La Lucanie (en latin : , en grec : ) était un ancien district d'Italie du Sud pendant l'Antiquité, : Lucania et Bruttium.

La Lucanie s'étendait de la mer Tyrrhénienne au golfe de Tarente. Selon Strabon, elle débute à l'ouest avec l'embouchure du fleuve Silaris, le Sele actuel, et s'achève au niveau du fleuve Lao, et de la cité éponyme Laos. Au nord, elle jouxtait la Campania, le Samnium et les Pouilles (dans sa partie daunienne), et au sud, elle était séparée du Bruttium à l'époque républicaine, auquel elle est jointe lors de la création des régions augustéennes de l'Italie. Le territoire recouvrait ainsi presque toute la région actuelle de la Basilicate, avec la plus grande partie de la province de Salerne (Cilento) et de Cosenza actuelles. Les limites précises étaient déterminées sur la côte nord-ouest par la rivière Sélé, qui la séparait de la Campanie et sur le nord-est par le Bradano, qui se jette dans le golfe de Tarente ; à l'ouest et l'est les deux petits cours d'eau et Crati, coulant de la crête des Apennins jusqu'à la mer ont marqué la limite avec le Bruttium.

La Lucanie tire son nom du peuple des Lucaniens, qui fait son apparition dans la littérature antique à la fin du , s'illustrant notamment par la conquête de Paestum, la prise de Laos, et plusieurs batailles menées contre des colonies de Grande Grèce (Thourioi en 389 av. J.-C., Tarente). Les Lucaniens sont un peuple qui, toujours selon les sources anciennes, serait issu de la souche samnite, qui lors d'une « migration sacrée », aurait fondé ce nouvel ethnos. Les Lucaniens auraient ainsi pris la place et/ou assimilé les populations précédentes de la région : Chônes, Morgèles, Œnôtres, Opiques, Peucétiens, Serdées…, et fondé une nouvelle confédération de peuples, parlant l'osque.

Géographie

Des descriptions anciennes Les descriptions anciennes de la Lucanie nous sont parvenues par Strabon notamment au livre VI de sa géographie :

Passée l'embouchure du Silaris, nous entrons en Lucanie : là se succèdent [le long de la côte] le temple de Héra Argienne fondé, dit-on, par Jason, et un peu plus loin, à une cinquantaine de stades, la ville de Poséïdonia.

À la suite de Pyxoûs nous rencontrons le golfe de Laos, avec un fleuve et une ville de même nom. Cette ville, la dernière de la Lucanie, est une colonie de Sybaris, elle est bâtie un peu au-dessus de la côte.

Premièrement cette définition que donne Strabon a ses limites : les frontières internes de cette Lucanie, qu’il décrit essentiellement par le versant Tyrrhénien, sont mal identifiées par le texte. La description souffre d’une vision « maritime » du territoire, lui qui longeait les côtes du Nord au Sud pour décrire la Lucanie. Il est raisonnable de penser que Strabon avait une méconnaissance partielle de l’arrière-pays Lucanien  en définitive relativement éloigné des des colonies grecques et des grands ports.

On retrouve cette idée dans ce passage de Strabon :

Pour ce qui est de la côte opposée, les Lucaniens n'y atteignirent point tout d'abord ; les Grecs, maîtres du golfe de Tarente, s'y étaient établis ; et avant l'arrivée des colonies grecques, c'est-à-dire à une époque où la nation lucanienne n'existait même pas encore, c'étaient les Chônes et les Œnôtres qui y dominaient. Les Samnites, qui ne cessaient d'étendre leur puissance, chassèrent les Chônes et les Œnôtriens, et envoyèrent dans le pays la première colonie lucanienne ; or, celle-ci trouva les Grecs en possession du littoral des deux mers jusqu'au détroit de Sicile, et il s'ensuivit une longue guerre entre les Grecs et les Barbares.

