Labbaye Saint-Jean-Baptiste du Moncel, située à Pontpoint, au nord de la forêt d'Halatte dans le département de l'Oise, en région des Hauts-de-France, était une abbaye de moniales clarisses, fondée par Philippe le Bel en 1309. Elle fut établie sur les terres confisquées par Philippe le Bel à Philippe de Beaumanoir, jurisconsulte et bailli de Senlis.
Historique La fondation
Philippe le Bel entre en possession du manoir de Fécamp à Pontpoint en 1296, à la suite du décès de son ancien propriétaire, Philippe de Beaumanoir, bailli de Senlis et important jurisconsulte. En effet, de Beaumanoir avait accumulé une forte somme de dettes envers le Trésor royal, et il avait déjà été contraint de vendre la plupart de ses terres à ses créanciers. Sur le conseil de ses notaires, le roi entreprend de reconstituer l'ancien fief de Fécamp entre 1298 et 1307, en rachetant des terres que le bailli de Senlis avait dû vendre avant sa disparition. Ainsi, en 1307, le domaine royal au Moncel, entre l'Oise et le chemin de Pont-Sainte-Maxence à Verberie, s'étend sur une quinzaine d'hectares.
L'on ignore si ces acquisitions de terres sont déjà motivées par la création envisagée d'un établissement monastique, et il demeure incertain pour quelles raisons Philippe le Bel décide de fonder un couvent en 1309. Quoi qu'il en soit, le confesseur de son épouse Jeanne de Navarre, décédée en 1305, est franciscain. Les Clarisses sont justement la branche féminine des franciscains. En même temps, la fondation d'un couvent peut relever d'un calcul stratégique et politique, sachant que le conseiller de Philippe le Bel, Guillaume de Nogaret, venait d'humilier le pape, et tenant compte de la désapprobation que le Saint-Siège pouvait ressentir contre le roi des Français pour avoir fait arrêter les chefs de l'ordre du Temple. Le nouveau pape Clément V porte par ailleurs un intérêt particulier aux franciscains, ce que Philippe n'ignore pas..
Comme le stipule la charte de fondation d'avril 1309, le roi fonda le couvent pour que les sœurs prient pour lui, ses successeurs et la prospérité du royaume. Les travaux débutent dans la même année, deux ans après que ce roi eut arrêté, torturé et envoyé au bûcher les Templiers. À la mort de Philippe le Bel le , les travaux sont ralentis, ou plus probablement suspendus, et ne sont pas repris durant les brefs règnes successifs des trois fils du roi. Ce n'est que sur l'instance du confesseur, franciscain, de la reine Jeanne de Bourgogne, que le nouveau roi Philippe de Valois ordonne la reprise des travaux, vers 1328. Il se montre par la suite très attaché à l'abbaye du Moncel, tout comme son épouse, et confirme l'acte de fondation.
En 1335, la construction de l'abbaye est bien avancée, et les douze premières religieuses s'y installent pour préparer la consécration. Quatre d'entre elles venaient de Longchamp, quatre de Saint-Marcel et quatre de Provins. La consécration de l'abbaye a lieu en grande solennité le , sous la direction du cardinal Guy de Boulogne. Le couple royal, la veuve de Charles IV, et un nombre considérable de dames nobles y assistent. L'abbaye est placée sous le vocable de saint Jean Baptiste. Pernelle de Troies, descendante des comtes de Troyes, est élue comme première abbesse. Les offices religieux sont assurés par quatre chapelains franciscains, habitant la maison des pères. Les bâtiments sont achevés dans la même année, et l'église est consacrée en 1337, de nouveau en présence du roi et de la reine.
Le nombre de Clarisses atteint rapidement le nombre de soixante prévu par l'acte de fondation. Elles sont presque toutes issues de l'aristocratie fortunée et doivent assurer leur entretien en versant une dot lors de leur entrée dans l'ordre. Ces sommes étant toutefois insuffisantes pour assurer le fonctionnement de l'établissement, le roi lui assure d'importants revenus et lui offre la ferme du Moncel, et la reine Jeanne lui fait de nombreux cadeaux. Elle dispose dans son testament que ses entrailles soient enterrées dans l'église abbatiale, ce qui incite de nombreuses autres dames nobles à l'imiter, procurant ainsi des revenus supplémentaires à l'abbaye du Moncel..
