Alice Prin, dite Kiki de Montparnasse ou simplement Kiki, également surnommée « la Reine de Montparnasse », est un modèle français, née le à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or)Au rue de la Charme. Enfant naturelle de Marie Ernestine Prin, âgée de . Acte de reconnaissance du 26 octobre 1901. et morte le à Histoires secrètes de Paris..
Muse et parfois compagne d'artistes célèbres, elle est également chanteuse, danseuse, gérante de cabaret, artiste peintre et actrice de cinéma. Durant l'entre-deux-guerres (1921-1939), elle anime le quartier du Montparnasse.
Biographie Enfance Fille naturelle de Marie Ernestine Prin, ouvrière âgée de 19 ans, Alice Ernestine Prin naît le au 9 rue de la Charme à Châtillon-sur-Seine AD de la Côte-d'Or, cote FRAD021EC 161/057, actes de naissances de Châtillon-sur-Seine, page 87/124, acte N°170. Le 26 octobre suivant elle est reconnue par sa mère AD de la Côte-d'Or, cote FRAD021EC 161/057, actes de naissances de Châtillon-sur-Seine, page 95/124, acte N°187 La jeune Alice Ernestine Prin est élevée par sa grand-mère dans une grande pauvreté. En 1913, elle quitte Châtillon-sur-Seine en Bourgogne pour rejoindre sa mère, Marie Prin, linotypiste à Paris. En 1916, Marie Prin rencontre Noël Delecœuillerie, un jeune homme revenu blessé du front, qu'elle épouse deux ans après.
Modèle En 1914, Alice Prin termine son cycle scolaire fondamental (obligatoire, gratuit & laïque) et sa mère la fait travailler comme apprentie. Ainsi, dès , Alice est successivement brocheuse, fleuriste, laveuse de bouteilles chez Félix Potin et visseuse d'ailes d'avionDominique Paulvé, « Kiki, reine des Montparnos », Connaissance des arts, , mars 2008, .. En 1917, elle est bonne à tout faire chez une boulangère, place Saint-Georges (Paris ). Se révoltant contre les mauvais traitements qu'elle subit, elle est renvoyée.
vignette|redresse|Kiki de Montparnasse et Tsugouharu Foujita en 1926, par Iwata Nakayama.|gauche Pour gagner de quoi vivre, elle devient modèle, posant nue chez un sculpteur, ce qui cause une violente dispute avec sa mère qui l'expulse de chez elle malgré l'hiver. Elle est recueillie par le peintre Chaïm Soutine (1893–1943) pour lequel elle poseCarlo Rim, Le Grenier d'Arlequin, journal 1916-1940, Denoël, 1981, p.124, à la date du : "Kiki de Montparnasse, qui en est à son troisième godet, évoque en riant ses débuts de modèle… Et aussi Soutine avec ses yeux tout brûlants qui vous font froid dans le dos, et une tête de cosaque sous-alimenté. Un chic type qui n'a rien à lui et qui donne tout aux autres. On s'est un peu aimés, mais il ne pensait qu'à son art, et il peignait même la nuit. Je lui ai posé des séances de nu en plein hiver dans son atelier glacial. On s'est quittés question de tempérament, je devenais phtisique galopante.". Elle fréquente la brasserie La Rotonde, dans le quartier du Montparnasse, mais uniquement au bar, car pour avoir le droit de s'asseoir dans la salle, une femme devait porter un chapeau. En 1918, elle se met en ménage avec le peintre Maurice Mendjizki (1890-1951).
Elle pose pour les peintres Amedeo Modigliani et Tsugouharu Foujita dont le Nu couché à la toile de Jouy sera l'événement du Salon d'automne de 1922. Moïse Kisling, qui lui a trouvé le surnom de « Kiki »., l'a également peinte à de nombreuses reprises. Elle adopte la coupe au carré, les yeux abondamment soulignés de khôl, les lèvres peintes de rouge vif et le pseudonyme Kiki, lesquels ajoutent à son succès.
vignette|Kiki, Noire et Blanche par Man Ray. En 1921, elle devient la compagne et le modèle préféré de Man Ray qui trouve son physique . Il la photographie notamment à côté d'un masque baoulé, ainsi que de dos, nue, pour un célèbre cliché auquel il dessine deux ouïes de violon et qu'il intitule Le Violon d'Ingres, en 1924. Dorénavant elle devient la reine de La Rotonde : « C'est Kiki, la seule, l'unique qui traverse majestueusement les salles, flanquée du fidèle Man Ray ». qui lui fait rencontrer les dadas Tristan Tzara, Francis Picabia et les surréalistes Louis Aragon, André Breton, Paul Éluard, Max Ernst et Philippe Soupault.
