vignette|Rouen en chantier. vignette|Vue de la place Carnot et de la cathédrale depuis la rive gauche. vignette|Quai de Paris avant la guerre. La reconstruction de Rouen fait suite aux destructions subies par la ville de Rouen, en France, pendant la Seconde Guerre mondiale. La ville a subi des destructions par les bombardements et les incendies de 1940 à 1944.
Destructions et projets de reconstruction 1940 Le , l'armée française, dans son repli, détruit les trois ponts sur la Seine que sont le pont Corneille, le pont Boieldieu et le pont transbordeur. À la suite d'un combat de chars au bas de la rue de la République, un incendie a ravagé le quartier compris entre la cathédrale et les quais. Les docks rive gauche sont détruits.
Des ponts provisoires sont installés pour rétablir la liaison entre les deux rives.
Le Plan Gréber Jacques Gréber arrive à Rouen en 1940 comme consultant du service technique d'urbanisme. Architecte et urbaniste en chef de la ville de Rouen, il fait des propositions d'embellissement pour la ville en profitant des destructions. Son travail s'attarde surtout rive droite avec un travail sur l'esplanade entre la cathédrale et le fleuve. Il prévoyait une surélévation des quais de 2 m entre les rues Armand-Carrel et Grand-Pont, seul secteur qui avait subi des destructions, pour créer une esplanade rive droite et permettre également un accès plus aisé aux ponts.
Pour la rive gauche, Gréber parle pour la première fois dans l'histoire de Rouen, d'embellissement, par le déplacement des usines les plus polluantes comme l'usine à gaz de la place des Emmurées et prévoit la création de vastes secteurs résidentiels entre la Seine et l'actuel cours Clemenceau. Il ne suit pas la même idéologie que pour la rive droite et utilise une écriture urbaine différente. Alors qu'il souhaite reconstruire en suivant le tracé des rues médiévales et en respectant un gabarit, il fait pour la rive gauche la proposition d'immeubles à redents pour profiter des vues créées sur la rive droite et la cathédrale. Les constructions sont comme des promontoires d'observation de la rive droite. Il crée des ensembles monumentaux et d'ordonnance architecturale sur les quais, la place Carnot (place triangulaire face au pont Boieldieu), la place Lafayette (tête sud du pont Pierre-Corneille) et au niveau du rond-point Lafayette (actuelle place Carnot). Les immeubles iraient jusqu'à 30 m de hauteur.
Tout ce travail s'accompagne d'expositions et de débats publicsLe 26 janvier 1941 et le 23 juillet 1942., qu'il tire de son expérience américaine, qui lui permet d'expliquer son travail et d'être confronté à l'avis des Rouennais.
Il réalise en 1943 une maquette de Rouen avec un projet pour la rive gauche qui s'affine. Il propose la création d'un nouveau centre-ville élargissant celui de la rive droite avec des points de vue monumentaux, une composition symétrique autour de places et des têtes de pont, et voulait créer un effet de densité et de compacité.
1944 vignette|Incendie de la tour Saint-Romain durant la Semaine rouge. La vague de bombardement du et de la « semaine rouge » , en prévision du débarquement, voit la destruction du quartier des Carmes, les quais, l'église Saint-Vincent, la Bourse, le théâtre des Arts, l'hôtel des Douanes… La ville de Rouen, à 500 m de part et d'autre de la Seine, est ravagée par les bombes.
Après-guerre Les premières urgences consistent à rétablir les franchissements sur la Seine, dégager le port et construire des baraquements pour les sinistrés.
La surélévation des quais En 1945-1946, le projet « Paris-Port de Mer » prévoit la création d'un port à Gennevilliers aux portes de Paris. Cette proposition était réalisable par la destruction de tous les ponts en aval, causée par la guerre. Après négociations, les 10 m de tirant d'air ont pu être rabaissés à 7 m, soit 5 m au-dessus des quais existants, coupant ainsi la ville de son fleuve. La surélévation des quais initialement limitée aux deux ponts Corneille et Boieldieu se voit prolongée jusqu'à l'actuel pont Jeanne-d'Arc pour la rive gauche. Selon André Maurois, on a mis la « Seine en bouteille ». L'avantage d'un quai surélevé est un accès aisé aux ponts. Mais l'animation des quais reconnue avant guerre disparaît au profit d'une facilité de circulation automobile et ferroviaire, par la création de boulevards sur les quais et de voies de chemin de fer recouvertes. Selon Henri Bahrmann, la création des quais hauts permet la séparation des flux, qu'ils soient portuaires ou automobiles, et donne au fleuve grandeur et majesté. « La Seine sera à l'avenir l'avenue centrale d'une ville nouvelle. »
Rétablir les franchissements Après la guerre, deux ponts provisoires sont installés : le pont Boieldieu et le pont du Bac (ou Mathilde). Du temps est mis pour la reconstruction des ponts à cause de la surélévation des quais.
