Ouragan sur le Caine (titre de l'édition poche française Ouragan sur DMS Caine) est un roman de l'auteur américain Herman Wouk (titre original The Caine Mutiny).

Publié en 1951, ce roman obtint le prix Pulitzer en 1952, dans la catégorie FictionThe Pulitzer Prizes - Fiction, sur pulitzer.org (consulté le 19 novembre 2015)., et fut un grand succès de librairie, apprécié de ses lecteurs malgré ses 560 pages.

Herman Wouk en tira une pièce de théâtre jouée dans le monde entier.

Adapté à Hollywood pour le cinéma par Edward Dmytryk, avec Humphrey Bogart dans le rôle du Capitaine Queeg (un de ses derniers rôles, car il sera emporté par un cancer en ), ce film, Ouragan sur le Caine, fut un énorme succès (seconde plus grosse recette lors de l'année de sa sortie en 1954). La pièce de théâtre sera également adaptée par deux fois, par Robert Altman et par William Friedkin.

Résumé de l'intrigue Willie Keith, un fils de patricien égaré dans la marine Le récit est conté à travers le « prisme » d'un jeune aspirant de marine Willie Keith, issu d'un milieu très bourgeois de la côte est des États-Unis. Ce jeune « fils-à-maman », insouciant, jazzman amateur, qui flirte avec Marie Minotti, une chanteuse de night-club (nom de scène May Wynn) d'une condition sociale inférieure à la sienne (fille d'épiciers italo-américains du Bronx) s'engage dans l'US Navy nettement après Pearl Harbor.

Il ne s'agit pas d'une vocation mais d'un calcul : Sa mère espère ainsi lui éviter les fatigues de la conscription obligatoire dans l'infanterie.

En la circonstance, le calcul se révélera mauvais : Willie, militaire fantaisiste, qui aura bien du mal pendant sa période de classes, et profitera tout d'abord de vacances inespérées en jouant les organisateurs de soirées sur les bases militaires de la Côte ouest et d'Hawaï se retrouvera embarqué sur le Caine, un vieux destroyer de la Première Guerre mondiale (un ancien « 4 cheminées » de la classe Clemson reconverti en (DMS), un dragueur de mines).

Le choc sera rude à tous points de vue mais Willie Keith mûrira, deviendra un officier de marine compétent et fera même preuve de courage en sauvant le navire lors d'une attaque d'un pilote-suicide japonais.

En ce sens le livre est un , un roman d'apprentissage, qui voit le jeune godelureau qu'était Willie Keith mûrir de façon accélérée au contact de la guerre et accéder aux réalités de l'âge d'homme.

Toutefois, l'aspect n'est qu'une facette de l’œuvre: les péripéties de la guerre et surtout la psychologie collective et individuelle d'un groupe d'officiers et de matelots confrontés aux réalités du combat et vivant dans le huis clos confiné d'un navire aussi vieux que peu prestigieux, sont les aspects les plus poignants de cette œuvre.

Lors de son embarquement à bord du Caine, Willie est frappé par l'aspect délabré du navire et le débraillé de son « pacha », le commandant De Vriess : taches de rouille, baquets de légumes à la traîne, attitude apparemment désinvolte des matelots et de la maistrance. Jugeant sur l'apparence, du haut de son inexpérience totale, il ne se rend pas compte qu'en fait, le Caine, sous le commandement de de Vriess, est une unité efficace et performante : sachant pertinemment que ce vieux navire est promis à la ferraille un jour ou l'autre, son commandant et avec lui son équipage ont abandonné le paraître pour se concentrer sur l'efficacité opérationnelle.

Se mettant au diapason de ce qu'il croit être un « je m'en foutisme » généralisé, Willie s'attire des ennuis, notamment en négligeant de décoder un message qui annonce le remplacement de De Vriess par un nouveau commandant, Philip Francis Queeg.

