Folke Bernadotte, comte de Wisborg dit le comte Bernadotte est un diplomate suédois, né le à Stockholm. Il est connu pour avoir négocié la libération de prisonniers des camps de concentration durant la Seconde Guerre mondiale. Il est mort assassiné le à Jérusalem, dans le rôle de médiateur de l'ONU, par des membres du groupe terroriste sioniste Lehi.
Biographie Famille vignette|gauche|Lettres patente adressées par le grand-duc Adolphe de Luxembourg à son neveu Oscar Bernadotte, père de Folke. Ces lettres lui octroient les titres de prince Bernadotte et comte de Wisborg, titres que récupèrera Folke à la mort du prince Oscar. Folke Bernadotte naît à Stockholm dans la maison Bernadotte, la famille royale suédoise. Son père, le prince Oscar Bernadotte (1859-1953), comte de Wisborg (anciennement prince Oscar de Suède, duc de Gotland), est le deuxième fils du roi Oscar II de Suède ; sa mère, Ebba Munck af Fulkila (1858-1946), est une dame d'honneur de Victoria de Bade, l'épouse du prince héritier Gustaf. Oscar a épousé Ebba en 1888 sans le consentement du roi et fut donc contraint de renoncer à son titre de prince de Suède ; en 1892, il reçoit les titres de prince Bernadotte (personnel) et comte de Wisborg (héréditaire) par son oncle maternel, Adolphe, grand-duc de Luxembourg.
Formation Bernadotte fréquente l'école à Stockholm, après quoi il suit une formation pour devenir officier de cavalerie à l'Académie royale militaire. Il passe l'examen d'officier en 1915, est nommé lieutenant en 1918, puis promu au grade de major.
Avant-guerre Bernadotte représente la Suède en 1933 à l'exposition A Century of Progress de Chicago, puis est commissaire général suédois à l'Exposition universelle de New York 1939-1940.
Impliqué depuis longtemps dans les scouts suédois (Sveriges Scoutförbund), il prend la direction de l'organisation en 1937. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il s'efforce d'intégrer les scouts dans le plan de défense suédois, les formant à la lutte anti-aérienne et comme assistants médicaux.
Seconde Guerre mondiale Diplomate vignette|Le comte Folke Bernadotte (à gauche) conversant avec des prisonniers de guerre australiens en Allemagne (1943). En 1945, alors vice-président de la Croix-rouge suédoise, Bernadotte essaye de négocier un armistice entre l'Allemagne et les Alliés. À la toute fin de la guerre, il reçoit l'offre faite par Heinrich Himmler d'une reddition complète de l'Allemagne vis-à-vis de la Grande-Bretagne et des États-Unis, à la condition que l'Allemagne soit autorisée à poursuivre la résistance contre l'Union soviétique. Cette offre, transmise à Winston Churchill et Harry S. Truman, est refusée par le Royaume-Uni et les États-Unis.
Peu avant la fin de la guerre, Bernadotte organise l'opération de sauvetage « bus blancs » pour évacuer des déportés, notamment norvégiens et danois, dans des hôpitaux suédois, ainsi que des déportés francophones du Cap Arcona. Il libère ainsi de l'enfer des camps de concentration et acquiert une immense popularité.
Cette opération résulte de l'intervention de plusieurs personnes, en particulier en Allemagne et le rôle de Folke Bernadotte est moins central – tant sur le plan des décisions à obtenir du côté de l'administration de la SS dirigée par Himmler que sur le plan de l'organisation pratique des transports et de l'évacuation des déportés – que ce qu'il a pu être dit et écrit, par lui-même en particulier ou dans la Suède d'après-guerre.
En , il s'implique aussi dans une opération d’évacuation de vers la Suède à l'aide de cinq bateaux. Ceux-ci sont coulés par la Royal Air Force dans la mer Baltique., par erreur d'identification des navires et par manque d'information sur le but de cette évacuation qui ressemblait plutôt pour une fuite de dirigeants nazis vers la Norvège et donc une cible militaire.
