L’étoile de David est un symbole et parfois un ornement dans plusieurs cultures et religions millénaires pré-abrahamiques avant de devenir tardivement associée au judaïsme.

L'étoile de David est appelée en hébreu : maguen David ou maghen Dawid, littéralement « », en hébreu biblique Māḡēn Dāwīḏ, tibérien [mɔˈɣen dɔˈvið], en yiddish Mogein Dovid [ˈmɔɡeɪn ˈdɔvid] ou Mogen Dovid, en latin scutum Davidis. Se rencontrent également les appellations de (latin : sigillum Salomonis), , , , ou .

Il s'agit d'un hexagramme, soit une forme géométrique composée de deux triangles équilatéraux superposés : l’un dirigé vers le haut, l’autre vers le bas. L'intersection est un hexagone régulier. Elle se trouve notamment sur le drapeau de l’État d’Israël, ainsi que sur les façades des synagogues du monde entier et sur le drapeau de la République du Burundi. Dans une autre filiation, l'étoile du drapeau de la République du Rif (Maroc) est aussi à six branches.

Elle représente, selon la tradition juive, l’emblème du roi David et serait aussi bien symbole du Messie (de lignée davidique).

Histoire vignette|Artisanat zalafa marocain décoré de l'étoile à six branches. L’étoile à six branches est un symbole universellement utilisé depuis des siècles à des fins multiples et ne portant pas initialement de nom spécifique... Ainsi a-t-elle été choisie aussi bien comme emblème que figure décorative dans les conflits comme dans les arts, probablement en raison de l’harmonie géométrique qu’elle suggère. De l'Asie avec le Kagome japonais, son utilisation s'étend à la péninsule hindoue plus tard à la péninsule arabique jusqu'à l'occident.vignette|Maguen David à Kfar Nahum (). Dans l'hindouisme, l'étoile à six branches, appelée la Shatkona, représente l'union de Shakti, la femme (triangle pointé vers le bas) et Shiva, l'homme (triangle pointé vers le haut), la mère et le père de l'univers dont il existe des représentations datant de plus de avant l'ère chrétienne.

Ainsi, cet hexagramme apparaît-il dans les civilisations arabes pré-islamiques, puis judaïques depuis l'Antiquité. Il se trouve dans le site archéologique de Megiddo, sur un mur d'une salle, tel que nous le reconnaissons aujourd'hui, datant de l'époque du roi Achab (874 - 853 av. J.-C.), aussi sur le linteau de synagogues en Galilée ( à ) dont celle de Capharnaüm ou sur une pierre tombale juive à Tarente dans les Pouilles italiennes (vers le ). Sur les synagogues d'alors, le symbole est apposé sur la mezouzah dans le but de lui octroyer un pouvoir de protection.

L'hexagramme est repris par les kabbalistes confectionnant des segulot (amulettes et talismans) mais sans le dénommer expressément « bouclier de David ». Il est aussi utilisé pour remplir des espaces ou marquer les divisions en chapitre de manuscrits hébreux et arabes.

En Europe, au début de l'époque médiévale, cette figure géométrique apparait dans les églises chrétiennesNotamment sur les cathédrales de Brandebourg et de Stendal et sur la Marktkirche à Hanovre, en Allemagne. Lire en ligne également comme décor architectural, soit avant sa première utilisation connue dans une synagogue par les JuifsSholem, 1949, op. cit., :

« On ne le trouve pas du tout dans les synagogues médiévales ou sur les objets de cérémonie médiévaux, bien qu'il ait été retrouvé dans un certain nombre d'églises chrétiennes médiévales, non pas comme symbole chrétien mais seulement comme motif décoratif. L'apparition de ce symbole dans les églises chrétiennes bien avant son apparition dans nos synagogues devrait avertir les interprètes trop zélés. ».

En effet, l'utilisation de l'étoile à six branches comme symbole juif se généralise vers le , notamment sur la page de garde des manuscrits de la Bible hébraïque comme le Codex de Leningrad daté de 1008 (voir infra). alt=Ancienne carte avec un drapeau représenté.|gauche|vignette|Carte des environs de Béjaïa en Algérie (1489)Albino de Canepa. The east of 1489 Portolan Chart.. L’étoile à six branches devient le symbole distinctif de la communauté juive de Prague, probablement au ou .vignette|Étoile de David sur le monastère Oshki () du , au Tayk / Tao, en Arménie historique, dans l'actuelle Turquie.À partir du , le quartier juif de Vienne est formellement distingué du reste de la ville par une borne ayant un hexagramme sur un côté et une croix sur l'autre.

Il devint internationalement associé au judaïsme lorsqu'il est adopté comme le symbole du mouvement sioniste à la fin du .

Au , cette étoile apparait également sur les drapeaux de pays apparemment sans lien direct avec le judaïsme.

Appellation L'expression « Bouclier de David » est employée à partir du dans un siddour (livre de prières traditionnelles), comme emblème du Dieu d'Israël, indépendamment de l'utilisation poétique du symbole. Il évoque la protection divine du roi David, sa maison dynastique. Il apparait à la fin de la bénédiction Samkhaynu récitée après la lecture, le samedi et les jours fériés, de la partie Haftara du livre des Neviim / des Prophètes. Il s'appuie probablement sur le psaume 18 qui est attribué à David et dans lequel Dieu est comparé à un bouclier (v. 31 et v. 36) :« Mon Dieu, mon rocher, où je trouve un abri ! Mon bouclier, la force qui me sauve, ma haute retraite ! »

« Les voies de Dieu sont parfaites, la parole de l’Éternel est éprouvée ; il est un bouclier pour tous ceux qui se confient à lui. »