Le commandant Queeg, aux frontières de la maladie mentale Celui-ci se révèle être un fanatique de la discipline (ce que Willie approuve) et entreprend de réformer le navire en harcelant les matelots sur leur tenue, en exigeant de longues corvées de piquage de la rouille (qui reprend comme une gangrène sous la peinture neuve), en exigeant un classement réglementaire des milliers de paperasses inutiles, etc.

En fait, derrière cette façade d'autorité se cache un être faible, à peine à la hauteur de la tâche, parfois couard au combat, et surtout affligé de tendances paranoïaques. L'efficacité opérationnelle du navire dégringole, Queeg échoue son navire sur un banc de vase à la sortie de Pearl Harbor, réquisitionne un remorqueur obligeant qui passait par là et le déséchoue... mais tente de couvrir son cafouillage en omettant sciemment de noter l'incident sur le livre de bord et en ne rédigeant pas de rapport.

Bien entendu, l'incident n'échappe pas à l'amiral, conduit à reléguer le Caine à une tâche encore moins glorieuse : le remorquage de cibles d'exercice pour les cuirassés. Là encore l'incompétence de Queeg se manifeste : il laisse sans ordres le timonier, occupé qu'il est à réprimander un matelot qui n'a pas rentré sa chemise dans son pantalon et le Caine, tournant en rond, tranche la remorque avec son hélice. Craignant un accident de personnel et voyant approcher l'heure de fermeture de la rade, Queeg n'essaie même pas de récupérer la cible (valant quelques milliers de dollars quand même) qui part à la dérive et disparaît.

De guerre lasse, l'Amiral expédie le Caine à San Francisco pour un grand carénage, espérant ainsi envoyer Queeg « faire ses bêtises ailleurs ». Queeg s'avère un être mesquin, il pressure ses officiers pour que ceux-ci lui abandonnent leur ration réglementaire d'alcool, fait empaqueter les trente six bouteilles dans une caisse qu'il tente de débarquer en contrebande à « Frisco ».

Willie, qui commande le canot fait une fausse manœuvre et la lourde caisse finit au fond du port : sachant très bien que Willie est riche et qu'il s'est promis une permission avec May Wynn (elle a pris l'avion jusqu'en Californie à grands frais), Queeg fait chanter Willie Keith pour se faire rembourser l'alcool. Lors de la mise à quai du Caine, contrariée par un fort courant de marée, Queeg tente de manœuvrer en force et emboutit le wharf, cabossant fortement l'étrave du navire.

De tels incidents lui aliènent la confiance de l'équipage et installent une atmosphère délétère à bord, empirée par l'attitude du premier lieutenant, Thomas Keefer, un intellectuel qui méprise l'institution militaire et persifle Queeg dans son dos.

À partir de ce point, le décor psychologique est en place pour une progressive descente aux enfers du bateau, de son équipage et de son commandant, de plus en plus tatillon, de plus en plus isolé et de plus en plus en proie à la manie de la persécution, au point de tenter de se calmer en roulant en permanence des billes d'acier au creux de sa main.

Thomas Keefer, un intellectuel manipulateur Thomas Keefer mine l'autorité du peu populaire commandant en le surnommant « vieille tache jaune », jaune comme la couleur supposée de la peur, car lors du débarquement de Kwajalein, un atoll des îles Marshall, Queeg, chargé d'escorter des chalands de débarquement les laisse en plan à distance prudente de la plage (d'où part une canonnade japonaise nourrie) et vire de bord honteusement après avoir largué une bouée colorante jaune en guise de marquage de la ligne de départ.

S'ensuit une discussion avec le second du Caine, le lieutenant Stephen Maryk (marin-pêcheur dans le civil, qui prévoit de continuer dans l'active après la guerre), un homme compétent et loyal à Queeg mais qui est loin de posséder les ressources de dialectique de Keefer.

