Geneviève de Paris, surtout connue comme sainte Geneviève, née vers 420 à Nanterre (Nemetodurum) et morte entre 502 et 512 à Paris (Lutetia), est une personnalité religieuse chrétienne catholique (nicéenne) de la Gaule romaine à la fin de l'Empire romain d'Occident (476) et au début de la dynastie des rois francs mérovingiens.

Sa vie est connue surtout à travers sa Vita, un texte hagiographique mais rédigé peu de temps après sa mort à l'initiative de la reine Clotilde, veuve de Clovis.

Issue d'une famille de notables de la cité des Parisii, elle se voue très tôt à la vie religieuse, mais aurait aussi occupé la place de son père défunt à la curie de la cité. Elle joue probablement un rôle important, devenu légendaire, lorsque l'armée d'Attila met le siège devant la ville en 451, puis lève le siège sans l'avoir attaquée, ce qui est considéré comme le résultat de l'intervention de Geneviève.

Elle joue aussi un rôle après que le roi des Francs saliens Clovis a conquis en 486 le royaume de Soissons (incluant Paris) et mène une politique en accord avec les évêques de Gaule, contre les ariens que sont les Wisigoths (dont le royaume de Toulouse est conquis par Clovis en 507) et les Burgondes (qui tiennent notamment Lyon).

Très tôt reconnue comme sainte, mais canonisée par le pape seulement en 1962« Sainte Geneviève », sur le site du diocèse aux armées., elle est aujourd'hui la sainte patronne de la ville de Paris, du diocèse de Nanterre et de la Gendarmerie nationale. Elle est fêtée en général le .

La forme latine de son nom, Genovefa, donne l'adjectif « génovéfain », qui était utilisé pour désigner les membres de la congrégation de France, les « Génovéfains », en raison de leur implantation d'origine, l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris.

Une source unique : la Vita de Geneviève La seule source d'informations sur Geneviève est la , une Vita, texte hagiographique écrit probablement à la demande de Clotilde, épouse de Clovis. L'auteur est probablement un prêtre d'origine burgonde de l'abbaye Saint-Martin de Tours, installé par la reine à Paris.

Il affirme écrire dix-huit ans après la mort de la sainte (donc vers 520 ou 530), ce qui en fait un des rares du en Gaule..

Cette hagiographie, empreinte de merveilleux et dépourvue de chronologie, rassemble cependant tout ce que son auteur savait d'elle par des témoins directs encore vivants pour glorifier Geneviève et Clovis..

Clotilde, missionnaire antiarienne installée à Tours, foyer de la propagande antiarienne après la mort de son époux, veut ainsi mettre en avant la figure de Geneviève, catholique romaine, qui, en privilégiant la lutte contre les Wisigoths ariens à l'instar de son modèle, saint Martin, a fait de son triomphe celui de Clovis et de l'orthodoxie du christianisme nicéen.

Onomastique , dans sa Vie de sainte Geneviève, donne une origine celtique au nom de Geneviève (en latin Genovefa). Selon lui, en langue galloise genoeth veut dire « jeune fille » (en gaulois : genata « jeune fille »).. Mais cette étymologie est peu vraisemblable car il manque l'élément -eth ou -ata ; de surcroît, -vefa ne correspond à rien dans les langues celtiques.

Le nom Genovefa est vraisemblablement la latinisation d'un nom francique *Kenowīfa ou *Kenuwefa, nom féminin constitué de deux éléments ken- « genre, race » (apparenté à en anglais) wīf « femme » (apparenté à en anglais et en allemand)Albert Dauzat (préface de Marie-Thérèse Morlet), Noms et prénoms de France, éditions Larousse 1980, p. 314 ab...

Pourtant, la plupart des font état d'une autre étymologie germanique, à savoir : *ginu- (« grand, spacieux ») et *waifō- (« remuant »)Wilfried Seibicke, Historisches Deutsches Vornamenbuch (Band 1-4), de Gruyter, 1996.Rosa und Volker Kohlheim, Duden : Das große Vornamenlexikon, Herkunft und Bedeutung von über 8 000 Vornamen, 2016.Site de Nordic Names : origine du nom Geneviève (lire en anglais) Gulbrand Alhaug, 10 001 navn - Norsk fornavnleksikon, 2011.

