Alfred Rosenberg, né le à RevalAujourd'hui Tallinn, capitale de l'Estonie, alors située dans le gouvernement d'Estland appartenant à l'Empire russe. et mort le à Nuremberg, est un homme politique, architecte et essayiste allemand, membre du Parti national-socialiste des travailleurs allemands et l'un des théoriciens du nazisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, il occupe le poste de ministre du Reich aux Territoires occupés de l'Est. Il fait partie des principaux criminels de guerre condamnés à mort lors du procès de Nuremberg puis exécutés par pendaison.

Biographie

Rosenberg est issu d'une famille germano-balte, et naît en tant que sujet de l'Empire russe. À l'automne 1910, il entre à la Faculté d'architecture de l'université technique de Riga. Pendant la Première Guerre mondiale, il s'installe à Moscou. Un temps protégé du mystique russe Dimitri Merejkovski, il entreprend des études d'ingénieur-architecte à l'École impériale technique de Moscou, aujourd'hui université Bauman.

En , l'indépendance de l'Estonie, l'exode des allemands-baltes après sept siècles de domination sur la région et la tentative d'invasion du territoire par la Russie devenue bolchévique poussent Rosenberg à quitter Reval (entre-temps renommée Tallinn) définitivement aux côtés de troupes allemandes évacuant l'Estonie après leur courte occupation du territoire de 1917.

Il reste quelques semaines à Berlin puis il s'établit de façon définitive à Munich au début de l'année 1919 ; la ville est alors le centre de ralliement de la minorité allemande de Russie en exil. Il y subsiste grâce à la soupe populaire, et aux sociétés de secours des Allemands de la Baltique.

Apatride, déraciné, en recherche, proche des milieux , multiformes et fortement représentés en Bavière, il y fréquente l'ordre de Thulé, se rallie aux doctrines raciales de Dietrich Eckart, et ce dernier le présente à Adolf Hitler.

Le parti nazi (parti national-socialiste des travailleurs allemands, NSDAP en allemand) exerce alors une forte attraction sur les Allemands de l'étranger et ces derniers, en retour, jouent un rôle essentiel dans son développement.

Membre du parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP)

Ayant fréquenté la société Thulé, il devient un des plus fervents partisans du national-socialisme. Dès 1920, alors qu'il a reçu une formation en architecture il est ainsi rédacteur en chef du Völkischer Beobachter, organe du parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP).

Il publie en 1922 Peste en Russie ! le bolchévisme, ses dirigeants, ses exécutants et ses victimes, ouvrage qui, en identifiant bolchevisme et Juifs, marque Hitler. Il participe au putsch manqué de Munich en 1923.

Il contribue à attirer au sein du NSDAP ceux qui, à droite, développent un sentiment de pessimisme culturel et racial.

Adolf Hitler, finalement emprisonné du au après la tentative de putsch de Munich, le désigne pour le remplacer à la tête du parti nazi. Rosenberg lui rend visite en prison et l'influence dans la mise en place de la doctrine nazie dans certaines parties de Mein Kampf.

Enfin, il joue un rôle non négligeable dans la définition du corpus théorique du parti nazi ainsi que dans la diffusion de la thèse de l'influence juive dans la révolution bolchevique parmi les premiers membres du parti.

Toujours pendant que Hitler est emprisonné, devenu idéologue du parti national-socialiste, il diffuse l'antisémitisme du parti par le biais des Protocoles des Sages de Sion, édités en Allemagne à partir de 1920. Durant cette période, il exerce les fonctions qu'Hitler ne peut prendre en charge, en raison de sa condamnation, et il joue un rôle important dans la marginalisation de l'aile gauche du parti, regroupée autour de Gottfried Feder. Il ne discute pas les points formulés par ce dernier et ses proches, autour notamment de la participation des employés aux bénéfices et de la place des sociétés anonymes dans le programme du NSDAP.

À partir de 1929, date de sa création, il anime le Association de combat pour la culture allemande..

