Milton Obote, né le à Akoroko et mort le à Johannesburg, est un homme politique ougandais. Président de la république d'Ouganda à deux reprises, il est considéré comme le de son pays.
Il fonde le Congrès du peuple ougandais (UPC) en 1960. Après l'indépendance de l'Ouganda en 1962, il devient Premier ministre. En 1966, il remporte une lutte de pouvoir contre le roi Muteesa II et devient président, mettant en place un régime dictatorial avec l'UPC comme parti unique. Il est renversé par Idi Amin Dada dans un coup d'État en 1971 et s'installe en exil en Tanzanie.
À la suite du renversement d'Idi Amin lors de la guerre ougando-tanzanienne, il revient au pouvoir, en 1980, à l’issue d'une . L'opposition rejette le résultat et monte une guerre de brousse contre le gouvernement. Pendant la guerre, en 1985, Obote est renversé une seconde fois par un deuxième coup d'État. Obote vit le reste de sa vie en exil.
Biographie
Enfance et éducation Milton Obote naît à Akokoro, dans la région d' dans le nord de l'Ouganda. Il est le troisième de neuf enfants d'un chef de tribu du clan Oyima des Lango. En 1940, il intègre l'école missionnaire protestante de Lira, puis le lycée de Gulu, le et l'université Makerere. Il veut étudier le droit, qui n'est pas une matière proposée à l'université, et s'oriente finalement vers une filière artistique qui inclut des cours d'anglais et de géographie. À l'université Makerere, il fait ses débuts militants. La raison de la fin de ses études n'est pas connue : selon les sources, il est renvoyé de l'établissement pour avoir participé à une grève étudiante, ou arrête ses études quand il ne reçoit pas la bourse dont il a besoin pour étudier le droit à l'étranger. Il travaille dans le Buganda puis déménage au Kenya, où il est employé du bâtiment pour une entreprise d'ingénierie.
Débuts en politique Alors qu'il est au Kenya, Obote s'implique dans le mouvement d'indépendance du Kenya. En 1956, il retourne en Ouganda et intègre le parti du . En 1957, il est élu au conseil législatif local"The Roots, Emergence, and Growth of the Uganda Peoples Congress, 1600–1985", Yoga Adhola, UPC Website.. En 1959, le Congrès national de l'Ouganda se sépare en deux factions ; celle dirigée par Obote fusionne avec l'Union du peuple ougandais pour former le Congrès du peuple ougandais.
Obote représente le Congrès du peuple ougandais à la organisée à Lancaster House en 1961, aux côtés de . Cette conférence est organisée par le gouvernement britannique pour préparer l'indépendance ougandaise.
Premier ministre de l'Ouganda vignette|De gauche à droite : , Obote et John Kakonge en 1962. À l'approche des élections suivant l'indépendance de l'Ouganda, Obote forme une coalition avec , le parti royaliste bougandais. Les deux partis obtiennent ensemble une majorité parlementaire et Obote devient Premier ministre du pays le , nommé par le gouverneur général . L'année suivante, le poste de gouverneur général est remplacé par un poste de président élu par le parlement. Muteesa II, le roi du Bouganda, accède au poste honorifique de président, tandis qu'Obote reste Premier ministre.
En , Milton Obote épouse Miria Kalule, avec qui il a quatre enfants.
En , une mutinerie a lieu à la caserne de Jinja, deuxième plus grande ville de l'Ouganda qui abrite le premier bataillon de l'. Plusieurs autres mutineries ont lieu dans d'autres pays d'Afrique de l'Est et toutes nécessitent une intervention de l'armée britannique. Avant l'arrivée des troupes, Obote envoie son ministre de la défense négocier avec les mutins. Onama est pris en otage et accepte plusieurs revendications, qui incluent une augmentation considérable des salaires et une promotion rapide de nombreux officiers, dont Idi Amin Dada.
En 1965, Obote interdit aux Kenyans d'accéder à des postes importants dans le gouvernement. En 1969, il ordonne l'expulsion des Kenyans vivant en Ouganda.
