Annie Lacroix-Riz (Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API.), née Riz. en dans le département de la Seine, est une historienne marxiste française. Ancienne élève de l'École normale supérieure de jeunes filles, élève de Pierre Vilar, elle est professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université Paris VII - Denis Diderot.

Ses travaux portent sur l'histoire politique, économique et sociale de la Troisième République et du régime de Vichy, sur la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale, sur les relations entre le Vatican et l'Allemagne nazie, ainsi que sur la stratégie des élites politiques et économiques françaises avant et après le conflit mondial. Elle s'est également intéressée au plan Marshall et aux origines de l'Union européenne.

En tant qu'enseignante, elle émet des critiques sur l'état de l'historiographie en France. Ses publications sur les années 1930 et la Seconde Guerre mondiale, traitant notamment de l'influence des grands intérêts financiers et industriels, ont suscité des lectures critiques contrastées. L'ampleur de sa documentation et son recours aux archives sont salués. D'un autre côté, plusieurs historiens contemporanéistes remettent en cause sa méthodologie historique en lui reprochant d'appliquer une grille de lecture qui subordonne la déduction à ses convictions idéologiques, notamment son parti pris anticapitaliste, sa négation du caractère intentionnel de l’Holodomor et sa croyance en la théorie du complot de la « synarchie ».

Avec d’autres enseignants, elle est membre fondatrice en 2004 du mouvement Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) d'obédience marxiste-léniniste.

Biographie Annie Lacroix-Riz naît de parents français d'origine juive polonaise et lithuanienne ; plusieurs membres de sa famille ont été déportés ou sont morts dans des camps de concentration (Auschwitz)... De 1967 à 1971, elle étudie à l'École normale supérieure de jeunes filles (ENSJF) et suit également des études d'histoire à l'université Paris I. En 1970, elle devient agrégée d'histoire. De 1970 à 1972, elle est chargée de cours aux universités de Paris I et de Paris VII. puis, de 1972 à 1984, est professeur d'histoire-géographie au lycée Auguste-Renoir d’Asnières-sur-Seine.

Elle soutient une thèse d'État, commencée avec l'historien hispaniste Pierre Vilar, puis achevée sous la direction de Jean Bouvier, spécialiste d'histoire économique et des banques aux , et devient docteur-ès-Lettres en 1981.. De 1983 à 1984, elle est chargée de cours d’agrégation à l'ENSJF. Entre et , elle est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Toulouse II-Le Mirail, puis, de 1997 à 2010, à l’université Paris VII. Devenue professeur émérite à l'Université Paris-Cité, elle continue depuis lors ses activités de chercheuse.

Travaux Premiers travaux Ses deux premiers ouvrages publiés, issus de sa thèse de doctorat intitulée CGT et revendications ouvrières face à l'État, de la Libération aux débuts du Plan Marshall (septembre 1944-décembre 1947) - Deux stratégies de la Reconstruction, étudient le processus d'intégration de l'État français dans la zone d’influence américaine entre la Libération et le lancement du Plan Marshall à travers les luttes revendicatives des syndicats, les négociations et les rapports conflictuels au sujet des modalités de la reconstruction de la France.

Le premier, La CGT de la Libération à la scission (1944-1947) insiste sur les aspects intérieurs de la Reconstruction. Le second, Le Choix de Marianne : les relations franco-américaines de 1944 à 1948 mène l'étude jusqu'à la première étape du plan Marshall ou « aide intérimaire » de 1948 .

Les lectures critiques de François Roth et Pierre Mélandri soulignent l'énorme travail de recherche. Pour ce dernier, l'ouvrage a le mérite de s'appuyer sur les archives diplomatiques françaises, qui rappellent notamment la façon dont les États-Unis considèrent la France, non sans méfiance par rapport à l'influence communiste dans le pays. Selon Mélandri, . Les deux commentateurs divergent quant aux thèses défendues estimant tous deux que le parti pris et les conclusions de l'auteure leur semblent à nuancer.

L'historien américain d'origine allemande Fritz Stern estime, en 1986 dans la revue Foreign Affairs (subventionnée par la Fondation Rockefeller.), que l'analyse des relations franco-américaines de la Libération au plan Marshall, ayant pour thème les États-Unis contraignant la France à la soumission et favorisant systématiquement les intérêts allemands par rapport aux intérêts français, donne une image trop sévère de « l'impérialisme » américain. Comme les deux précédents critiques, il regrette que l'éditeur n'ait pas jugé utile de reporter les notes et sources d'archives figurant dans la thèse. Il estime néanmoins qu'un nouveau regard sur les relations politico-économiques à cette époque pourrait être utile..

L'universitaire et journaliste Bernard Cassen voit dans le livre une , ainsi que ..

Ces travaux sont complétés par l'exploration du rôle du syndicaliste américain Irving Brown, un des dirigeants de la Fédération américaine du travail (American Federation of Labor ou AFL) en France ; l'auteure y souligne l'alliance tactique de l'AFL au service de la politique de Non Communist Left de Washington pour ..

Entre-temps, Annie Lacroix-Riz réalise une étude intitulée Un ministre communiste face à la question des salaires: l'action d'Ambroise Croizat de novembre 1945 à mai 1947, consacrée aux luttes de ce ministre du travail pour le développement de la protection sociale en France., dans laquelle, elle confirme son statut de ministre « sous tutelle » à partir de l'automne 1946..

