vignette|upright=1.6|La Mort de César, Vincenzo Camuccini.

ou bien ou encore (en français : « Toi aussi, mon fils ! ») est une célèbre locution latine, que la tradition attribue à Jules César : ce dernier l'aurait adressée, en guise de dernier souffle, à Brutus, le 15 mars 44 av. J.-C.

La tradition a retenu la forme latine de cette phrase, mais il est plus vraisemblable qu'elle ait été prononcée en grec (« Καὶ σὺ τέκνον »).

Sources historiques Dans les sources antiques, la citation n'est donnée que sous sa forme grecque, et pour la première fois par Suétone, qui écrit par ailleurs en latin : « . » (« Il fut ainsi percé de vingt-trois coups : au premier seulement, il poussa un gémissement, sans dire une parole. Toutefois, quelques écrivains rapportent que, voyant s'avancer contre lui Marcus Brutus, il dit en grec : “Toi aussi, mon fils !” »Suétone, Vie de César, LXXXII, 3 lire en ligne la traduction sur Remacle.org.).

Après Suétone, la formule est rapportée, toujours en grec, par Dion Cassius (155 - 229 ap. J.-C.) également à titre de variante dans la tradition : « » (« Voilà la version la plus véridique. Certains, cependant, ajoutent à cet endroit le trait suivant. Alors que Brutus lui portait un coup violent, il lui aurait dit : “Toi aussi, mon fils !” »Dion Cassius, XLIV, 19, 5)

Les autres sources dont on dispose — en langue grecque avec Nicolas de DamasNicolas de Damas, Vie de César, 90 F 130 Jacoby, PlutarquePlutarque, Vie de César, 66, 5-14 et Vie de Brutus, 17, et AppienAppien, Bellum civile, II, 117 — sont muettes sur ce point.

Le fameux Tu quoque mi fili, transmis par la tradition sous sa forme latine, est issu de la biographie de César contenue dans le (Des hommes illustres de Rome, de Romulus à Auguste) publié en 1779 par l'abbé Lhomond : « » (« Quand il vit Marcus Brutus, qu'il traitait comme son fils, se précipiter sur lui, il dit : “Toi aussi, mon fils !” Extrait de la traduction de Jacques Gaillard pour Actes Sud, 1995.»).

Interprétation Pendant longtemps, les spécialistes de SuétoneW. Steidle, Sueton und die antike Biographie, Munich, 1951.. n'ont guère accordé d'attention aux derniers mots de César, et les historiens qui évoquaient cet épisode, concluaient généralement par son inauthenticitéW. Druman, Geschichte Roms, éd. revue par P. Groebe, t. III, Leipzig, 1906G. Walter, Brutus et la fin de la République, Paris, 1938 : « l'apostrophe célèbre [ … ] semble avoir été inventée par la suite »H. Gugel, Caesars Tod. Aspekte zur Darstellungskunst und zum Caesarbild Suetons, dans Gymnasium, 77, 1970 : « le rôle de l'anecdote dans l'architecture du récit est de rappeler une dernière fois au lecteur les mauvaises mœurs du personnage : l'infamia Caesaris ».

Sens de « fils » Jérôme CarcopinoProfils de conquérants, Paris, , 1961 a fait remarquer à juste titre que le mot τέκνον était couramment employé comme un terme d'affection envers plus jeune que soi : « Mon petit » ou « Mon garçon ». Ce sens, qui se trouve déjà chez Homère, est très bien attestéCf., entre autres, Odyssée, chant X, vers 84 et Iliade, chant II, vers 363., ce qui n'est pas le cas pour le latin filiusLe sens affectif et non génétique du latin filius ne parait pas attesté avant Apulée, Métamorphoses, II, 20 et IX, 27. Cf. Oxford Latin Dictionary, s.v. filius, et Thesaurus Linguae Latinae, s.v. filius, col. 757-758. Dès lors, l'apostrophe de César devient beaucoup plus compréhensible et beaucoup plus vraisemblable.

Hypothèse de parenté biologique Marcus Junius Brutus était le fils de la maîtresse de César. Cependant, il est peu vraisemblable que Brutus fût le fils biologique de César ou que Brutus ou César l'eussent cru : la liaison de Servilia Caepionis est connue, aussi bien par la population que par les historiens, comme ayant commencé en 64 av. J.-C., quand Brutus avait au moins . Cette opinion est néanmoins contestée par les historiens modernes, qui s'appuient sur les passages explicites de Plutarque et Suétone indiquant une liaison avec Servilia dès la naissance de Brutus, en 85 ou en 78.

L'hypothèse de Brutus comme fils naturel de César a circuléPlutarque, Brutus, 5.2, mais les historiens actuels l'attribuent à la propagande de l'époque impérialeBrutus, l'assassin intègre dans Historia , août 2009, .. En effet, l'Empire se veut l'héritier de César, et accuse donc Brutus d'être un parricide.

