thumb|Reconstitution d'un cataphractaire sassanide.
Un cataphractaire est une forme de cavalerie lourde utilisée dans les guerres antiques par un grand nombre de peuples d'Eurasie occidentale. Le terme français est dérivé du grec , « enfermé dans une armure » ou « protégé par un abri ».. Le terme de « cataphracte » peut également être rencontré en référence à l'armure portée par les cataphractaires.
Historiquement, les cataphractaires étaient des cavaliers très lourdement protégés dont le cavalier et sa monture étaient recouverts de la tête aux pieds par une cotte de mailles, et étaient armés avec une longue lance appelée contus. Les cataphractaires servirent dans les armées de l'Antiquité comme une troupe de choc destinée à briser les formations d'infanterie adverse. Décrits par de nombreux historiens depuis le début de l'Antiquité classique jusqu'au Haut Moyen Âge, ils ont en partie donné naissance à la féodalité en Europe et sont les ancêtres des chevaliers et des paladins du Moyen ÂgeNell, Grant S. (1995) The Savaran: The Original Knights. University of Oklahoma Press..
De nombreux peuples tels que les Scythes, les Sarmates, les Achéménides, les Séleucides, les Parthes, les Alains, les Sassanides, les Romains, les Arméniens et les Byzantins ont déployé des cataphractaires.
À l'Ouest, l'apparition de la cavalerie lourde romaine semble avoir été une réponse aux campagnes orientales contre les Parthes et les Sassanides en Asie Mineure, ainsi qu'à plusieurs défaites face aux cataphractaires scythes des steppes eurasiennes, et la plus notable est celle des Parthes à la Bataille de Carrhes. Traditionnellement la cavalerie romaine n'était ni lourdement cuirassée, ni vraiment efficace. Le corps des équites, essentiellement composé de cavalerie légère équipée de lances et d'épées, servait principalement à attaquer les traînards et les ennemis en déroute et n'était que peu utilisé en bataille rangée. L'adoption de la cavalerie lourde au sein de l'armée romaine tardive eut lieu vers le . L'empereur Gallien (253–268 AD) et son général Auréolus, qui conspira contre lui, sont les principaux acteurs de l'entrée des cataphractaires au sein de l'armée.
Étymologie L'origine du mot est sans aucun doute grecque : Kataphraktos (ou suivant les différentes translittérations : Cataphraktos, Cataphractos, Katafraktos, etc.) est composée de , « de haut en bas » et « couvert, protégé », qui peut être interprété comme « cuirassé de haut en bas ». Le terme apparaît pour la première fois en latin dans les écrits de Sisennus : , ce qui signifie «… les cuirassés, qu'ils appellent cataphractaires… »Nikonorov, Valerii P. (1998) Cataphracti, Catafractarii and Clibanarii: Another Look at the old problem of their Identifications. In Voennaia arkheologiia: Oruzhie i voennoe delo v istoricheskoi i sotsial.noi perspektive (Military Archaeology: Weaponry and Warfare in the Historical and Social Perspective). Saint-Pétersbourg, ..
Il semble qu'il y ait eu une certaine confusion dans les termes lors de l'Antiquité tardive car tous les cavaliers cuirassés qui étaient traditionnellement désignés par durant la République romaine, furent par la suite exclusivement désignés comme « cataphractaires ». Les écrits de Végèce du décrivent les armures de toutes sortes comme « cataphractes », ce qui à l'époque pouvait désigner soit la soit la . Ammien Marcellin, un soldat romain et historien du mentionne les Ammien Marcellin, Res gestae, XVI,10 (8). signifiant la « cavalerie cataphracte qu'ils appellent », tout en insinuant que clibanarii est un terme étranger non utilisé en latin classique.
est un terme latin pour « cavaliers recouverts d'armure », lui-même dérivé de de même sens. . Cependant il apparaît plus souvent dans les sources latines que dans les sources grecques tout au long de l'Antiquité. Les origines du terme grec original sont doubles : il peut s'agir d'une référence humoristique aux cataphractaires lourdement cuirassés (comme des hommes prisonniers dans des armures qui chaufferaient très vite à la manière d'un four) ou il dériverait du vieux-perse, griwbanar (or grivpanvar), lui-même issu des racines iraniennes, griva-pana-bara, pouvant se traduire par « porteur d'encolure »Nicolle, David (1992) Romano-Byzantine Armies, 4th–9th Centuries. Osprey Publishing..
