Jean-Henri Riesener est un ébéniste français d'origine allemande (né le à Gladbeck, en Westphalie, et mort à Paris le ).

Biographie Né en 1734 en Allemagne (Westphalie), il est le fils d'un huissier du tribunal de l'électeur de Cologne. Jean-Henri Riesener, comme de nombreux ébénistes de son temps, vient à Paris afin d'y accomplir sa future formation. Il arrive à Paris vers 1755 et entre dans l'atelier de Jean-François Oeben, lui-même immigré allemand. À la mort de celui-ci en 1763, il prit la direction de son atelier et épousa la veuve de son ancien maître, Françoise-Marguerite Vandercruse, sœur de l'ébéniste Roger Vandercruse, au grand désespoir d'un des autres élèves d'Oeben, son rival, Jean-François Leleu. Tant que Riesener n'eut pas sa propre maîtrise, il utilisa l'estampille de J.-F. Oeben : jusqu'en 1767, ses meubles portent le nom de son prédécesseur Jean-François Oeben.

Reçu maître en 1768, il fut nommé « ébéniste ordinaire du roi » en 1774 et devient le fournisseur officiel de la Couronne. Pendant les années 1769 à 1784, il fournit la cour et la famille royale , en meubles fastueux de style néo-classique. Il est considéré comme l'un des meilleurs représentants du style transition et achève notamment en 1769 le célèbre secrétaire à cylindre de Louis XV, ou « bureau du Roi », commencé par Oeben neuf ans plus tôt.

Riesener s'entoure d'une clientèle fabuleuse, il est l’ébéniste à la mode, le Tout-Paris veut acheter ses meubles, son succès dépasse largement les frontières au point qu'il livre dans toutes les cours d'Europe ; bien que d'origine allemande, il représente l'art français et l'art du luxe à la française.

Mais les meubles de Riesener coûtent cher, et son principal client, la Couronne, ne peut plus honorer les factures. Fontanieu lui reproche ses prix excessifs. En 1783, le nouvel intendant général Marc-Antoine Thierry de Ville-d'AvrayJean-Christian Petitfils, Louis XVI, éd. Perrin, 2010. juge les prix de l'ébéniste beaucoup trop élevés, voire ridicules. L'atelier si prolifique et tellement en vue de Riesener va décroître rapidement au point même de se faire évincer du prestigieux Garde-meuble de la Couronne, au profit d'un autre ébéniste, allemand lui aussi, Guillaume Beneman. En 1789, la Révolution éclate.

En , on procède à la vente des trésors de Versailles, on vide le mobilier, on organise des ventes gigantesques ; Riesener rachète une partie de ses meubles à des prix inférieurs à ceux auxquels la Couronne les lui avait achetés mais ne parvient pas à les revendre, une grande partie de sa clientèle ayant disparu, et la mode en la matière ayant évolué. Ce mobilier d'exception ne trouve plus d'acquéreurs.

Ses clients prestigieux ont fui la Terreur et se sont réfugiés en Angleterre. Riesener perd définitivement toutes commandes et il emploie ses compagnons ébénistes à la réalisation de crosses de fusils. Il ferme son atelier définitivement en 1801 et meurt en 1806, à 71 ans.

Son fils, Henri-François Riesener (1767-1828), peintre, fut un des élèves de David.

La production de Riesener

Riesener et Pierre-Elisabeth de Fontanieu L’accession, en 1767 de Pierre-Élisabeth de Fontanieu à la charge d’intendant du Garde-Meuble de la Couronne constitue une étape importante dans la carrière de Riesener. Cette charge, exercée au sein de la famille Fontanieu depuis le règne de Louis XIV, place Fontanieu au cœur de la gestion et de l’ameublement des résidences royales. Lorsque Gilles Joubert cesse son activité d’ébéniste du roi vers 1760, Fontanieu doit pourvoir à son remplacement. Il confie alors à Riesener la réalisation de plusieurs meubles précieux,  afin d’évaluer son savoir-faire. Ces meubles étaient destinés à l'aménagement de ses nouveaux appartements et bureaux à l'Hôtel du Garde-Meuble construit sur les plans d’Ange-Jacques Gabriel, situé place Louis XV,(aujourd’hui place de la Concorde).

