Lubérisation. (mot créé d'après le nom de l'entreprise Uber), ou la plateformisation., est un phénomène récent dans le domaine de l'économie consistant en l'utilisation de services permettant aux professionnels et aux clients de se mettre en contact direct, de manière quasi instantanée, grâce à l'utilisation d'une plateforme numérique.
En France, en 2020, d'après un rapport du Sénat, malgré la médiatisation de leur activité, .
Les moyens techniques permettant l'ubérisation sont la généralisation du haut débit, de l'internet mobile, des smartphones et de la géolocalisation.
Ce modèle d'organisation du travail repose sur le travail à la tâche et s'oppose de fait à celui reconnu depuis des générations, et particulièrement depuis les Trente Glorieuses, c'est-à-dire le monde fixe et réglementé du salariat.
L'ubérisation s'inscrit de manière plus large dans le cadre d'une branche intégrée au marché de l'économie à la tâche.
Définition Émergence de la notion Le terme est un néologisme, popularisé en francophonie par Maurice Lévy après un entretien accordé au Financial Times en . Le terme provient de l'entreprise Uber qui a généralisé à l'échelle planétaire un service de voiture de tourisme avec chauffeur entrant directement en concurrence avec les taxis. Les caractéristiques de ce service sont en premier lieu les gains financiers importants liés à l'évitement des contraintes réglementaires et législatives de la concurrence classique (l'acquisition d'une licence de taxi dans le cadre d'Uber), mais aussi la quasi-instantanéité, la mutualisation de ressources et la faible part d'infrastructure lourde (bureaux, services supports) dans le coût du service, ainsi que la maîtrise des outils numériques.
Le terme « ubérisation » fait son apparition dans le dictionnaire Le Petit Larousse 2017, qui le définit comme : la "remise en cause du modèle économique d’une entreprise ou d’un secteur d’activité par l’arrivée d’un nouvel acteur proposant les mêmes services à des prix moindres, effectués par des indépendants plutôt que des salariés, le plus souvent via des plates-formes de réservation sur Internet".
Au sujet de l'ubérisation, Guillaume Sarlat explique dans Le Figaro : .
Parmi les services cités comme initiant l'ubérisation de l'économie, on cite Airbnb, Booking.com ou Amazon.
Le fonctionnement d'un service ubérisé comprend généralement des éléments communs caractéristiques : plateforme numérique de mise en relation entre client et prestataire ; réactivité maximisée par la mise en relation immédiate du client et du prestataire, par proximité géographique ; paiement du client à la plateforme qui prélève une commission ; paiement du prestataire par la plateforme ; évaluation croisée du service : le client évalue le service reçu et le prestataire évalue le client.
Domaines économiques ubérisés Il est question d'ubérisation dans de nombreux domaines de l'économie. Après les domaines pionniers de l'hôtellerie (Airbnb, Booking.com) et des transports de personnes (Uber, Blablacar, Drivy), c'est par exemple le cas des petits travaux de rénovation et du dépannage ou du « service à la personne ». Plus récemment en France, l’ubérisation s’est largement développée pour toucher les services de livraison avec notamment des applications comme Ubereats ou encore Deliveroo. On cite même la lutte antiterroriste pour des actions de type hackathon ou « incubateur à but non lucratif ». Dans le domaine de la photographie, Meero a aussi adopté ce modèle. L'ubérisation est un phénomène prenant tellement d'importance qu'il commence même à toucher les secteurs économiques les plus traditionnels, et réputés intouchables, comme le secteur du droit, où certaines plateformes comme Cma-Justice proposent la mise en relation entre avocats et justiciables ; dans le secteur des médias, les initiatives de Facebook ou d'abonnement multi-canal sont également perçues comme des évolutions vers une « ubérisation » du secteurStratéges : quand les gafa et télécoms préparent l'ubérisation des médias.
L'ubérisation est réputée pour toucher de plus en plus de domaines de l'économie, par exemple la rénovation énergétique des bâtiments. À titre d'exemple, un rapport établi par l'association La Fabrique écologique cite le cas de Google qui, ayant racheté le fabricant d'outils domotiques intelligents Nest Labs, est en mesure dans un premier temps d'établir un diagnostic de performance énergétique fonction de l'usage, et grâce aux mégadonnées croisant ces informations avec les conditions climatiques ou le potentiel photovoltaïque du site, d'évaluer les besoins de travaux nécessaires à une amélioration de la performance énergétique du bâtiment ; il cite également les initiatives d'Elon Musk, proposant des solutions de stockage d'énergie domestique en crédit-bail. Il considère l'ubérisation comme une « menace », et propose des solutions alternatives, inspirées du programme néerlandais EnergieSprong.
En 2016, selon un rapport de L'IGAS le phénomène des plateformes numériques portant l'ubérisation reste encore marginal, le nombre de travailleurs concernés en France est d'environ .
Statut juridique L’apparition des plateformes numériques de mise en relation offre une perspective nouvelle sur la question de la frontière entre salariat et travail indépendant. En 2020, le législateur n'a pas tranché cette question. Les juges qui ont été saisis sur le sujet recherchent les indices permettant de déterminer l’existence d’un lien de subordination constitutif d’une relation salariée.
