Jovenel Moïse, né le à Trou-du-Nord et mort assassiné le à Pétion-Ville, est un homme d'État haïtien. Membre du Parti haïtien Tèt Kale (PHTK), il est président de la république du à sa mort.
PDG d'une entreprise d'exportation, il est le candidat du Parti haïtien Tèt Kale (PHTK) en vue de l'élection présidentielle de 2015. Il arrive en tête du scrutin, mais celui-ci est annulé en raison d'irrégularités. Il est finalement élu lors de l'élection présidentielle de 2016 et succède au président intérimaire, Jocelerme Privert.
Une importante crise politique commence en 2019. Alors que le pays n'a plus de parlement fonctionnel, le chef de l'État est accusé de dérive autoritaire et tente de faire adopter par référendum une constitution contestée renforçant ses pouvoirs. Jovenel Moïse est finalement assassiné dans sa résidence privée par un commando armé, tandis que son épouse est blessée.
Biographie Origines Jovenel Moïse naît à Trou-du-Nord, dans le département du Nord-Est.. Il est le fils de Lucia Bruno, une couturière et commerçante, et d'Étienne Moïse dont il était lui même le fils du general Jean Lootcheby
Il effectue ses études primaires dans sa ville natale.
Vie privée et familiale gauche|vignette|Martine Joseph, épouse de Jovenel Moïse. Marié à l’une de ses camarades de classe, Martine Joseph, Jovenel Moïse a deux fils et une fille : Joverlein Moïse, Jomarlie Moïse et Jovenel Junior Moïse.
Carrière professionnelle Jovenel Moïse devient PDG d’Agritrans, une entreprise de production et d'exportation de bananes ; il a pour cela obtenu une subvention de 6 millions de dollars du président Michel Martelly, dont il est proche. Détenteur de 14 comptes bancaires, il est aussi soupçonné de blanchiment d'argent..
Parcours politique Élection présidentielle de 2015 vignette|Jovenel Moïse avec les représentants de la diaspora et de son parti pendant la campagne électorale de 2016. Dauphin politique de son ami Michel Martelly, Jovenel Moïse représente le Parti haïtien Tèt Kale (PHTK) à l'élection présidentielle de 2015.. Le PHTK prend la suite de Réponse paysanne fondé par Martelly.. Le nom Tet Kalé (signifiant littéralement « crâne rasé » ou « crâne chauve », en créole haïtien) vient d'un des surnoms donnés à Martelly..
Le , il se place en tête du premier tour avec 32,81 % des voix. Celle-ci est finalement annulée.
Il bénéficie du soutien des riches familles haïtiennes, des États-Unis et des bailleurs de fonds.
Élection présidentielle de 2016 Jovenel Moïse est de nouveau candidat à l'élection présidentielle de 2016.
Avec un taux de participation de moins de 21 %., il remporte le scrutin à la majorité absolue dès le premier tour, recueillant 55,67 % des suffrages, devant Jude Célestin (19,52 % des voix), Jean-Charles Moïse (11,04 %) et Maryse Narcisse (8,99 %)En Haïti, Jovenel Moïse remporte la présidentielle au premier tour, [le Monde], 29 novembre 2016.. Le , son élection est définitivement validée..
Président de la république d'Haïti Investiture et débuts vignette|gauche|Jovenel Moïse et la présidente du Chili, Michelle Bachelet en 2017. Dans les moments de crise nationale en Haïti, l’intérêt politique de Jovenel Moise est essentiellement orienté vers la reconstruction de son pays fragmenté par une crise sociale, économique et politique en même temps. Il connait une entrée spectaculaire sur la scène politique au printemps 2015 grâce à Michel Joseph Martelly qui le choisit pour assurer sa succession, ce dernier étant dans l’impossibilité d’effectuer un second mandat. La campagne électorale de Jovenel est essentiellement axée sur sa personne : il fait sa promotion par le biais des réseaux sociaux, sous-exploités par la classe politique. Durant sa campagne, il annonce son souhait de rétablir les infrastructures et la disponibilité électrique sur l'île entière. vignette|Jovenel Moïse et le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, à côté de lui Odige Legerme en 2018.Le , il est investi président de la république d'Haïti, succédant à Jocelerme Privert..
