L'abbaye Saint-Jouin de Saint-Jouin-de-Marnes est une abbaye située dans à Saint-Jouin-de-Marnes (commune de Plaine-et-Vallées), dans le département des Deux-Sèvres, en région Nouvelle-Aquitaine. L'ancienne église abbatiale est l'un des plus importants édifices religieux romans du Poitou.

Le lieu s'est anciennement appelé « Ensio », à l'époque gallo-romaine, puis « Ension ».

Historique Moyen-Âge (du ) À la fin du , un certain Jovinus (Jouin, en français) accompagné d'un petit groupe de « disciples » aurait cherché la solitude dans les forêts de la région. Issu d'une famille aisée, il serait originaire de Silly, vers Loudun. Son frère saint Maximin était l'un des premiers archevêques de Trêves. Selon la légende, vers 342, Jovinus fonda un oratoire près d'Ensio. Un monastère y fut fondé plus tard, portant initialement le nom du village gallo-romain, Ension, puis le nom de Saint-Jouin de Marnes, qui allait devenir l'un des premiers centres de diffusion du christianisme dans la région. Il devient, après l'abbaye Saint-Martin de Ligugé (Vienne) fondée en 361 par saint Martin de Tours, le deuxième plus ancien monastère de France. La prédication et la conduite bienveillante de son fondateur ont conduit au culte de saint Jovinus. Ses os ont ensuite été conservés comme reliques dans la petite église du monastère carolingien.

Au cours du , Félix, évêque de Nantes exhorte Martin de Vertou d'œuvrer à l'évangélisation du sud de son diocèse et du Poitou. Sa mission le conduit ainsi à Ension, où il trouve une vie monastique communautaire. Il réussit à imposer la règle de saint Benoît comme un mode de vie pour les moines.

Dans la seconde moitié du , à l'époque des guerres entre Pépin le Bref, Charlemagne et le duc d'Aquitaine les moines fuient leur congrégation.

Durant les invasions par les Vikings, au début du , le monastère est épargné de tous dégâts et pillages, car il se trouvait éloigné des rivières navigables. L'abbaye Saint-Jouin devient alors un centre de culture monastique dans le Haut-Poitou, tandis qu'en d'autres endroits de la région, des moines ont dû fuir leurs monastères, envahis et pillés par les Normands. Beaucoup de ces moines ont trouvé refuge à Saint-Jouin comme les moines de l'abbaye Saint-Martin de Vertou qui ont fui en emportant les reliques de leur fondateur. En 843, les Vikings cessent leurs exactions et se retirent grâce à Louis le Pieux. De retour à Ension, ils donnent un nouvel élan au monastère, ravivant la règle entre-temps oubliée de saint Benoît.

En 878, les moines reconstruisent l'ancienne église carolingienne sur le site de l'église abbatiale. Beaucoup des réfugiés y apportent de précieuses reliques, ce qui fait de Saint-Jouin une destination populaire pour de nombreux pèlerins, dont les dons favorisent la prospérité de l'abbaye.

Saint-Jouin est situé entre Angers et Poitiers, sur la via Turonensis, route romaine et voie importante d'« el camino de Santiago » vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Au cours du , le flux de pèlerins augmente tellement que l'ancienne église carolingienne ne peut plus les accueillir tous et n'avait plus assez d'espace pour exposer ses nombreuses reliques. Un nouveau bâtiment était donc requis. La première pierre est posée en 1095 par le moine Raoul de La Futaie, bâtisseur et réformateur de l'ordre, sous la direction duquel commence la construction. Construite entre 1095 et 1130, l'église abbatiale est donc l'un des signes de cette prospérité.

Vers 1113, Raoul est nommé abbé de Saint-Jouin. Dès 1130, les principaux travaux de l'église abbatiale ont été achevés et l'autel principal inauguré. De belles proportions et des caractéristiques artistiques font de cette nouvelle église abbatiale un exemple de la prospérité de l'abbaye.

