vignette|Marie-Antoinette au tribunal le , dessin de Pierre Bouillon, 1793.

Le procès de Marie-Antoinette est la comparution de Marie-Antoinette d'Autriche, ancienne reine de France et de Navarre, ancienne reine des Français et femme de Louis XVI, devant le Tribunal révolutionnaireLe procès de s'est déroulé devant les députés de la convention nationale., sous le nom de veuve de Louis Capet, du 14 au , la proclamation de l'abolition de la royauté étant effective depuis le et de l'avènement de facto de la Première République française. Défendue par les avocats Claude François Chauveau-Lagarde et Guillaume Alexandre Tronsson, elle a à répondre aux accusations de trahison et de conspiration contre l'État.

Dès l'exécution de Louis XVI le , la gauche de la convention nationale réclame la peine de mort pour l'accusée. Reconnue coupable, la reine déchue est finalement condamnée à la peine capitale le et exécutée le jour même.

Prémices

Le , Jacques Nicolas Billaud-Varenne demande aux députés de la Convention de traduire Marie-Antoinette devant le Tribunal révolutionnaire. Le , la Convention nationale vote le décret ordonnant que le « tribunal révolutionnaire s'occupera sans délai et sans interruption du jugement de la veuve Capet ».

Instruction de l'affaire vignette|Portrait d'Herman d'après L'interrogatoire de Marie-Antoinette de Pierre Bouillon Le dossier étant vide, on réunit à la hâte plusieurs comparses subalternes que l'on affuble de la qualité de témoins.

Le , une commission constituée du maire de Paris Jean-Nicolas Pache, du procureur de la commune Pierre-Gaspard Chaumette, de deux membres du conseil général et d'un administrateur de police, se rend à la prison du Temple afin de procéder à l'interrogatoire de , et lui faire réitérer les graves accusations d'inceste proférées contre sa mère. Le lendemain, cette commission procède à l'interrogatoire de sa sœur Marie-Thérèse et de sa tante Élisabeth, lesquelles contestèrent les allégations de l'enfant.

Le , à , Marie-Antoinette subit, à son tour, un interrogatoire secret destiné à préparer l'audience devant débuter le surlendemain. Entourée de deux gendarmes et d'un huissier, elle traverse la cour des hommes puis, par l'escalier Bonbec, pénètre dans la salle d'audience du Tribunal révolutionnaire. Cette « salle de la Liberté » (Grand'chambre) est la salle dans laquelle les rois tenaient jadis leurs lits de justice (actuelle première chambre du Tribunal de grande instance de Paris).

La reine déchue est invitée à s'asseoir sur une banquette, devant le bureau du jeune président du tribunal, Martial Herman - un protégé de Maximilien de Robespierre de -, qui fait office de juge d'instruction, et en présence de l'accusateur public Fouquier-Tinville. Les questions posées à Marie-Antoinette n'appellent pas de réponses : elles constituent déjà des accusations.

Le président Herman demande à l'ancienne reine ses nom, âge, profession, pays, et demeure. Celle-ci répond : . Les questions s'enchaînent; Marie-Antoinette qui reste ferme écarte les accusations avec esprit et lucidité.

Le président Herman articule son instruction autour de quelques thèmes majeurs, présentés avec outrance et développés au cours du procès: les relations coupables de la reine déchue avec l'Autriche, ses dépenses excessives, son influence néfaste sur Louis XVI, mais aussi son rôle dans plusieurs épisodes controversés de la Révolution : le banquet du , la fuite en berline suivie de l'arrestation à Varennes, le massacre des Tuileries (), plus le récent « complot de l'œillet »Une mystérieuse affaire sous la Terreur : Vaugirard, base arrière de la "conspiration de l'œillet". Résumé d'un article de François de Béru in Bull. Soc. hist. & arch. du XVème arrondt de Paris – .. Les protagonistes ne parlent pas le même langage.

Accusation :

Marie-Antoinette :

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L'interrogatoire terminé, le président Herman demande à l'accusée si elle souhaite l'assistance d'un avocat. Épuisée, Marie-Antoinette répond qu'elle n'en connaît aucun. Le tribunal lui commet d'office deux avocats : Claude François Chauveau-Lagarde et Guillaume Alexandre Tronsson.

Les avocats de Marie-Antoinette ne sont prévenus que le . Or les débats doivent commencer le lendemain matin, dès . En hâte, Claude François Chauveau-Lagarde revient de sa maison de campagne et se précipite à la Conciergerie, où la reine déchue lui donne la connaissance de l'acte d'accusation. Au greffe, les pièces du dossier sont entassées dans un désordre indescriptible. Il faudrait au moins deux semaines pour trier et y voir clair. Claude François Chauveau-Lagarde réussit à convaincre Marie-Antoinette de solliciter un délai de trois jours. La Convention nationale refuse la demande, sans même l'étudier.