Elle vit avec le danseur Vaslav Nijinski.
Peintre vignette|Brasserie de La Rotonde dans le quartier de Montparnasse. Elle commence également à dessiner des portraits pour les soldats britanniques et américains qui fréquentent La Rotonde. Par la suite, elle expose régulièrement ses peintures dans des galeries parisiennes, notamment en 1927 dans la galerie Au Sacre du printempsPeintures de Alice Prin-Kiki. Catalogue : exposition, Paris, Galerie Au Sacre du Printemps, du au . Feuillet (31 x 45 cm) plié en 4, présentant la liste des tableaux, un court texte de Robert Desnos "Vie de Kiki, à Man Ray" et la reproduction en noir et blanc du tableau Cirque ambulant. Paris, Bibliothèque Forney (RES ICO 5609 2 3 Fol)., en 1930 dans la prestigieuse galerie Georges BernheimParis Soir, , p. 2., en 1931 à la galerie Jean CharpentierL’Africain. Hebdomadaire illustré, , p. 5., rue du Faubourg-Saint-Honoré. Le sculpteur Pablo Gargallo fait son portrait en bronze doré en 1928.
En 1929, Kiki devient la maîtresse du journaliste Henri Broca (18xx-1935)Auteur de T'en fais pas, viens à Montparnasse ! Enquête sur le Montparnasse actuel.. Ce dernier fonde le magazine Paris-Montparnasse où paraissent les premiers chapitres du livre de souvenirs que Kiki écrit, et qu'il publie ensuite : Les souvenirs de KikiKiki de Montparnasse, Les souvenirs de Kiki, préface de Foujita ; six illustrations et reproductions de tableaux de l’auteur ; dix photographies de Man Ray, Paris : H. Broca, 1929, 174 p.. Malgré l'engagement du journaliste américain Edward William Titus, époux d'Helena Rubinstein, les autorités douanières refusent l'introduction du livre aux États-Unis pour cause de propos jugés « scabreux » Kiki de Montparnasse, Kiki's memoirs, traduit du français par Samuel Putnam ; préface d’Ernest Hemingway ; reproductions de 20 peintures de Kiki de Montparnasse, Paris, E. W. Titus at the sign of the Black Manikin Press, 1930, 180 p..
Chanteuse Kiki est élue « Reine de Montparnasse ». Cependant sa mère, puis Henri Broca sombrent dans la folie. Pour parer aux frais médicaux, elle fait le tour des boîtes de nuits où elle chante (notamment au Jockey rue Campagne-Première) et danse. Le , elle débute au Concert Mayol dans la revue « Le Nu sonore » de Léo Lelièvre, Henri Varna et Marc-Cab. Elle conduit la revue avec Tonton de MontmartreComœdia, , p. 2 ; Le Journal, , p. 4.. En , elle chante à La Jungle, en 1932 à L'EscaleL'Intransigeant, , p. 1. ; cette année-là, elle a un engagement à BerlinParis Soir, , p.8.. En 1936, elle chante Nini peau d'chien au « Noël 1900 » présenté au Moulin de la galetteComœdia, , p. 3 ; L’Intransigeant, , p. 2.. Elle chante aussi dans le célèbre cabaret de la rue de Penthièvre, Le Bœuf sur le toit, lieu où Man Ray expose ses photographiesMarianne, , p. 9.. Elle se rend aux studios de la (Kaufman Astoria Studios) de New York, mais sans résultat.
Buvant trop et se nourrissant mal, Kiki pèse en 1934. Henri Broca meurt en 1935. La presse semble s'amuser de sa prise de poids puisqu'en 1936, elle relate qu'à la suite d'un régime, Kiki passe de à Comœdia, , p. 3.. Ce qui ne l'empêche pas de poser pour le peintre norvégien Per Krohg qui, trouvant sa , pense .
De La Vie parisienne, , p. 408. à La Semaine de Paris, , p. 62., elle chante régulièrement au Cabaret des fleurs au 47 rue du MontparnasseParis Soir, , p. 7 ; Paris Soir, , p. 7 ; Paris Soir, , p. 8 ; Paris Soir, , p. 6 ; La Semaine à Paris, , p. 61 ; Paris Soir, , p. 10 ; Paris Soir, , p. 6 ; Paris Soir, , p. 12.
