Jean-Baptiste Belley (dit « Timbazé », puis « Mars »)Notes de Philippe Royer., né en 1746 ou en 1747 sur l'île de Gorée (Sénégal), mort le 18 thermidor an XIII () au Palais sur l'île de Belle-Île-en-Mer (département du Morbihan)., est un révolutionnaire français.
Il est élu député montagnard durant la Révolution françaiseInformations générales de l'Assemblée Nationale française. et membre du Club des jacobins. Il est le premier député français noir, représentant alors le département du Nord de la colonie française de Saint-Domingue à la Convention nationale puis au Conseil des Cinq-Cents. La colonie française de Saint-Domingue devient République d’Haïti le . Il prend une part active à l'élaboration du décret d'abolition de l'esclavage du 4 février 1794.
Biographie Captif déporté d'Afrique, esclave puis affranchi La date de sa naissance est incertaine. Il serait né sur l'île de Gorée au Sénégal. Selon les sources.., Jean-Baptiste Belley serait né en juillet ou en ou 1747. Il aurait été vendu à l'âge de deux ans à un négrier faisant voile vers Saint-Domingue. Selon l'historien haïtien Thomas Madiou, il racheta sa liberté par son commerce de perruquier.
Perruquier puis officier militaire Jusqu'en , dans les registres de la paroisse du Cap-Français (actuel Cap-Haïtien) à Saint-Domingue, il est dit perruquier et nègre libre. Il est surnommé TimbazéRegistres de la paroisse du Cap, actes des 30 juin et 24 juillet 1777 et du 16 août 1781..
En 1777, il aurait participé dans le corps supplétif des nègres libres du Cap à la campagne de la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique notamment lors du débarquement à Savannah. C'est à cette occasion qu'il aurait été surnommé « Mars »..
À partir d', dans les registres de la paroisse du Cap-Français, il est dit « officier subalterne des nègres libres du Cap ». Le surnom de « Mars » apparaît bien alors.
Il est capitaine d'infanterie aux colonies au moment de la Révolution, quand l'Assemblée législative décide que les colonies éliront des représentants sans distinction de couleur (la loi du donnait les droits civiques et politiques aux « hommes de couleur libres »)La signée le par le roi Louis XVI entérine le décret du voté par l'Assemblée nationale. Il spécifie, entre autres que .. À la tête du du d'infanterie de ligne, il repousse une attaque contre le Cap.
Homme politique Élu à la Convention nationale Le 3 vendémiaire an II (), il est élu membre de la Convention nationale par la colonie de Saint-Domingue, à la suite d'un « vote unanime à la pluralité des voix ». Il est désigné pour représenter le département du Nord de la colonie française de Saint-Domingue à la Convention aux côtés de Jean-Baptiste Mills et Louis-Pierre Dufay.
Avant d'arriver en France, il passe par Philadelphie où il est pris à partie par les colons qui refusent de voir un noir occuper un poste de pouvoir. Il leur répond : , puis il fait escale à New York.
Arrivés à Lorient, les trois hommes sont arrêtés et enfermés par Victor Hugues, alors accusateur public au tribunal révolutionnaire, car ils sont soupçonnés d'être girondins en raison de l'aide qu'ils avaient apportée à Sonthonax, mais ils sont remis en liberté grâce à Prieur de la Marne et Marc-Antoine Jullien de Paris. Ce dernier informe Robespierre, par une lettre datée du 26 nivôse an II (), de leur arrivée prochaine à Paris. Arrivés dans la capitale, deux d'entre eux, Dufay et Mills, sont arrêtés le 7 pluviôse an II () sur dénonciation de Page et de Brulley, amis de Victor Hugues. Ils envoient une lettre énergique à la Convention Florence Gauthier, « Inédits du Comité de sûreté générale concernant l'arrivée de la députation de Saint-Domingue à Paris - janvier 1794 » Annales historiques de la révolution française avril-juin 1998 repris dans « Sources pour l'histoire de la révolution de Saint-Domingue » (1993, 1995, 1998), Révolution française.net, rubrique / Sources", 8 mars 2021. Il s'agit d'un recueil des trois articles publiés par l'auteure sur l'arrivée de la députation de Saint-Domingue à Paris en 1993, 1995 et 1998.. Belley échappe à l'arrestation grâce au flou portant sur son nom : la dénonciation le désigne sous le nom de « Mars Belley ». Aussi va-t-il se plaindre de l'incarcération de ses deux collègues auprès du Comité de salut public, qui décide alors de les faire libérerFlorence Gauthier, art.cit.. Auprès des membres du CSP, Belley avait qualifié les colons blancs de Saint-Domingue de « princes-colons ». Le député noir est introduit par Simon-Edme Monnel à la Convention à Paris le 15 pluviôse an II () avec les autres députés de Saint-Domingue. Ils sont accueillis par Simon Camboulas, neveu. de l'abbé Raynal, Jean-François Delacroix, dans l'enthousiasme général Danton et Maribon-Montaut dénoncent les intrigues perpétuelles des lobbies blancs depuis 1789 et demandent des sanctions contre Page et Brulley Yves Benot, "Comment la Convention a-t-elle voté l'abolition de l'esclavage en l'an II" Révolutions aux colonies AHRF n-293-294 1993.. Les trois nouveaux députés de Saint-Domingue siègent désormais à la Montagne.
