Crassula helmsii, la Crassule de Helms, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Crassulaceae. C'est une plante aquatique ou semi-aquatique du groupe des plantes succulentes (à ne pas confondre avec Crassula aquatica).
Aussi dénommée swamp stonecrop ou New Zealand pigmyweed en anglais, parfois vendue sous les noms impropres de Bacopa minimaCrassula helmsii (Kirk) Cockayne, Fiche réalisée par la Fédération des Conservatoires botaniques nationaux, PDF, 4 ppou de Tillaea recurvaDawson, F. H. (1996). Crassula helmsii: attempts at elimination using herbicides ; In Management and Ecology of Freshwater Plants (). Springer Netherlands (résumé)., elle est également appelée « Orpin des marais », « Orpin australien », « Herbe folle pygmée de Nouvelle-Zélande »Crassule de Helm ; fiche rédigée par le Conservatoire botanique national de Brest, par C. Zambettakis.
Cette plante forme des tapis flottant monospécifiques souvent très denses et de plusieurs dizaines de centimètres d’épaisseur. Ceux-ci affectent les écosystèmes des mares et étangs au détriment de nombreuses espèces autochtones (faune, flore, fonge, plancton) et souvent d'espèces déjà menacées Watson W.R.C. (2001), An unwelcome aquatic invader ! Worcestershire Record, issue 10. Ces tapis très denses peuvent parfois localement freiner l'écoulement gravitaire de l'eauNora Pieret et Emmanuel Delbart (2007). Guide de reconnaissance des principales plantes invasives le long des cours d’eau et plans d’eau en Région wallonne. D.d.C.d.E.n. navigables, Ministère de la Région Wallonne, 32 pp..
En Europe, elle fait partie des espèces exotiques envahissantes dont le risque de prolifération a été classé « élevé ».
Aire de répartition (en extension rapide) Cette espèce originaire d'Australie et de Nouvelle-Zélande a été introduite dans de nombreuses régions du monde où elle est localement devenue « envahissante » en posant parfois de graves problèmes de biologie de la conservation. Elle est en effet très résistante aux désherbants et ne semble pas avoir de prédateurs efficaces en Europe Langdon, S. J., Marrs, R. H., Hosie, C. A., McALLISTER, H. A., Norris, K. M., & Potter, J. A. (2009). Crassula helmsii in UK Ponds: Effects on Plant Biodiversity and Implications for Newt Conservation .
Elle a été introduite en 1911 en Angleterre comme plante décorative et oxygénante des bassins d'ornement, puis commercialisée dès 1927 comme plante d'aquarium. Elle ne semble pas s'être acclimatée immédiatement car sa première observation dans la nature date de 1956. Mais elle est maintenant localement densément présente dans certaines zones humides du sud de l’Angleterre, d'Irlande du Nord, d'Allemagne, des Pays-Bas, du Danemark, d'Espagne, de Belgique (inscrite dans la liste noire des espèces invasives) et en France (au nord de la Loire en Ille-et-Vilaine, Finistère, Nord-Pas-de-Calais-PicardieUne nouvelle espèce exotique envahissante en Picardie : la Crassule de Helms !, Seine-et-Marne et Calvados).
Au Royaume-Uni, c'est l'une des cinq espèces de plantes aquatiques dont la vente est - depuis - strictement interdite. C'est la première espèce à avoir été ainsi interdite dans ce pays..
Selon les conservatoires botaniques, elle peut coloniser .
Synonymes Cette plante a aussi été décrite ou vendue sous les noms suivants (aujourd'hui désuets) : Bulliardia recurva Hooker, Crassula recurva (Hooker) Ostenfelf 1918 , Tillaea verticillaris Hooker 1840 , Tillaea recurva Hooker, Tillaea helmsii Kirk.
Description Les tiges sont de longueur très variable selon le contexte (plus courtes sur terre, et jusqu'à sous l'eau, mais plus souvent de 8 à ). Elles sont toujours cylindriques et fines (quelques mm au plus) et peu succulentes, colorées verte à rouge (surtout au niveau de l'insertion des feuilles . Chaque nœud peut émettre des racines qui s'ancrent sur le substrat en situation subaquatique. À faible profondeur (moins de ), la plante se ramifie moins sous l'eau et en milieu d'été ces ramifications deviennent aériennes, se dressant hors de l'eau alors que l'herbier dans son ensemble devient plus dense . Si le niveau d'eau baisse, la plante produit plus de ramifications et la longueur de l'inter-nœuds diminue alors que les feuilles et tiges deviennent plus épaisses et crassulantes. Les feuilles, de forme linéaire et plutôt épaisses (à maturité), sont recourbées et aiguës, à faces parallèles étroites ; en paires opposées et reliées entre elles par une encolure. La feuille mesure de 4 à 24 millimètres de long, et 0,7 à 1,6 mm de large. Sous l'eau les feuilles sont surtout situées à l’extrémité de la tige. Les fleurs sont petites, solitaires blanches à légèrement rose et à quatre pétales. Elles sont toujours situées au-dessus de l'eau. Elles apparaissent en été sur de longs pédoncules floraux issus de l'aisselle des feuilles supérieures émergées. Les fruits : ce sont des follicules abritant 2 à 5 graines chacun. La graine, de de long est lisse et d'une forme elliptique à ovale.
Risques de confusion : en Europe, cette crassule peut être confondue (en phase aquatique, où les feuilles ne sont pas "grasses") avec plusieurs espèces de callitriches.