En 1771, Riesener exécute une première série comprenant une table mécanique appelée table des Muses, un secrétaire à abattant toujours présent dans les espaces de l'Hôtel du Garde-Meuble (à présent Hôtel de la Marine) ainsi qu'une commode aujourd'hui conservé au Château de Chantilly.

Deux ans plus tard en 1773, la commande est complétée par un bureau plat, désormais conservé dans l’appartement de Madame Adélaïde à Versailles une encoignure et deux façades d’encoignure décorées de marqueterie de bois figurant des vases remplis de fleurs destinées à former des devant de cheminée.thumb|Bureau de Marie-Antoinette par Riesener (1783), cabinet doré du petit appartement de la reine au château de Versailles.

Une production raffinée Parmi les particularités de son style, se remarque, outre la présence de riches décors de marqueterie perpétuant la tradition d'Oeben, l'utilisation de bronzes dorés d'une très grande finesse ; il est l'un des premiers à dissimuler systématiquement leurs fixations. Avec l'aide de Pierre-Élisabeth de Fontanieu, intendant du Garde-Meuble de la Couronne, Riesener est celui qui fit évoluer le style Louis XV vers le style Louis XVI.

Le dessin et le registre décoratif de Riesener sont parfaitement maîtrisés. Les proportions sont fortes et en même temps légères. Les ensembles d’acajou de couleur soutenue sont puissants, mais les formes et la variété des acajous lui donnent beaucoup d’élégance. Il a l’art et la manière de choisir les essences afin de créer des volumes. À l'exemple de sa commode destinée à la chambre du Roi et conservée au musée de Sèvres, sa production se caractérise : par un bâti soigné, monté en chêne, à l’image de la qualité voulue par l'ébéniste ; le dessus est lisse assemblé à queues d’aronde dans les côtés ; le dos est composé de deux grands panneaux embrevés dans un cadre, lui-même glissé en rainures dans les montants arrière ; les tiroirs eux aussi montés en chêne sur quartier, dit aussi chêne de Hongrie.

Une particularité de composition chez Riesener s'avère les demi-cadres soulignant le ressaut central. Cette composition et ses variantes se retrouvent sur presque toutes ses commodes. La maîtrise et l’art du maître se retrouvent également dans la réalisation des montants avec des pans coupés avant, présentant la double difficulté d'être en ressaut mais aussi incurvés. Autre spécificité de l’ébéniste : l’amorce des montants arrière.

Les commodes Louis XVI de Riesener Sur la commode Louis XVI, Riesener procède à une originalité qui va devenir sa marque de fabrique, il réalise un ressaut en façade qui se pose comme un tableau. Ce tableau décoratif peut se définir en élément d'architecture accompagné de moulures et d'un jeu du bois ou bien sur des commodes prestigieuses, il y appose des panneaux de laque ou des trophées en marqueteries, signature de son art.

Riesener réalise ses commodes comme de véritables œuvres d'art et afin d'alléger la ligne, l'ébéniste incurve les côtés, une véritable prouesse dans l'art de l'ébénisterie. Les bronzes de ses meubles sont absolument exceptionnels et la qualité d'exécution remarquable.

