Les Cavaliers (en grec ancien : / ), anciennement éditée sous le titre Les Chevaliers, est une comédie grecque d'Aristophane, représentant majeur de la comédie classique, du Composée vers 424 av. J.-C., il s'agit de la quatrième pièce écrite par Aristophane.
Caractéristique de la comédie grecque antique, la pièce est une satire de la vie politique et sociale de l'Athènes classique, notamment pendant la période de la guerre du Péloponnèse. À la différence des autres pièces de l'auteur, elle ne comporte que peu de personnages : le récit des Cavaliers a pour figure centrale un personnage que les commentateurs identifient à Cléon, homme politique athénien et démagogue pro-guerre en conflit ouvert avec Aristophane. À l'occasion de la création d'une autre pièce d'Aristophane, Les Babyloniens (-426), Cléon l'avait poursuivi pour calomnie envers la cité. Aristophane lui avait promis qu'il se vengerait, notamment dans la pièce Les Acharniens (-425). Ce fut chose faite avec Les Cavaliers. La pièce obtient le premier prix du concours des Lénéennes en 424 av. J.-C., l'année de sa première création.
Intrigue La pièce est une satire de la vie politique et sociale du à Athènes : les personnages sont issus de la réalité et Cléon – qui n'est pas explicitement nommé par Aristophane – est clairement identifié comme l'antagoniste principal. La pièce comprend aussi une dimension allégorique en parallèle de la satire politique : un des personnages, Παφλαγόν (trans. Paphlagon), le Paphlagonien, est une forme de monstruosité comique, responsable de tous les malheurs du monde. La caricature de Cléon dans le personnage du Paphlagonien est suggérée, mais incertaine, sans qu'il soit possible pour le lecteur ou le spectateur de démêler les deux individus et leurs actions. Il s'agit bien sûr pour Aristophane de formuler une équivalence entre les deux, sans pour autant afficher sa vengeance trop ouvertement. Le spectateur se faisant une idée de la référence par la connaissance qu'il avait des pièces antérieures et du passif entre Cléon et Aristophane dans la vie réelle de la cité.
Résumé Ce résumé emploie les noms réels Cléon, Nicias et Démosthène
Nicias et Démosthène s'enfuient d'une maison à Athènes, se plaignant d'une rouste qu'ils viennent de recevoir de leur maître, Dêmos, et maudissant leur camarade esclave, Cléon, qui serait la cause de leurs ennuis. Ils font savoir aux spectateurs que Cléon s'est frayé un chemin jusqu'à la confiance de Dêmos, et l'accusent d'avoir exploité cette position privilégiée pour faire du chantage et de la corruption. Ils précisent que même les fabricants de masques sont effrayés par Cléon, et que pas un seul ne pourrait être persuadé de faire une caricature de ce dernier pour cette pièce ; ils assurent cependant que chacun sera suffisamment malin pour le reconnaître, même sans masque (ce qui a pour but d'expliciter le lien entre Cléon et Paphlagon).
Ne sachant pas comment résoudre leurs problèmes, ils dérobent du vin à leur maître, qui les pousse à un vol plus audacieux encore : un set d'oracles que Cléon a toujours laissé à l'abri des regards. À la lecture de ces oracles volés, ils apprennent que Cléon fait partie d'une suite de marchands destinés à diriger la cité, et que son destin est d'être remplacé par un marchand de boudin. Par le hasard des choses, un marchand de boudin passe justement : Démosthène l'informe de sa destinée. L'homme n'est, au départ, pas convaincu, mais Démosthène lui montre les spectateurs et garantit que ses compétences liées au boudin suffiront à les gouverner.
Pendant ce temps, les soupçons de Cléon ont été éveillés, et il se précipite hors de la maison. Il trouve immédiatement un bol de vin vide, et accuse les deux autres de trahison. Démosthène appelle alors les cavaliers d'Athènes en renfort et le Chœur de cavaliers entre en scène. Ils convergent vers Cléon en formation militaire, sous les instructions de leur chef :
Cléon est appréhendé avec brutalité et le coryphée l'accuse de manipuler le système politique et légal à des fins personnelles. Cléon s'adresse au public pour demander de l'aide et le Chœur somme le marchand de boudin de crier plus fort que lui. S'ensuit une joute de cris entre Cléon et le marchand de boudin, agrémentée de fanfaronnades vulgaires et de menaces orgueilleuses émanant des deux camps, chacun voulant démontrer être un orateur avec moins de vergogne et de scrupules que l'autre. Les cavaliers déclarent vainqueur le marchand de boudin ; Cléon se précipite alors à la Boulè afin d'accuser tout le monde de trahison (en réalité un coup monté). Le marchand de boudin se lance à sa poursuite et l'action s'interrompt pour une parabase, durant laquelle le Chœur s'avance pour s'adresser au public au nom de l'auteur.
Le Chœur fait savoir qu'Aristophane a été très méthodique et précautionneux dans son approche de sa carrière de poète comique, et invite les spectateurs à l'applaudir. Les cavaliers livrent ensuite un discours en l'honneur de la génération des anciens, les hommes qui ont conféré sa grandeur à Athènes ; ce passage est suivi d'un éloge des chevaux qui ont fourni une performance héroïque lors du récent assaut amphibie de Corinthe, où l'on les imagine avoir chargé élégamment.
