L'art des Andes centrales est la production artistique qui a lieu au Pérou et en Bolivie avant l'arrivée des européens.

Chronologie On peut diviser la période précolombienne dans les Andes centrales (Bolivie et Pérou) de nombreuses manières. Celle-ci est l'une des plus fréquentes, elle comporte une succession dÉpoques et dHorizons. Logiquement, les périodes d'intégration, ou Horizons, correspondent à la diffusion des mêmes formes et parfois des mêmes techniques sur un vaste territoire, alors que les périodes d'émiettement, les Époques, correspondent à l'épanouissement des identités localesClaude Chauchat, Sur la route des Andes, Connaissance des Arts novembre 2006 p7.. Époque lithique : – 3000 av. J.-C. Précéramique, ou formatif ancien : 3000 – 1800 av. J.-C. Époque initiale : 1800 – 1000 av. J.-C. Horizon précoce : 1000 – 200 av. J.-C. (culture Chavin) Époque intermédiaire précoce : 200 av. J.-C. – 500 ap. J.-C. (cultures Paracas, Nazca, Mochica, Recuay, Pucara...) Horizon moyen : 500 – 900 (Huari et Tiahuanaco) Époque intermédiaire tardive : 900 – 1400 à (cultures Chimu, Chancay, Ica) Horizon tardif : v.1438 – 1534 (domination de l'empire Inca)

Conditions géographiques et climatiques Les Andes centrales, qui regroupent la Bolivie et le Pérou, représentent le lieu où la cordillère est la plus importante. Le paysage s'organise en trois parties : une frange côtière plus ou moins étroite, la cordillère (altitude moyenne : 2000-3000 m, mais il existe des sommets beaucoup plus hauts) et la sierra. Le climat comporte deux saisons, l'été austral (notre hiver), avec des pluies abondantes sauf sur la côte, et l'hiver austral, qui correspond à une saison sèche.

En bordure de la cordillère, la bande de côte plus ou moins large correspond à un désert aride, entrecoupé de vallées créées par une cinquantaine de fleuves issus de la cordillère par la fonte des glaciers. Si les régions proches du lit du fleuve abritent de la végétation, au-delà, ne s'étend qu'une vaste étendue désertique et assez froide. La quasi-absence de pluie a entraîné plusieurs adaptations des populations, notamment le développement de techniques de captation de l'eau pour l'irrigation, et une importante pêche.

La montagne est aussi habitée et exploitée, sillonnée de nombreux fleuves qui coulent pour la plupart vers le versant amazonien, et quelques-uns vers le Pacifique. La ville de Lima, à environ d'altitude, est un établissement moderne près d'un site archéologique ancien en altitude. L'altitude comporte un certain intérêt pour l'agriculture, l'ensoleillement étant plus fort que dans les vallées encaissées. La culture et les habitations se sont donc développées en hauteur afin de trouver des pâturages plus accessibles. La vallée andine peut parfois culminer à plus de de hauteur, où seule pousse une faible végétation de joncs, qui sert de pâturage aux lamas et aux vigognes. Quelques cultures de tubercules, comme les pommes de terre, peuvent cependant être entreprises jusqu'à . L'arrivée des Espagnols modifia complètement l'occupation de l'espace, le vice-roi de Tolède obligeant les populations à descendre au fond de la vallée, dans des villes construites sur le modèle d'urbanisme espagnol, afin de mieux contrôler le territoire.

La sierra, ou sierra da selva, est constituée d'une forêt qui escalade un versant abrupt. Occupée par les populations andines depuis les incas, elle a donné lieu à l'édification de terrasses agricoles, comme celles visibles à Machu Picchu.

La Néolithisation : période précéramique La période précéramique est marquée par une sédentarisation, l'apparition de l'agriculture et la domestication de certains animaux. Sur le site de Kotosh, un temple aux mains croisées, ainsi appelé en raison de reliefs sculptés en forme de paires de bras croisés, semble avoir été commencé vers 2450 av. J.-C. Plusieurs phases de réutilisation du site ont été mises en évidence, les reliefs anciens étant à chaque fois préservés sous du sable servant de fondation aux constructions plus récentes. Le relief, quoique sommaire, montre tout de même un souci d’exactitude et de respect des formes.