Les historiens romains Arrien, Élien et Asclépiodote utilisaient le terme cataphractaires dans leurs traités militaires pour désigner tous les types de cavalerie avec une monture ou un cavalier entièrement ou partiellement cuirassé. D'un autre côté, l'historien byzantin Léon le Diacre les appelle « πανσιδήρους ιππότας » que l'on peut traduire par « chevaliers complètement recouverts de mailles »Leo Diaconis, Historiae 4.3, 5.2, 8.9..
Par conséquent, il existe une certaine ambiguïté pour définir précisément ce qu'était un cataphractaire dans l'Antiquité tardive, de même que pour savoir s'ils étaient distincts des clibanarii. Certains historiens supposent que les cataphractaires et les clibanarii étaient un même type de cavalerie qui était désigné différemment suivant les régions et les langues. La cavalerie de type cataphractaire en service dans l'Empire romain d'Occident portait toujours la variante latinisée du terme grec original Cataphractarii. Cette cavalerie stationnée dans l'Empire romain d'Orient ne portait pas de terme exclusif pour la désigner et les variantes grecques étaient utilisées dans les sources historiques du fait de la forte influence grecque dans l'Empire byzantin (particulièrement après le lorsque le latin cessa d'être la langue officielle). Des sources plus récentes sous-entendent cependant que les clibanarii étaient en fait un type encore plus lourd de cavalerie ou formaient des unités spéciales (telles que les Equites Sagittarii Clibanarii, un équivalent romain des archers montés mentionnés pour la première fois dans la Notitia Dignitatum). Par conséquent, chaque position peut être défendue mais étant donné que cette cavalerie a été utilisée durant plus d'un millénaire par de nombreuses cultures, il n'est pas étonnant que plusieurs origines soient possibles.
Origines scythes
L'utilisation de la cavalerie sur les champs de bataille trouve son origine dans les steppes d'Asie centrale, dont les habitants furent les premiers à domestiquer le cheval et initièrent le développement du charMielczarek, Mariusz (1993) Cataphracti and Clibanarii. Studies on the Heavy Armored Cavalry of the Ancient World, .. La plupart de ces tribus nomades vers étaient largement des populations indo-européennes de l'âge du bronze qui quittèrent les steppes d'Asie pour le plateau iranien autour de 900. Deux de ces tribus sont connues grâce à des preuves archéologiques, les Mitanni et les Kassites. Même si les preuves sont parcellaires, on suppose qu'ils élevaient et croisaient des chevaux pour différents usagesRobert Drews, The Coming of the Greeks: Indo-European Conquests in the Aegean and the Near East., Princeton University Press, Chariot Warfare. .. L'un des prérequis indispensables au développement de la cavalerie cataphractaire dans le Proche-Orient ancien, en plus de la métallurgie et des zones de pâturages, était l'évolution des croisements sélectifs et de l'élevage. La cavalerie cataphractaire nécessitait des chevaux extrêmement endurants et puissants et sans une sélection minutieuse sur des critères musculaires, ils n'auraient jamais été capables de supporter le poids de l'armure et du cavalier tout au long de la bataillePerevalov, S. M. (traduit par M. E. Sharpe) (printemps 2002). « The Sarmatian Lance and the Sarmatian Horse-Riding Posture ». Anthropology & Archeology of Eurasia 41 (4): 7–21..