La dénomination géographique de Lucanie est aussi documentée par le Pseudo-Scylax, qui la décrit comme une région élevée, aux côtes plutôt hautes et escarpées (). Comme Strabon, il évoque Poséïdonia comme le commencement de la Lucanie au nord-ouest, puis il suit la côte jusqu’à Rhêgion, après sa description de la Sicile, résume sa description de la Lucanie avec la description de Locres et de Thourioï. Après Thourioï se situeraient les Iapyges, à partir d’Héraclée. La région que décrit le Pseudo-Scylax est cette fois plus centrée sur la Calabre actuelle et le versant Tyrrhénien, que sur l’association Campanie-Basilicate-Nord Calabre que l’on peut lire chez Strabon. De même, Antiochos de Syracuse décrit la Lucanie comme étant plutôt localisée vers le talon de la botte, l'Apulie. Il faut voir dans ces différences de délimitations des différences de projets politiques et de contexte d'écriture : Antiochos de Syracuse suit par exemple assez clairement les ambitions péninsulaires des souverains siciliens de l'époque classique.

Topographie et occupation La quasi-totalité du territoire est occupé par les Apennins. La crête des montagnes depuis la mer à l'Ouest se poursuit jusqu'au Samnium, à quelques milles du golfe de Policastro où la mer la sépare par un passage étroit du Bruttium. Juste à la frontière de la Lucanie se trouve le mont Pollino (), le plus haut sommet des Apennins du Sud. La montagne descend par une pente douce jusqu'à la plaine côtière du golfe de Tarente.

Les fleuves qui coulent vers la mer Tyrrhénienne (Sele, Lao, Noce) sont de moindre importance par rapport à ceux qui descendent vers le golfe de Tarente. Les plus importants sont le Bradano, le Basento, l'Agri et le Sinni. Le Crati, qui forme à son embouchure la limite méridionale de la province, appartient presque entièrement au territoire du Bruttium et reçoit des montagnes de Lucanie un affluent, le Coscile. Le fleuve le plus important du versant occidental et qui délimite la partie nord est le Sélé. Il a deux affluents importants, le Calore Lucano (ou Calore Salernitano) et le (ou Negro).

Cette région historique possédait des forêts très denses qui ont été exploités aussi bien par les Romains que par les autres peuples ayant habité ces terres.

La plus grande partie de ce qu’on désigne comme la Lucanie est donc montagneuse. S’il existe des chemins connus et attestés depuis la préhistoire pour franchir les reliefs, c’est une région relativement difficile à parcourir rapidement, même de nos jours. La nature montagneuse et sub-montagneuse du terrain nous incite à avoir une certaine vision déterministe de l’environnement sur les schémas d’implantation de l’habitat et il faut constater que les installations de hauteur, sur des sommets de collines ou des plateaux faciles à défendre, situées entre d’altitude, prédominent dans l’arrière-pays des cités de Grande Grèce. C’est un territoire marqué aussi par les fleuves, de nos jours encore le Basento sert de tracé pour aller de Potenza à Métaponte.

On peut aussi citer l’Agri, le Sinni, le Sele, l’Ofanto, le Tanagro, le Cilento, le Lao. Cette succession de vallées, de plateaux et de montagnes, offre un paysage cloisonné, morcelé entre différents espaces facilement contrôlables depuis ces sites naturellement défendus par la hauteur. La région offre cependant des faciès géologiques différents ; on a évoqué l’importance des vallées fluviales, qui quand elles forment des plaines encaissées, comme pour le Vallo Di Diano, sont propices à des installations humaines.

De même, il est important d’évoquer les cours inférieurs des fleuves, dans les plaines littorales et les littoraux même, qui furent le lieu de prédilection des installations coloniales grecques tout autant que de certains grands sites indigènes dès l’âge du fer. Ces plaines, fertiles et propices aux exploitations agricoles sur de plus grandes surfaces que dans les régions plus accidentées, ont probablement permis aux populations des franges méridionale de la culture villanovienne de sécuriser la production et la subsistance et de développer une logique de production métallurgique caractéristique des modes d’expression des élites antiques.