Puis dans un ouvrage intitulé Les protectorats d'Afrique du Nord entre la France et Washington, du débarquement à l'indépendance, Maroc et Tunisie, 1942-1956, l'auteure, selon l'historienne Denise Bouche, met en lumière les dynamiques complexes des relations franco-américaines et leur impact sur le processus de décolonisation en Afrique du Nord rappelant au passage l'intérêt ancien des États-Unis pour la doctrine de la Porte ouverte.

L'ouvrage intitulé L'Économie suédoise entre l'Est et l'Ouest 1944-1949 analyse . Hubert Bonin confirme la qualité d'une « démonstration [faite] avec maestria », « mobilisant la moindre bribe d'archive » « complétée par la riche correspondance envoyée au Quai d'Orsay » pour restituer avec précision les systèmes de relation bilatéraux.

Histoire de la collaboration et de l'épuration Dans les années 1980, elle oriente ses travaux sur les relations internationales dans la première moitié du , de la guerre de 1914-1918 à la guerre froide.

La Collaboration en France En 1983, dans le cadre d'une recherche sur les nationalisations d'après-guerre, elle commence à travailler sur les archives de la Commission nationale interprofessionnelle d'épuration, un travail dont elle tire, en 1986, un article sur « Les grandes banques françaises de la collaboration à l'épuration, 1940 - 1950 »...

Industriels et banquiers français sous l'Occupation paraît en 1999. L'auteure étudie la collaboration des élites, économiques notamment. Pour les éditions suivantes., son préfacier Alexandre Jardin , décrit l'auteure comme une historienne libre qui travaille « sans détourner les yeux », loin des « faux semblants sédatifs », des « omissions salvatrices », avec une « lucidité vouée à horripiler toutes les puissances établies, toutes les universités qui regardent là où il convient de regarder ». Dans ses ouvrages, poursuit-il, « l'indicible est dit, l'irregardable est observé, l'inaudible entendu sans filtre, l'oublié restitué, le tu hurlé, l'omis rappelé à la barre, le document dissimulé exhibé, scruté, essoré »..

Dans cet ouvrage, est étudié, en particulier, le cas de la grande chimie française (Kuhlmann, Rhône-Poulenc et Ugine), et la création de la firme franco-allemande Francolor. (IG Farben). L'historien Georges Bensoussan, qui commente l'ouvrage, indique qu'Annie Lacroix-Riz cite les industriels comme Peugeot, Berliet, Renault ou Schueller (L'Oréal) qui financent des groupes clandestins tels la Cagoule œuvrant à se débarrasser de « l'ennemi intérieur » que représentent les soutiens du Front populaire. Bensoussan indique aussi qu'Annie Lacroix-Riz montre . Annie Lacroix-Riz étudie également la confiscation des biens juifs (aryanisation) et note . Pour l'historien allemand Arne Ratdke-Delacor, l'ouvrage . Rendant compte de la nouvelle édition d’Industriels et banquiers français sous l'Occupation (2013), l'historien Hubert Bonin, , salue la première partie de l'étude, , mais se montre plus critique devant le reste de l'ouvrage, estimant que l'auteure affaiblit ses justes observations par des amalgames, des analyses fondées sur un « anticapitalisme » que l'on peut juger « primaire » et des données ne reflétant pas l'ensemble du patronat, divers.

La juriste américaine Vivian Curran indique que pour Lacroix-Riz les banques françaises sont allées jusqu'à donner la priorité à leur propre agenda, indépendamment et parfois contrairement à l'objectif du régime de Vichy. Selon Lacroix-Riz, les banques n'ont eu aucun scrupule à agir dans le seul but d'accroître leurs propres profits. Elle conclut également qu'en raison de l'empressement du secteur bancaire français à faire des affaires avec les nazis, non seulement les banques ont gagné de grosses sommes d'argent, mais l'Allemagne a également profité beaucoup plus de ses transactions avec les banques françaises que de ses transactions avec les banques d'autres pays occupés..

Dans un article examinant les analyses de différents auteurs sur le sujet de la collaboration économique du patronat français durant l'administration dirigiste à rhétorique corporatiste de Vichy, l'économiste nord-américain Kenneth Mouré oppose et rapproche plus particulièrement celle de l'historien François Marcot qui tend à déterminer et différencier la « collaboration » à partir du terme d'« intention » opposé à celui d’« accommodation » , à l'analyse intransigeante et d'Annie Lacroix-Riz dans laquelle elle considère que les intérêts de classe constituent les déterminants essentiels de la politique et des pratiques commerciales. Elle estime ainsi que le comportement capitaliste est facilement transférable entre le fascisme et un régime républicain tant que les intérêts du patronat sont maintenus au-dessus de ceux des travailleurs.

alt=Consulter les données associées à cette image, dont la description suit ci-après|vignette|Défilé des troupes allemandes en juin 1940, avenue Foch (Paris), après la défaite française. (Archives fédérales d'Allemagne).

L'entre-deux-guerres

Annie Lacroix-Riz poursuit ensuite ses recherches et fait paraitre en 2006 Le Choix de la défaite. Les élites françaises dans les années 1930 Émission de chroniques-rebelles :Le Choix de la défaite. Les élites françaises dans les années 1930, 10 juin 2006. et en 2008 De Munich à Vichy : l’assassinat de la Troisième République qui traitent de la décennie précédant l'Occupation Émission de Chroniques-rebelles, De Munich à Vichy : l’assassinat de la Troisième République, 30 août 2008..

Rendant compte du livre Le Choix de la défaite, Gilles Perrault note que l'historienne est et souligne qu', tel qu'énoncé à la fin d'un article de l'historien publié anonymement en dans la revue Les Cahiers politiques et ajouté en annexe dans l'édition Gallimard de L'Étrange Défaite en 1990 (pages 246-253).: