Ferdinand Berthoud, né le à Plancemont-sur-Couvet (principauté de Neuchâtel, royaume de Prusse) et mort à Groslay le , est un horloger et chercheur neuchâteloisBerthoud, Ferdinand, dans le Dictionnaire historique de la Suisse. Il accède à la maîtrise d’horloger à Paris en 1753. Celui qui occupa la position d’horloger mécanicien du roi et de la Marine, laisse une œuvre d’une ampleur exceptionnelle, notamment dans le domaine des chronomètres de marine. Ferdinand Berthoud est aussi depuis 2007 une marque rachetée par Chopard et qui produit depuis 2016 des montres de haute horlogerie, en l’honneur de l’éminent maître-horloger.

Biographie Apprentissage Ferdinand Berthoud naît dans le hameau de Plancemont (principauté de Neuchâtel, alors partie du royaume de Prusse) le dans une famille de notables et d’horlogers-penduliersSon père, Jean-Berthoud, est maître-charpentier et architecte. Il est communier de Couvet, bourgeois de Neuchâtel et justicier du Val-de-Travers de 1717 à 1732. Sa mère, Judith Berthoud (1682-1765) est native de Couvet. Ferdinand a quatre frères : Abraham (1708- ?) ; Jean-Henry (1710-1790), justicier du Val-de-Travers, greffier aux Verrières, avocat à Cressier et expert horloger-pendulier ; Jean-Jacques (1711-1784), dessinateur et Pierre (1717-?), paysan et pendulier. Conseiller de Couvet, il épouse en 1741 Marguerite Borel-Jaquet, dont il aura deux fils : , Pierre Louis (1754-Paris, 1813) et Henri (? –Paris, 1783), dont la carrière sera intimement liée à celle de leur oncle Ferdinand Berthoud. Ferdinand Berthoud a par ailleurs deux sœurs : Jeanne-Marie (1711-1804) et Suzanne-Marie (1729- ?)..

En 1741, à l'âge de 14 ans, Berthoud commence un apprentissage de pendulier chez son frère Jean-Henry à Couvet et reçoit une solide instruction scientifique. Le , Ferdinand Berthoud termine sa formation et reçoit une attestation d’apprentissage d’horloger-pendulierCollectif, Catherine Cardinal et alii, Ferdinand Berthoud 1727-1807 Horloger mécanicien du Roi et de la Marine, La Chaux-de-Fonds : Musée International d’Horlogerie, Institut L’homme et le temps, 1984, page 20 ; Attestation d’apprentissage : Favarger, P., Attestation d’apprentissage de Ferdinand Berthoud in : Musée neuchâtelois, Neuchâtel, 1908, p. 100-103..

Maîtrise En 1745, Ferdinand Berthoud, âgé de 18 ans, s’installe à Paris pour se perfectionner chez les maîtres horlogers de la capitale ; il travaille entre autres chez Pierre Le Roy (1717-1785), qui deviendra son concurrent. Le , par un arrêt du Conseil d’État, par faveur spéciale du souverain, en contradiction avec les règlements corporatifs, Berthoud reçoit le titre de maître horlogerParis, Archives Nationales, E 1290 A, Arrêt du Conseil d’État du Roi du 4 décembre 1753..

En 1755, Berthoud se voit confier la rédaction d'une série d'articles sur l’horlogerie pour l’Encyclopédie de DiderotId., p. 25..

Voyages à Londres En 1763, Berthoud, Étienne Camus (1699-1768) et Lalande (1732-1807) sont désignés par le Roi pour aller étudier à Londres l’horloge marine H4 de John Harrison (1693-1776).

Harrison leur présente ses modèles H1, H2 et H3, contre une récompense de 500 livres mais refuse de montrer la fameuse H4, la plus aboutieId., p. 25 ; le développement des horloges marines revêt alors une importance stratégique à l'égard de la conquête des mers et des territoires d'outre-mer.. Berthoud profite néanmoins de ce voyage pour s'introduire dans les milieux scientifiques anglais et se faire élire le « membre associé étranger » de la Royal SocietyArchives de la Bibliothèque, Journal Book, vol. 25, p. 3..

