vignette|Un Tupolev Tu-95 au décollage.
La Tsar Bomba (en ), ou (en ) ou encore « » (en )., est une bombe à hydrogène conçue par l’industrie nucléaire de l'Union soviétique, qui explose le .
Par ses , elle est l'arme de destruction massive la plus puissante jamais utilisée.. Elle est larguée à environ d'altitude et explose au-dessus du de l'archipel de la Nouvelle-Zemble dans l'Arctique russe, alors soviétique. Elle est emportée par un bombardier Tupolev Tu-95 modifié, rendu étanche, débarrassé d'une partie de ses réservoirs, recouvert d'une peinture blanche réfléchissante pour limiter l'effet des rayonnements provoqués par la bombe et pourvu d’une ouverture ventrale pour pouvoir transporter la bombe partiellement à l’extérieur, du fait de sa taille. L'appareil est piloté par Andreï Dournovtsev.. Cette explosion met fin à une interruption de deux années d'essais nucléaires atmosphériques Paul Quilès, Arrêtez la bombe !, Le Cherche midi, 2013 , chap. 1 : « Un peu d'histoire » . et représente l'apogée de la course aux armements nucléaires qui, avec la crise des missiles de Cuba, aboutit à la « Détente ».
Description
Le développement d'une bombe à hydrogène dotée d'une telle énergie par les Soviétiques prend sa source dans l'avancée américaine dans ce domaine, , la plus puissante bombe américaine conçue, ayant explosé en 1954.
La Tsar Bomba était une conçue à l'origine comme une bombe à trois étages, dite « FFF » (fission-fusion-fission), mais fut finalement réduite en une bombe de type fission-fusion. D’une énergie d’environ , elle est à ce jour la bombe la plus énergétique à avoir explosé.
Elle fut conçue à l’Institut panrusse de recherche scientifique en physique expérimentale par une équipe de physiciens comprenant notamment Andreï Sakharov. Elle avait une masse de 27 tonnes, une longueur de huit mètres et un diamètre de deux mètres. L'engin fut réalisé afin de servir de base à des bombes de (soit de tonnes de TNT, selon le souhait de Nikita Khrouchtchev qui déclarait déjà, dans ses discours, que l’URSS disposait d’une telle bombeAndy Webb, 1954-1961 : Les bombes H de la guerre froide (The World's Biggest Bomb), documentaire, 2011, .).
vignette|Comparaison des rayons de la boule de feu de quelques armes nucléaires. Les effets de souffle s'étendent bien au-delà de la boule de feu.
Le troisième étage en uranium, destiné à produire l'énergie additionnelle pour atteindre la puissance de , ne fut pas utilisé pour le test, mais remplacé par du plomb inerte, afin de limiter son énergie à et, selon le souhait d'Andreï Sakharov, de réduire les effets des retombées radioactives. L'explosion de la bombe FFF (au maximum de sa puissance) aurait engendré une augmentation de 25 % des retombées radioactives mondiales depuis l’invention de la bombe nucléaire Soviet Nuclear Weapons, The Nuclear Weapon Archive, 7 octobre 1997., aurait sans aucun doute provoqué une catastrophe écologique immense et causé des dégâts sur des centaines de kilomètres à la ronde. L’engin expérimental tirait son énergie à 97 % de la fusion thermonucléaire, ce qui indiquerait que la structure de la bombe (de son étage primaire, une bombe à fission dopée, ou une « petite » ) incorporait un feuillet d'éléments fission-fusion-fission, d'une énergie totale de fission de ou un flux énergétique de cinq yottawatts..
Effets de l’explosion
Larguée à environ d'altitude, la bombe chuta sur plus de avant d'exploser à (heure de Moscou), le , à une hauteur de au-dessus de la cible et d'altitude, dans l’archipel de la Nouvelle-Zemble (océan Arctique). La bombe était équipée d’un système de parachutes afin de permettre au bombardier de s’éloigner à une distance de sécurité de la zone d’explosion. L’éclair de l’explosion fut visible à plus de du point d’impact et le champignon atomique en résultant parvint à une altitude de pour un diamètre de . Les pilotes rapportèrent que l'avion chuta d'un kilomètre au moment de l'explosion.
Au point zéro, tout était effacé, le sol fut nivelé et faisait penser à une « patinoire ». Des maisons de bois furent détruites à des centaines de kilomètres, d’autres perdirent leur toit. La chaleur fut ressentie à . La Tsar Bomba pouvait infliger des brûlures au troisième degré à plus de de distance, alors que la zone de destruction complète se situait dans un rayon de , et la zone de dommages importants à un rayon de .
La puissance de l’explosion fut estimée à par les États-Unis. Plus tard, les scientifiques russes annoncèrent une énergie de . Par comparaison, la bombe Little Boy, larguée sur Hiroshima, avait une énergie de (), soit moins (estimation basse). Les Soviétiques auraient limité l'énergie, prévue initialement à , afin, selon les mots de Khrouchtchev, . La perturbation atmosphérique produite par l'explosion fit trois fois le tour de la Terre..
Actuellement, la bombe nucléaire la plus énergétique en service connue est une ogive de montée sur les ICBM soviétiques puis russes (Code OTAN : Satan). Une bombe américaine de , la B41, fut retirée du service en 1976 The B-41 (Mk-41) Bomb, The Nuclear Weapon Archive, 21 octobre 1997..