L'époque initiale (1800 – 1000 av. J.-C.) C'est à cette période qu'apparait la céramique et le métier à tisser. Le nombre de grands centres cérémoniels augmente fortement.

Céramique Son apparition semble surtout liée à un but utilitaire, pour la cuisson des nouveaux produits agricoles notamment. Cependant, on connaît aussi quelques figurines féminines, comme la Vénus de Curayacu, du musée national du Pérou, datée du millénaire avant notre ère. Ce personnage féminin se présente dans une attitude frontale et hiératique, les bras plaqués sur le corps, le décor se résumant à des incisions.

Architecture et urbanisme Dans l'architecture se trouvent les traces d'une sédentarité plus marquée, comme le prouvent des villages importants, avec une architecture religieuse plus complexe que précédemment. Deux types de structures architecturales sont utilisés : les structures en U, constituées d'une pyramide et d'une plaza les structures avec des plates formes rectangulaires et une plaza en contrebas.

Le site de Cerro Sechin est l'un des plus importants centres monumentaux du Pérou, daté du millénaire av. J.-C. Il utilise ce second plan.

Sculpture en pierre right|150px|thumb|pendentifs, anthracite et nacre, Lombards Museum C'est à Serro Sechin principalement qu'ont été mises au jour les principales manifestations de la sculpture de cette période : des dalles gravées de personnages au canon particuliers. De profil, ils présentent un torse et un œil vus de face, des pieds vus de haut, et deux mains gauches. Différents types de personnages peuvent être distingués : des guerriers armés en procession, des prisonniers sacrifiés de la tête desquels sortent des flots de sang... Cette représentation militaire de guerriers victorieux correspond-elle à un récit mythologique ?, à un événement historique (ce qui semble pourtant très rare dans les Andes) ? On remarque la représentation de têtes-trophées, représentées déjà selon la tradition andine : yeux clos, en forme de croissant, bouches grimaçantes (symbole de mort), cheveux dénoués (marque d'humiliation).

L'horizon ancien (1000 – 200 av. J.-C.) : la culture de Chavín (dates discutées : 1200/800 – 300 av. J.-C. ?) La civilisation Voir aussi : Culture de Chavín

La culture de Chavín se développe dans tout le Pérou, à travers un système théocratique centré sur la ville de Chavín de Huantar. Le contrôle du commerce représente une révolution dans la vie des villages de montagne, très dépendants des denrées côtières.

Le style de Chavín 150 px|thumb|Carte de l'expansion de la culture Chavin au Pérou Très complexe, le style utilisé dans les œuvres relevant de la culture de Chavín, ainsi que dans certaines productions côtières, est fait pour désorienter le spectateur et le transporter vers d’autres réalités. On note en particulier le remplacement de certains éléments humains (cheveux, moustache, corde, poil) par des animaux, le plus souvent des serpents. Une forte inspiration de la région tropicale, due à un important lien avec l'Amazonie et ses cultures, semble avoir cours. L'iconographie fréquemment utilisée dans la culture de Chavin regroupe : des divinités porteuses de sceptre des animaux prédateurs des êtres composites (homme/animal) des chamans en métamorphose

Le site de Chavín de Huantar Situé à d'altitude, sur les rives du Mosna, Chavín de Huantar devait être un important centre cérémoniel, qui abritait peut-être un oracle et servait en tout cas de lieu de pèlerinage. Ce centre attirait non seulement les pèlerins, mais également les marchands, et était au centre d'un important commerce avec des civilisations périphériques.

La ville est orientée vers les quatre points cardinaux, et abritait au moins , dont des prêtres, des serviteurs et des cultivateurs. Formée autour d'une grande place, entourée de plates-formes et d'un ancien temple (Castillo), en forme de pyramide tronquée, elle reprend le type en U déjà développé à la période initiale.

