre contre le clan des Hapaa.
Alors que la majorité des Américains construisent encore leur campement, le lieutenant John Downes, John Gamble et une section de quarante marines reçoivent l'ordre de se rendre dans une redoute située à l'intérieur des terres, en altitude.
La principale difficulté de cette expédition consiste à transporter un canon à roues de 6 livres. L'étonnement des aborigènes face aux armes à feu avait déjà été noté lors de leur débarquement sur l'île. Plusieurs centaines de guerriers Te I'i accompagnent l'expédition, qui quitte la côte la première semaine de novembre.
Après avoir traversé la jungle, Downes et ses hommes trouvent l'endroit occupé par 3 000 à 4 000 ennemis. Les Te I'i et leurs alliés américains attaquent. Au cours du combat, une pierre frappe Downes à l'estomac, le blessant. Un marin est blessé d'un coup de lance dans le cou, mais il semble avoir survécu. Le lieutenant Gamble est repéré par un guerrier Hapaa de forte corpulence, qui le charge avec un u'u. Tirant son épée mamelouke, Gamble empêche la massue de l'assommer, tandis qu'un autre marine, le voyant se débattre, braque son mousquet sur la tête du guerrier Hapaa. Le coup de feu, tiré à seulement un pied de distance, faillit décapiter celui-ci.
L'assaut est un succès, et Downes rapporte que ses hommes ont tué cinq ennemis et que les Te I'i ont massacré les blessés à coups de massue. Il se dit également très surpris que ses alliés ne mangent pas les morts, mais qu'ils utilisent leurs os pour fabriquer des colliers et des manches d'éventail. Les jours suivants, les chefs des Hapaa arrivent sur la côte pour conclure un accord de paix. L'une des conditions exige que les Hapaa se battent aux côtés des Te I'i et des Américains lors d'une autre opération contre les Tai PiBoot, pp. 34-35.
Expédition de Porter Peu de temps après cet affrontement, les Tai Pi déclarent la guerre aux Te I'i, aux Hapaa et aux Américains.
C'est ainsi qu'à lieu l'un des débarquements amphibies les plus importants de l'histoire des opérations américaines dans le Pacifique au cours des années 1800. Alors qu'il n'y avait pas la moindre opposition, la flotte du capitaine Porter, accompagnée d'environ 5 000 guerriers alliés, répartis dans au moins 200 , attaque la côte tenue par les Tai Pi. Trente-six officiers et hommes, équipés d'un canon, commandés personnellement par Porter, mènent ensuite une expédition jusqu'à une forteresse aux murs de plus de deux mètres de haut. Une bataille s'engage lorsque les Tai Pis tendent une embuscade à la colonne dans la jungle près du fort.
Porter écrit : Des escarmouches éclatent et l'expédition continue à avancer, rencontrant une résistance de plus en plus forte au fur et à mesure qu'elle progresse.
La colonne finit par atteindre le fort, où s'engage une bataille rangée qui durera des heures. Les Te I'is et les Hapaa font le plus gros du travail d'attaque tandis que les Américains éliminent les guerriers ennemis avec leurs mousquets ; le canon est dirigé vers les fortifications. Un sergent des marines informe le lieutenant Gamble et le capitaine Porter de la situation désespérée dans laquelle ils se trouvent. Les soldats de son escouade n'ont plus que trois ou quatre cartouches de munitions. Gamble et quatre hommes sont autorisés à retourner sur la plage pour se réapprovisionner, mais à leur arrivée, la situation avec leurs alliés indigènes s'est détériorée.
Des milliers de Tai Pis occupent la position fortement défendue et parviennent à repousser les attaques des clans ennemis. Vers la fin de l'engagement, les Te I'is et les Hapaas s'enfuient, laissant les trente-six Américains se débrouiller seuls. Le capitaine Porter demande au lieutenant Gamble d'ordonner à ses marines de couvrir la retraite jusqu'à la plage. Gamble positionne ses hommes à l'orée d'un buisson pour une dernière salve décisive afin de s'assurer qu'une forte force ennemie ne les poursuive pas. Durant l'opération, un des américains est tué et deux autres sont blessés. L'une des victimes est le lieutenant Downes, qui souffre d'une grave fracture de la jambe. , déclarera Porter, qui reprend ensuite la mer pour MadisonvilleBoot, pp. 35–36.
Bataille de la vallée de Taïpi droite|vignette|200x200px| Une lithographie de 1846 de Nuka Hiva. Lorsque la nouvelle de la défaite de Porter se répand, les guerriers Te I'i et Hapaa commencent à se retourner contre les Américains, ce qui leur fait craindre que Madisonville soit envahie et que ses habitants soient massacrés. Porter écrit : . Porter conduit alors la plupart de ses hommes dans une seconde mission en territoire ennemi jusqu'à la vallée de Taïpi, cette fois-ci par voie terrestre et avec l'aide limitée des Te I'i.
La vallée, qui s'étend sur quinze kilomètres de long sur cinq de large, est le cœur des Tai Pi, où se trouvent leurs villages et où ils récoltent des noix de coco et des fruits à pain. En faisant un détour pour éviter le fort solidement défendu près de la côte, Porter peut lancer une attaque surprise et utiliser le terrain et ses armes plus performantes à son avantage. Pendant une nuit, la colonne progresse jusqu'au sommet d'une crête surplombant la vallée, mais comme les Américains sont épuisés par cette longue marche, Porter décide d'attendre le lendemain matin pour passer à l'attaque. Le jour suivant est pluvieux et venteux selon les rapports, et l'humidité a temporairement altéré la poudre à canon. L'expédition passe donc une autre journée à se reposer et à attendre que la poudre sèche.
Finalement, le , l'expédition lance son attaque et, peu après, les Américains et les Te I'is tombent dans une nouvelle embuscade qu'ils combattent. Le capitaine Porter envoie ensuite aux chefs Tai Pi un message leur enjoignant de cesser immédiatement les hostilités, faute de quoi leurs villages seront brûlés. Porter attend un certain temps et, lorsqu'il devient évident que le message a été ignoré, l'avancée se poursuit. Les forces américaines et les Te I'is finissent par l'emporter lorsque la nuit arrive et que l'ennemi se retire. Il n'y a pas eu de pertes américaines.