Procès vignette|Acte de condamnation à mort de Marie-Antoinette par le Tribunal révolutionnaire, Archives nationales. vignette|Marie-Antoinette sort du Tribunal révolutionnaire. Gravure d'Alphonse François d'après Paul Delaroche, 1857. Marie-Antoinette est déférée devant la juridiction parisienne le sous le nom de veuve de Louis Capet.. Dès ce matin-là, un public nombreux assiste à l'audience du tribunal révolutionnaire, chargé de juger Marie-Antoinette. Celle-ci est conduite vers un fauteuil, placé bien en vue, sur une petite estrade. En face sont assis Martial Herman, entouré de ses assesseurs, Pierre-André Coffinhal-Dubail, Joseph Donzé de Verteuil, Gabriel Deliège et Antoine Marie Maire-Savary. Dans un coin sombre est assis Fouquier-Tinville. Les douze jurés, et les trois jurés de jugement font leur entrée.

Joseph Pâris dit Fabricius, le greffier, lit les huit feuillets de lacte d'accusation. Commence alors l'interminable défilé des témoins. Durant quatre séances étalées sur deux jours, ils seront quarante à être appelés à la barre. Aucun de ces témoins n'apportera d'éléments décisifs. Marie Antoinette garde dignité et hauteur de vue, ce qui lui vaut une certaine admiration et un respect de plus en plus général. Les témoignages de l'accusation sont, le plus souvent, mal fondés sur des racontars ou des affabulations. De fait, les preuves tangibles de sa trahison, telles les lettres adressées à la cour d'Autriche donnant les plans de campagne de l'armée française, sont alors inconnues.

Il y a plusieurs instants d'émotion. Le plus célèbre se situe après la déposition de Jacques-René Hébert qui ne fait que relayer les pamphlets pornographiques visant l'ancienne reine de France dès 1770 (Les amours de Charlot et Toinette, Le Godmiché royal en 1789, L'Autrichienne en goguettes, Fureurs utérines en 1791)Le fonctionnement de la pornographie politique dans les pamphlets de la révolution française.. Ce dernier a osé soutenir devant le tribunal que « ces deux femmes (Marie-Antoinette et Élisabeth de France) faisaient coucher Louis-Charles (Louis XVII) entre elles deux ; que là, il se commettait des traits de la débauche la plus effrénée. Qu'il n'y avait pas même à douter, parce qu'a dit le fils Capet, qu'il n'y ait eu un acte incestueux entre la mère et le fils ». Le président Herman, visiblement embarrassé, fait dévier les débats sur le « complot de l'œillet ». Mais après quelques questions, un juré revient sur les propos d'Hébert. Herman demande alors à Marie-Antoinette de s'expliquer. L'exclamation indignée de la reine déchue (« J'en appelle à toutes les mères ! ») suscite dans l'assemblée un mouvement d'admiration qui fit suspendre les débats. C'est ce moment du procès qui en constitue le passage le plus mémorable. Avant de clore les débats, le président Herman s'adresse à Marie-Antoinette : « Ne vous reste-t-il plus rien à ajouter pour votre défense ? » L'accusée lui répondit qu' « hier, je ne connaissais pas les témoins. J'ignorais ce qu'ils allaient déposer. Eh bien, personne n'a articulé contre moi aucun fait positif. Je finis en observant que je n'étais que la femme de Louis XVI, et qu'il fallait bien que je me conformasse à ses volontés ».

Aux premières heures de ce matin du , Fouquier-Tinville lance des imprécations vengeresses. Après lui, les avocats de la reine déchue se lancent dans de brillantes improvisations. Leurs plaidoiries n'ont pas été conservées. Claude François Chauveau-Lagarde parle pendant deux heures sur « la prétendue conspiration avec les puissances étrangères ». Tronson-Ducoudray réfute les allégations portées « sur les ennemis de l'intérieur ». Fouquier-Tinville, à bout de patience, fait arrêter les défenseurs de l'ancienne reine en plein tribunal puis la cour fait sortir l'accusée. Le président lui porte alors l'estocade, par un discours qui est en fait un second réquisitoire. Dès lors, la délibération des jurés est de pure forme. Ils répondent OUI aux quatre questions, à savoir si l'ancienne reine est coupable d'intelligence avec l'ennemi et de participation à un complot contre la République. Fouquier-Tinville requiert la peine de mort. Herman demande à Marie-Antoinette si elle . La reine déchue secoue la tête négativement. Herman s'adresse aux avocats, ramenés entre deux gendarmes. Chauveau-Lagarde reste muet. Tronson-Ducoudray ajoute que son ministère à l'égard de la veuve Capet est terminé.

Le président condamne alors .

À du matin, ce , Marie-Antoinette quitte la salle du tribunal révolutionnaire.

L'exécution du jugement a lieu quelque plus tard.

Notes et références Notes

Références

Bibliographie

Paul Belaiche-Daninos, les 76 jours de Marie-Antoinette à la Conciergerie: Tome 2: Un procès en infamie, Actes Sud, 2006 Raphaël Dargent, Marie-Antoinette: Le procès de la Reine, Grancher, 2012, Gérard Walter, Le procès de Marie-Antoinette, Editions Complexe, 1993 André Castelot, Le procès de Marie-Antoinette, Presses Pocket, 1964 Madame de Staël, Réflexions sur le procès de la reine, (édité au Mercure de France en 1996)

Filmographie 1958: La caméra explore le temps: La mort de Marie-Antoinette de Stellio Lorenzi. 1989 : L'Autrichienne de Pierre Granier-Deferre avec Ute Lemper.

Articles connexes Exécution de Marie-Antoinette d'Autriche Procès de Louis XVI

Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine Catégorie:1793 en France Catégorie:Marie-Antoinette d'Autriche