La vie de l'abbaye au Moyen Âge thumb|upright|Religieuse en prière.
Pernelle de Troyes démissionne en 1344, jugeant ses fonctions incompatibles avec sa dévotion. Lui succède Jeanne de Meaux, abbesse jusqu'en 1355, année de disparition de Pernelle de Troyes, qui est béatifiée bientôt après. Pendant ses premières années, l'abbaye connaît une grande prospérité et réunit rapidement une fortune considérable. Elle en a besoin pour survivre aux épreuves qui commencent avec la défaite de Crécy contre les Anglais, le . Les Anglais pillent toute la région, et les Clarisses soignent les blessés à la maison des pères. En 1348, une épidémie de peste noire ravage la population, et la reine Jeanne (Jeanne de Bourgogne) s'investit beaucoup dans le soin des malades, si bien qu'elle s'infecte elle-même et succombe au mal le . Sur le plan financier, c'est la rançon exigée par les Anglais pour libérer le roi Jean II le Bon, capturé le , qui a les conséquences les plus graves pour l'abbaye du Moncel. Elle n'est pas contrainte de participer à la réunion de la somme des trois millions d'écus d'or, mais s'y sent obligée moralement en raison des faveurs de la maison royale dont elle a bénéficié. Ainsi, les religieuses se séparent de l'ensemble des pierres précieuses et autres richesses. En 1358, les bâtiments de l'abbaye sont de surcroît endommagés par la Grande Jacquerie, et l'argent pour la réparation fait défaut..
Cette fois, ce n'est pas le roi qui peut venir au secours de l'abbaye, mais la commune de Pontpoint. Elle avait vraisemblablement obtenu sa charte de commune de la part de la reine Adèle de Savoie, en 1153. En dépit des nombreuses franchises accordées à Pontpoint, la commune reste toujours redevable des droits de prévôté royale, qui depuis 1319 étaient pour partie payables directement à l'abbaye du Moncel. Or, l'abbaye peine à se faire payer, et les créances envers la commune s'accumulent. Pontpoint ne peut faire autrement que de céder tous les droits utiles à l'abbaye, ce qui signifie la fin de la commune. Le contrat conclu entre les deux partis, qui ont toujours entretenu de très bons rapports, conserve toutefois de nombreux privilèges et libertés aux habitants (droit de chasse, droit de pâturage, droit de cuire le pain à la maison, vente du vin libre de taxes, liberté d'assemblée à la maison commune, liberté de justice, etc.). La ratification du contrat par le roi a lieu le ..
En 1402, sainte Colette de Corbie s'installe à l'abbaye du Moncel pendant quelques mois, mais décide finalement de s'établir ailleurs, la discipline ne lui semblant pas assez rigoureuse. Colette de Corbie est à l'origine d'une réforme de l'ordre des Clarisses et la plupart des abbayes rattachées y adhèrent, à l'exception notamment de l'abbaye royale du Moncel. L'on peut supposer que ce furent ses relations étroites avec la cour qui l'empêchèrent de vivre dans le dénuement préconisé par les fondateurs de l'ordre. Contrairement à la règle, le parloir est assidument utilisé, le courrier personnel n'est pas censuré, les chaussures sont admises, le religieuses conservent l'usage de leur propre argent, et des parentes et amies des religieuses peuvent venir passer quelques jours au monastère. De même, des Clarisses du Moncel vivent parfois pendant des semaines ou des mois avec une dame de la cour..
Vers le milieu du , l'abbaye souffre d'usurpations par l'administration des Eaux et Forêts, qui ne veut plus respecter les droits de prélèvement de bois et de pâture dont les religieuses bénéficient dans les forêts d'Halatte et de Cuise. En 1456, le roi Louis XI doit intervenir pour faire cesser ces harcèlements, sans succès durable..