Une carrière marquée par de nombreuses déconvenues

Rosenberg est, dans les années 1930, un familier de Hitler, l'un de ses premiers , auquel il confie durant ces années à de nombreuses reprises ses objectifs pour le conflit qui se déclenche en 1939 ou ses considérations raciales et antisémites, en 1939 ou en 1941.

Cependant, à l'image de l'autre idéologue du NSDAP, Gottfried Feder, il est peu à peu évincé de toute responsabilité importante. Ainsi, sa relative proximité avec Hitler n'empêche pas les nombreux déboires et déconvenues, qui jalonnent sa carrière au sein du Troisième Reich.

Dès 1934, il est écarté des responsabilités les plus importantes dans le domaine des affaires étrangères, à la suite de , et surtout en raison de la montée en puissance de Joachim von Ribbentrop.

En effet, colérique, piètre administrateur, il est peu apprécié au sein des principaux responsables nazis, comme l'atteste la coalition, montée contre lui, durant l'automne 1939, regroupant l'ensemble des acteurs du NSDAP et de l'État compétents dans le domaine idéologiqueIl souhaitait alors renforcer ses prérogatives en matière de contrôle de l'éducation..

De plus, ses écrits sont peu lus par les membres du NSDAP, Hitler lui-même ayant confessé à Albert Speer ne jamais les avoir lus dans leur intégralité, tout comme les Gauleiter, mais ces écrits lui attirent l'inimitié profonde des membres chrétiens du NSDAP.

L'historien Joachim Fest écrit : .

Fonctions durant le Troisième Reich

Après la prise de pouvoir en 1933, il subit l'inimitié personnelle de la part de Hermann Göring, de Heinrich Himmler et de Joseph Goebbels, qui l'écartent de tous les postes ministériels, et il doit alors se contenter d'un rôle secondaire aux Affaires étrangères du Parti.

Fonctions diverses au sein du parti

Nommé en 1934 à la tête de la recherche au sein du NSDAP, il développe la recherche nazie vers l'archéologie et l'ethnographie. Avec l'appui de Hans Reinerth, il développe au sein de son bureau, le bureau Rosenberg, une fédération de la Préhistoire allemande du Reich, ou Reichsbund für deutsche Vorgeschichte, confiée à Hans Reinerth. Jusqu'en 1937, cette fédération connaît, sous la houlette de Rosenberg, des succès indéniables ; cependant, Rosenberg et son protégé doivent, à partir de ce moment, compter avec l'influence grandissante de lAhnenerbe de la SS, et doit, surtout après 1940, céder le pas devant cette institution SS.

Responsable du , il développe également ce qu'il estime être le programme nazi en matière de politique culturelle éducative, mais il doit composer avec les tenants d'un , comme il doit s'entendre avec Goebbels. En 1939, il tente à nouveau de prendre pied dans ce domaine, à la faveur d'une disgrâce passagère de Goebbels.

Cependant, malgré cet échec, il met en place, au cours des années qui suivent, l'institut pour l'étude de la question juive, qui démarre ses activités en 1938, présidées par un ancien proche de Hans Frank, brouillé avec ce dernier pour tenter de prendre le contrôle de la propagande antisémite dans le parti. En 1944, cet institut organise à Cracovie un « congrès anti-juif » dont la tenue est annulée en raison de la proximité du front.

Acteur de la politique étrangère du Reich

Auteur du seul ouvrage officiel précisant la doctrine du NSDAP dans le domaine des affaires étrangères, il analyse la politique internationale avec le prisme de la lutte des races. La situation internationale des années 1920, clarifiée à ses yeux, ne s'est cependant pas améliorée pour les Allemands, d'après lui.

Ainsi, ces années sont marquées dans ce domaine, par de nombreuses rivalités entre les responsables du NSDAP du nord du Reich, plutôt partisans d'une alliance de l'ensemble des peuples européens opprimés et les proches de Hitler, regroupés dans le Sud du Reich, hostiles à toute entente, autre que tactique, avec l'URSS.

Souhaitant prendre le contrôle des affaires étrangères allemandes, il tente de prendre pied par le biais d'un bureau, lAußenpolitisches Amt der NSDAP, créé le , mais il est rapidement écarté en raison de l'échec d'une mission à Londres en mai 1933.

En septembre 1933, lors du congrès du parti, il confirme l'orientation prise par le NSDAP depuis 1927, hostile à tout rapprochement avec l'URSS.

Il tente de mettre à profit les contacts dont il dispose auprès de partis étrangers, de mener une sorte de diplomatie parallèle. Cependant, sa première mission, à Londres, en , mélange de diplomatie parallèle et de rapprochements personnels, a tourné au fiasco. L'''Aussenpolitisches Amt continue cependant d'exister, mais son chef ne parvient pas à imprimer sa marque dans le domaine des affaires étrangères. Parallèlement à ce bureau, il organise, pour contrer la montée en puissance de Joachim von Ribbentrop, une école, à destination des membres du NSDAP, destinée à devenir une pépinière de futurs diplomates. Globalement, cette école se révèle, comme toutes les écoles mises en place par le NSDAP, un échec, par manque de débouchés. Parmi les anciens élèves de cette école, ont cependant été recrutés un certain nombre de diplomates affectés en Europe de l'Est.

Il tente encore, en dépit de ses échecs, de s'immiscer dans le domaine des affaires étrangères, notamment en prenant régulièrement la parole au nom du Reich, en 1936, par exemple, en félicitant un prélat autrichien, Alois Hudal, pour ses prises de positions hostiles à l'Union soviétique.

En 1938, la nomination de Joachim von Ribbentrop au ministère des Affaires étrangères, puis, en 1939, la signature du pacte germano-soviétique, sonnent le glas de ces ambitions.

Responsable des biens et des œuvres confisqués Membre historique du NSDAP, il participe à la confiscation du pouvoir par le parti dès les années 1930.

Il est chargé à partir de 1940 de la confiscation des œuvres d'art et des bibliothèques volées aux Juifs à travers l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, dirigé, à Vilnius, par le . Il reçoit également, dans ce cadre, la responsabilité du mobilier confisqué aux Juifs déportés : celui-ci doit être acheminé dans le Reich, puis vendu ou donné aux Allemands du Reich.

En France, quinze jours après l'armistice du 22 juin 1940, Keitel communique au général Vollard-Beckenberg commandant la place de Paris, Quelques jours après, Hitler charge Rosenberg de récupérer et d'acheminer vers l'Allemagne toutes les œuvres d'art .

Celui ci se rend à Paris. À la tribune du palais Bourbon, il déclare, le :

..

La première collection visée est celle des Rothschild. D'une valeur estimée à plus de deux milliards de francs, elle a été cachée dans les domaines de Château Lafite et de Château Mouton Rothschild. Un délateur nommé Jurschewitz le signale et reçoit une prime de . En mars 1941, un convoi de vingt-huit wagons, contenant près de quatre mille œuvres d'art saisies en France, arrive au château de Neuschwanstein.

Durant les mois qui suivent de la même année 1941, la campagne de Grèce terminée, le (commando spécial Grèce), placé sous la responsabilité de l, se livre au pillage des biens juifs. Il entreprend également en Grèce un certain nombre de fouilles, hors de tout accord avec les institutions archéologiques universitaires. Contesté par des universités du Reich depuis les années 1930, Alfred Rosenberg doit aussi défendre les actions de son institut, face aux menées hostiles de la SS, dans un contexte de concurrence directe avec les équipes de recherche commandées par Himmler.

Le , il transmet à Hitler un rapport synthétisant l'ensemble des d'art saisis à l'Ouest par ses subordonnés.

Ministre des Territoires de l'Est vignette|gauche|Erich Koch (à droite) et Rosenberg (au centre), visitant la laure des Grottes de Kiev, dans le Reichskommissariat d'Ukraine.