Pendant qu'il est Premier ministre, Obote est impliqué dans le , une affaire de contrebande d'or, en partenariat avec Idi Amin, à l'époque vice-commandant des forces armées ougandaises. Quand le Parlement demande la démission d'Amin et une enquête sur Obote, il suspend la constitution et se déclare président du pays en ; dans le cadre d'un état d'urgence, il s'arroge presque tous les pouvoirs. Plusieurs membres de son gouvernement, dirigeants de factions rivales au sein du parti, sont arrêtés et emprisonnés sans motif. Obote déclenche la en ordonnant une invasion armée du palais de Muteesa, et celui-ci part en exil. En 1967, le Parlement adopte une nouvelle loi qui abolit la structure fédérale établie par la Constitution signée à l'indépendance et donne tous les pouvoirs au président du pays.
Première présidence de l'Ouganda Le , une tentative de meurtre d'Obote est déjouée. Mohamed Sebaduka tire sur le président alors qu'il quitte la conférence annuelle des délégués du Congrès du peuple ougandais au stade Lugogo de Kampala ; la balle casse deux dents d'Obote et ressort par sa joue. Le pistolet de Sebaduka s'enraye et un deuxième assassin, Yowana Wamala, lance une grenade vers le président, mais elle n'explose pas. Sebaduka reçoit une balle tirée par les gardes du corps d'Obote, mais les deux attaquants parviennent à fuir. La police les arrête plus tard et plusieurs membres du Parti démocrate accusent l'ancien Premier ministre Benedicto Kiwanuka d'avoir organisé le complot.
Après cette tentative d'assassinat, Obote fait bannir tous les partis d'opposition. L'état d'urgence continue et de nombreux adversaires politiques d'Obote sont condamnés à la prison à vie sans procès. La police secrète d'Obote, la , menée par son cousin, est responsable de nombreux assassinats et de tortures.
En 1969 et 1970, Milton Obote publie une série de pamphlets pour expliquer sa politique sociale et économique. Il résume son approche socialiste dans le document , justifiant sa politique surnommée le . En 1970, le gouvernement prend au moins 60 % des parts de la plupart des grandes entreprises et des banques du pays. La corruption explose, comme le prix de la nourriture en raison de problèmes réguliers d'approvisionnement. La persécution des commerçants contribue à cette hausse des prix.
L'armée ougandaise est financée et entraînée par le gouvernement israélien afin de soutenir le peuple Anyanya au Soudan du Sud, engagé dans une guérilla contre le pouvoir soudanais. Le gouvernement d'Obote refuse de soutenir les rebelles et extrade un mercenaire allemand vers le Soudan, ce qui crée des tensions avec Israël.
Prise de pouvoir d'Idi Amin Dada
Le coup d'État se déroule en , pendant qu'Obote visite Singapour pour la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth. Dans les deux années qui précèdent, les relations entre Obote et le bloc de l'Ouest sont tendues. Il est possible que des pays occidentaux aient au moins été au courant et peut-être activement soutenu le coup d'ÉtatGeorge Ivan Smith, Ghosts of Kampala: The Rise and Fall of Idi Amin (1980).. Il est certain que le gouvernement israélien a activement aidé les forces d'Idi Amin Dada, les troupes israéliennes se déplaçant à Kampala pour occuper les rues de la capitale. La chute du régime d'Obote est célébrée par de nombreux Ougandais.
Une fois mis au courant du coup d'État, Obote se rend immédiatement à Nairobi pour rassembler ses fidèles de l'armée pour s'opposer à Amin. Les autorités kenyannes empêchent ses tentatives de communication, et les soldats pro-Obote ne parviennent pas à organiser une contre-attaque. Les forces d'Admin éliminent rapidement les loyalistes avec une série de purges. Obote part alors en exil en Tanzanie, où il reçoit beaucoup plus de soutien de la part du président Julius Nyerere, socialiste et proche d'Obote. Les gouvernements tanzanien et somalien veulent d'abord aider Obote à reprendre le pouvoir en envahissant l'Ouganda depuis la région de Kagera. Le projet est abandonné quand Zhou Enlai, Premier ministre chinois, informe les deux gouvernements qu'il s'oppose à une intervention militaire, tandis qu'il est probable qu'Idi Amin reçoive le soutien des pays capitalistes. Nyerere offre des casernes à Obote pour qu'il organise une armée de guérilla pendant son exil en Tanzanie. Des milliers de soutiens d'Obote fuient au Soudan, où ils reçoivent aussi un abri et des camps d'entraînement. Obote s'installe au Soudan fin pour préparer son armée rebelle à une invasion.