Abolition de l'esclavage vignette|Jean-Baptiste Belley (à droite) assistant au discours de Chaumette lors de la fête de l'abolition le dans Notre-Dame, devenue temple de la Raison. Le , son collègue Louis-Pierre Dufay prononce un discours remarquéDébat à la Convention portant sur l'abolition de l'esclavage. faisant le procès des Blancs qui ont entraîné les propriétaires de couleur, ce qui a abouti à livrer aux Anglo-Espagnols une partie de la colonie de Saint-Domingue, alors que :
L'abolition de l'esclavage, déjà effective à Saint-Domingue, est alors prononcée par décret de la Convention dans tous les territoires français ce 16 pluviôse de l'an II (). À la suite de cette allocution, René Levasseur, Jean-François Delacroix, Joseph Cambon et Georges Jacques Danton font voter l'abolition de l'esclavage dans les colonies (décret d'abolition de l'esclavage du 4 février 1794). Les trois députés représentant Saint-Domingue (le Blanc Dufay, le Mulâtre Jean-Baptiste Mills et le Noir Belley). sont congratulés dans la liesse générale et sont accueillis de la même manière, le soir, au club des jacobinsSur la séance au club des jacobins, voir Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la Révolution française (1789-1795), Paris, Karthala, 2002, ..
Discours prononcé le à Paris une semaine avant la fête de l'abolition de l'esclavage :
Dans les assemblées Il continue de siéger à la Convention nationale jusqu'au , puis au Conseil des Cinq-Cents jusqu'en 1797, sans cependant avoir joué un rôle éminent dans ces assemblées. Néanmoins, il se montra fidèle à ses convictions républicaines au sein du Conseil des Cinq-Cents.
En vendémiaire an IV (), il déclare avoir possédé des biens et des esclaves au Cap-Français, mais n'en possède plus et ne touche que ses émoluments de député. Il est cité comme habitant rue Neuve des Mathurins à Paris, le 16 messidor an IV ()Bulletin de Généalogie et Histoire de la Caraïbe, numéro 110, page 2370.. À la différence de Dufay en , il restait fidèle à la mémoire de Maximilien Robespierre, qu'il refusait de présenter comme esclavagiste et proche des colons Florence Gauthier, Triomphe et mort du droit naturel en révolution (1789-1795-1802), Paris, PUF 1992 ; Jean-Daniel Piquet, « Jean-Baptiste Belley et Louis Dufay : souvenir et oubli en l’an III d’une lettre à Maximilien Robespierre, "L’ami du seul peuple de Saint-Domingue… c’est-à-dire les jaunes et les noirs" », Revue Tierce, Université de Poitiers, 2021-1, 8 mars 2022 » (rubrique / sources).. Il se souvenait de l'opposition solitaire le à l'assemblée constituante de l'Incorruptible à l'amendement Rewbell qui excluait la classe des esclaves affranchis dont Belley faisait partie, de la citoyenneté et de l'égalité des Blancs ; opposition passée à laquelle il faisait allusion dans la missive d' Ibidem..