En 1179, il avait sous son autorité la juridiction de et de leurs communautés. Entre la fin du et le début du , les moines de Saint-Jouin fondent l'église d'Aigne située à Saint-Sébastien-sur-Loire en Loire-Atlantique, ainsi que l'église Saint-Jacques au sud de Nantes, l'abbaye de Vertou et le prieuré de Saint-Nicolas aux Moutiers-en-Retz. L'église de Landivy leur avait été donnéeLa Mayenne de village en village, tome 2, Gilbert Chaussis, Éditions Siloé, Laval, 1988 , ..

Les voûtes romanes en berceau, de la nef et du chœur, ont été remplacées par des voûtes gothiques de style angevin. Au même siècle (d'après un dessin), il est remarqué dans la zone sud-est du chœur des effondrements de terrain, qui conduisent à des fissures dans la construction. Craignant l'effondrement de certaines parties du bâtiment, excepté les chapelles et le bras du [transept] sud, des piliers quelque peu disgracieux viennent altérer les proportions autrefois harmonieuses du chœur, pour le consolider.

En 1356, durant la guerre de Cent Ans (1337-1453), la région est aux mains des Anglais. La dévastation des campagnes et des villes a principalement lieu entre 1369 et 1374. En 1372, les Anglais coiffent la tour sud de son petit clocher.

Dans la seconde moitié du , les fortifications de l'abbaye sont étendues en vue de la protection contre les Anglais et contre les hordes de pilleurs. L'église est partiellement rénovée en termes d'armes et de défense. Tout le bras du transept sud est surélevé d'un étage entier et équipé d'une série de mâchicoulis sur toute la largeur du transept et sur ses côtés, au-dessus duquel étaient disposées des salles d'exercice couvertes avec des fenêtres verrouillables pour les défenseurs. Dans le même temps, un escalier en colimaçon généreusement dimensionné est construit à l'angle, entre le bras transversal et le déambulatoire, comme accès au déversoir. Dans le cadre de cette défense, ce gain de place important servait à long terme pour les défenseurs en état de siège, afin de stocker de la nourriture, des armes et des munitions. Grâce aux fortifications, l'église parvint à se défendre. Le territoire a été repris par le connétable de France Bertrand du Guesclin. En 1422, les fortifications des bâtiments du monastère ont été augmentées, mais considérablement endommagées.

En 1447 a lieu la restauration du couvent. En 1467, Saint-Jouin de Marnes devient un bourg, avec des marchés tous les samedis. En 1476, Pierre III d'Amboise reconstruit le monastère et le cloître du . Aux , seule la galerie sud du cloître, reliée à l'église par son côté nord, a été conservée.

Temps modernes Les guerres de Religion (1562-1598) entre la ligue catholique et les huguenots frappent durement l'abbaye de Saint-Jouin. En , une troupe de cavalerie protestante en route pour la bataille de Moncontour pille et incendie le monastère. La destruction par les troupes de Gaspard II de Coligny est si radicale qu'il ne reste presque rien. Les reliques de saint Jouin disparaissent sans laisser de traces. En 1569, il y a de nouveaux pillages.

En 1655, les moines se réforment et rejoignent la congrégation de Saint-Maur. Pour l'abbaye commence une période florissante jusqu'au début du . Les bâtiments de l'abbaye s'étendent sur le côté nord-ouest de l'église abbatiale, autour de plusieurs cours et abritent une école de peinture.

S'entame un nouveau déclin de la vie monastique ; en 1755, l'ancien bâtiment du couvent est détruit et un nouveau est construit. La même année, le monastère de Saint-Jouin perd son indépendance et est placé sous l'administration d'Amboise. Les années suivantes, l'abbaye est de plus en plus oubliée et reste inhabitée depuis 1770.

Époque contemporaine

De l'après Révolution française (1789-1862) au classement aux monuments historiques La Révolution française de 1789 met fin à la vie monastique. L'abbaye est officiellement fermée et est vendue par ordre de l'État mais l'église est rendue au culte en 1795.

Prosper Mérimée a visité Saint-Jouin-de-Marnes au milieu du . Il trouve le monastère dans un état déplorable. L'église, également sans surveillance et exposée aux intempéries, a subi des dommages considérables. C'est surtout grâce à ses efforts que l'église abbatiale a été largement préservée.

En 1862, l'église abbatiale Saint-Jouin est classée au titre des monuments historiques, consultée le ..