Le premier pont reconstruit est le pont Corneille, inauguré en 1952. Il est deux fois plus large que l'ancien et est composé de 2 arches de 90 m. Suivent le pont Boieldieu inauguré en 1955 et le pont Jeanne-d'Arc en 1956.
La Reconstruction Après 1944, un changement de style s'opère. Les pastiches archéologiques et d'inspiration néo-classiques sont passés de mode depuis la Libération. À partir de 1945, l'écriture urbaine disparaît au profit d'une écriture autoroutière pour la rive gauche. Des modifications sont apportées au plan réalisé avant 1944 mais reste stable pour l'ensemble du projet. En 1947, malgré un travail inachevé, Gréber s'en va pour Ottawa poursuivre son étude commencée en 1937.
« Rouen, ville deux fois blessée, par la guerre d'abord, par l'urbanisme ensuite. » C'est par ces mots que qualifie Rouen Eugène Claudius-Petit, ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme en 1950.. En effet, pour réaliser les nouveaux quais, les édifices encore debout près de la Seine ont dû être détruits notamment rive droite.
La réalisation des quais hauts et la démolition de bâtiments encore debout fait titrer le journal Paris-Normandie « Rouen, lanterne rouge de la Reconstruction. » Les nouveaux tracés et la nouvelle politique suivie pour la Reconstruction de Rouen obligent la démolition du viaduc Saint-Sever qui servait de liaison entre les deux gares Saint-Sever et Orléans. La ligne est alors déplacée pour se loger sous les boulevards des quais hauts. L'usine à gaz sera démontée plus tard.
Alors que Gréber quitte Rouen, une large équipe vient lui succéder : Jean Hautreux, délégué général de la Reconstruction ; Henri Bahrmann et Jean Fontaine qui élaborent le plan d'urbanisme d'ensemble ; François Herr et Jean Desmarest, architectes en chef qui réalisent la définition et la conception générale des îlots. Des consultations ont lieu avec l'association des sinistrés, la ville de Rouen, les administrations diverses et la Chambre de commerce. L'exécution se fait par les architectes en chef d'îlots qui détaillent le plan masse et réalisent le dessin des façades, et par des architectes d'opération qui n'ont aucun rôle de création.
L'ordonnancement des places pour la rive gauche, proposé par J. Gréber, est abandonné tout comme l'ordonnancement architectural sauf pour les rues Lafayette et quai Cavelier-de-La-Salle. Bahrmann et Fontaine fixent le plan masse de la rive gauche, qui s'inspire des principes des grands ensembles mais un soin est porté à la densité des équipements et des espaces verts.
La Revue de Rouen voit comme une amélioration les transformations rive gauche, notamment l'élargissement des voies de circulation. Et le maillage grand et simple permettant la construction d'immeubles au volume convenable « ne pourraient être que beaux et bien traitées ».
Dès la fin 1950, Henri Bahrmann, inspecteur général de l'Urbanisme (successeur de Joseph MarrastLes architectes sous l'Occupation, 1992, .), annonce une transformation radicale de la rive gauche, qui aura ses administrations, ses bureaux et ses quartiers résidentiels comme la rive droite. Il établit avec Fontaine le plan définitif d'aménagement et de reconstruction de la rive gauche en 1957 et sera approuvé en 1960.
La reconstruction du centre-ville de Rouen (quartier du Grand-Pont et front de Seine) reçoit le label « architecture contemporaine remarquable » en 2000..