Le , il nomme Jack Guy Lafontant au poste de Premier ministre. qui présente son gouvernement le . Le , ce dernier obtient la confiance du Sénat à l'unanimité des 20 voixRulers, 13 mars 2017.. Le , son gouvernement obtient la confiance de la Chambre des députés avec 95 voix pour, 6 contre et 2 abstentions. Lafontant prend ses fonctions le jour-même. Les priorités du président comprenaient l'amélioration du climat des affaires et du développement économique, l'organisation de l'État, l'utilisation des terres, la planification et la sécurité environnementale et nationale. Pour cela, deux principales stratégies communicationnelles sont mises en place : le Karavan changman (caravane du changement) afin de tenir ses promesses électorales et la stratégie du discours de dénonciation pour montrer à la population que ses mains sont liées car il ne réussit pas à livrer la marchandise promise lors de sa campagne électorale.
Durant son mandat, l’administration Moïse a déployé une vaste campagne publicitaire autour du projet national de son programme électoral karavan changman. Il avait utilisé différents médias locaux pour faire passer son message. L’écrivain et journaliste allemand Hans-Christoph Buch dans son article intitulé Haïti : Littérature et politique mentionnait « Dans un pays « pauvre » et « en développement », les spots publicitaires de la campagne électorale reflètent l’aspect scandaleux du vide des projets politiques.»
D’autre part, Jovenel Moïse a montré du doigt ce petit groupe d’oligarques qui lui ont barré le chemin et qui utilisent leur pouvoir économique pour contrôler son gouvernement au détriment d’une population vulnérable et laisser pour compte. En finançant la campagne électorale, cette élite communément appelé « mulâtre » ou encore « syro-libanais », un petit groupe d’hommes d’affaires prospères composant les oligarques souhaitaient contrôler le président à leur profit, une forme de corruption courante institutionnalisée en Haïti à chaque fois qu’un citoyen ambitionne de diriger le pays. En effet, l’auteur Evens Jabouin disait, « … malgré la publicité qui lui est dédiée, la corruption demeure un objet peu étudié probablement parce qu’il est également difficile à étudier. Une telle difficulté se caractérise notamment à travers la cueillette des données exploitables, étant donné que l’asymétrie d’information et le pouvoir discrétionnaire des principaux acteurs contribuent à rendre cet univers de plus en plus impénétrable (Cartier-Bresson, 2008).» gauche|vignette|Le président Moïse avec le représentant américain Mark E. Green en 2019. Jovenel Moïse voulait mettre en place des structures pérennes pour rebâtir les services publics dans le pays, toutefois, les oligarques qui l’avaient financé avaient d’autres projets, entre autres celui de profiter des faiblesses du système pour s’enrichir aux dépens d’un peuple qui vit dans la misère. « (…) Les intérêts de cette oligarchie sont opposés à ceux de l’écrasante majorité de la population, à laquelle elle tourne le dos, en étant fixée sur Washington.» Le président a en quelque sorte été pris au piège. Jovenel voyant le guet-apens dont il fait l’objet, a entamé une stratégie de dénonciation afin de se déresponsabiliser des promesses électorales non-tenues.