En 1764, l'Académie charge deux de ses membres, Duhamel du Monceau (1700-1782) et Jean Chappe (1728-1769) de mettre à l’épreuve en mer, la montre marine n° 3 de Berthoud. Ce dernier apporte personnellement la montre à Brest et assiste à l’épreuve, sur la frégate L’HirondelleFerdinand Berthoud, Traité des montres à longitudes (...), Paris, Imprimerie de Ph.-D. Pierres, 1792..

En 1765, Berthoud entreprend un second voyage à Londres, pour rencontrer Harrison par l’intermédiaire de Heinrich von Brühl (1700-1763), ministre de Saxe, mais essuie un nouveau refus : Harrison exige la somme rédhibitoire de 4.000 livres pour présenter la description de sa montre. C’est finalement l’horloger anglais Thomas Mudge (1715-1794) qui lui décrit le principe de fonctionnement de la montre H4, sans la lui montrer physiquementParis, Archives Nationales, Marine G 98, Fol. 11.

Horloger mécanicien du roi et de la Marine vignette|gauche|Ferdinand Berthoud Le , Berthoud adresse un mémoire au ministre de la Marine - Choiseul - exposant ses projets d'horloges marines n° 6 et n° 8, selon la technique anglaise et assortie de deux revendications : une pension de en compensation de son travail passé sur les précédentes horloges marines et en prévision des frais estimés pour la réalisation des deux nouvelles, et le titre d'horloger mécanicien du Roi et de la Marine. Le , le Roi accepte de financer le projet de construction des deux horloges marinesParis, Archives Nationales, Marine B3 571, fol. 273-274 ; Archives nationales de France (Paris), Marine G 97, Fol. 10 à 13..

Le , pour s'assurer de la qualité et de l'efficacité des nouvelles montres marines, Choiseul charge Fleurieu (1738-1810) et Pingré (1711-1796) de les éprouver sur la corvette L’Isis lors d’un voyage aller-retour de Rochefort à Saint-Domingue. Les horloges traversent avec succès les épreuves de ce voyage long de 10 moisFleurieu, Voyage fait par ordre du roi, pour éprouver les horloges marines, 1773 ; Paris, Archives Nationales, Marine G 97, fol. 11-13..

En 1769, Berthoud fait venir à Paris, de Couvet (principauté de Neuchâtel), son neveu Pierre-Louis (dit Louis) Berthoud (1754-1813) pour prolonger sa formation d'horloger et le seconder dans la construction et l’entretien des horloges marines qu’il fournit aux Marines française et espagnole.

Le , fort du succès des horloges marines n° 6 et n° 8, Ferdinand Berthoud reçoit le brevet d’horloger mécanicien du roi et de la Marine, une pension annuelle de 3.000 livres et la charge de l’inspection de la construction des horloges marines. Il reçoit une commande royale de 20 horloges marinesid., p. 313. qui seront rapidement embarquées lors de diverses campagnes maritimes, d'exploration et de cartographie.

Membre résident de l'Institut national thumb|160px|Buste de Ferdinand Berthoud, à Groslay. Berthoud est élu en 1795 membre résident de la première classe à la section des arts mécaniques de l’Institut national. Depuis la Révolution, Berthoud, installé au Louvre et pensionné de l’État, ne cesse de travailler à ses horloges et continue à veiller à l'entretien des horloges marines. Cependant, et avant tout, il réserve du temps à la rédaction de son ouvrage le plus important : Histoire de la Mesure du temps (1802)Institut de France, archives, registres 2 A1 et 3 A1..

Le , Berthoud reçoit de Napoléon le titre de chevalier de la Légion d’honneur en tant que membre de l’InstitutCommunication du conservateur du Musée de la Légion d’honneur, Paris..

Le , Ferdinand Berthoud décède à Groslay, dans l'actuel département du Val-d'Oise. Il y est enterré et on y trouve son buste, depuis 1907, place Ferdinand BerthoudLe buste actuel est une copie de 1949 : l'original a été fondu par l'Occupant, en 1942.. Ferdinand étant resté sans enfants, ce sont les fils de Louis, Jean-Louis Berthoud (1793-1880) et Charles-Auguste Berthoud (1798-1876), qui reprennent la production, signant désormais leurs instruments «Berthoud Frères».

Il avait épousé en premières noces, en 1764, Henriette Chatry de La Fosse (1731-1774), sœur du chevalier Pierre-Jacques-Samuel Chatry-Lafosse (1737-1714), puis en secondes noces, en 1782, Marie-Adélaïde Dumoustier (1758-1807), sœur du général-comte Pierre Dumoustier (1771-1831).