Sculpture Cet art évolue en se compliquant. Les artistes de Chavin éprouvent une prédilection pour le relief très plat et la gravure, bien qu'il existe aussi de la ronde-bosse. Les figures sont grandement stylisées, les détails simplifiés et multipliés, et une forte symétrie bilatérale marque les œuvres. Les artistes utilisent le procédé des « bandes modulaires », c'est-à-dire qu'ils ont tendance à réduire les éléments à des bandes de largeur égale. Les « substitutions métaphotiques » (remplacement d'éléments par des animaux) ont également cours.

thumb|left|200 px|Monolithe du Lanzon En général, la sculpture est intégrée à l’architecture, comme le prouve le monolithe du Lanzon, situé dans l'ancien temple de Chavin, et haut de . Ce gigantesque monolithe sculpté sur trois faces se trouvait au centre du temple de Chavín. Sa forme peut rappeler celle d'un bâton à fouir, et laisserait alors à penser que l'être gravé dessus garantit une bonne récolte ; mais d'autres ont fait un rapprochement avec un poignard transperçant le sol. Quoi qu'il en soit, une représentation plus ou moins anthropomorphe marque la surface de la pierre. Ce « vieux Dieu » de Chavín est représenté sous la forme d'un personnage bipède, avec des crocs, un mufle et des serpents en guise de chevelure, une iconographie qui pourrait tirer sa source dans le monde amazonien.

Toujours au temple de Chavín, on peut signaler la présence de têtes-clé, des êtres à gueule de jaguar, typiques de la statuaire de Chavín qui s'intègrent au mur. Il s'agit là de représentation en ronde bosse, assez rare dans l'art de cette période.

La Stèle Raimondi, exposée au musée national d’archéologie, d’anthropologie et d’histoire de Lima, provient elle aussi de Chavín de Huántar, mais elle présente une importante innovation iconographique par rapport au monolithe du Lanzon. En pierre, haute d'environ trois mètres, elle présente un nouveau personnage, le « nouveau dieu » de Chavín, dit « dieu souriant », ou « dieu aux bâtons ». En position bipède, avec des griffes aux mains et aux pieds et des crocs jaillissant de sa bouche, il tient en effet deux bâtons ou sceptres. Au-dessus de sa tête est représentée sa coiffe, qui normalement tombe dans son dos, et semble composée de têtes humaines imbriquées les unes dans les autres, invitant à une double lecture.

Sur l'obélisque de Tello, également au musée de Lima, ce n'est plus un être anthropo-zoomorphe qui se trouve représenté, mais un couple de caïmans du corps desquels sortent des plantes et des êtres de la jungle, faisant vraisemblablement référence à un mythe de genèse.

Céramique La céramique comme le tissu est un médium qui véhicule l’iconographie de Chavín vers les régions éloignées de la cité principale. Les formes de céramique les plus fréquemment rencontrées sont des vases globulaires à anse-goulot en étrier, et des bouteilles à haut col. En général, les surfaces sont de couleurs sombres : gris, noir ou brun, et un décor de félins, de fleurs ou d'oiseaux est incisé, gravé ou modelé.

Cultures dépendant de la culture de Chavín Cupisnique

La céramique de cupisnique existait sans doute avant l'éclosion du site de Chavín. Modelée, elle présente aussi un décor incisé et des anses-goulots en étrier. Le répertoire iconographique est très large, et il n'est pas rare d'y trouver des représentations anthropo-zoomorphes rappelant celles de Chavin.

Paracas La culture de Paracas est une autre culture qui fut très influencée par Chavín à ses débuts, même si une seconde phase s'en distingue largement. En général, ces premières céramiques présentent une polychromie très contrastée, et l'iconographie est très marquée par celle de Chavin.

La période intermédiaire ancienne (200 av. J.-C. – 500 ap. J.-C.) La culture Paracas (300 av. J.-C. – 0) right|120px|thumb|peinture à la résine Lombards Museum Céramique