L’Arsenal VG 33 est un avion de chasse français de la Seconde Guerre mondiale. Plus performant que son contemporain, le Dewoitine D.520, il ne put être mis en service, produit en nombre trop faible avant l'Armistice du 22 juin 1940.
Le contexte En , l’Arsenal de l'aéronautique obtint un marché d’État pour un chasseur monoplace construit en bois et entraîné par deux moteurs Hispano-Suiza 12X de montés en tandem dans le fuselage. Ce projet développé par l’ingénieur Jean Galtier sous la houlette de l’ingénieur général de l'Air Marius Vernisse, d'où les initiales VG, devait aboutir à la réalisation d’un banc d'essai volant pour un programme plus ambitieux, le VB-10. Le VG 10 fut abandonné en pour le VG 20, projet de chasseur lourd bimoteur équipé de deux moteurs Hispano-Suiza 12Y de en tandem. Les travaux furent stoppés début 1938 et les études réalisées servirent au développement du VB-10 et d'un monoplace de chasse plus léger, le VG 30.
Parallèlement aux projets précédents, l’ingénieur général de l’Air Michel Vernisse travaillait en effet depuis 1936 à un projet de chasseur léger capable de concurrencer le Morane-Saulnier MS.405. La maquette grandeur d’un monoplan à aile basse caractérisée par un revêtement travaillant en bois fut présentée en au et fit impression auprès des spécialistes.
Or, en 1936, les responsables de l'Armée de l'air française prirent conscience avec la guerre civile espagnole du retard pris par la France en matière de défense aérienne. Ainsi, réapparu le projet du Chasseur Jockey, un appareil léger et facile à produire en grande série dont les performances et le nombre pouvait compenser les faiblesses de l'armement. Pour réaliser un tel appareil, l'Arsenal de l'aéronautique mit en avant la technique de construction en bois moulé, technique notamment utilisée par le Deperdussin Monocoque, de 1910, qui devait offrir les avantages suivants :
L'abondance du matériau, supprimant les problèmes d'approvisionnement ; La possibilité de faire réaliser des sous-ensembles complets, par une main-d’œuvre très qualifiée répartie dans des ateliers de menuiserie-ébénisterie sur tout le territoire ; La dispersion des lieux de production évitait le blocage de la production par bombardements aériens.
Dans la pratique cette idée s'est heurtée à une dure réalité. L'industrie aéronautique française ayant, depuis longtemps, adopté le métal pour la réalisation des structures d'avions, les essences de bois appropriées (en particulier l’épinette rouge , indispensable pour la fabrication des couples) n'étaient plus cultivées dans le pays. Il fallut s'approvisionner en Grande-Bretagne, au Canada ou Outre-Mer. L'entreprise tenta également d'acheter du bois en Roumanie : la faible qualité des premières livraisons entraîna l'abandon rapide de cette source d'approvisionnement. D'autre-part la dispersion des lieux de production nécessitait une excellente logistique de transport des sous-ensembles vers le point d'assemblage.
Un programme d'urgence Début 1937, le ministère de l’Air publia la fiche-programme A.23 portant sur un chasseur léger monoplace, dont les contours reprenaient dans ses grandes lignes le projet de l’Arsenal de l'aéronautique. Ce programme attira l'attention de plusieurs bureaux d’études : Caudron-Renault, spécialiste français des avions rapides de faible puissance, proposa le C.713 dérivé des avions de course dessinés par Marcel Riffard. Marcel Bloch dessina le MB.700, version allégée du MB.151 en cours de production. Le Roussel R-30 proposait une solution originale sans moyens industriels. La SNCAO annonçait des performances intéressantes pour son SNCAO CAO.200. L'Arsenal de l'aéronautique enfin proposa le VG-30 en adaptant à la fiche-programme officielle le projet présenté en 1936 au Grand Palais.
Arsenal VG 30 Le prototype VG 30-01 fut mis en chantier au début de l’été 1937 et devait initialement recevoir un moteur à plat refroidi par air Potez 12Dc développant à d’altitude. L’armement devait se composer de de en voilure et un canon Hispano-Suiza HS-404 de dans le moyeu de l’hélice.