Cependant, des travaux historiques révélés notamment en 2005Voir « Le prestige terni des Bus blancs suédois », Libération, 30 juin 2005. indiquent que cette opération avait un coût moral, longtemps occulté : pour permettre la libération des prisonniers scandinaves, quelque autres prisonniers, malades ou mourants, , furent sortis du camp de concentration de Neuengamme et transférés vers d'autres camps nazis. Le transfert fut effectué dans les mêmes « bus blancs », conduits par des chauffeurs suédois, qui servirent à l'évacuation des Scandinaves.
Une auto-attribution douteuse À la fin de la guerre, le comte s'empresse de faire rédiger par Ragnar Svanström un récit de l'aventure des bus blancs, qui est publié le sous le titre Slutet (La Fin)The Fall of the Certain en anglais.. Dans ce best-seller, Bernadotte apparaît comme l'unique concepteur, organisateur, négociateur et transporteur de l'opération des bus blancs, omettant les nombreuses personnalités ayant eu un rôle concret bien plus important que le sien. L'historien suédois Sune Persson reconnaîtra plus tard qu'
Dès le , un rapport d'une commission restreinte — composée de l'ancien secrétaire général du ministère des Affaires étrangères Snouck-Hugronje, le premier secrétaire de l'ambassade des Pays-Bas à Paris van Schelle et le professeur Rüter de l'université de Leyde —, nommée par le professeur Nicolaas Wilhelmus Posthumus, membre de l'Académie des sciences, est rendu au Premier ministre Drees, étudiant les relations entre Kersten, Himmler, Schellenberg et Brandt, ainsi qu'avec le comte Bernadotte. Il en conclut que
L'historien britannique Hugh Trevor-Roper écrit en dans le magazine américain Atlantic MonthlyVoir « Kersten, Himmler, and Count Bernadotte », The Atlantic, février 1953. pour condamner le refus de naturalisation opposé à Kersten par le gouvernement suédois :
Partition de la Palestine vignette|Plan de partage de la Palestine de 1947.
Le , un plan de partage de la Palestine voté par l'assemblée générale des Nations unies prévoit à la fois la création d'un État juif, d'un État arabe et d'une zone internationale à Jérusalem et à Bethléem en Palestine alors administrée par les Britanniques. Les Palestiniens juifs acceptent mais les Palestiniens arabes et les pays arabes voisins refusent. Entre et , dans un état de guerre larvé, de très nombreux incidents éclatent et font des milliers de victimes, morts ou blessés, parmi les Juifs et Arabes de Palestine.
Médiateur de l'ONU Le , l'État juif est autoproclamé sur la base territoriale du partage de l'ONU de 1947 et prend la dénomination « État d'Israël » ; cet État a été proclamé de façon unilatérale par le Yichouv par la déclaration faite par David Ben Gourion, président du Yichouv à Tel Aviv au musée des beaux-arts, vers 16 heures. Cette proclamation est immédiatement suivie par la première guerre israélo-arabe. Le , Bernadotte est nommé médiateur des Nations unies en PalestineD'après le site en français de l'ONU.. Il est ainsi le premier médiateur officiel de l'histoire de l'ONU.
Sa mission est alors immense : faire cesser les combats et superviser la mise en application d'un partage territorial entre Israël et les États arabes.
vignette|gauche|Folke Bernadotte en 1948. Le médiateur de l'ONU propose un plan pour les deux parties arabes et juives le . Pour la partie arabe, le plan du médiateur propose de remplacer l'État arabe prévu par l'attribution de son territoire à la Transjordanie, émirat créé par les Britanniques en 1926 et devenu royaume hachémite de Jordanie en . Ce plan propose un État juif réduit à 20 % de la superficie de la Palestine mandataire, au lieu des 55 % prévus et adoptés par l'ONU le , et une confédération avec la Transjordanie. Ce plan est rejeté par tous les sionistes et les Arabes.