Depuis un arrêt de 1996 dit “Société Générale”, la Cour de cassation a considéré que la subordination relève d’un triple pouvoir : le pouvoir de direction, le pouvoir de contrôle, le pouvoir de sanction . Plusieurs décisions récentes tendent vers la requalification en contrats de travail. La Cour de cassation, a ainsi à deux reprises, dans les arrêts « Take eat easy »Cass. soc., 28 nov. 2018, no 17-20.079. et « Uber »Cass. soc., 4 mars 2020, no 19-13.316., considéré qu’existait un lien de subordination entre les travailleurs et les deux plateformes concernéesDIARD (C ), “Le salariat une histoire ancienne” , site village justice https://www.village-justice.com/articles/salariat-une-histoire-ancienne,39246.html. La Haute juridiction a également requalifié le contrat de partenariat des chauffeurs avec la plateforme Uber en contrat de travail. La juridiction avait le choix entre considérer qu’ils étaient des travailleurs indépendants ou considérer qu’ils étaient salariés, relevant donc d’un contrat de travail.
La Cour de cassation s’est axée sur la relation de travail, concrète et matérielle qui unit les chauffeurs Uber à la plateforme. Elle a décelé un certain nombre d’indices de subordination : Les chauffeurs ne connaissent pas la destination du client au moment où ils acceptent la course. Les chauffeurs n’ont pas la main sur les tarifs qui sont définis par Uber, Le compte du chauffeur est supprimé s’il obtient des notes trop basses.
La Cour de cassation a démontré qu’il y avait un véritable pouvoir de sanction, qui relevait du lien de subordination. Elle a considéré que le chauffeur Uber ne pouvait en aucun cas se constituer sa propre clientèle : il ne peut pas être un travailleur indépendant. Il s’agit d’un travailleur qui est subordonné donc titulaire d’un contrat de travail.
Néanmoins, des décisions postérieures ont remis en question ce raisonnement, laissant la porte ouverte à un statut d’indépendant régulé, organisé pour ces travailleurs. Les juges du fond considèrent désormais que les conditions d’emploi des collaborateurs des plateformes ne sont pas suffisantes pour caractériser le lien de subordination. Ainsi, en 2021, la Cour d’appel de LyonCA Lyon, 15 janvier 2021, n° 19/08056 et la Cour d’appel de ParisCA Paris 7 avril 2021, n°18/02846 ont écarté respectivement le salariat pour les chauffeurs Uber et un coursier de la plateforme Deliveroo.
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné, le , Deliveroo France pour «travail dissimulé». La présidente du tribunal a expliqué en rendant sa décision .
En 2026, plusieurs associations dénoncent les « conditions de travail indignes » et les « revenus de survie », elles déposent plainte en France contre Deliveroo et Uber Eats pour « traite d’êtres humains » envers leurs livreurs. On dénombre entre 70 000 et plus de 100 000 livreurs en France, selon les sources. Selon une enquête menée en 2025 par Médecins du monde (MdM) et plusieurs centres de recherche auprès d’un millier de livreurs, 98 % d’entre eux sont nés à l’étranger et 64 % sont sans titre de séjour. Ils travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour 1 480 euros brut mensuels..
Conséquences économiques L’ubérisation de l'économie est sujette à controverses. En effet, beaucoup de compagnies sont montées en flèche grâce à cette nouvelle forme d’économie et ont presque entièrement remplacé les entreprises traditionnellement présentes sur le marché. Par exemple, Uber a rencontré beaucoup de problèmes après que les compagnies traditionnelles de taxi ont perdu une grande partie de leur clientèle. Notamment, le service d'Uber n'est plus disponible dans plusieurs pays dont l'Australie (Territoire du Nord), la Bulgarie, l'Italie. Ceci est dû en général au fait que ces pays considèrent que la compagnie réalise une compétition déloyale avec les services de taxis. Certaines lois ont par ailleurs été créées pour interdire son implantation.. Le New York Magazine a écrit que le succès de l'économie collaborative repose surtout sur le fait que l'économie réelle était en grande difficulté. Selon le magazine, l'état actuel du marché du travail a permis le succès de l'ubérisation de l'économie : beaucoup tentent d'arrondir leurs fins de mois de façon créative. Ces personnes rejoignent l'économie collaborative après avoir perdu leur emploi à plein temps ou parce que la rémunération y est plus profitable (par exemple : des chauffeurs de taxis travaillent maintenant pour Lyft ou Uber)Kevin Roose, The Sharing Economy Isn't About Trust, It's About Desperation (2014-04-24), New York Magazine.
Les principales conséquences sont de deux ordres : pour le client : un service à faible coût, ou de coût identique à meilleure qualité, simplicité d'accès au service et instantanéité, environnement de confiance (paiement, avis des utilisateurs) pour le professionnel : statut de travailleur indépendant et notamment avec le régime simplifié du micro-entrepreneur (anciennement auto-entrepreneur). Le droit du travail ne s'applique donc pas avec tout ce qu'il entraîne au niveau de la protection sociale ou des congés payés. Le service est effectué par des travailleurs indépendants par l'intermédiaire d'une Plateforme numérique (place de marché). Il existe différents types de travailleurs indépendants des plateformes dont notamment les travailleurs de plateforme de mobilité et de livraison. [voir travailleurs des plateformes]. Il ne s'agit donc pas d'une relation employeur / employé mais d'une relation client / fournisseur. Le professionnel doit donc gérer lui-même ses affiliations aux régimes de protection sociale et de prévoyance ainsi que les questions fiscales (TVA, impôts…) et de réglementation.
L'ubérisation de l'économie entraîne d'une part une individualisation de l'activité, d'autre part la pluriactivité (fait d'avoir plusieurs activités, ou un emploi salarié et un autre indépendant). Ce phénomène recèle plusieurs avantages et limites : Avantages : meilleur accès au travail, revenus supplémentaires (pouvant être significatifs), diminution du risque en multipliant les donneurs d’ordre, souplesse dans l’organisation du temps de travail, travail autonome et varié, acquisition de nouvelles compétences, possibilités accrues de reconversion, diversification de l’activité habituelle, contribution à une réflexion accrue sur la pertinence éventuelle d'instaurer un revenu minimal universel.