« Tu me donnes le bouclier de ton salut, ta droite me soutient et je deviens grand par ta bonté. »La Jewish Encyclopedia de 1906 cite un document karaïte (non rabbinique) du , de Judah Hadassi, intitulé Eshkol Ha-Kofer, comme la première source littéraire juive à mentionner un symbole appelé « Magen Dawid » - sans préciser sa forme : « Sept noms d'anges précèdent la mezouza : Michel, Gabriel, etc. ... le Tétragramme vous protège ! Et de même le signe, appelé le " Bouclier de David ", est placé à côté du nom de chaque ange ». L'expression « sceau de Salomon » (Khatam Suleiman) provient de sources médiévales arabes. En Espagne, jusqu'au , l'hexagramme est appelé « sceau du roi Salomon » par les Juifs. De cette époque jusqu'au , les deux appellations- « sceau de Salomon » et « étoile de David » - sont utilisées simultanément. Progressivement, l'expression « étoile de David » devient dominante dans les communautés ashkénazes, tandis que celle de « sceau du roi Salomon » désigne un pentagramme » (5 branches).

Forme droite|sans_cadre La forme est facile à tracer sans connaissance mathématique avancée autre que la capacité de mesurer des équidistances (notion de cercle).

En étant composé de deux triangles équilatéraux superposés, ladite étoile fait apparaître un hexagone central dont chacun des six côtés est le côté de l'un des six triangles équilatéraux qui en constitue les 6 pointes.

Les angles visibles sont de 60° et 120°. En reliant les intersections ou les pointes, on peut également faire apparaître des subdivisions de 20°, de 90°, de 10° ou de 30°.

Le sceau de Salomon présente diverses formes : il peut être entouré d'un cercle, les deux triangles peuvent avoir des lignes qui passent, aux intersections, une fois dessus, une fois dessous. Un triangle peut être tracé entièrement noir, l'autre avoir la couleur blanche entre ses traits. On distingue souvent l'‍étoile de David d'une seule couleur, du sceau de Salomon fait de deux triangles entrelacés de couleurs contrastantes.

Symbolique

Symbolique dans le judaïsme vignette|À la synagogue de Capharnaüm (- s). Gershom Scholem a repéré divers usages et moments du Sceau de Salomon (ou « bouclier de David », magen David). À l'Âge du bronze, il a été probablement utilisé comme ornement ou peut-être comme signe magique.

L'exemplaire le plus ancien se trouve sur un sceau datant du avant l'ère commune, découvert à Sidon dans l'actuel Liban et appartenant à un juif du nom de Josuhua ben Assayahu.

Lors de la deuxième révolte juive (132-135 ap. J.-C.) contre les Romains, Rabbi Aqiba croit voir le messie, sauveur d'Israël, dans le chef des insurgés Bar Kosiba qui changera son nom en Bar Kohba, soit le « Fils de l’étoile ».

À l'époque du second Temple de Jérusalem, l'hexagramme était fréquemment utilisé par des juifs comme par des non-juifs en association avec le pentagramme (l'étoile à cinq branches) ; on le trouve ainsi sur un relief de la synagogue de Capharnaüm ( ou ), aux côtés du pentagramme et du svastika cruciforme, ou sur une pierre de celle de Khirbet Shura également en Galilée (-). vignette|Page du Sefer Raziel HaMalakh, un ouvrage de mysticisme juif médiéval (av. ). Le sceau de Salomon apparaît comme signe magique au début du Moyen Âge. On ne sait pas précisément à quelle époque l'hexagramme fut inscrit sur le sceau ou l'anneau de Salomon, mentionné dans le Talmud de Babylone (traité Gittin, 68) () comme signe de sa domination sur les démons, à la place du Nom de Dieu qui y figurait à l'origine. Il continue à avoir un usage décoratif chez les rois de Navarre, dans des églises. Dès 1492, il est utilisé comme marque d'imprimeur, spécialement à Prague.

L'usage comme symbole alchimique dénotant l'harmonie entre principes contraires, Eau et Feu, devient courant au . Apparaît un autre symbolisme : celui du « bouclier du fils de David », le Messie, cela dans des cercles kabbalistiques. Il fut un insigne secret des sabbatéens, partisans du Messie auto-proclamé Sabbataï Tsevi. Le journal du sioniste Theodor Herzl, Die Welt (1897), porta à sa première sortie l'hexagramme comme emblème. Il figure dans le drapeau national d'Israël (1948)Gershom Scholem, Kabbalah, Keter Publishing House, Jerusalem, 1974, , trad. fr. : La kabbale, Gallimard, coll. "Folio essais", ..

Pour les Pharisiens et les docteurs de la Torah, l’étoile à six branches symbolisait les six jours de la semaine, le septième jour, celui du repos divin (le shabbat), était symbolisé par le centre de l’étoile. C’est en quelque sorte une représentation de la plénitude du chiffre sept, chiffre sacré. Aujourd’hui, cela pourrait aussi bien représenter l’antagonisme entre l’eau et le feu que celui entre le Haut et le Bas, etc.

La signification de symbole du Prophète juif proviendrait de la prophétie de Balaam : « Un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d’Israël » (Nombres 24, 1-25). Ce texte annonce la venue d’une étoile messianique, qui devait sortir de la maison de David, d’où son nom.

La signification du bouclier de David veut que lorsque David était recherché par Saül, il s’est caché dans une grotte où, lorsque les soldats entrèrent, une araignée aurait tissé une toile prenant la forme d’une étoile à six branches cachant David. Cette étoile était également présente sur le bouclier des soldats lors de toutes les batailles remportées par Israël sur ses ennemis. Les six points aux extrémités de l’étoile et les d’intersection des triangles pourraient aussi représenter la disposition par Josué des douze tribus d’Israël, unifiées sous la royauté de David, sur la Terre d’Israël autour de Jérusalem.