En matière de ressources, la région semble être dotée d’une grande capacité métallurgique, mais il faut reconnaître l’absence chronique d’études d’archéologie minière dans la région, permettant de dresser une cartographie des centres d’extraction. Ces ateliers de métallurgie sont par ailleurs eux aussi mal connus. L’espace de l’Italie méridionale et de la Lucanie a longtemps servi aux archéologues pour dresser des liens de causalité culturelles entre micro-régions et culture matérielle : de fait on cherchait dans la structuration du paysage des frontières internes, des ruptures culturelles, des sous-ensembles, que l’on justifiait par la diffusion des formes céramiques. Ces ensembles géographiques conservent une pertinence certaine, en ce qu’ils constituaient en effet souvent des axes de circulation, de pénétration de la culture matérielle campano-étrusque, mais aussi grecque, à partir des littoraux.

L’ensemble de la Lucanie est finalement un espace cloisonné, marqué par les grandes vallées fluviales qui relient le sud de la Campanie, la Calabre et le golfe ionien, par les cours du Selè, de l’Ofanto, du Bradano, du Basento, du Sinni, de l’Agri, du Laos, du Noce. Ces vallées ont constitué dès le néolithique et au cours des périodes protohistoriques les voies de communication privilégiées pour la circulation des biens et des hommes. Il faut aussi compter avec les voies terrestres qui connectent ces vallées entre elles, notamment les chemins de transhumance, parcourant les cols et les défilés. Certains ensembles de la région sont remarquables par plusieurs aspects : le Vallo di Diano par exemple est un ancien bassin lacustre et fluvial aux dimensions considérables. Situé dans les hauteurs de l’Appenin méridional, ce bassin s’est peu à peu transformé en vallée fluviale, longitudinale. Le lac initial, formé au pléistocène, fut le produit d’une transgression marine importante. Le val, à l’époque historique, aurait encore été partiellement humide et aurait été une zone paludéenne.

Ces données géomorphologiques expliquent particulièrement le visage actuel du val : parfaitement plat en ce qui concerne le relief et structuré en profondeur par des alternances de bancs sédimentaires types des contextes lacustres : argiles, travertins, sables, tourbes. Sa surface totale est de . Le Vallo Di Diano est parcouru par le Tanagro, affluent du Sele (Silaris), qu’il joint quelques kilomètres après sa sortie du val. Le val est bordé par deux grands massifs calcaires : les Monti Della Maddalena et les monts du Cilento. Les différences chronologiques et stratigraphiques de ces deux massifs ont structuré le paysage : d’une part la structure des monts du Cilento est favorable aux formations karstiques, ce qui explique que les grottes soient exclusivement situées dans ses versants, et d'autre part les sources d’eau y sont relativement inexistantes.

Ces données expliquent assez largement – sans déterminisme absolu – pourquoi les groupements humains ont globalement préféré les versants orientaux du val. Le Vallo di Diano comprend entre autres les sites de Teggiano et de Sala Consilina, intimement liés aux sites campaniens de Cumes et de Paestum. Le Vallo di Diano a été et est encore un des axes de communication majeurs dans l’antiquité, conduisant de la Campanie au sud de la Lucanie, il permet par les affluents de connecter la plaine du Silaris avec les vallées du Basento, du Bradano, de l’Agri et du Sinni.

La Lucanie est bordée par plusieurs plaines littorales, au débouché de fleuves et bordées par des reliefs montagneux internes. Par exemple, la plaine de Métaponte et Siris, mais aussi l’enclave de Velia, de Sybaris. Ces plaines furent les lieux d’installation privilégiée de sites indigènes dès l’âge du Fer et surtout, elles constituèrent, du fait de leur accès à la mer et aux fleuves qui sillonnent ces plaines, un point d’accès privilégié pour les échanges vers l’intérieur des terres comme vers la mer. Les vallées fluviales présentent toutes des avantages naturels : accès à l’eau, défense naturelle par la hauteur, paturages, territoire agricole dans les fonds de vallées.