La Cornouaille (Breton: Kernev), est une ancienne division politique et religieuse de la Bretagne constituant l'un des neuf pays de BretagneLa Cornouaille en tant que province est à ne pas confondre avec les Cornouailles britanniques qui se disent en anglais : Cornwall et en cornique : Kernow, dont le nom s'écrit avec un « s » ; il n'est pas non plus à confondre avec le « Cornouaille » utilisé dans l'appellation récente du Festival de Cornouaille, célèbre événement culturel basé à Quimper..
La Cornouaille désigne le légendaire « royaume de Cornouaille » puis le comté de Cornouaille. Elle donne aussi son nom à l'évêché de Quimper, appelé aussi diocèse de Cornouaille, disparu comme tel à la Révolution.
La maison de Cornouaille a donné au duché de Bretagne plusieurs de ses dirigeants.
Le nom a été donné à une division administrative issue de la loi Voynet, créée en 1999, et couvrant environ le tiers de l'ancienne division politique.
Les limites de cette région historique, qui semblent avoir été très stables et issues de la division de la cité gauloise des Osismes selon un axe Élorn-monts d'ArréeLouis Pape, La Civitas des Osismes à l'époque gallo-romaine, Rennes, 1978, Thèse universitaire., couvraient les deux tiers sud du département du Finistère, un fort secteur Sud-Ouest du département des Côtes-d'Armor et les grands alentours de Gourin et du Faouët dans le département du Morbihan. Sa capitale historique est Quimper, devenue aussi le chef-lieu du pays de Cornouaille.
La Cornouaille comprend seize pays historiques distincts ; le Fañch, le Calanhel, le Fisel, le Poher, le Chtou le Dardoup, le Bidar, le Rouzig, le Kernevodez, Plougastel, Presqu'île de Crozon, le Glazig, le Penn Sardin, le Cap Sizun, le Pays Bigouden et l'Aven.
On distingue, pour les activités culturelles issues de la tradition locale, la Basse-Cornouaille et la Haute-Cornouaille, mais ce dernier nom concerne, dans la pratique, le canton de Carhaix-Plouguer, le canton de Callac, le canton de Châteauneuf-du-Faou, le canton de Rostrenen et le canton de Corlay dans lesquels on définit les danses et les chants traditionnels de Haute-CornouailleDans toute la Haute-Cornouaille, les danses sont à chaîne fermée, l'inverse de ce qui est habituel à l'Ouest et au Sud (chaîne ouverte). Ces cantons ne sont pas dans le Pays Voynet de Cornouaille, mais dans celui du Centre-Ouest Bretagne (COB).On les désigne souvent par les termes « La Montagne » ou « Les Montagnes » en référence aux monts d'Arrée et aux Montagnes Noires.
Géographie Description dans la première moitié du Émile Souvestre décrit ainsi la Cornouaille en 1837 :
Toponymie et étymologie Cornouaille se dit Kerne, Kernev ou Bro Gerne en breton, et Cornugallia en latin, parfois « Cornubia ».
Les premières mentions écrites du toponyme datent de la fin du haut Moyen Âge, dans la Vie de Samson, voire plus tard, dans l'Hymne de Guénolé.
Une première hypothèse fait dériver ce toponyme du breton konk, du latin concha, du français conque, d’où son sens toponymique de « baie, petit golfe » que l’on retrouve à Concarneau (Conca au ), en breton Konk ou kernev avec le sens de « baie, havre, anse »., « la baie de Cornouaille ». Son diminutif se retrouve dans Le Conquet qui se nomme en breton Konk Leon, « la baie du Léon »Base de données KerOfis de l'Office public de la langue bretonneConsulté le 25 janvier 2021..
Une hypothèse plus vraisemblable veut que ce nom lui ait été donné par les émigrants bretons du en référence à leurs régions d'origine : la région de Cornouailles (Kernow), et l'actuel Devon (ancienne Dumnonia) qui a donné son nom à la Domnonée qui désignait la côte nord de la Bretagne au Haut Moyen Âge. Le nom de Cornouaille serait ainsi directement dérivé de l'ethnonyme des Cornovii (les habitants de la corne britannique) de l'Antiquité tardive.
De nombreux chercheurs estiment cependant que le mot Corn ne signifie pas corne mais désigne l'Ouest dans les langues celtes..