De retour à l'intrigue, le marchand de boudin rapporte aux cavaliers sa bataille avec Cléon pour le contrôle du Conseil - il a vaincu Cléon en offrant aux conseillers des repas aux frais de l’État. Indigné par sa défaite, Cléon se lance sur la scène et défie le marchand de boudin de se présenter contre lui devant Dêmos. Il accepte le défi. Ils appellent alors Dêmos et s'affrontent en flatteries envers lui comme le feraient des rivaux pour l'affection d'un éromène. Il accepte de les entendre et s'installe sur la Pnyx (possiblement représentée ici par un banc). Le marchand de boudin se lance dans de sérieuses accusations dans la première partie du débat : Cléon serait indifférent face aux souffrances de temps de guerre des gens ordinaires, aurait utilisé la guerre comme une opportunité pour la corruption, et prolongerait la guerre volontairement de peur d'être jugé pour ses actions au retour de la paix. Dêmos est convaincu par ces propos et balaie les implorations enjôleuses de Cléon. Par la suite, les accusations du marchand de boudin deviennent de plus en plus absurdes : Cléon est accusé de financer une campagne contre la sodomie afin d'étouffer l'opposition (car tous les meilleurs orateurs seraient concernés), et d'avoir fait baisser le prix du silphium, pour que tous les jurés en ayant acheté s'asphyxient mutuellement avec leurs flatulences.
Cléon perd le débat mais ne perd pas espoir, et il s'ensuit deux autres concours pour la faveur de Dêmos : la lecture d'oracles flattant Dêmos, et une course pour voir qui peut assouvir le plus promptement le moindre besoin de Dêmos. Le marchand de boudin remporte les deux épreuves en surpassant Cléon par son absence de vergogne. Cléon fait alors un dernier effort pour maintenir sa position privilégiée dans le foyer : il possède un oracle qui décrit son successeur, et interroge le marchand de boudin pour savoir s'il correspond à la description dans l'étendue de ses détails vulgaires. Le marchand de boudin correspond parfaitement à la description ; Cléon accepte enfin sa défaite, et se rend à son autorité. Dêmos demande son nom au marchand de boudin, qui se révèle être Agoracrite, ce qui confirme sa basse extraction. Les acteurs quittent la scène, et le Chœur reste pour une autre parabase.
Les cavaliers s'avancent et affirment au public qu'il est honorable de se moquer des gens peu honorables. Ils continuent en se moquant d'Ariphrade, un Athénien connu pour son appétence perverse pour les sécrétions féminines. Ils narrent ensuite une conversation imaginaire entre deux armateurs respectables qui ont refusé de soutenir l'expédition à Carthage car la manœuvre était proposée par Hyperbolos, un homme qu'ils méprisent. Agoracrite revient ensuite en scène, ordonnant un silence respectueux et annonçant qu'il a rajeuni Dêmos. La porte de la maison de Dêmos s'ouvre, pour révéler d’impressionnants changements dans son apparence. Agoracrite présente son maître transformé en compagnie d'un garçon et de la Trève - une jeune femme que Cléon avait enfermée pour prolonger la guerre. Dêmos invite Agoracrite à un banquet en ville et tous sortent à l'exception de Cléon, qui est sommé de vendre du boudin à la porte de la ville en châtiment de ses crimes.
Contexte historique Chronologie Il est nécessaire de signaler certains événements significatifs ayant conduit à la création de cette pièce. -432 : le Décret mégarien, établi par Athènes, institue un embargo commercial sur la cité voisine de Mégare. La guerre du Péloponnèse commence peu après. -430 : la peste d'Athènes décime une partie importante de la population athénienne (plusieurs milliers), y compris des citoyens ayant des responsabilités politiques importantes, comme Périclès (emporté en -429). -427 : Aristophane présente sa première pièce, Les Détaliens (qui ne nous est pas parvenue) aux Grandes Dionysies. Cléon propose à ce moment une loi impliquant un châtiment sévère envers une alliée rebelle d'Athènes, Mytilène, qui comprend, entre autres, l'exécution de tous ses hommes adultes et l'asservissement de tous ses femmes et enfants ; la loi est révoquée le jour suivant, malgré son opposition. Il y a à cette époque un retour de la peste. -426 : Les Babyloniens (pièce également perdue) remporta le premier prix des Grandes Dionysies. Cléon, à la suite de cela, accusa le jeune dramaturge d'injures à l'encontre de la cité en présence d'étrangers. -425 : Les Acharniens est jouée aux Lénéennes. Cléon blâme les généraux athéniens pour leur procrastination et leur incompétence, et remplace Nicias à temps pour assister Démosthène dans sa victoire à la Bataille de Sphactérie. Il augmente plus tard le tribut des États alliés, et passe la paye des jurés de deux à trois oboles par jour. -424 : Aristophane remporte le premier prix aux Lénéennes avec Les Cavaliers.
Cléon, les cavaliers et Aristophane