Travaux En 1752, Berthoud propose au jugement de l’Académie royale des sciences une pendule à équation, prouvant sa maîtrise. Les académiciens Charles Étienne Louis Camus et Pierre Bouguer rédigent un rapport élogieux sur son travailInstitut de France, Archives de l’Académie des sciences, pochette de séance ; Ferdinand Berthoud, 1984, p. 21..

Berthoud dépose à l’Académie royale des sciences divers plis cachetés. Le , il dépose le projet d’une machine pour mesurer le temps sur mer, qui ne sera jamais publié. Il s’agit de son premier projet d’horloge marine. Le pli ne sera ouvert qu’en 1976 par le président de l’Académie.

Le , Ferdinand Berthoud dépose à l’Académie royale des sciences un Mémoire sur les principes de construction d’une Horloge de Marine, l'Horloge Marine n° 1, dont la construction sera achevée début 1761. Il y adjoindra un complément, déposé le . L’horloge sera exposée en à l’Académie royale des sciencesId., p. 305 ; Institut de France, Archives de l’académie des sciences, pochette de séance samedi 13 décembre 1760..

vignette|gauche|Chronomètre de marine n° 4535 de Breguet, incluant des éléments de Berthoud En 1754, l'Académie des sciences approuve une montre et une pendule à équation de Ferdinand BerthoudHistoire de l’Académie des Sciences, année 1754, p. 140-141 ; Gallon, Machines et Inventions (…), 1777, tome 7, p. 473-476..

L’année 1763 marque un tournant dans la carrière de Berthoud, désormais liée aux progrès de la navigation maritime. L’Académie des sciences en est, une fois de plus, le témoin et le soutien : l’horloger fait ouvrir deux plis déposés en 1760 et 1761. Ils décrivent l’horloge marine No 1. Le suivant, Ferdinand Berthoud dépose encore un pli relatif à la « construction d’une montre marine… ».

Ses projets faisant l’objet de requêtes détaillées rythment son activité. Il proposera ainsi la construction de deux horloges marines le . Il s’agit des No 6 et 8 conservées au musée des Arts et Métiers. Après leur expérimentation réussie, Ferdinand Berthoud reçoit le « brevet d’horloger méchanicien du roi et de la Marine ayant l’inspection de la construction des Horloges marines8 » le Collectif, Catherine Cardinal et alii, Ferdinand Berthoud 1727-1807 Horloger mécanicien du Roi et de la Marine, La Chaux-de-Fonds : Musée International d’Horlogerie, Institut L’homme et le temps, 1984, page 313..

Berthoud a non seulement participé au perfectionnement de l’horlogerie mais il a aussi promu l’usage d’horloges de précision dans les sciences de son temps, contribuant ainsi à leur progrès. Il est le seul horloger qui ait publié intégralement le résultat de ses recherches de façon méthodique et détaillée. Doué d’un véritable esprit d’ingénieur-scientifique et d’une force de travail hors du commun, Berthoud est, de tous les horlogers de son époque, celui qui réalisa le plus grand nombre d’expériences.

Ferdinand Berthoud laisse une œuvre d’une ampleur exceptionnelle, tant dans le domaine des chronomètres de marine, des montres et pendules décoratives, des outils spécialisés, des instruments de mesure scientifique que de l’édition, ayant publié des dizaines d’ouvrages et mémoires spécialisés, représentant plus de 4000 pages et 120 planches gravées.

Les titres, les privilèges, les témoignages de reconnaissance qui jalonnent sa carrière, entre le règne de Louis XV et le Premier Empire, puis les hommages, les études qui marquent sa fortune critique jusqu’à nos jours reflètent l’importance de sa place dans la longue quête de l’exactitude.

Dans les collections publiques

Montre à automates, du , argent, acier, ciselé et émail, diamètre 57mm, musée du Nouveau Monde, La Rochelle

Publications vignette|droite| Voyage fait par ordre du roi en 1768 et 1769 à différentes parties du monde pour éprouver en mer les Horloges marines inventées par M. Ferdinand Berthoud En marge de son travail d'horloger, Berthoud a cherché, tout au long de sa carrière, à diffuser le savoir en matière d'horlogerie.