Contexte politique et menaces Le groupe juif Lehi, qui n'hésite pas à commettre des attentats et actes de terreur contre les Britanniques puis contre les Palestiniens arabes, est créé fin 1940-début 1941 par Avraham Stern : il est une scission de l'Irgoun, lui-même scission droitiste créée en 1937, issue de la Haganah, première force d'auto-défense juive qui fut créée en 1920 et tolérée par les Britanniques. Fin 1941, Avraham Stern meurt les armes à la main lors d'un combat contre les Britanniques. Un des trois dirigeants du groupe Lehi (ou Stern) est alors Yitzhak Shamir, futur cadre du Mossad et futur premier ministre israélien (de 1983 à 1984 et de 1986 à 1990).
Le , le médiateur rencontre deux membres du Lehi. Fin juillet, le Lehi menace Bernadotte de mort. Il est alors affirmé par cette organisation : Lorsqu'on leur demandera pourquoi, ils répondront
Le , Israël Eldad, un des trois dirigeants du Lehi, déclare, lors d'une réunion publique à Jérusalem :
D'après Israël Eldad, la décision de tuer Bernadotte est prise en août par les trois dirigeants du LehiInterview d'Israël Eldad à la radio israélienne le 9 septembre 1988, rapportée par Yediot Aharonot du 11 septembre 1988. qui étaient alors le « Centre », plus haute instance du Lehi : Yitzhak Shamir, Nathan Yalin Mor et Israël Eldad.
Nouveau plan de partage Le , Bernadotte propose un nouveau plan de partage de la Palestine, dans lequel la Transjordanie annexerait le Néguev, la Judée et la Samarie. La confédération entre Israël et la Transjordanie proposée lors du premier plan du disparaît du nouveau plan. Ce plan prévoit un État juif sur la Galilée. Il propose également le passage de Jérusalem sous contrôle international et le rapatriement (ou dédommagement) des réfugiés juifs et arabes, dans chaque État nouveau devant être créé.
Au sujet des réfugiés, Bernadotte écrit :
Il critique
Ce nouveau plan est de nouveau refusé par les Israéliens et les pays arabes. La Transjordanie, grande gagnante du projet de Folke Bernadotte, n'ose pas accepter, compte tenu de l'état de guerre contre l’État d'Israël, créé le , et des soupçons de collaboration qui pèsent sur le royaume (guerre israélo-arabe de 1948).
Assassinat de Bernadotte et Sérot D'après les études des documents et des témoignages, il est connu aujourd'hui que le meurtre a été planifié par , le chef de l'organisation terroriste juif Lehi à Jérusalem (la dernière en activité et la plus radicale), qu'il a été décidé en au plus haut niveau par les trois responsables du « Centre »Le « Centre » est le nom donné à la direction du Lehi : Nathan Yalin Mor, Yitzhak Shamir et Israël Eldad. et que l'exécution en a été confiée à un militant du Lehi, Il sera en 1952 un des créateurs du kibboutz à Sde Boker, chef de la sécurité de ce kibboutz et garde du corps de David Ben Gourion, résident de ce kibboutz quand il ne sera plus Premier ministre de l'État d'Israël entre 1953 et 1955 puis de 1963 jusqu'à son décès.Cf. .. Les deux autres terroristes sont Yitzhak Ben-Moshe et « Gingi » Zinger ; quant au conducteur de la jeep, il s'appelle Meshulam MakoverKati Marton, A Death in Jerusalem..
Le , après avoir rencontré les observateurs de la trêve et visité quelques emplacements possibles pour le bâtiment du futur quartier général de l'ONU à Jérusalem, le convoi de Bernadotte, composé de trois voitures, entre dans le quartier Katamon de Jérusalem. Chaque voiture arbore les drapeaux des Nations unies et de la Croix-Rouge et personne, dans ce convoi, n’est armé. Le comte Folke Bernadotte, quant à lui, a refusé à plusieurs reprises le gilet pare-balles qu’on lui proposait, et a refusé au colonel français André Sérot, son adjoint, qui pensait que le convoi pouvait être attaqué, d'avoir une arme avec lui alors qu'il se trouve dans sa voiture.
Dans la voiture du médiateur, sur la banquette arrière, ont pris place Bernadotte, le colonel Sérot, chef des observateurs des Nations unies à Jérusalem, et le général suédois Åge Lundström, chef de la supervision de la trêve en Palestine et représentant personnel du comte Bernadotte.