Ramakrishna Paramahamsa, en bengali , de son vrai nom Gadadhar Chattopadhyaya (, - Calcutta, ) est un mystique bengali hindouThe A to Z of Hinduism par B.M. Sullivan publié par Vision Books, pages 173 et 174, . Dévot de Kâlî et enseignant de l'Advaïta védanta, il professait que et plaçait la spiritualité au-dessus de tout ritualismeEncyclopedia of Hinduism par C.A. Jones et J.D. Ryan publié par Checkmark Books, pages 349 et 350, . Il insista sur l'universalité de la voie de la bhakti (dévotion), ayant lui-même approché le christianisme et l'islamAnne-Marie Esnoul, « HINDOUISME », Encyclopædia Universalis (en ligne), consulté le 4 octobre 2014.. Il est considéré comme et serait un avatar de Vishnou.
En 1897, onze ans après sa mort, son disciple le plus proche, Vivekananda, créa la « Mission Rāmakrishna » pour concrétiser le message de son maître en Inde et hors de l'Inde à travers l'existence d'écoles de spiritualité, collèges ou ashramMarie-Simone RENOU, « RĀMAKRISHNA (1836-1886) », Encyclopædia Universalis (en ligne), consulté le 5 octobre 2014..
Ses enseignements sont dispensés en France au Centre Vedantique Ramakrishna à Gretz.
Biographie
Il naît dans une famille brahmanique de tradition vishnouite. Il reçoit une éducation rudimentaire à l'école primaire, adhère à la religion de sa famille, et perd son père à 6 ans. À 9 ans, il reçoit le cordon sacré de la caste des brahmanes lors de l’initiation « upanayana ». Il accepte sa première obole (qui dans la tradition ne peut être reçue que d'un brahmane) de la main d'une femme de basse caste afin de remplir la promesse qu'il lui avait faite, s'érigeant dès lors contre les règles et préjugés de sa propre caste, manifestant une volonté d'agir à partir de ses propres intuitions.
À 20 ans, il devient, pour avoir un moyen de subsistance, prêtre responsable du culte quotidien dans le temple de la déesse Kali à Dakshineswar. Il déclare en avoir reçu une vision mystique, et cette expérience libératrice est déterminante. Il voit en Kâlî la Mère de l'univers.
Il revient ensuite à 23 ans à son village d'origine et sa mère l'oblige à épouser Sarada Devi, âgée de 5 ans seulement. Elle retourne chez ses parents et ne revient aux côtés de son époux qu'à l'âge de 18 ans. Ce mariage ne sera jamais consommé et son épouse est sa première disciple.
Il pratique les 64 tantras (tantrisme) à partir de 1861 avec une guru femme appelée Bhairavi Brahmani ainsi que différentes voies spirituelles de l'hindouisme.
Quand Ramakrishna rencontre , un moine itinérant enseignant l'Advaita Vedānta, et qu'il décide de suivre son enseignement à partir de 1864, il fait table rase de toutes les conceptions de Dieu qu'il avait épousées jusqu'alors, pour se plonger dans la méditation sur « l'Absolu Qui n'a ni nom ni forme », selon l'enseignement des Véda développé dans les Upanishad ; méditation qui selon ses propres dires était un réel défi, voire angoissante. Il préfère revenir à sa pratique familière de la dévotion (bhakti) (Page 102).
En 1866, il devient proche de l'Islam auquel il est initié par Govinda Roy, un hindou pratiquant le Soufisme. Il vit plusieurs extases. Plus tard, en 1874, il aurait eu une vision de Jésus après avoir pensé constamment à lui plusieurs jours durant. Il s'est intéressé à toutes les grandes traditions mystiques et a déclaré avoir atteint l'Absolu à travers chacune d'entre elles, indiquant ainsi que pour lui, toutes les voies mènent à la même Réalité, une et indicible.
La rencontre avec Vivekananda
En 1880, il reçoit une première visite d'un jeune homme d'environ 18 ans, cultivé et intelligent, le futur Vivekananda. Ce dernier lui aurait demandé : « Monsieur avez-vous vu Dieu ? » à quoi Ramakrishna aurait répondu par l'affirmative. Vivekananda n'aurait cependant pas été convaincu, plusieurs visites se succédent, jusqu'à ce qu'il se décide à s'engager dans la voie du renoncement (samnyâsin).