D'insinuations en insinuations, Keefer persuade Maryk que Queeg est un malade mental (ce qui est exact mais seulement de façon relative) et qu'il serait fondé à le relever de son commandement en vertu de l'article 184 du code militaire de l'US Navy qui prévoit que dans des circonstances exceptionnelles, un second peut décider de prendre la relève de son supérieur malade ou devenu fou.

Maryk commence à rédiger un « journal médical » en couchant sur le papier les manies de Queeg, les brimades qu'il inflige à l'équipage, et les occasions où se révèle son incompétence.

Keefer et Maryk vont jusqu'à tenter de demander une entrevue à l'amiral William F. Halsey, chef d'état-major de la flotte du Pacifique, dont le cuirassé amiral, l' est opportunément ancré à peu de distance du Caine.

Keefer, velléitaire, tourne casaque au dernier moment et Maryk le prie de cesser désormais ses insinuations... mais n'en continue pas moins à douter de son commandant. Sur ces entrefaites, la flotte du Pacifique appareille pour appuyer le débarquement américain aux Philippines et traverse en route un épouvantable ouragan.

Le typhon de Halsey : quand la réalité s'invite dans la fiction

Le Caine, qui, sur instructions de l'amiral Halsey, suit une route vent arrière devient quasiment ingouvernable, malgré sa machinerie puissante mais bien usée. En effet les soutes à carburant arrière sont quasiment vides, faisant émerger le gouvernail qui n'a plus guère d'efficacité, les hélices sortent de l'eau et s'emballent, menaçant de provoquer une avarie terminale aux turbines de propulsion.

Le roulis dépasse soixante degrés bord sur bord, à la limite du chavirage, le radar est inopérant, les canots de sauvetage arrachés par la furie des paquets de mer… Stephen Maryk, l'ancien marin-pêcheur, de quart avec Willie Keith, est persuadé qu'il faudrait ballaster les soutes à l'eau de mer et faire route debout au vent et aux lames pour sauver le navire mais Queeg s'y oppose (le ballastage des soutes imposera ensuite un processus de dégazage fastidieux et de plus Queeg tient absolument à obéir aux ordres de route).

Queeg perd complètement la raison sous le stress et Maryk le relève de son commandement ce qui dans son esprit ne constitue pas une mutinerie mais une application de l'article 184 du règlement de l'US Navy.

Il donne les ordres nécessaires, améliorant nettement la situation mais se trouve confronté à un autre problème : un destroyer quasiment en panne de combustible s'est mis en travers à proximité et a chaviré, des marins se cramponnent la coque retournée qui s'enfonce.

Maryk fait alors preuve de son sens marin et de sa virtuosité manœuvrière : il parvient à ranger le Caine tout près de l'épave qui s'enfonce et à sauver plusieurs dizaines de marins, bien aidé par Willie Keith, qui se révèle (à sa propre surprise) être à la hauteur des circonstances.

Lorsque le typhon s'apaise, Queeg, apparemment redevenu sain d'esprit, propose çà Maryk d'oublier l'incident et de falsifier le journal de bord (qui est tenu provisoirement au crayon). ce dernier refuse, ce qui le conduit tout droit, comme Willie Keith vers la cour martiale pour mutinerie.

La cour martiale: la justice militaire face aux frontières de la folie Le choix du défenseur est une question cruciale, tout comme le chef d'accusation. Bon nombre d'officiers-juristes se défilent, estimant l'affaire perdue d'avance, tandis que le chef d'accusation est revu à la baisse et requalifié en « conduite préjudiciable à la discipline », car Maryk maintient avoir agi dans le cadre de l'article 184.

L'avocat qui accepte finalement la défense est Barney Greenwald, pilote dans l'aéronavale, courageux à défaut d'être un grand as, étoile montante du barreau new-yorkais où il s'est spécialisé dans la défense des tribus amérindiennes spoliées de leurs terres. Comme Herman Wouk dans sa jeunesse, c'est un juif fort peu pratiquant. Il s'est engagé dans l'aéronavale par vraie conviction idéologique, conscient des atrocités nazies envers les juifs.