En 1937, elle ouvre son propre établissement, Babel chez Kiki, rue VavinLa Vie parisienne, , p. 1441.. André Laroque, pianiste et accordéoniste de ce cabaret, agent des contributions indirectes le jour, devient son nouvel amant. Il aide Kiki à se défaire de la drogue et tape à la machine son second livre de souvenirs, Souvenirs retrouvés, qui ne sera publié qu'en 2005. En 1939, elle chante au cabaret Le Gipsy's au L’Intransigeant, , p. 7 ; La Vie parisienne, , p. 229 ; La Vie parisienne, , p. 565 ; L’Intransigeant, p. 6.. Le , elle fait sa rentrée au Jockey, et s'y produit jusqu’à Le Matin, , p. 4 ; Comœdia, , p. 8..
Fin de vie vignette|Georges Florian, Thérèse Treize et Tsugouharu Foujita à l'enterrement de Kiki le . En 1952, Frederick Kohner, qui fut déniaisé par elle à l'âge de , la revoit :
En 1953, âgée de 51 ans, Kiki meurt à l'hôpital Laennec de Paris. Léonard Foujita, son amie Thérèse Treize et un autre ex-« Montparno », Georges Florian, assistent à son enterrementFranc-Tireur, , .. Elle est inhumée au cimetière parisien de Thiais mais sa tombe est reprise en 1974.
L'écrivain Ernest Hemingway lui rendra un brillant hommageKiki de Montparnasse, Souvenirs, introduction d’Ernest Hemingway et Foujita, avant-propos et notes de Billy Klüver et Julie Martin, traduction de Dominique Lablanche, Hazan, 1999, 279 .
Galerie
Modèle d'œuvres plastiques
Alexander Calder, Kiki de Montparnasse ou Masque, 1930, fil de fer, , Paris, Musée national d'art moderneReproduction dans Connaissance des arts, n°658, mars 2008, p. 81. Léonard Foujita, Nu à la toile de Jouy, 1922, gouache et encre sur papier, , Paris, Musée national d’art moderneConnaissance des arts, , p. 82. Pablo Gargallo, Kiki de Montparnasse, 1928, masque en bronze doré, , Paris, galerie Marwan HossConnaissance des arts , p. 80. Moïse Kisling : Kiki au pull rouge, huile sur toile, Genève, Musée du Petit PalaisConnaissance des arts , p. 78. Kiki de Montparnasse, 1924, huile sur toile, Taïnan, Chimei MuseumKiki de Montparnasse, notice chimeimuseum.org. Man Ray : Le Violon d'Ingres, 1924, photographie, épreuve aux sels d’argent rehaussée à la mine de plomb et à l’encre de Chine et contrecollée sur papier, Paris, Musée national d’art moderneConnaissance des arts , p. 83. Noire et Blanche, 1926, photographie de Man Ray.
Filmographie
Publications Les Souvenirs de Kiki, préface de Foujita ; six illustrations et reproductions de tableaux de l’auteur ; dix photographies de Man Ray, Paris, H. Broca, 1929, 174 p. Souvenirs, introduction d’Ernest Hemingway et Foujita, avant-propos et notes de Billy Klüver et Julie Martin, traduction de Dominique Lablanche, Hazan, 1999, 279 p. Souvenirs retrouvés, préface de Serge Plantureux, José Corti, 2005, 319 p.Éditions Corti...
Postérité vignette|Plaque Kiki de Montparnasse à Paris .
En bande dessinée En bande dessinée, Kiki de Montparnasse fait l’objet d’un album biographique, Kiki de Montparnasse, dessiné par Catel et scénarisé par José-Louis Bocquet, paru chez Casterman dans la collection « Écritures » en 2007. Cette bande dessinée a reçu plusieurs prix : le prix grand prix RTL de la bande dessinée en 2007. le prix 2007 du meilleur album au Lyon BD festival. le prix du public Cultura en 2008 au festival international de la bande dessinée d'Angoulême.
Au cinéma Kiki de Montparnasse est le personnage principal du court métrage d’animation français Mademoiselle Kiki et les Montparnos d’Amélie Harrault (2012) qui obtient le César du meilleur court métrage d'animation en 2014.
Au théâtre En , l’opéra Kiki de Montparnasse fait ses débuts à Paris au Théâtre Rive gauche, création mondiale par Appel d’Airs - l’Opéra de Poche, sur un livret de l’écrivain et chansonnier Marco Ongaro et la musique du compositeur contemporain Andrea Mannucci. Kiki de Montparnasse, spectacle musical, est la première adaptation des Souvenirs retrouvés (Éditions José Corti) par Françoise Taillandier, comédienne et Paul Hautreux, pianiste-compositeur qui en sont également les interprètes. Le spectacle est joué au cabaret du théâtre Jean-Arp (Clamart), au théâtre de la Vieille-Grille (Paris ) au musée Mendjisky (Paris ), au théâtre du Guichet Montparnasse (Paris ) de 2013 à 2015