Les efforts d'Obote sont rendus difficiles par le manque de soutien du peuple ougandais, qui prend parti pour Amin plutôt que pour lui. Même au sein du Congrès du peuple ougandais, des factions refusent de le soutenir. Dans les camps d'entraînement d'Obote, les tensions ethniques et personnelles entravent la formation des soldats. Début 1972, le Soudan signe un accord avec Amin et expulse Obote et ses fidèles, ce qui les met en grande difficulté. Obote ne parvient à regrouper qu'environ un millier de rebelles, pour la plupart mal entraînés. Alors que les tensions s'aggravent entre la Tanzanie et l'Ouganda, Nyerere autorise enfin l'invasion de l'Ouganda, à laquelle prend part le groupe de Yoweri Museveni, pourtant critique d'Obote. L'opération est un échec complet et presque tous les rebelles sont capturés ou tués. Cet échec envenime la situation entre Museveni et Obote ; il cause aussi un mouvement international de condamnation de l'invasion, forçant le gouvernement tanzanien à fermer les camps de rebelles et à leur ôter leur soutien. Obote et ses proches partent vivre à Dar es Salam, où ils trouvent des emplois classiques, tandis que ses soldats non gradés sont envoyés à Tabora dans les champs de café.
Au début de 1973, Museveni annonce la formation du tandis qu'Obote reconstruit son armée de guérilla. Obote disparaît de la vie publique pendant plusieurs années, vivant dans une villa près de la résidence de Nyerere. Obote réorganise ses forces restantes; il mobilise une « marine » de six bateaux sur le lac Victoria, qui mène des opérations de contrebande pour financer les rebelles et met en place un réseau souterrain en Ouganda. David Oyite-Ojok se voit confier le commandement de cette marine. Malgré tout, son mouvement rebelle reste minoritaire et le soutien populaire revient toujours autant à Idi Amin, notamment parce qu'il n'arrive pas à assassiner ses fidèles et parce qu'Obote lui-même reste très impopulaire en Ouganda, même aux yeux des opposants à Amin.
Toutes les factions rebelles participent à la guerre ougando-tanzanienne de 1978–79 qui aboutit au renversement d'Amin. Les forces d'Amin sont en déroute après la bataille de Kampala. Des fonctionnaires ougandais partout dans le pays fuient pour le Kenya, ce qui précipite l'effondrement de l'administration du pays.. Après la chute de Kampala, les combats ne provoquent plus de dommages importants en Ouganda. Les combats continuent jusqu'au , date à laquelle les Tanzaniens arrivent à la frontière soudanaise et éliminent ce qui reste de la résistance.
Deuxième présidence Yusufu Lule, présent lors de la bataille de Kampala, est pris de court par la chute de la ville et prépare une liste rapide de ministres qui représentent la diversité ethnique du pays. Le , Lule arrive par avion à la ville et prend le titre de président de l'Ouganda.
Obote revient au pouvoir lors des . Ces élections sont largement truquéesDieter Nohlen, Michael Krennerich & Bernhard Thibaut (1999) Elections in Africa: A data handbook, p933 , et provoquent une levée d'armes par plusieurs groupes d'opposition dont l' de Yoweri Museveni qui déclenche la guerre de brousseHenry Wasswa (10 October 2005), "Uganda's first prime minister, and two-time president, dead at 80", Associated PressBercovitch, Jacob and Jackson, Richard (1997), International Conflict: A Chronological Encyclopedia of Conflicts and Their Management 1945–1995. Congressional Quarterly. .. Le 15 décembre, Obote est investi président et prend également le poste de ministre des finances.