Vivekananda a rendu hommage à son maître en ces termes : « Si je vous ai dit un mot de vérité, il vient de lui et de lui seul. Et si je vous ai dit beaucoup de choses qui ne sont pas vraies, qui ne sont pas exactes, qui ne sont pas bienfaisantes pour l'humanité, c'est de moi seul qu'elles viennent et j'en suis seul responsable ».
Courte biographie de Sri Ramakrishna Sri Ramakrishna naquit le mercredi à Kamarpukur, un petit village situé à cent kilomètres au nord-ouest de Calcutta. Au printemps de 1835, son père, Kshudiram Chattopadhyay, partit en visite dans la ville sainte de Gaya pour accomplir un rite pour ses ancêtres dans le temple de Vishnu. Une nuit, dans son sommeil, Kshudiram eut une vision. Un être lumineux le fixa du regard affectueusement puis lui dit d’une voix douce :
« Kshudiram, ta grande dévotion m’a rendu très heureux. Le temps est venu pour moi de renaître sur terre. Je naîtrai en tant que ton fils. »
Kshudiram était rempli de joie jusqu’à ce qu’il réalise qu’il n’avait pas les moyens d’assumer une telle responsabilité. Alors il dit : « Non, mon Seigneur, je ne suis pas apte à recevoir cette faveur. Je suis trop pauvre pour te servir correctement. » « N’aie pas peur Kshudiram, dit le Seigneur. Quoi que tu me donnes à manger, je l’apprécierai. » Kshudiram se réveilla, convaincu que le Seigneur de l’Univers allait naître dans sa maison. Il quitta ensuite Gaya et retourna à Kamarpukur vers la fin du mois d’avril.
Au retour de Kshudiram, sa femme, Chandra, lui parla d’une expérience qu’elle avait eue devant le temple Yogi Shiva à côté de leur maison. Elle lui dit : « J’ai vu que la sainte image du Seigneur Shiva à l’intérieur du sanctuaire était vivante ! Il a commencé à envoyer des vagues de la plus belle lumière – lentement au début, puis de plus en plus rapides. Cela a rempli l’intérieur du temple, puis c’est venu se déverser — c’était comme une de ces énormes vagues, lors d’une inondation du fleuve — jusqu’à moi ! J’allais le dire à Dhani [une voisine], mais ensuite les vagues m’ont submergée et m’ont engloutie et j’ai senti cette merveilleuse lumière entrer dans mon corps. Je suis tombée à terre, inconsciente. Quand je suis revenue à moi-même, j’ai dit à Dhani ce qui s’était passé, mais elle ne m’a pas cru. Elle a dit que j’avais eu une crise d’épilepsie. Cela ne peut pas être le cas, parce que depuis lors, j’ai été pleine de joie et ma santé est meilleure que jamais. Seulement, je sens cette lumière encore en moi et je crois que je porte un enfant. »
Kshudiram évoqua alors sa vision et ils se réjouirent ensemble. Le couple pieux attendit patiemment la naissance de l’enfant divin au printemps suivant. En raison de l’expérience de Kshudiram à Gaya, Sri Ramakrishna fut prénommé Gadadhar, ce qui signifie Porteur de la Massue, une épithète de Vishnu. Ramakrishna grandit à Kamarpukur. Il était inscrit à l’école où il apprit à lire et à écrire, mais il perdit rapidement tout intérêt pour cette éducation gagne-pain et quitta tout à fait l’école. Cependant, il continua à apprendre constamment en regardant les gens dans le village rural. Il était shrutidhar, ce qui signifie que tout ce qu’il entendait une fois, il ne l’oubliait jamais.
