Camille Laurin, né le à Charlemagne (Québec) et mort le à Vaudreuil-Dorion (Québec), est un psychiatre et homme politique québécois. Il a été ministre au sein du gouvernement indépendantiste du Parti québécois dirigé par René Lévesque de 1976 à 1984. Il est notamment le « père » de la Charte de la langue française.
Jeunesse Camille Laurin voit le jour à Charlemagne le . Il est le fils d'Éloi Laurin et de Mary Morin. Éloi est un petit commerçant dont l’activité professionnelle le place au cœur de la vie municipale de Charlemagne. Il est restaurateur, barbier, mécanicien, manufacturier de fourrures et propriétaire d’une voiture-taxi. Homme lettré, le père de Camille offre son aide aux nombreux Charlemagnois qui ne savent ni lire ni écrire et qui peinent à comprendre les contrats, les formulaires ou toute autre paperasse qu'ils doivent remplir. Il cumule les petites entreprises afin d’offrir une vie décente à sa famille, c’est-à-dire à sa femme Mary et à leurs treize enfants. Camille est le quatrième enfant de cette large fratrie typiquement canadienne-française. Mary Morin, comme c’est souvent le cas à l’époque, s’occupe de la maison familiale et se charge de l’éducation des enfants. Femme très pieuse, elle se rend tous les jours à l’église du village pour prier. Piété qu’elle transmettra d’ailleurs à Camille. Mary est aussi très impliquée dans de nombreuses associations paroissiales et offre son aide aux femmes du village qui se remettent de leur accouchement. Camille Laurin est ainsi le fils de parents engagés, connus et respectés par les habitants de Charlemagne.
Dans les années 1920, la scierie du village qui employait plusieurs familles était, selon les mots de Camille Laurin, « contrôlé[e] par des Anglais qui y faisaient la loi ». Il grandit dans un milieu où les anglophones sont minoritaires mais occupent le haut du pavé socioéconomique. Son père est, de ce fait, un nationaliste. Il achète, autant que faire se peut, chez des fournisseurs et des commerçants canadiens-français. Éloi Laurin est aussi un militant libéral. Il délaisse par la suite le Parti libéral lorsqu’un de ses ténors, Paul Gouin, le quitte et fonde l’Action libérale nationale avec les membres les plus nationalistes du parti.
La crise économique des années 1930 frappe durement Charlemagne ainsi que les différents petits commerces de la famille Laurin qui parvient, malgré tout, à se maintenir à flot. Mais cette stabilité financière est précaire et force les Laurin à faire de durs sacrifices. En 1934, Camille termine sa formation primaire et demande à ses parents de l’inscrire au collège afin de poursuivre des études classiques. Or, la Grande dépression met trop à mal les finances de la famille et Éloi est contraint de refuser la requête de son fils. Mis au courant des déboires financiers des Laurin, Paul Gouin offre de payer les études du brillant et prometteur jeune homme. Grâce au patronage de Gouin, Camille Laurin fait son entrée au Collège de l’Assomption en .
Formation
1934-1942 : Collège de l'Assomption Laurin fait partie de la cohorte du collège de l’Assomption et fréquente l’institution de 1934 à 1942. Il partage ces années d’études notamment avec le sociologue en devenir, Guy Rocher. Laurin se démarque par ses résultats scolaires exceptionnels qu’il obtient sans trop d’effort. Il consacre la plus grande partie de son temps libre à la lecture. Laurin décroche le poste de bibliothécaire adjoint, ce qui lui permet de découvrir les grands œuvres de la littérature et des sciences sociales, dont celles de Jean-Jacques Rousseau, Alexis de Tocqueville, Honoré de Balzac,Victor Hugo, etc Jouissant de la confiance du bibliothécaire, on lui permet de lire les auteurs socialistes et marxistes, chose rare dans les institutions catholiques de l’époque. Il intègre le club St. Mary’s English Academy où il s’initie à la langue anglaise et à la littérature anglaise.. Malgré cette anglophilie, Laurin baigne dans un milieu nationaliste et catholique. C’est pourquoi, au terme de ses années d'études collégiales, il fait son entrée au Grand Séminaire de Montréal afin de devenir prêtre.
1943 : Grand Séminaire de Montréal Camille Laurin fait son entrée au Grand Séminaire de Montréal en 1942. Le jeune homme qui aspire à la prêtrise en vient à remettre en question sa vocation ecclésiastique. D'abord, il ne se plaît pas au Grand Séminaire en raison de la discipline stricte qui y règne. Ensuite, Laurin se découvre incapable de faire le deuil des relations amoureuses avec la gent féminine. Pour ces raisons, il quitte le Grand Séminaire de Montréal en 1943 et renonce à devenir prêtre.
1943-1950 : Faculté de médecine de l'Université de Montréal Camille Laurin s'inscrit en médecine en 1943 à l'Université de Montréal. Il obtient son diplôme en 1950 après un parcours scolaire sous le signe de l'engagement politique et étudiant.
Au Quartier latin À partir de 1944, Camille Laurin commence à collaborer au journal étudiant Le Quartier latin. Il en deviendra le directeur en 1947. Dans les pages du journal, il adopte une sensibilité de catholique de gauche aussi bien hostile à l'endroit du communisme laïque que de l'exploitation ouvrière.
À l'International student services En 1948, Gérard Pelletier cède son poste de secrétaire de l'International student services à Camille Laurin. Ce dernier emménage à Genève afin d'occuper cette fonction jusqu'à l'été 1949.
1950-1951: Queen Mary Veteran's Hospital de Montréal Après l'obtention de son diplôme en médecine, Camille Laurin entend s'initier à la psychiatrie. En 1950, il entame une année de résidence au Queen Mary Veteran's Hospital de Montréal. Le choix d'un hôpital anglophone s'impose, en quelque sorte, à Laurin qui considère que la pratique de la psychiatrie dans le réseau francophone est arriéré et ne s'intéresse qu'aux aspects physiques et non psychologiques des maladies mentales.