Contexte historique Geneviève vit durant le dernier siècle de l'Empire romain d'Occident, dans la cité des Parisii, dont le chef-lieu est Lutèce (Lutetia) (province de Lyonnaise II, dont le chef-lieu est Rouen ; diocèse des Gaules ; préfecture du prétoire des Gaules).

La situation de l'Empire romain en Occident est très dégradée en raison des invasions germaniques, alors que l'Empire d'Orient (capitale : Constantinople) reste assez stable. À cette époque, le Sud-Ouest de la Gaule romaine est tenu par le royaume fédéré des Wisigoths de Toulouse ; le Sud-Est par le royaume des Burgondes ; le Nord, par le royaume fédéré des Francs Saliens. La région de Lutèce en revanche est encore sous autorité romaine, dans ce qu'on appelle le royaume de Soissons (Aetius, Syagrius).

Les principaux événements historiques durant la vie de Geneviève sont au nombre de trois :

à la fin des années 440, l'irruption en Gaule de l'armée du roi des Huns Attila, à l'origine d'un épisode célèbre dans la vie de Geneviève, le siège de 451 ; la fin de l'Empire romain d'Occident (476), lorsqu'un chef germain dépose l'empereur et renvoie les insignes symboliques à Constantinople ; en 481, l'avènement comme roi des Francs Saliens de Clovis, qui conquiert le royaume de Soissons en 486, puis le royaume wisigoth de Toulouse en 507.

Éléments biographiques vignette|260px|Vitrail de sainte Geneviève rencontrant saint Germain et saint Loup.Église de Saint-Julien-du-Sault.

Origines familiales Les origines sociales de la sainte ont fait l'objet de recherches et de débats. Jacques Dubois et Laure Beaumont-Maillet ont établi que Geneviève est issue d'une famille riche de l'aristocratie gallo-romaine de Lutèce, chef-lieu de la civitas des Parisii.

Elle est la fille unique d'un homme appelé Severus (mot latin signifiant « austère »), probablement un Franc romanisé qui, après une carrière d'officier, a exercé une fonction de régisseur de terres appartenant à Empire romainJoël Schmidt, Sainte Geneviève, Perrin, 1999, ; Jeanine Hourcade, Sainte Geneviève hier et aujourd’hui, Médiaspaul, 2005, 44. ., et est décurion de la cité des Parisii, membre de la curie de la citéDans l'Empire romain, les cités (civitates) étaient administrées par des notables locaux, les décurions, qui formaient la curie et se réunissaient au chef-lieu de la cité (ici : Lutèce). Contrairement à la cités des Parisii, certaines cités étaient très étendues : celle des Pictons (chef-lieu Poitiers/Limonum) s'étendait de Poitiers à l'océan Atlantique..

Sa mère est appelée Geroncia ou Gerontia (nom grec « désignant une personne sage par l'âge et les vertus »), fille d'un officier romain de haut rang..

Carrière religieuse de Geneviève jusqu'en 451 Baptisée, elle se voue très jeune à Dieu. Elle mène une vie consacrée et ascétique, probablement dès l'âge de seize ans.

Selon une légende. à l'origine de l’église Saint-Germain-de-Charonne, elle est remarquée par saint Germain d'Auxerre et par saint Loup de Troyes, qui passent par Nanterre vers 430 durant leur voyage vers la province romaine de Bretagne (actuelle Grande-Bretagne)Jean-Pierre Soisson. Saint Germain d'Auxerre - Évêque, gouverneur et général. Éditions du Rocher, 2011, 222 pages. ..

Selon la , à l'âge de 18 ou 20 ans, elle reçoit à Paris le voile des vierges des mains de l'évêque (qui est inconnu des historiens.).

À la mort de ses parents vers 440, elle quitte Nanterre et vient s'établir chez sa marraine Procula dans l'île de la Cité..