Le gentilé de la « Cornouaille bretonne » est cornouaillais ‑eLe gentilé des Cornouailles britannique est cornique..
Héraldique
Les armes de la Cornouaille se blasonnent ainsi :
D'azur au bélier d'argent accorné et onglé d'or. Ce sont des armes parlantes basées sur un jeu de mots associant le breton kern, « cornes », et knev (d'après krev), « toison »..
Mais, , la bannière des ducs de Bretagne de la Maison de Cornouaille portait des croissants, armes parlantes dérivées de la « corne » de Cornouaille.
Les ducs de Bretagne Hoël II, Alain IV « Fergent » et Conan III avaient fait ainsi frapper des monnaies où quatre croissants apparaissaientMonnaies féodales de Bretagne.
Histoire Antiquité tardive Les deux Cornouaille(s) trouvent plus vraisemblablement leur origine commune à la fin du , quand les incursions de pirates saxons, frisons et scots, associées aux pillages des bagaudes, contraignent les villes armoricaines (entre autres) à s'entourer en urgence de murailles dont les restes se voient encore à Alet, Brest, Nantes, Rennes et Vannes. Devant la désorganisation de l'empire romain, le responsable de la défense des côtes, le ménapien Carausius (puis son successeur Allectus) établit entre 288 et 296 un empire séparé sur les côtes nord et sud de la Manche pour les garantir des invasions.
L'empereur Constance Chlore les vainc en 293 et 296 et, ayant rétabli l'unité de l'empire de ce côté, organise la défense côtière en transférant des Bretons en Armorique à partir de 296-297. Ces Bretons sont des CornoviiLes Cornovii habitaient sur les bords de la Severn., peuple sans doute fidèle à Rome et choisi pour ce motif. Le chef-lieu de leur cité est à Viroconium Cornoviorum (l'actuelle Wroxeter) et ils occupent plus au nord le port de Deva (Chester). Les Cornovii étant chargés du contrôle militaire des pointes occidentales de la Bretagne et de l'Armorique, c’est-à-dire de l'ouest de la Manche, leur nom se serait conservé en ces lieux. Il ne s'agit donc pas d'une colonisation massive comme cela arrivera au , mais d'une occupation militaire .
Le Tractus Armoricanus et Nervicanus (administration militaire chargée du contrôle de toutes les côtes de Boulogne à la Gironde) n'est créé qu'en 370, sous le règne de l'empereur Valentinien .
Haut Moyen Âge
La Cornouaille était au haut Moyen Âge divisée en un certain nombre de pagi : le pagus en Fou (autour de Daoulas, Le Faou, Châteauneuf-du-Faou, le pagus Porzoed (Porzay), le pagus autour de Brithiac (Briec, devenu plus tard le pays Glazik), le pagus Kap-Sizun (Cap Sizun), le pagus Cap-Caval (entre le Goyen et l'Odet, connu récemment sous le nom de « pays Bigouden »), le pagus de Konk (de l'Odet à la Baie de La Forêt, autour de Konk Kerné (Concarneau), le Pou Trégunc, le pagus Karnoued (autour de Quimperlé, dont le nom se retrouve dans la forêt de Carnoët et la paroisse de Clohars-Carnoët).
Des princes sont dits avoir régné sur les côtes Nord (la partie nord de la Bretagne formait alors la Domnonée) et Sud de la Manche occidentale, comme le roi de Cornouaille Daniel Drem Rud au , et le fameux comte Conomor assimilé au roi Marc de la Cornouailles britannique (Marcus Cunomorus).
La Cornouaille armoricaine est mentionnée pour la première fois, et indirectement, entre 852 et 857 quand « l'évêque de Saint-Corentin », Anaweten, est qualifié de Cornugallensis (adj. latin dérivé de Cornugallia).
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La Cornouaille a pu être le siège d'une royauté ou d'une principauté dans les siècles obscurs entre la chute de l'Empire romain (476) et la création de l'Empire carolingien à la fin du .
La légende d'un roi de Cornouaille, dénommé Gradlon, accompagnée de récits tout aussi flous sur la création de l'abbaye Saint-Guénolé de Landévennec fondée par son principal conseiller peut être un indice. La présence d'un puissant complexe défensif sur la Montagne de Locronan, le camp des Salles, associé à une extraction et une fabrication d'or peut être un autre indice d'un pouvoir local fort, mais les documents sont inexistants et l'archéologie impuissante à donner des preuves d'une organisation politique.