1951-1953: Psychiatric Training Institute Faculty de Boston La formation qu'il reçoit au Queen Mary Veteran's Hospital l'incite à parfaire ses connaissances en psychiatrie. En fait, au début des années 1950, Camille Laurin souhaite devenir psychiatre et psychanalyste. C'est dans cette optique qu'il s'inscrit au Psychiatric Training Institute Faculty de Boston. En 1951, avec sa femme Rollande Lefebvre, il emménage à Boston près du Boston State Hospital où il est affecté pour mettre en pratique ses apprentissages. Le doyen de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, le docteur Wilbrod Bonin, souhaite ouvrir un département de psychiatrie dans le réseau de la santé francophone du Québec. Pour le compte de la Faculté, Laurin entreprend ainsi une tournée des hôpitaux du Massachusetts afin de colliger des informations utiles à l'ouverture d'un tel département.
En 1953, les États-Unis s'engagent dans la guerre de Corée. En sa qualité d'employé pour le Boston State Hospital, Camille Laurin se voit contraint de s'enrôler dans l'armée américaine. Ne souhaitant ni mettre ses études en veilleuse ni participer à un conflit armé, Laurin quitte Boston et retourne momentanément à Montréal.
1953-1957: Institut de psychanalyse de France à Paris Après avoir envoyé sa candidature dans plusieurs institutions européennes, l'Institut de psychanalyse de France à Paris accepte de le prendre. Il se forme donc à la psychanalyse à Paris notamment auprès de Juliette Favez-Boutonnier à l'Institut et de Daniel Lagache à la Sorbonne. En parallèle de sa formation, il devient le président de l'Association des médecins canadiens en France où il dénoue un problème de reconnaissance par le Collège des médecins du Québec des années de pratique des médecins canadiens en France.
Carrière médicale
1957: À l'Institut Albert-Prévost En 1957, Camille Laurin est embauché par l’Institut Albert-Prévost. Un an plus tard, il remplace le docteur Karl Stern et devient le directeur scientifique de l’Institut. S’ajoute à ce poste celui de directeur officieux du nouveau département de psychiatrie de l’Université de Montréal où il donne régulièrement des cours. Il crée le certificat d'études supérieures en psychiatrie et avec lui la première formation psychiatrique complète en français de la province. Fort de ses deux fonctions d’importance, il met sur pieds un programme de collaboration entre l’Université et l’Institut qui permet aux psychiatres en devenir de faire leur résidence complète au Québec. Les étudiants ne sont dès lors plus contraints à s’exiler dans un pays étranger afin de compléter leur formation, comme ce fut le cas pour Laurin et nombre d’autres universitaires québécois.
À la tête du département de psychiatrie et en sa qualité de directeur scientifique de l’Institut Albert-Prévost, Camille Laurin s’engage dans une réforme aussi bien de l’enseignement de la psychiatrie que du traitement des gens souffrant d’une maladie mentale. Il adopte une approche dite « interdisciplinaire » visant « le traitement de la maladie mentale dans la totalité de l’être humain, autant dans ses attitudes corporelles que dans ses croyances, ses origines familiales ou son milieu social. » Les traitements aux électrochocs, les traitements à l’insuline et les lobotomies sont remplacés autant que faire se peut par des médicaments neuroleptiques qui adoucissent les symptômes psychotiques.
1961: Postface du livre Les fous crient au secours
Laurin signe la postface du livre-témoignage de Jean-Charles Pagé, Les fous crient au secours, dans lequel Pagé raconte son expérience dans l’asile Saint-Jean-de-Dieu (aujourd’hui nommé Hôpital Louis-H. Lafontaine). Le livre ainsi que la postface rédigée par un psychiatre de renom en pleine ascension professionnelle font grand bruit. Laurin relève que le réseau hospitalier compte presque autant de lits que le réseau psychiatrique : « Les 203 hôpitaux généraux de la province de Québec comptent environ 24 000 lits, mais nos 17 hôpitaux mentaux en contiennent presque autant, soit un peu plus de 20 000. » C’est que le prix d’un lit dans une institution psychiatrique est radicalement moindre de sorte qu’on y stationne des malades qui, comme Pagé souffrant d’alcoolisme, ne devraient pas s’y retrouver. De plus, le manque de ressources et le nombre réduit de psychanalystes véritables dans ces hôpitaux sont responsables de drames humains. Comme l’écrit Laurin dans ladite postface : À la suite du double témoignage de Pagé et de Laurin dans Les fous crient au secours, l’opinion publique s’agite. Le livre attire l’attention des journaux (La Presse, Le Devoir, Le Nouveau journal) des centrales syndicales (FTQ) et des associations de professionnels de la santé (Collège des médecins du Québec, Association des psychiatres du Québec). Devant un tel mouvement de consternation, le gouvernement du Québec de Jean Lesage se voit contraint d’agir. Le ministre de la Santé de l’époque, le docteur Alphonse Couturier, crée une commission d’enquête sur la situation des soins psychiatriques au Québec. La Commission Bédard, nommée après son président, le docteur Dominique Bédard, dépose un rapport en 1962 plaidant pour la modernisation du système de santé mentale. Dans le sillage de la pratique de la psychiatrie qu’est en train de normaliser Camille Laurin, le rapport plaide pour « le passage d’une psychiatrie réservée au milieu clos de l’asile à une pratique communautaire axée sur des soins dispensés dans la collectivité et intégrés à l’ensemble du réseau de santé. »
1963: Imaginer l'Institut Philippe-Pinel