Qualité de fils adoptif César avait une grande affection pour Brutus, lui ayant complètement pardonné son ralliement à Pompée. Il l'avait ensuite couvert d'honneurs. Brutus était, en quelque sorte, le beau-fils de la main gauche de CésarCf. M. Radin, Marcus Brutus, Oxford, 1939. Par ailleurs, Brutus, sous le nom de Servilius Caepio, fut un temps fiancé à la fille de César, JulieJulie rompit en 59 ses fiançailles avec Servilius Caepio, c'est-à-dire Brutus, afin d'épouser Pompée. Cf. Suétone, Vie de César, 21, 1 et Plutarque, Vie de César, 14,7, et après la bataille de Pharsale, César éprouva une joie extrême à le savoir vivantPlutarque, Vie de César, 46, 4 et 62, 1-6 ; Vie de Brutus, 6, 1-2. Pour autant, il n'est pas exact de considérer Brutus comme le fils adoptif de César, ou son héritier désigné. C'est Auguste qui jouissait de ce rang.

Signification La tradition, longtemps unanime, voyait dans ces mots un douloureux reproche adressé à un fils indigne. On considérait, en effet, qu'il s'agissait là d'un cri de douleur de César voyant Brutus au rang des conjurés : alors que César considère Brutus comme l'un de ses alliés, ce dernier se met du côté des assassins de César.

Une autre interprétation a vu alors le jour, fondée sur l'état de santé de César : peut-être épileptique et, partant, sujet à des diarrhées ou de violents vomissements, César n'écoute pas les mises en garde de ses proches et se rend volontairement à son propre assassinat afin de mettre un terme à son état dégradant. La phrase est alors à comprendre dans le sens : « Toi aussi, mon fils, tu seras vieux et faible et subiras le même sort ».

Enfin deux explications, qui d'ailleurs se rejoignent largement, sont maintenant avancées par les spécialistes. L'une part des sources figurées, l'autre des sources littéraires.

J. Russell, relevant des attestations d'un καὶ σύ apotropaïque sur des mosaïques et des bas-reliefs, voit dès lors, dans les mots de César mourant, l'équivalent du « signe des cornes ». Le dictateur trahi ne manifesterait nullement son émotion ou sa surprise. À son « fils » indigne, il laisse pour dernier message : « Je t'en souhaite autant, mon garçon ! »J. Russell, “Julius Caesar's Last Words : A Reinterpretation”, in Vindex Humanitatis : Essays in Honour of J. H. Bishop, ed. B. Marshall, Armidale, N.S.W., Australia: University Press of New England, . Cf. Shakespeare, Julius Caesar, « To hell with you too, lad ! ». P. Arnaud a fourni plus récemment une explication un peu différente, mais qui va dans le même sens : l'expression d'une hostilité et d'une menace. On trouve en effet chez Suétone un parallèle frappant. Auguste aurait dit à Galba enfant, également en grec : « Toi aussi, mon fils, tu grignoteras une partie de notre pouvoir », en recourant à l'expression καὶ σὺ τέκνον. Une expression analogue est placée par Dion Cassius dans la bouche de Tibère s'adressant au même Galba. Dans les deux cas, il s'agit donc de prédire à quelqu'un qu'il exercera un jour le pouvoir absolu. Mais ces mots, pleins de paternelle bienveillance de la part d'un empereur assuré de la stabilité de son régime, prennent évidemment une valeur toute différente quand ils sont prononcés par César, fossoyeur du système républicain et assassiné, du moins officiellement, pour cette raison. Dire à Brutus qu'il participera un jour du même type de pouvoir que sa victime, c'est réduire à néant l'image de dernier défenseur de la libertas qu'il veut donner de lui-même, c'est l'accuser d'aspirer au même type de pouvoir qui fait de l'assassinat de César un tyrannicide - et donc annoncer et justifier d'avance la mort violente de Brutus lui-même.

Dans les œuvres de fiction Chez Shakespeare Dans la tragédie Jules César, à l'acte III, scène 1, vers 77, William Shakespeare attribue comme derniers mots à César : «  » (« Toi aussi, Brutus ? », « Brute » étant la forme de vocatif de Brutus, « et » l'adverbe signifiant « même, aussi »). Ainsi, Shakespeare ne reprend-il pas l'idée de « fils » et ne fait-il pas s'exprimer César en grec. Il ne garde que la surprise de César de voir que même Brutus se joint aux conjurés. La pièce du dramaturge anglais ne se veut pas historiquement rigoureuse, puisqu'elle fait même intervenir des fantômes.

Dans le monde anglophone, c'est cette expression qui est employée pour invectiver celui qu'on accuse de trahison.

Dans Astérix vignette|Illustration comique de l’assassinat de César (in de Gilbert Abbott à Beckett). Les bandes dessinées Astérix font un usage au second degré de cette phrase. Dans cette bande dessinée, Brutus est présenté comme le fils adoptif et unique héritier de César. César lui lance très souvent « » ou « Toi aussi, mon fils. » dans des circonstances dont la légèreté contraste avec les circonstances historiques de cette phrase, comme c'est le cas dans La Zizanie., lorsque les personnages vont déjeuner.

Par ailleurs, tout à la fin du film Astérix aux Jeux olympiques, Jules César, joué par Alain Delon, lance un « Toi aussi, mon fils. » à son fils Brutus joué par Benoît Poelvoorde. Dans ce film, Brutus semble être le fils biologique de César.

Notes et références

Annexes

Bibliographie . . . . . . . Dossiers Quelques idées reçues à propos de Rome

Articles connexes Liste de locutions latines commençant par T Autres citations célèbres de Jules César : « » « »

Liens externes Vie des douze Césars

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