L'église abbatiale depuis 1862 Des travaux de restauration sont entrepris, souvent interrompus, et ne s'achèvent qu'au milieu du .

Aujourd'hui encore, cette abbaye, qui a eu un impact spirituel et économique important dans la région, a toujours son église abbatiale bien préservée, la galerie sud du cloître et le bâtiment du couvent privé.

L'ancien presbytère est inscrit au titre des monuments historiques le .

Architecture

Objets mobiliers De nombreux d'objets mobiliers sont protégés au titre des monuments historiques.

En même temps que le classement de l'ancienne abbaye en 1862, quelques éléments ont été classés au titre de l'immeuble : les stalles et les lambris de revêtement auxquels elles sont adossées, consultée le . et une cloche datant de 1570, consultée le ..

Ultérieurement, d'autres objets ont fait l'objet de protections (classement ou inscription) : cloche datant de 1581, consultée le . classée en 1901 ; cloche datant de 1687, consultée le . classée en 1943 ; meuble de sacristie du , consultée le . classé en 1940 ; aigle lutrin du , consultée le . classé en 1901 ; Christ en croix du , consultée le . inscrit en 1995 ; statuette du représentant saint Jouin, consultée le ., classée en 1904 ; deux peintures monumentales du sur panneaux de bois représentant saint Jean l'évangéliste, consultée le . et saint Jouin, consultée le . classées en 1997 ; seize tableaux dont quinze datent du et huit sont classés, représentant : sainte Marguerite, consultée le ., classé en 1908, portrait présumé de Paul Hurault archevêque d'Aix, consultée le ., classé en 1940, Adoration des bergers, consultée le ., classé en 1968, présentation de Jésus au Temple, consultée le ., classé en 1968, Pentecôte, consultée le ., classé en 1972, résurrection de Jésus, consultée le ., classé en 1972, Montée au calvaire, consultée le ., classé en 1972, portrait d'Henri d'Escoubleau, consultée le . classé en 1978 ; et huit sont inscrits, représentant : saint Michel terrassant le dragon, consultée le ., inscrit en 1980, saint Nicolas, consultée le ., inscrit en 1995, saint Jouin et saint Jean l'évangéliste, consultée le ., inscrit en 1995, saint Jouin, consultée le ., inscrit en 1995, donation du rosaire, consultée le ., inscrit en 1995, lapidation de saint Étienne, consultée le ., inscrit en 1995, présentation de Jésus au Temple ou la Circoncision, consultée le ., inscrit en 1995, vision de saint Benoît, consultée le ., du , inscrit en 2014.

Abbés et prévôts (jusqu'en 1770)

Liste chronologique Liste chronologique (non exhaustive) : 1070 : Simon, également abbé de l'abbaye Saint-Martin de Vertou 1080 : Brixius (Brice), également abbé de Saint-Martin de Vertou (au moins jusqu'en 1099) ca. 1113 : Raoul de la Futaie 1173 : Bernard abbé en 1337 : Guillaume Chabot abbé en 1450 : Bernard de Féletz ?-1467 : Pierre de Féletz 1467-1505 : 1505-1528 : Aymar Gouffier de Boisy ? - ? : Philippe de Cossé-Brissac 1646-1659 : François Servien 1659-? : Auguste Servien, neveu du précédent 1730-1770 : Louis Germain Chauvelin, fils de Bernard-Louis Chauvelin

Propriétés et revenus Prieuré Saint-Jacques de Mont-Alboin, Prieuré Saint-Nicolas-du-Roc, En 1070 les droits de la chapelle castrale Saint-Jean-Baptiste, actuelle chapelle de Prigny, sont transférés à l’abbaye Saint-Jouin de Marnes, qui fonde le prieuré Saint-Nicolas hors les murs de la ville. La chapelle, desservie par les moines, devient l’église paroissiale de Prigny. La ville de Prigny va décliner lentement, son port s’envasant inexorablement, pendant que le bourg des Moutiers, ancien faubourg, va se développer. Au , l’église se voit dotée de trois beaux retables et d’une sacristie. En 1730, le prieuré Saint-Nicolas de Prigny et son sanctuaire sont détruits.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Abbaye