Si le prototype fut achevé en une année à peine, le moteur Potez se fit attendre. Quand il apparut que le Caudron C.714, premier choix du ministère de l'Air, ne serait pas disponible en quantité avant 1939, il fut décidé de modifier le VG-30 pour adapter un Hispano-Suiza 12Xcrs de afin d’accélérer les essais en vol. Le prototype prit donc l’air à Villacoublay le . Après quelques modifications en usine, effectua ses essais officiels entre le et le . Ces essais révélèrent d’excellentes performances, bien qu'inférieures à celles attendues en raison d'une hélice inadaptée. Le prototype fut chronométré à à et en piqué prolongé début .
Arsenal VG 31 Le VG 30 connaissant de difficultés de centrage, il fut envisagé de déplacer vers l’arrière le radiateur et de réduire l’aile de sur un appareil recevant un moteur Hispano-Suiza 12Y31 de et deux mitrailleuses d’aile seulement. Les essais en soufflerie montrèrent qu’un tel appareil aurait été excessivement instable : le prototype ne fut pas achevé. La voilure fut utilisée pour des essais statiques et le fuselage, récupéré pour construite le VG 33-03, qui ne devait jamais voler.
Arsenal VG 32 C'est avec l'intention de diversifier les sources d'approvisionnement en moteurs et, probablement, de réserver les moteurs Hispano-Suiza à d'autres avions, que naquit l'idée d'équiper un VG 30 d'un moteur Allison V-1710-C15 de , qui entraînait un allongement du fuselage de vers l’avant. Le prototype VG 33-05 fut donc conservé en usine et reçut de et de voilure. Il attendait toujours son moteur dans un hangar de Villacoublay à l'arrivée des troupes allemandes. Malgré les craintes sur l’approvisionnement en moteurs américains, à produire à partir de par Michelin à Clermont-Ferrand avaient été mis en commande sous la désignation VG 32.
Arsenal VG 33 Le 25 avril 1939 le VG 33-01, premier appareil dérivé du VG 30 effectua donc son premier vol à Villacoublay. Cet appareil recevait un moteur Hispano-Suiza 12Y-31, le fuselage du VG 31 et la voilure de du VG 30. Les essais au CEMA débutèrent le , les essais de tir eurent lieu en octobre, le programme des essais officiels fut achevé en . L’avion était stable, facile à piloter, avec des commandes de vol précises. Il atteignit à durant les essais officiels en et pouvait grimper à . Dès le , le ministère de l’Air passa commande de à construire par l’usine SNCAN de Sartrouville (ex CAMS) avant . supplémentaires furent commandés le pour assurer le remplacement complet des Morane-Saulnier MS.406 dès 1941.
Cinq prototypes furent construits. Prototype d’un intercepteur à haute altitude (VG 34), le VG 33-02 prit l’air en avec un moteur Hispano-Suiza 12Y-49 et un compresseur Szydlowski-Planiol. Réalisé avec le fuselage du VG-31, le VG 33-03 ne vola jamais, envoyé à la SNCAN pour servir de maquette de production. Le VG 33-04 reçut un Hispano-Suiza 12Y-51 de . Prototype du VG 35, il prit l’air le et fut capturé par la Luftwaffe en . Le VG 33-05 devait servir de prototype au modèle VG 32.
Une carrière fantomatique Prévue pour , la livraison du premier appareil de série fut reportée à , le premier appareil de série ne prenant finalement l’air que le . Un deuxième appareil de série fut livré début mai par la SNCAN à l’EAA-301, ces deux appareils permettant la formation de sept pilotes. Les avions et 4 ne pouvant être livrés comme prévu au GC I/2, premier groupe devant remplacer ses MS.406 par des chasseurs Arsenal, les quelques avions disponibles furent finalement utilisés par des unités improvisées de Défense Aérienne du Territoire, formées avec des pilotes polonais, qui assurèrent quelques patrouilles au-dessus de Villacoublay et d’Orléans.
Cinq appareils, dont les , 6 et 7, furent évacués vers Bordeaux où un Groupe de Chasse GC I/55 fut constitué le . auraient été effectuées jusqu’au par cette formation particulièrement éphémère, puis les chasseurs furent désarmés et stockés. Leurs traces se perdent après l’occupation de la Zone Sud en 1942. Ils furent probablement détruits par l'Occupant, qui connaissait déjà bien l'appareil. En effet l'un des cinq exemplaires saisis en , le , avait été longuement examiné au centre d'essais en vol de Rechlin.
