vignette|redresse=1.3|Conjuration de Babœuf l'an IV.Le « génie défenseur de la République » embroche avec sa lance la Méduse, de l'Anarchie., qui s'apprêtait à poignarder la France représentée comme une jeune mère nourricière admirant la Constitution de l'an III.Caricature anonyme stigmatisant la conjuration des Égaux, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, 1796.

La conjuration des Égaux (1796) est une tentative de renversement du Directoire menée par Gracchus Babeuf avec ses camarades (les Égaux), dans un contexte d'exaspération sociale due à la vie chèreJean-Marc Schiappa, Gracchus Babeuf pour le bonheur commun, Paris, éd. Spartacus, 2015, p. 118-119..

Les idées de la Conjuration Gracchus Babeuf et ses amis dénoncent les privilégiés qui tirent profit de la Révolution. Ils préconisent une réforme radicale de la société : l'abolition de la propriété privée doit rendre tous les Français égaux. Pour réaliser leur idéal, ils envisagent de renverser le Directoire. Le but de la Conjuration est de poursuivre la révolution, et d'aboutir à la collectivisation des terres et des moyens de production, pour obtenir « la parfaite égalité » et « le bonheur commun ». Ils demandent également l’application de la Constitution de l'an I (datant de 1793, première constitution de la République, qui ne fut en fait jamais appliquée).

Les idées de la Conjuration sont en particulier exposées dans le « Manifeste des Égaux » (1796).. On peut y lire : .

Les faubourgs de Paris sont agités par le biais de la propagande des Égaux., et les proches de Babeuf ne prennent plus la peine de dissimuler leur « activité séditieuse » aux yeux de la police. Solidement implantée dans Paris, la propagande babouviste ne touche cependant pas que la capitale et l'on évoque les mêmes thèmes çà et là en province. Le Directoire considère que la propagande babouviste agite dangereusement l'opinion et, le , il ordonne le licenciement et le désarmement de la légion de police car, séduite par « la faction babouviste », elle devenait chaque jour plus indisciplinée.

Buonarroti cite un projet de décret qui devait installer une république égalitaire. Ce projet prévoit que . La communauté nationale assure à chacun de ses membres un logement décent, l'habillement, une nourriture suffisante, et . Enfin, .

Les meneurs et le réseau de leurs agents Sept hommes se joignent à Gracchus Babeuf pour diriger la conjuration : Philippe Buonarroti, Augustin Darthé, Sylvain Maréchal — qui se charge de rédiger le manifeste —, Félix Lepeletier, Pierre Antoine Antonelle, Debon, et Georges Grisel. Ce dernier quitte plus tard la conjuration et dénonce Babeuf, moyennant finances.

Un réseau d'agents militaires, composé de Germain, Vaneck, Jean-Antoine Rossignol, Fyon, et Massart, a par ailleurs été créé, ainsi que des agents révolutionnaires qui seront placés dans chaque arrondissement de Paris. Les Égaux, ou « babouvistes », militent dans la clandestinité.

Arrestation des Égaux vignette|droite|Supplice de douze des prévenus dans l'affaire de Grenelle : fusillés le 4.ème jour complementaire de l'an 4.ème de la Rép. fran.se.Estampe anonyme, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, 1796. L'échec de l'insurrection militaire tentée au camp de Grenelle porte un coup très dur aux conjurés. La conjuration est dénoncée à la police par l'un de ses meneurs, Georges Grisel. La légion de police licenciée, le pouvoir s’attaque au démantèlement de la direction de la Conjuration des Égaux. Le , Gracchus Babeuf qui porte un faux nom (Tissot) est arrêté le premier, ainsi que Buonarroti qui l'aidait à mettre au point le manifeste devant annoncer aux Parisiens la victoire des conjurés. Les premiers mots ont déjà été écrits : . Ses complices arrêtés, d'arrêt sont lancés par Carnot qui entend faire cesser les revendications égalitaires.

Une haute cour est constituée et le procès s’ouvre à Vendôme le en présence de deux ministres. Babeuf, à qui l'on reproche l’initiative du complot, et Darthé, qui s’est enfermé lors des débats dans le mutisme le plus total et à qui l’on reproche la rédaction de l’ordre d’exécution des Directeurs, sont condamnés à mortarticle « Darthé » de François Wartelle, in Dictionnaire historique de la Révolution française dirigé par Albert Soboul, PUF, 1989 (rééd. Quadrige, 2005, 323).. En entendant sa condamnation à mort, Babeuf se frappa, dans le prétoire même, de plusieurs coups de stylet, et fut porté mourant, le lendemain, à l'échafaud. Darthé, qui avait également tenté de se suicider, est guillotiné avec lui le 8 prairial an V. Buonarroti, Charles Germain et cinq autres accusés sont condamnés à la déportation. Cinquante-six autres accusés, dont Jean Pierre André Amar et Pierre-Charles Pottofeux sont acquittés. Les enfants de Babeuf furent adoptés par Lepeletier et Turreau..

Postérité La conjuration des Égaux aurait probablement disparu dans le flot des grands événements de la Révolution. Mais, la publication en 1828 du livre de Buonarroti, Conspiration pour l'Égalité, dite de Babeuf, lui assure une postérité prolifique avec la création de la Société des Fleurs en 1836, tenante d'une ligne néobabouviste... Friedrich Engels et Karl Marx reconnaissent en la Conjuration des Égaux ..

Notes et références

Voir aussi

Sources primaires imprimées Débats du procès instruit par la haute cour de justice, contre Drouet, Baboeuf et autres, recueillis par des sténographes, Paris, Baudouin, 1797, tome 1, lire en ligne. Débats du procès instruit par la haute cour de justice, contre Drouet, Baboeuf et autres, recueillis par des sténographes, Paris, Baudouin, 1797, tome 2, lire en ligne. Débats du procès instruit par la haute cour de justice, contre Drouet, Baboeuf et autres, recueillis par des sténographes, Paris, Baudouin, 1797, tome 3, lire en ligne. Débats du procès instruit par la haute cour de justice, contre Drouet, Baboeuf et autres, recueillis par des sténographes, Paris, Baudouin, 1797, tome 4, lire en ligne. Philippe Buonarroti, Gracchus Babeuf et la conjuration des égaux (ou Histoire de la Conjuration pour l'Égalité, dite de Babeuf), 1828. Réédition : Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf, suivie du procès auquel elle donna lieu et des pièces justificatives…, publié par Robert Brécy et Albert Soboul d'après l'édition originale de 1828, préface de Georges Lefebvre, Paris, Éditions sociales, 1957. 2 vol., présentation en ligne. Réédition : Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf, Éditions La Ville brûle, Montreuil, 2014, édition critique établie par Jean-Marc Schiappa, Jean-Numa Ducange, Alain Maillard et Stéphanie Roza.

Bibliographie . . Colloque international de Stockholm, 21 août 1960. Babeuf et les problèmes du babouvisme, Paris, Éditions sociales, 1963, 320 p. . . . . Philippe Riviale, La Conjuration : essai sur la conjuration pour l’égalité dite de Babeuf, Paris, L’Harmattan, 1994. . . . . . . . . . . .

Littérature Henri Krea, La Conjuration des égaux, illustrations "hors texte" de Ladislas Kijno, Présence africaine, 1964.

Articles connexes Affaire du camp de Grenelle Auberge du Soleil d'Or Gracchus Babeuf

Liens externes

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