Retour aux fonctions militaires Commandant de la légion de gendarmerie de Saint-Domingue Le 15 floréal de l'an III (), Jean-Baptiste Belley, appuyé par son collègue Dufay, est promu chef de bataillon.
Le 3 messidor an V (), il est nommé chef de brigade puis au commandant de la gendarmerie de Saint-DomingueBelley et Mentor, députés noirs de la Révolution, Société archéologique et historique de Nantes. 1999. Tome 134. Pages 213 à 220. ATTENTION : cet article est erroné quant aux circonstances du décès de Jean-Baptiste Belley.. Il retourne alors dans l'île antillaise.
Le coup d'État du 18 Brumaire mené par Napoléon Bonaparte a lieu le . Lors de l'expédition du général Leclerc en 1802, il est toujours chef de la légion de gendarmerie de Saint-Domingue.
En résidence surveillée à Belle-Île-en-Mer vignette|Le capitaine-général Charles Victoire Emmanuel Leclerc fait arrêter Jean-Baptiste Belley en 1802. vignette|Forteresse de la commune du Palais à Belle-Île-en-Mer.
En à Saint-Domingue, lors de la réorganisation de la gendarmerie de la colonie et sur ordre du capitaine-général Charles Victoire Emmanuel Leclerc, commandant en chef du corps expéditionnaire, il est suspendu de ses fonctions sans être formellement mis aux arrêts
Le , envoyé à Brest puis à Belle-Île-en-Mer où il arrive vers le , il est placé en résidence surveillée à la forteresse de la commune du Palais avec un régime assoupli.
Fin de vie Réformé de l'armée Il est admis le 19 messidor an X () au régime de réforme de capitaine de gendarmerie.
Placide-Séraphin-Clère dit Louverture.., beau-fils du général de division Toussaint Louverture, le rejoint à Belle-île-en-Mer en provenance de Brest sur la corvette La Nayade le 26 thermidor an X (). Tous deux sont admis à l'hôpital militaire de Belle-île-en-MerBelle-île-en-Mer abritant une importante garnison pour sa défense, disposait également d'un service hospitalier qui avait été considérablement renforcé sous Louis XV (source : "L'hôpital militaire de Belle-île-en-Mer au siècle de Louis XV : les conditions sanitaires d'une garnison en milieu insulaire" par Christophe Cerino dans Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest Année 1997. le 19 vendémiaire an XI (). Ce dernier, qui est aux arrêts, est translaté vers la prison d'Agen le 14 fructidor an XII () sur demande de sa mère.
Décès Jean-Baptiste Belley reste à l'hôpital militaire de Belle-Île-en-Mer, où il décèdera un an plus tard, le 18 thermidor an XIII ()Belle-Ile Histoire, Revue de la société historique de Belle-île en mer, . 1998. Pages 15 à 24.. Deux lettres écrites de sa main pendant cette période sont connues : une au préfet du Morbihan en et l'autre à Placide-Séraphin-Clère dit Louverture, déjà cité, en .
Selon son acte de décès, Jean-Baptiste Belley, nègre, ex-chef de légion de gendarmerie, jouissant du traitement de réforme, est décédé le 18 thermidor an XIII à l'hôpital militaire de Belle-Ile-en-Mer. Il est dit « âgé d'environ cinquante ans (donc né vers 1755) et natif de Léogane (Saint-Domingue)Archives départementales du Morbihan, état civil en ligne, commune du Palais à Belle-Ile-en-Mer, décès 1804-1805, vue 24/31. ».
Son testament du 16 thermidor an XIII () devant Pierre-Marie Querrel, notaire impérial en résidence au Palais à Belle-Île-en-Mer, désigne comme héritier son demi-frère Joseph Domingue (à ne pas confondre avec Joseph Damingue dit Hercule), capitaine de gendarmerie à Rochefort. Aucune descendance ni aucun bien à Saint-Domingue ne sont citésArchives départementales du Morbihan (France), cote 6E15495.. Ses biens s'élevant à sont remis à son demi-frère le 6 vendémiaire an XIV ()Archives départementales du Morbihan, cote 6E15496..
Hommages