Production et valeur Le , l’usine de Sartrouville avait produit , entreposés au CRAS (Centre de réception des avions de série) en attente de pièces diverses ou d’armement. étaient à des stades divers de montage au moment de l’Armistice sur . Quand l’usine de Sartrouville dut être évacuée, l'armée de l'Air avait pris en compte , dont les deux prototypes, qui se trouvaient au centre des essais en vol d’Orléans-Bricy. Cette production est donc assez loin des à produire mensuellement selon les prévisions du ministère de l’Air. L'armée de l'Air ayant officiellement pris en compte jusqu’au , sans doute , prototypes compris, furent achevés.
L’Arsenal VG 33 n’ayant pas participé aux opérations, les spéculations restent ouvertes quant à la valeur réelle de cet appareil. Bien que moins lourdement armé que le Messerschmitt Bf 109, sa maniabilité et sa vitesse, supérieures à celles du Dewoitine D.520, en auraient sans doute fait un adversaire redoutable entre les mains de pilotes expérimentés. La tenue dans le temps d’un chasseur construit en bois aurait été comparable à des chasseurs similaires, tels le Yak-3.
Arsenal VG 34 Le , débutèrent les essais en vol de ce nouveau modèle, équipé d’un moteur Hispano-Suiza 12Y-45 de Quelques jours plus tard, il atteignait à . Le sort de ce prototype est inconnu.
Arsenal VG 35 Le VG 33-04 fut achevé avec un moteur Hispano-Suiza 12Y-51 de et prit l’air le . Le prototype se trouvait au CEV de Orléans-Bricy à l’arrivée des Allemands et on en perd alors la trace.
Arsenal VG 36 Doté du même moteur que le VG 35, ce nouvel appareil qui effectua son premier vol le comportait diverses modifications par rapport à ses prédécesseurs : fuselage arrière modifié, radiateur plus large et moins profond…
Arsenal VG 37 Projet d’une version à long rayon d’action et moteur turbocompressé du VG 36.
Arsenal VG 38 Projet à moteur Hispano 12Y-53 ou -77.
Arsenal VG 39 Effectuant son premier vol le , ce nouveau prototype se distinguait assez sensiblement de ses prédécesseurs : Si la forme de l’aile n’était pas modifiée, sa structure était entièrement redessinée, en particulier pour loger , le fuselage légèrement redessiné pour recevoir un moteur Hispano-Suiza 12Y-89ter de avec un arbre d’hélice allongé… Cet appareil, qui a atteint à durant ses courts essais, qui aurait dû recevoir en série sous la désignation VG 39bis un Hispano-Suiza 12Z-17 de , le radiateur du VG 36 et un canon de dans le moyeu d’hélice en plus des d’aile.
Arsenal VG 40 Étudié sous l’occupation, ce chasseur monoplace à moteur Rolls-Royce Merlin III ou Hispano-Suiza 12Z de se distinguait du VG 33 par une voilure agrandie.
Arsenal VG 50 Projet sous l’occupation d’un VG 40 à moteur Allison V-1710 de . Probablement pour des raisons de camouflage, la même désignation fut attribuée à un projet de quadrimoteur transatlantique.
Références . Bénichou et Ducrey 1997 : Michel Bénichou et Thibaud Ducrey, Toulouse, , Le Fanatique de l'aviation, , , . . Cuny, Raymond 1986a : Jean Cuny et Raymond Danel, Les Arsenal VG 30 à VG 70 (1), Le Fanatique de l'Aviation, , , Cuny, Raymond 1986b : Jean Cuny et Raymond Danel, Les Arsenal VG 30 à VG 70 (2), Le Fanatique de l'Aviation, , , Cuny, Raymond 1986c : Jean Cuny et Raymond Danel, Les Arsenal VG 30 à VG 70 (3), Le Fanatique de l'Aviation, , , Cuny, Raymond 1986c : Jean Cuny et Raymond Danel, Les Arsenal VG 30 à VG 70 (4), Le Fanatique de l'Aviation, , , . . Revue Avions, hors série : La chasse française inconnue de mai-. LELA presse (1998) Revue Aéro files , l'Arsenal VG 33. Aéro-éditions (1998) Revue Aéro-journal , L'arsenal VG 33. Aéro-éditions ()
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