Des modèles de bronzes caractéristiques Le registre des bronzes chez Riesener est un univers complet. Héritée de son maître J.-F. Oeben, il dispose d’une forge pour le fer (serrures, compas, mécanismes secrets…) et d’un four pour la réalisation des bronzes. Les ciselures sont d’une grande finesse, proches de l’orfèvrerie. Riesener dessine et réalise ses modèles qui se distinguent de ceux de tous ses confrères. Plusieurs outils ayant appartenu à Riesener — un étau, un marteau et une hachette — sont conservés au musée des Arts et Métiers ; l’étau, étudié comme un étau à patte, illustre l’outillage employé pour les travaux de serrurerie et l’ajustage des bronzes destinés aux meubles. Une autre particularité de la production de Riesener qui se distingue de l'ensemble de la production parisienne de cette époque, est l'emploi de ces bronzes qui se retrouvent sur plusieurs commodes de cette période (1774-1784) : les sabots en chausson en feuilles d’eau ou en feuilles d’acanthe et les grandes entrées de serrure composées de guirlandes ajourées .

L'un des enjeux de l'étude de ces bronzes est la capacité à les rattacher à des bronziers actifs à Paris à la fin du XVIIIe siècle. En ce sens, le travail qui continue d'être entrepris par Christian Baulez, conservateur général honoraire du patrimoine, est fondamental. Depuis 2017 en effet, ce dernier publie régulièrement des articles où, à l'aune de sources d'archives inédites, il parvient à retracer l'origine de ces montures de bronze et les relations que Riesener entretenait avec les différents bronziers. Ainsi, ses travaux permettent d'établir l'hypothèse que dans son travail, Riesener s'est entouré des meilleurs bronziers de son temps : Étienne Martincourt (v. 1730-1796) pour les ornements végétaux ou arabesques en chutes, culots, poignées, entrées de serrures ou frises et bas-reliefs allégoriques ; François Rémond (reçu maître doreur en 1774); ou encore les frères Damerat, notamment pour les frises d'enfants qui agrémentent un certain nombre de meubles de Riesener.

La polychromie des marqueteries L’introduction en France des bois exotiques, à partir de la seconde moitié du et tout au long du , suscite un vif engouement parmi les ébénistes, en raison de leur polychromie naturelle. Riesener s’inscrit dans cette tendance et exploite toute la gamme chromatique que lui offrent les essences exotiques, indigènes ou artificiellement teintées. Il cherche notamment à reproduire les couleurs et les textures de matériaux précieux tels que le marbre, le porphyre, le lapis-lazuli ou encore les jaspes. Pour composer de véritables « tableaux de bois », Riesener utilise des fragments de bois prédécoupés, préalablement teintés et ombrés (notamment grâce au sable chaud, qui assombrit le bois). Cette méthode lui permet de varier les motifs tout en puisant dans un même stock de matériaux. La surface des marqueteries est ensuite gravée et remplie de mastics colorés, renforçant ainsi leur richesse décorative. vignette|Jean-Henri Riesener, secrétaire à cylindre, vue du revers de la marqueterie du côté gauche, en cours de restauration, vers 1775-1780. Londres, Buckingham Palace. Cependant, les altérations provoquées par la lumière modifient progressivement l’aspect originel de ses créations. Comme pour d’autres meubles du , les couleurs d’origine s’estompent fortement sous l’effet de la lumière, de l’usure et des traitements destinés à raviver des teintes décolorées. Un exemple significatif est fourni par le revers d’un panneau d’un secrétaire à cylindre réalisé vers 1775-1780, conservé dans les collections royales britanniques : retiré lors de la restauration du meuble en 2014, il révèle l’intensité des coloris d’origine. Des études récentes menées par Marc-André Paulin, chef de travaux d’art au C2RMF (département des arts décoratifs), explorent la nature chimique des teintes utilisées par Riesener, en particulier les gris et les bleus. Il compare les mentions colorées du journal du Garde-Meuble à l’état actuel des meubles, puis soumet des éprouvettes de bois à des protocoles d’imprégnation, à des protections de surface et à un vieillissement simulé afin de tester les transformations des pigments dans le temps.

Le Riesener Project alt=Un modèle 3D interactif d'une commode Riesener de la Wallace Collection.|gauche|vignette|Jean-Henri Riesener, Commode, 1782. The Wallace Collection (F248)Reconstruction 3D par ExploVision