Les premiers royaumes indo-iraniens étaient les ancêtres des Scythes et des Mèdes qui fondèrent le tout premier empire iranien en 625. C'est l'empire mède, qui laissa la première preuve écrite irréfutable de croisements équins autour du , qui permit l'apparition d'une race de cheval connue sous le nom de nisséen, issue des monts Zagros pour être utilisée pour la cavalerie lourdeFarrokh, Kaveh (2005) Sassanian Elite Cavalry, AD224-642. Osprey Publishing.. Le nisséen fut bientôt renommé dans toute l'Eurasie, et en particulier en Perse antique, comme la monture de la noblesse qui, après la période de la Grèce archaïque, semble avoir influencé de nombreuses races équines modernes. Avec le rôle de plus en plus agressif joué par la cavalerie, la protection du cavalier et du cheval devint primordiale. Cela fut particulièrement vrai pour les peuples qui considéraient la cavalerie comme la base de leur puissance militaire. En effet, la colonne vertébrale des armées perses telles que les Mèdes ou leurs successeurs était le cheval.
Ces premières traditions équestres, fortement liées à la caste dirigeante et à la noblesse, se répandirent dans les steppes eurasiennes et dans le plateau iranien à partir de -600. Le nouvel Empire perse qui succéda aux Mèdes après exploita les anciennes tactiques militaires et les traditions de croisements, et les combinèrent à l'expérience des conflits contre les cités-États grecques, les Babyloniens, les Assyriens, les Scythes et les tribus d'Arabie du Nord pour créer une armée reposant presque exclusivement sur la cavalerie.
Diffusion en Asie centrale et en Mésopotamie L'évolution de la cavalerie lourde ne se fit pas de manière isolée en un unique point durant une période définie (telle que le plateau iranien) mais se fit simultanément dans différentes régions de l'Asie centrale et du sous-continent iranien. Les régions d'Assyrie et du Khwarezm jouèrent un rôle important dans le développement de la cavalerie lourde durant le Les bas-reliefs découverts dans les ruines de Nimrud (l'ancienne ville assyrienne fondée par le roi au ) représentent pour la première fois des cavaliers portant des armures de plaques probablement déployés pour fournir aux Assyriens un avantage tactique sur les archers montés non protégés des tribus nomades comme les Araméens, les tribus d'Arabie, les Babyloniens. Initialement armés avec une lance, ces premiers cavaliers furent par la suite équipés d'arcs sous le règne de Sennacherib (705-), ce qui présageait le développement de cataphractaires pouvant à la fois combattre à distance et au corps à corps par l'Empire Parthe au .
Les fouilles archéologiques indiquent également que, durant le , des expérimentations similaires eurent lieu parmi les peuples iraniens habitant la région du Khwarezm et le bassin de la mer d'Aral, tels que les Massagètes ou les Scythes qui furent probablement les précurseurs de ces techniques. Si les armes offensives de ces premiers cataphractaires étaient identiques à ceux des Assyriens, ils différaient dans la monture et dans la protection. La question de savoir si ce développement avait été influencé par les Assyriens., par l'Empire achéménide ou l'inverse à la suite des diverses invasions des peuples cavaliers scythes reste discutée du fait du manque de preuves archéologiques..
Les évolutions ultérieures de ces premières formes de cavalerie lourde en Eurasie occidentale ne sont pas entièrement claires. Des cavaliers lourdement protégés apparaissent sur des fresques du au nord de la mer Noire à une époque où la puissance des Scythes de la mer Noire, qui reposait sur la cavalerie légère, était supplantée par celle des Sarmates., qui sont des Scythes provenant de l'autre côté de la mer Caspienne. Au , les unités de cavalerie légère servaient dans la plupart des armées orientales, mais peu d'États tentèrent d'imiter les expériences assyriennes avec la cavalerie lourde..
Les Grecs et les Romains face aux Cataphractaires thumb|left|200px|Un bas-relief représentant un cataphractaire parthe combattant un lion, se trouvant au British Museum. Les Grecs furent les premiers à rencontrer les cataphractaires lors des guerres médiques au contre l'Empire achéménide.