Le en conférence de presse au jardin du Palais national, Jovenel Moïse a lancé le slogan « suivez mon regard », un message qui s’est répandu rapidement sur les réseaux sociaux. « En effet, à partir du mois d’, la communication de Jovenel Moïse a connu un changement radical ; depuis sa fameuse phrase : « suivez mon regard » appuyée par le slogan « ti rès la, se pou pèp la » (le reste (des ressources) est pour le peuple), le locataire du Palais national a tout fait pour donner un ennemi à la population haïtienne et rallier les citoyens à sa cause.» Lors de la conférence, le président expliquait que « la situation actuelle du pays était le résultat de certaines décisions qu’il avait prises contre le système en place, dénonçant ce qu’il appelle les « héritiers du système » mécontents contre lui, parce qu’il a résilié des contrats publics-privés « injustes et inégalitaires » leur privant de plusieurs dizaines de millions de dollars et qui se liguent aujourd’hui contre lui, derrière les manifestations, sans citer de nom pour ne pas créer plus de tensions, ajoutant « […] suivez mon regard et vous comprendrez de qui je parle…»
Recréation des forces armées En , il annonce la recréation des Forces armées d'HaïtiRalph Tedy Erol, « Jovenel Moise annonce le retour de l’armée d’Haïti dans une semaine », loophaiti.com, 12 novembre 2017., dissoutes en 1995, ce qui faisait de Haïti un pays sans armée.
Contestations du budget national de 2017 Pendant son mandat, il est confronté à de nombreuses protestations. En , il est confronté à un rassemblement de milliers de personnes manifestant à l'appel de l'opposition à la suite de la publication du budget national, qui prévoit d'aggraver l'endettement du pays, tandis que l'absence d'effort de conciliation de la part de l'exécutif est également pointé du doigt« Haïti : des milliers de personnes réclament le départ du président Jovenel Moïse », rfi.fr, 21 septembre 2017..
Le , Lafontant annonce sa démission, une semaine après des violences meurtrières déclenchées par une tentative de son gouvernement d'augmenter les prix des carburants. Près d'un mois plus tard, Jean-Henry Céant est nommé Premier ministre par le président de la République. Celui-ci procède à son installation ainsi qu'à celle de son cabinet ministériel le .
Politique étrangère vignette|Le couple Moïse en visite à la Maison Blanche avec le couple Donald et Melania Trump. Son gouvernement s'aligne sur celui des États-Unis concernant les relations internationales. Au sujet du Venezuela, il refuse de reconnaître Nicolás Maduro comme président et apporte son soutien à l'opposant Juan Guaidó, reconnu par d’autres chefs d’État.. Il participe avec les autres dirigeants pro-américains des Caraïbes à une réunion organisée par Donald Trump en afin de définir une politique commune sur la situation au Venezuela et les « pratiques économiques prédatrices » de la Chine.
Réduction des pouvoirs de la Cour supérieure des comptes Par décret, Jovenel Moïse réduit drastiquement, en , les pouvoirs de la Cour supérieure des comptes. Cette institution enquêtait notamment sur les affaires de corruption impliquant tous les gouvernements de 2008 à 2016 ; Jovenel Moïse lui-même avait été cité par la Cour pour avoir été l'un des protagonistes d'un « stratagème de détournement de fonds ».
Réforme du code pénal En , Moïse publie un décret dans le journal officiel remplaçant le code pénal en vigueur depuis 1836 par un nouveau code. En projet depuis 2009, celui-ci doit entrer en vigueur le . Il n'intègre pas les peines votées par le Sénat pour toute personne participant à un mariage entre personnes de même sexe. Parmi les nouveautés figurent le harcèlement sexuel et la responsabilité pénale des personnes morales.
Crise économique et sécuritaire gauche|vignette|Jovenel Moïse avec la présidente Tsai Ing-wen lors d’une visite à Taïwan. La situation économique et sécuritaire d’Haïti se détériore sous sa présidence. La prolifération des enlèvements contre rançon et les affrontements entre bandes rivales rendent invivables le quotidien de nombreux haïtiens, poussant des milliers d’habitants à fuir certains quartiers populaires. La faim affecte, en 2021, 4,4 millions de personnes (sur une population de 11 millions), soit le double qu’au début de son mandat. L’accès, déjà défaillant, à l’éducation et à la santé s’est encore réduit, les inégalités se sont accentuées, et l’impunité reste généralisée pour les affaires de corruption et d’assassinats alors que son propre régime est soupçonné de collusion avec certaines bandes armées.