À l'extrémité orientale du territoire, les fouilles du camp de Paule (Côtes-d'Armor) ont révélé une exploitation agricole gallo-romaine très importante, dotée d'un lieu fortifié et qui a dû être aussi le siège d'une principauté importante.
Comté de Cornouaille Au , il semble que le nom de Poher (pour Pou-Caer = Pays de la Ville ou Pays du Château ou Pays de Carhaix) se soit substitué à celui de Cornouaille. Par la suite, il fut réservé à la vallée de l'Aulne, dont la capitale était Carhaix.
Le premier comte de Cornouaille, dont l'existence est attestée, est un premier Budic qui est mort entre 1008 et 1019 et qui apparaît dans les actes de l'abbaye Saint-Guénolé de Landévennec, première nécropole des comtes de Cornouaille et surtout destinataire privilégiée de leurs donations. Néanmoins, le Cartulaire de Saint-Guénolé de Landévennec indique qu'un certain Rivelen est rector de Cornubia sous le règne de Salomon, tandis que Gourmaëlon est cité comme comes de Cornubia (Chartre XXIV).
Joëlle Quaghebeur souligne que des Budic sont mentionnés lors de donations faites au à l'abbaye Saint-Sauveur de Redon par Nominoë et par Erispoë, ainsi que par Salomon, roi de Bretagne. Le deuxième Budic, fils de Romel, est accompagné de Rivelen et de Guethenoc, noms de familles associés par ailleurs au Poher. Elle ajoute que la Première Vie de saint Gwenael, successeur de saint Guénolé à la tête de Landévennec, lui donne comme père Romelius (Romel ?), comte de Cornouaille et mentionne un Guethenoc comme frère de Guénolé.
Ces possibles proximités familiales entre hauts responsables politiques et hauts responsables religieux sont souvent mentionnées dans les autres vies de saints bretons et engendreront des confusions de pouvoir par lesquelles des évêques ont pu devenir comtes de leur diocèse, ce qui est précisément attesté au pour le comté de Cornouaille.
Le roi de Bretagne, Alain le Grand, dont la famille était originaire de la région de Vannes, épousa un peu avant 899 une Orgain (Aourken en breton) dont Joëlle Quaghebeur rapproche le nom d'une « Ouragona », curieusement titrée « reine de Brest » (cacographie pour Bretagne?) donnée par un obituaire de Landévennec comme enterrée dans cette abbaye et elle est dite avoir rappelé que les deux « maisons royales » sises dans l'enceinte du monastère devaient 24 deniers à celui-ci.
Au même moment, Judicaël, attesté comme princeps de Poher (= comte de Cornouaille ?), est dans l'entourage très proche du roi Alain, alors que son père, Gurwant, a participé au complot qui a fait périr le roi Salomon de Bretagne, grand père d'Alain le Grand, et il n'est pas impossible que ce soit lui qui lui ait donné une épouse de sang royal (elle était petite-fille d'Erispoé) en signe de réconciliation, peut-être même sa propre sœur.
Alain Barbe-Torte (-952), duc de Bretagne, selon sa chancellerie, mais, seulement comte selon celle du roi carolingien est aussi comte du Poher. Il est accompagné, lors de la donation qu'il fait à l'abbaye de Landévennec vers la fin du , par Diles, vicomte (vicecomes) implicitement de Cornouaille, donc son principal auxiliaire. Son fils est Ehuarn qui semble avoir eu pour successeur Morvan attesté lors d'une donation de Budic, comte de Cornouaille à l'abbaye Notre-Dame de Locmaria de Quimper. Morvan accompagne son comte et duc, Alain Barbe-Torte, en guerre avec le vicomte de Léon, Guihomarc'h, mais il semble l'avoir trahi, peut-être au cours de cette même guerre, alors qu'Alain était affaibli par la maladie. Toutes les précisions sur l'histoire de la Cornouaille tirée des chartes comtales ont été étudiées dans la thèse de doctorat de Joëlle Quaghebeur.
À la fin du , le comté féodal de Cornouaille reprend le nom de l'ancien royaume.
Le comté passe à l'évêque de Quimper qui devient comte-évêque de Cornouaille jusqu'au où deux frères s'en répartissent les dignités.