Membre de la curie de la cité des Parisii Geneviève aurait hérité de la charge de membre de la curie détenue par son pèreKate Cooper The Fall of the Roman Household, Cambridge University Press, 2007 , chap. 1.Michel Rouche, Bruno Dumézil (collectif), Le Bréviaire d'Alaric - Aux origines du Code civil, PU Paris-Sorbonne, 2008, Cultures et civilisations médiévales 15. ., charge qu’elle aurait exercée tout d’abord à Nanterre, puis à Lutèce (déjà souvent appelée « Paris »), faisant partie des dix constituant l'aristocratie municipale après son installation dans cette ville chez une « marraine » influenteMartin Heinzelmann, Joseph-Claude Poulin, Les vies anciennes de sainte Geneviève de Paris, Études critiques 1986..

Cela ne fait pas pour autant d'elle le « premier maire de Paris », comme l'écrit la romancière Geneviève Chauvel ..

Geneviève et le siège de Paris par Attila (451) Selon la tradition, lors du siège de Paris par les troupes du roi Attila, grâce à sa force de caractère, Geneviève, alors âgée de 28 ans, convainc les habitants de Paris de ne pas abandonner la ville aux Huns. Elle encourage les Parisiens à résister par des paroles devenues célèbres :

De fait, Attila n'a pas attaqué Lutèce. Mais contrairement à ce qui est souvent cru et représenté, il n'y a pas eu d'entrevue entre Geneviève et AttilaMichel Sot, « Geneviève au secours de Paris », L'Histoire n°469, mars 2020, p. 24-25..

Une autre hypothèse controversée prétend qu'elle aurait averti l'envahisseur d'une épidémie de choléra sévissant dans la région.

Enfin, par ses liens avec les Francs, intégrés au dispositif de défense romain, elle aurait pu savoir qu'Attila voulait s'attaquer d'abord aux Wisigoths en Aquitaine, et ne voulait sans doute pas perdre du temps devant Paris. En tous les cas, le plus important était d'empêcher les Parisiens de risquer leur vie en fuyant..

Quelques semaines plus tard, Attila est vaincu par une coalition des Romains, des Francs et des Wisigoths lors de la bataille des Champs catalauniques et quitte la Gaule.

De 451 (départ d'Attila) à 481 (avènement de Clovis) En 465, elle s'oppose à Childéric D'après Léon Fleuriot, Riothime, un Breton, fut roi des Bretons armoricains et des Francs durant le recul de Childéric. Les Armoricains auraient protégé Paris de l’assaut des Francs., roi des Francs Saliens, qui entreprend un siège de Paris. Elle parvient à ravitailler plusieurs fois la ville avec du blé de la Brie et de Champagne, en forçant le blocus..

La renommée de sa sainteté se répand bien au-delà de la Gaule, à tel point que des marchands de Paris, qui avaient voyagé jusqu'en Syrie et avaient rendu visite à saint Siméon le Stylite, racontaient que le saint, qui ne la connaissait pas, mais qui avait eu une révélation divine particulière à son sujet, leur avait demandé de transmettre ses salutations à Geneviève, en lui demandant de le recommander dans ses prièresHomélie en la fête de sainte Geneviève de Paris, Séminaire orthodoxe russe..

Elle fait bâtir une chapelle sur l'emplacement du tombeau de saint Denis, premier évêque de Lutèce.

Sous le règne de Clovis (481-511)

Elle convainc également Clovis, devenu roi des Francs en 481 et qui conquiert le royaume de Soissons en 486, de faire construire une église dédiée aux saints Pierre et Paul sur le mons Lucotitius, qui porte aujourd'hui le nom de montagne Sainte-Geneviève (actuel arrondissement de Paris).

Mort (502 ou 512) et funérailles La tradition fixe la date de sa mort au , mais l'historiographie récente avance cette date de dix ans ().,

Selon sa Vita, elle meurt à l'âge de 89 ans à l'ermitage de Paris.

Elle est inhumée dans l'église adjacente à l'ermitage, devenue ensuite l'église de l'abbaye Sainte-Geneviève, dont le clocher est visible aujourd'hui dans l'enceinte du lycée Henri-IV (« tour Clovis »).

Postérité Sainte patronne vignette|160px|Sainte Geneviève priant pour arrêter la pluie lors des moissons, cathédrale Notre-Dame de Paris. Sainte patronne de Paris et du diocèse de Nanterre, Geneviève est fêtée le .