À six ou sept ans, il eut sa première expérience de conscience cosmique : « Un matin, se souviendra-t-il plus tard, je pris du riz soufflé dans un petit panier et je le mangeais en marchant sur les crêtes étroites des rizières. Dans une partie du ciel, un beau nuage noir apparut, chargé de pluie. Je le regardais et je mangeais du riz. Très vite, le nuage couvrit presque tout le ciel. Et puis un vol de grues vint s’interposer. Elles étaient blanches comme neige, en contraste avec le nuage noir. C’était si beau que je m’absorbai dans la vue. Puis je perdis conscience du monde extérieur. Je tombai et le riz s’éparpilla à terre. En le voyant, des gens vinrent et me transportèrent chez moi. »
Kshudiram mourut en 1843. Ramakrishna ressentit vivement la perte de son père et devint plus intériorisé et méditatif. Il commença à rendre visite à la petite auberge du village où les pèlerins et surtout les moines s’arrêtaient sur leur chemin vers Puri. Tout en servant ces saintes personnes, il apprit leurs chants et leurs prières. Suivant la tradition brahmanique, Ramakrishna fut investi du cordon sacré à neuf ans ; cela lui permit d’accomplir le culte rituel pour les divinités familiales. Il avait des amis avec lesquels il s’amusait, chantait et jouait dans des drames religieux. Une autre fois il perdit conscience du monde extérieur en jouant le rôle de Shiva, pendant un Shivaratri (fête de printemps du Seigneur Shiva). À une autre occasion, alors qu’il allait adorer la Mère Divine dans un village voisin, il entra de nouveau en samadhi.
En 1850, Ramkumar, le fils aîné de Kshudiram, ouvrit une école à Calcutta. Il pratiquait des rituels religieux dans des maisons privées, en tant qu’activité secondaire. Cela devint difficile de gérer les deux responsabilités, alors en 1852, il demanda à Ramakrishna de l’aider à accomplir les rituels. Le , Ramkumar accepta la responsabilité d’officier lors de la cérémonie de consécration du temple de Kali à Dakshineswar, fondé par Rani Rasmani, une riche femme de Calcutta. Ramakrishna était présent à cette occasion. Peu après, il s’installa à Dakshineswar et devint le prêtre du temple. Ramkumar mourut en 1856.
Le voyage spirituel de Ramakrishna commença alors pour de bon. Tout en adorant la Mère Divine, il s’interrogeait : « Es-tu vraie, Mère, ou est-ce une entière fiction du cerveau, une simple poésie sans aucune réalité ? Si tu existes, pourquoi ne puis-je pas te voir ? La religion est-elle donc un fantasme, un château bâti dans les nuées ? » Son désir de réalisation de Dieu devint de plus en plus intense, jour après jour. Il priait et méditait près de vingt-quatre heures par jour. Puis il eut une expérience remarquable :
Il y avait une douleur insupportable dans mon cœur parce que je ne pouvais pas voir la Mère. Tout comme un homme tord une serviette de toutes ses forces pour l’essorer, j’avais alors l’impression que mon cœur et mon cerveau m’étaient arrachés. J’ai commencé à penser que je ne devais jamais voir la Mère. Je mourais de désespoir. Dans mon agonie, je me suis dit : « À quoi sert de vivre cette vie ? ». Soudain, mes yeux sont tombés sur l’épée suspendue dans le temple. J’ai donc décidé de mettre fin à mes jours par le truchement de cette épée. Comme un fou, j’ai couru vers elle et je l’ai saisie. Et alors — j’ai eu une merveilleuse vision de la Mère et je suis tombé, inconscient. C’était comme si les maisons, les portes, les temples et tout le reste disparaissaient complètement ; comme s’il n’y avait rien nulle part ! Et ce que j’ai vu, c’était un océan de lumière infini et sans rivage ; un océan qui était Conscience. Quelle que soit la direction vers laquelle je portais mon regard et aussi loin que je le pouvais, je voyais des vagues lumineuses me submerger, l’une après l’autre. Elles faisaient rage et me prirent d’assaut à grande vitesse. Très vite, elles étaient par-dessus moi ; elles me firent sombrer dans des profondeurs inconnues. Je haletais, je luttais puis je perdis connaissance.
Après cette vision, il n’était plus possible à Ramakrishna de continuer à accomplir le rituel dans le temple. Il confia cette responsabilité à son neveu Hriday et passa plus de deux ans dans un état d’absorption complète en Dieu. En 1859, il retourna à Kamarpukur et vécut avec sa mère pendant un an et sept mois. Sa mère arrangea alors son mariage avec Sarada Mukhopadhyay, une très jeune fille de Jayrambati, à quelques kilomètres à l’ouest de Kamarpukur. Après son mariage, en 1860, Ramakrishna retourna seul à Dakshineswar.
Une fois à Dakshineswar, Ramakrishna expérimenta une tempête spirituelle. Il oublia sa maison, sa femme, sa famille, son corps et ses environs. Il décrivit ainsi ses expériences au cours de cette période :