L’essai américain le plus énergétique en comparaison est un tir de , du nom de code Castle Bravo. D'une énergie initialement prévue de , elle causa un grave accident radiologique, ce à quoi échappa la Tsar, dont les retombées radioactives furent dispersées sur une plus grande surface à cause de forts vents dans la haute atmosphère. Ses retombées s'ajoutèrent néanmoins à celles de essais nucléaires soviétiques et aux retombées d'autres essais faits par d'autres pays, dans l'air, au sol ou dans l'eau.
L'énergie destructrice de la Tsar Bomba représente l'équivalent de vingt-trois fois la puissance libérée par l'ensemble des explosifs largués sur l'Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, ou encore de quatre mille bombes atomiques du type de celle lancée sur Hiroshima (estimation moyenne) Andrew D. Patterson, Christian Lanz, Frank J. Gonzalez et Jeffrey R. Idleb, « The Role of Mass Spectrometry-Based Metabolomics in Medical Countermeasures Against Radiation », Mass Spectrometry Reviews, , , mai-juin 2010, ..
Histoire du nom Le surnom de « Tsar Bomba » fut donné par les Américains, en comparaison avec la Tsar Kolokol, une cloche gigantesque, et avec le Tsar Pouchka, qui reste un des plus grands canons au monde.. Les Soviétiques, qui avaient renversé le gouvernement des tsars, utilisèrent le surnom « Ivan » durant la phase de développement de la bombe, non pas en référence à Ivan le Terrible, mais par souci de discrétion en donnant le nom le plus banal qui soit, comme les bombes américaines auxquelles on attribua les noms de : « » et « ».
L'expression « Tsar Bomba » comporte une certaine ambiguïté. Les traductions exactes de « Bombe du Tsar », « Bombe reine » et « Reine des bombes » seraient respectivement « », « » et « ». Le mot « bomba » (« ») est féminin et appelle un autre féminin (« tsaritsa »/« » et non « tsar »/« »), mais c'est un calque évident du Tsar Kolokol ou du Tsar Pouchka qui ne pose aucun problème linguistique aux Russes eux-mêmes.
Devenir de la région située sous l'explosion De à 1990, année de la dernière expérience, , dont 91 dans l'atmosphère, ont eu lieu dans ou au-dessus de l'archipel montagneux de Nouvelle-Zemble (environ ), principalement sur trois sites, dits A, B et C Nuclear Explosions in the USSR: The North Test Site, Reference Material , rapport, Agence internationale de l'énergie atomique (Division of Nuclear Safety and Security), 4 décembre 2004, 136 (la Tsar Bomba a été larguée au-dessus du , Soukhoï Nos, utilisé de 1957 à 1962Olivier Vandercruyssen, La Nouvelle-Zemble : carrefour stratégique de l’Arctique russe, Regard sur l'Est, 15 avril 2010.). Il a été estimé que le total de l'énergie ainsi libérée équivaudrait à environ le centuple de toutes les explosions de la Seconde Guerre mondiale (dont les bombes atomiques) et selon un rapport du Sénat et de l’Assemblée nationale françaisRapport sur les incidences environnementales et sanitaires des essais nucléaires effectués par la France entre 1960 et 1996 et éléments de comparaison avec les essais des autres puissances nucléaires , Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, Assemblée nationale et Sénat français, 2001, ..
Après avoir ratifié et appliqué l'interdiction des essais nucléaires dans l'atmosphère, la mer et le sol, le gouvernement soviétique utilisait ce « polygone de tir » (aujourd'hui partiellement désaffecté) pour l'entreposage de déchets nucléaires radioactifs (l'archipel abrite plusieurs sites d'immersion de conteneurs de déchets (réacteurs de sous-marins nucléaires, combustible nucléaire de brise-glace notamment)Nouvelle-Zemble : une décharge radioactive à ciel ouvert au nord de l’Europe, Arte, 18 mars 2012.. Il a été estimé que . Une base aérienne a aussi été installée sur le territoire du village de Rogatchevo (sud-ouest de l'île Sud).
En , le Minatom a dit vouloir créer un nouveau lieu d’enfouissement dès 2005 entre les mers de Barents et de Kara (pour un coût d'environ de dollars), ce qui a suscité de nouvelles inquiétudes notamment parce que peu avant (en ) la Douma avait voté plusieurs amendements à la loi sur la protection de l'environnement, visant à autoriser la Russie à importer des déchets nucléaires étrangers pour les stocker ou les retraiter.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Articles connexes Opération Crossroads Trinity, essai atomique américain Castle Bravo Ivy Mike Gadget Industrie nucléaire en Russie 2M39 Poseïdon, drone aquatique capable d'emporter une bombe atomique Projet de bombe atomique soviétique Puissance des armes nucléaires
Liens externes Test of a clean hydrogen bomb with a yield of 50 megatons : vidéo inédite déclassifiée de la préparation et de l’explosion de la Tsar Bomba, diffusée le par Rosatom ( Rosatom releases previously classified documentary video of Tsar Bomba nuke test), incluant un film « officiel » d’époque, d’une trentaine de minutes, et une dizaine de minutes de prises de vues complémentaires de l’explosion et du bombardier. « Big Ivan, The Tsar Bomba (King of Bombs) – The World's Largest Nuclear Weapon », sur nuclearweaponarchive.org, .
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