L'abbaye dans l'époque moderne
Au début du , les abus de la part des Eaux et Forêts continuent, et intervient auprès du bailli de Senlis afin que les droits de l'abbaye du Moncel soient enfin respectés. Dans le même but, il confirme formellement la charte de fondation de 1309. L'abbaye vit une nouvelle période de prospérité, interrompue par un incendie en 1526. Il se déclare sous les toitures de l'église et détruit également une partie des toitures des bâtiments conventuels et le cloître. Grâce à la participation financière du roi, les réparations sont rapidement effectuées. Ainsi, dès 1535, l'abbaye peut accueillir des visiteuses de renom : Éléonore de Habsbourg, Marguerite de Navarre et Madeleine de France. En 1549, une sentence de la Table de marbre règle définitivement les droits des religieuses quant à l'utilisation des forêts, et confirme leurs anciens privilèges... vignette|Sentence apposée au XVIIe siècle. À la fin du , la huitième guerre de religion (1585-1598) trouble gravement la vie de l'abbaye, et le manoir royal de Fécamp est dévasté. Afin de préserver l'abbaye de l'intrusion de militaires, le roi Henri III fait poser ses insignes sur les portes, mais l'effet est le contraire de celui souhaité. Le Moncel devient une cible de choix pour les Ligueurs, qui s'attaquent à l'abbaye en 1591 et menacent les religieuses. Ces dernières se réfugient temporairement chez leurs consœurs de Compiègne. Mais le Moncel a la chance d'avoir une abbesse courageuse pendant ces temps difficiles : Philippe (ou Philippine) de Pellevé, qui réussit non seulement à faire réparer les dégâts, mais aussi à construire la maison de l'abbesse (l'aile latérale en retour d'équerre à l'ouest) et à remettre en état l'aile occidentale après un second incendie. Ce dernier détruit également les galeries du cloître, pour une deuxième fois, et seule la galerie septentrionale sera reconstruite, au début du . Les trois autres galeries manquent donc depuis quatre siècles déjà.
Avec l’avènement au pouvoir de Louis XIV, l'abbaye perd la faveur royale, et le roi s'immisce qui plus est dans ses affaires. Il réduit à trois ans la durée maximale de l'abbatiat, et Jeanne de Beaufremont de Sénécé, élue en 1621 et décédée en 1652, sera la dernière abbesse perpétuelle. Le roi veut même imposer une abbesse de son choix, ce qui est contraire à l'acte de fondation, et il faut l'intervention du pape pour le faire respecter. D'autre part, Louis XIV cède le manoir de Fécamp aux religieuses du Moncel, qui n'est plus qu'une ruine, mais permet d'en vendre les pierres. Sous Louis XV et Louis XVI, l'abbaye ne bénéficie plus de dons et doit vivre de ses propres revenus. Elle commence donc, dès le , à tenir un pensionnat pour jeunes filles, auxquelles elle dispense une éducation soignée. Au , le nombre d'élèves varie entre quarante-six et trente-sept.
La fin de l'abbaye royale du Moncel
Le nombre de religieuses diminue au . Il passe encore provisoirement à soixante-dix après l'accueil des sœurs du couvent de Saint-Just-en-Chaussée dissout en 1768. Dès que la Révolution française éclate, la plupart des clarisses du Moncel se cachent ailleurs, si bien qu'il n'y reste que l'abbesse, onze sœurs profès et sept sœurs laies en 1790. L'abbesse refuse encore de remettre les bâtiments aux officiers municipaux, mais y est finalement contrainte en 1792, quand seulement sept religieuses restent avec elle.
Confisquée, l'abbaye est alors vendue comme bien national avec la stipulation que l'église puisse être convertie en lieu profane. Elle est démolie en 1795 par son nouveau propriétaire et vendue, pierre par pierre, comme matériau de construction. Au cours de ses quatre cent cinquante-six ans d'existence, l'abbaye aura vu passer quatre cent quatre-vingt-douze moniales, qui y ont passé la plus grande partie de leur vie. Jusqu'à la fin, la communauté vit dans l'aisance. L'abbatiat a toujours été confié a des femmes de la haute aristocratie et l'abbaye n'a jamais connu le régime de la commende.. La bonne réputation de l'abbaye ne s'est jamais démentie et allait largement au-delà de la région..
Le destin de l'ancienne abbaye après la désaffectation