Îlots et architectes N° îlot Localisation Architectes Année du début de la construction Rive Illus. 1 Rue Grand-PontQuai Pierre-CorneilleRue de la Tour-de-BeurreRue de la Savonnerie Paul KochEdmond Lair 1950 Rive droite 100px 2 Rue Grand-PontQuai de la BourseRue de la ChampmesléRue Saint-Étienne-des-Tonneliers Paul Koch 1950 Rive droite 100px 3 Rue Grand-PontRue de la ChampmesléRue Saint-Étienne-des-Tonneliers André Gini 1950 Rive droite 100px 4 Rue Grand-PontRue de la Tour-de-BeurreRue de la SavonnerieRue du Général-Leclerc Gilbert FrançoisRobert Dumesnil 1951 Rive droite 100px 5 Rue Grand-PontRue de la Tour-de-BeurrePlace de la CathédraleRue du Général-Leclerc Fernand HameletLeroux 1950 Rive droite 100px 6 Rue Grand-PontRue de la ChampmesléRue aux OursRue du Général-Leclerc Roger Pruvost 1950 Rive droite 100px 7 Rue Grand-PontRue de la ChampmesléRue aux OursRue du Petit-Salut André LancesseurFernand Hamelet 1950 Rive droite 100px 8 Georges Thurin 1951 Rive droite 100px 9 Quai de la BourseRue Jacques-LelieurRue de la Champmeslé Pierre-Maurice Lefebvre 1951 Rive droite 100px 9b Rue Saint-Étienne-des-TonneliersRue Jacques-LelieurRue de la Champmeslé Robert Genermont 1951 Rive droite 100px 10 Place du Gaillardbois Jean Maillard 1951 Rive droite 100px 11 Rue du BacRue de la Tour-de-BeurreRue de la SavonnerieRue du Général-Leclerc Henri Tougard 1951 Rive droite 100px A - Nouvelles Galeries Rue Grand-PontRue de la ChampmesléRue du Général-Leclerc Georges FerayAndré RobinneRoger Bonnet 1950 Rive droite 100px B - Palais des Consuls Quai de la BourseRue du Docteur-Robert-RambertRue Jacques-LelieurPassage Saint-Étienne-des-Tonneliers Robert FlavignyFrançois HerrRoger PruvostPierre Chirol 1951 Rive droite 100px C - Halle aux Toiles Place de la Haute-Vieille-TourPlace de la Basse-Vieille-TourPlace du Gaillardbois Henri JulienRaymond Barbé 1957 Rive droite 100px D - Théâtre des Arts Quai de la BourseRue du Docteur-Robert-RambertRue Jeanne-d'ArcRue du Général-Leclerc Robert LevasseurJean MaillardPierre Sonrel 1952 Rive droite 100px E - ISAI des Docks Rue Pierre-ChirolRue Michel-Corrette Jean FayetonEdmond LairRoger PruvostAndré Remondet 1950 Rive gauche 100px F - Tour de la Sécurité Sociale Rue Pierre-ChirolRue Poret-de-BlossevilleBoulevard d'OrléansRue Michel-Corrette Henri TougardRoger BonnetMichel Ratier 1955 Rive gauche 100px G - Préfecture Quai Jean-MoulinRue Saint-SeverAvenue ChamplainCours Clemenceau Henri BahrmannRaoul LeroyRodolphe Dussaux 1958 Rive gauche 100px H - Cité administrative Quai Jean-MoulinRue Saint-SeverAvenue Jacques-CartierCours Clemenceau Robert Genermont 1958 Rive gauche 100px
Le Théâtre des Arts
vignette|Le Théâtre des Arts depuis le parvis La ville de Rouen décide la démolition totale et définitive du théâtre Sauvageot, inauguré en 1882 et détruit lors des bombardements du , et sa reconstruction au bas de la rue Jeanne-d'Arc rive droite. La reconstruction d'un nouveau théâtre doit attendre la signature de la convention des « dommages de guerre » pour que commencent les études.
Construit entre 1952 et 1962 à un emplacement différent assuré par les architectes Jean Maillard et Robert Levasseur, en collaboration avec le scénographe Pierre Sonrel et l'entreprise Lanfry. Interrompus en 1954 à cause des réductions de crédits, les travaux ne reprennent qu'en 1958. Le projet d'origine est toutefois considérablement modifié : les plans sont revus et voient la suppression d'une grande salle de musique de 500 places au-dessus du foyer. L'inauguration a lieu le en présence du maire Bernard Tissot et de son adjoint aux Beaux-Arts, le docteur Rambert« L'Opéra de Rouen: un théâtre-béton » dans Côté Rouen, , 5 au 11 décembre 2012, ..