Habitat Cette espèce est assez ubiquiste (des milieux acides à basiques en passant aux eaux légèrement saumâtres), assez tolérante à l'ombreLa crassule des étangs, Observatoire de la biodiversité de Wallonie, consulté 2015-10-16 et très tolérante à l'anaérobiose du sol comme à une large gamme de température ( en hiver à en été), en supportant des sécheresses prolongées). Elle s'épanouit sur les sols humides des bords et abords vaseux ou sableux des mares, étangs et de certains bras-morts de cours d'eau De Waal, L. C., Child, L. E., Wade, P. M., & Brock, J. H. (1994). Ecology and management of invasive riverside plants. John Wiley & Sons Ltd. (http://www.cabdirect.org/abstracts/19942307955.html;jsessionid=44781BD96BE11EB392701AC94F5D3B25 notice]) où ses tapis denses et monospécifiques couvrent parfois 100 % de la surface disponible. Sous l'eau, elle peut densément coloniser le milieu en s'enracinant jusqu’à de profondeur.
Dans sa zone d'origine (hémisphère sud), elle semble associée à des zones où la pluviométrie est comprise entre 100 et durant l'été austral (novembre-avril) et de 200 à en hiver (mai-octobre), jusqu’à au-dessus du niveau de la mer.
Biologie, écologie Elle peut aussi être semi-submergée ou totalement submergée avec alors des tiges plus allongées. En région fraîche à tempérée, elle ne meurt pas en hiverCrassula helmsii :: Invasive Aliens in Northern Ireland.
Reproduction / dispersion Cette espèce est monoïque, à floraison estivale (juin à septembre) et autopollinisée.
En Europe, elle semble toujours asexuée, via la multiplication végétative (La tige est cassante, et tout fragment de plus de 5 mm de tige contenant un nœud, peut potentiellement engendrer une nouvelle population).
Des fleurs s'autopollinisant et produisant des follicules contenant les graines ont été observées au Royaume-Uni, mais les graines étudiées n'ont pas produit de descendance, ce pourquoi, la production de graines viables est considérée comme en Europe (ou peut-être doivent elles être ingérées par certaines espèces ou dégradées par un champignon ou des bactéries particulières pour pouvoir germer ?).
Cette espèce produit aussi des stolons, qui augmentent encore sa capacité de dissémination rapide.
En outre, de petits bourgeons dits turions se forment en automne, puis se détachent de la tige. Ces propagules permettent à la plante de coloniser d’autres zones, poussés par le vent à la surface de l’eau, emportée par des oiseaux d’eau ou au gré des inondations.
Les hélices de bateaux, certains équipements d'entretien des cours d'eau, propagules ramenés par des hameçons et autres agrès ou matériel de pêche, de même que tout rejet dans la nature de propagules à partir de bassins d'agrément ou aquarium en contenant peuvent contribuer à sa dispersion.
Interactions avec les autres espèces Selon les études disponibles, les pullulations de crassules ont des effets sur la composition ou le fonctionnement des communautés végétales et animales en place : sans réduction globale de la richesse en espèces végétales aquatiques selon Hackney 2006), mais en transformant la proportion des espèces ; réduction du taux de germination d'autres espèces de plantes aquatiques (indigènes) selon Hackney 2006). accroissement de la part d'espèces aquatiques émergentes et/ou de lisières selon Hackney 2006). amoindrissement du nombre d’espèces végétales en pleine eau (Hackney 2006). et diminution de la biomasse d'algues vertes (Charophyceae notamment), en raison d'une compétition pour l'espace (Hackney 2006). Constat de moindre germination fit pour six espèces végétales aquatiques importantes pour le développement des œufs de tritons du Sud ouest de l’Angleterre, mais sans réduction significative de la richesse en espèces végétales et de la banque d'œufs des mares. Les œufs de triton éclosent cependant plus tardivement sur la Crassule de Helm notent Langdon et al. en 2004 Langdon S.J., Marrs R.H., Hosie C.A., MaAllister H.A., Norris K.M., Potter J. 2004. Crassula helmsii in U.K. ponds: Effects on plant biodiversity and implications for newt conservation. Weed Technology 18: 13491352. Les tapis de crassules cachent tout ou partie de la surface de l'eau, diminuant la valeur récréative des plans d’eau. Ces tapis sont en outre parfois dangereux pour les enfants, promeneurs, animaux de compagnie ou d'élevagePieret N., Delbart E. Fiches descriptives des principales espèces de plantes invasives en zones humides FUSAGxEcologie. L’élodée du Canada – Crassula helmsii (Kirk) Cockayne. Cellule d’appui à la gestion des plantes invasives. Proposition de méthodes de gestion préventives et actives de la problématique des plantes invasives aux abords des cours d’eau non navigables en Région wallonne. Consulté 26/11/2009. en ligne .
Culture C. helmsii a été utilisée ou l'est encore en aquariophilie (aquarium d'eau froide). Il est recommandé de ne pas l'introduire dans la nature ou les jardins car une fois installée il est souvent impossible de l'éradiquer et elle peut prendre la place de toutes les autres espèces autochtones. Sa mise en culture est interdite dans certains pays (ex : Royaume Uni, où cette espèce est réglementée par le Wildlife and Countryside Act depuis 1981),
Lutte contre les invasions Sauf quand elle apparait ou quand elle n'est présente qu'en faible quantité (faible biomasse), il est difficile de l'éradiquer à la main, mécaniquement et même à l'aide de désherbants chimiques ;
Dans les années 1990 alors que l'espèce commençait à poser de sérieux problèmes au Royaume-Uni Dawson, F. H., LCde, W., Child, L. E., Wade, P. M., & Brock, J. H. (1994). Spread of Crassula helmsii in Britain. Ecology and management of invasive riverside plants, 1-13.Leach, J., & Dawson, H. (1999). Crassula helmsii in the British Isles-an unwelcome invader. British Wildlife, 10, 234-239. des études ont porté sur les moyens de la contrôle par des désherbants chimiques, dont avec le NERC Institute of Freshwater Ecology, River Laboratory.