vignette|La Marne à travers la Champagne.

La Champagne est une région historique et culturelle, au nord-est de la France, à la frontière avec la Belgique. Elle s'est formée en 1065 à partir d'un comté palatin par la réunion autour de Provins, troisième métropole du royaume de France, de comtés issus du démantèlement de la fraction occidentale de l'Austrasie mérovingienne.

Elle recouvrait l'ancienne région administrative Champagne-Ardenne, le sud du département de l'Aisne, le nord du département de l'Yonne, et la majeure partie du département de Seine-et-Marne jusqu'à la Brie française. Elle s'étendait à l'ouest sur la Brie mouvante, qui est située entre le cours supérieur de l'Yerres (D20 et D49 approximativement) et la via Agrippa (D209). Au nord, la frontière changeante avec la Principauté de Liège incluait Sugny et excluait Givet. Son terroir a donné son nom au vignoble de Champagne.

Le nom de Champagne, écrit Champaigne pour une prononciation identique, apparaît au Bas Moyen Âge et renvoie aux Campanenses, les Champenois mentionnés sous ce nom latin une première fois au haut Moyen ÂgeGrégoire de Tours, Historia Francorum, V, 14, Chapitre cathédral Saint Maurice, Tours, 594.. L'extension future du comté de Champagne et sa zone géographique naturelle correspondent alors à six diocèses issus de l'Antiquité, ceux des Lingons de Langres, des Sénons de Sens, des Tricasses de Troyes, des Rèmes de Reims, des Meldes de Meaux et des Catalaunes de Châlons.

Cette province devient au Moyen Âge un pôle économique majeur en Occident grâce aux foires de Champagne qui se succèdent dans ses différentes villes tout au long de l'année. À la cour de Champagne avide de raffinement, celle entre autres de Thibault de Champagne, l'importateur de la rose des parfums dite Rose de Damas, les premiers écrivains français, tel Chrétien de Troyes, inventent la littérature courtoise et érigent la langue vulgaire au rang de standard culturel. En 1129, les comtes de Champagne, protecteurs des juifs tel Rachi, se dotent de la plus prestigieuse des abbayes, le Paraclet, et du premier réseau bancaire. Pairs de France ayant régné un temps sur l'Angleterre, ils jouent, jusqu'à la réunion au domaine royal en 1284 et la ruine organisée par Philippe le Bel, un rôle politique au moins aussi important que celui des évêques de Reims, qui sacrent le roi de France.

Étymologie Le nom commun est l'ancien français de campagne, lequel en est un doublet savant et italianisant apparu à la RenaissanceAlain Rey & Josette Rey-Debove, Le petit Robert, vol. I, , Dictionnaires Le Robert, Paris, juin 1986 .. C'est aujourd'hui un toponyme désignant un paysage d'étendue ouverte et crayeuseAlain Rey & Josette Rey-Debove, Le petit Robert, vol. I, , Dictionnaires Le Robert, Paris, juin 1986 ., le plus souvent une plaine, comme l'illustre l'exemple de la Champagne crayeuse, mais pas nécessairement, cela peut être un plateau. Il a ainsi donné son nom à différents lieux ou régions, telles la champagne berrichonne, la champagne de Saintonge ou la champagne genevoise, mais la plus connue reste la région de Champagne.

Le nom de la Champagne apparaît pour la première fois en 1065 quand Thibaud de Blois s'intitule comte de Champagne. Il le fait en spoliant son neveu Eudes de ses comtés, le comté de Troyes et le comté de Meaux. Thibaud signifie par là deux choses. Premièrement, il réunit définitivement les deux comtés de Troyes et de Meaux et son intention est qu'ils ne soient plus transmis séparément. Deuxièmement, ayant perdu la Touraine en 1044, il se détourne de la vallée de la Loire, l'antique Neustrie dont son arrière-grand-père Thibaud s'était proclamé « gouverneur » souverain et le domaine de prééminence de la maison de Blois, pour fonder un nouveau domaine auquel il donne un nouveau nom, la Champagne.

Quant à la cour des comtes de Blois, ce terme de champagne est érigé en nom propre, dans la seconde moitié du donc, c'est par hypostase d'un terme latin et rarissime, Campanenses, qui désigne « ceux qui habitent dans la plaine » en une référence spécifique et séculaire à la plaine de la future Champagne mais aussi peut être par une allusion savante à l'idyllique Campanie. Le nom commun correspondant désigne alors une grande étendue de pays platFrédéric Godefroy, Lexique de l'ancien français, , Honoré Champion, Paris, 1994 ., et s'oppose à montagne.

Blason et devise vignette|gauche|D'azur à la bande d'argent coticée d'or

Les armes de Champagne moderne sont issues de Champagne ancien, d'azur à la bande d'argent coticée d'or.

C'est une brisure de Blois, fondateurs de la Champagne devenus pairs de France. Blois portait d'azur à la bande d'argent, armes conservées telles quelles par les deux premiers comtes de Sancerre.

Champagne ancien semble avoir été utilisé jusqu'au milieu du c'est-à-dire la fin de la guerre de succession de Champagne sous le règne de Thibaud le ChansonnierP. Laplagne Barris, Sceaux gascons du Moyen Âge, , Société historique de Gascogne, Champion, Paris, 1888, (BNF)..

Les cotices ont été tardivement jumelées et respectivement potencées et contre potencées. Différentes variations des cotices ont été pratiquées par différents souverains de Champagne, chacun individualisant le blason. Par exemple, Thibaut de Navarre, dans la seconde moitié du , adopte des cotices à l'enquerre en forme de vagues grecquesP. Laplagne Barris, Sceaux gascons du Moyen Âge, , Société historique de Gascogne, Champion, Paris, 1888, (BNF).. Ces détails n'apparaissent pas sur les petits sceaux, qui montrent alors le Champagne ancien.

La devise de Champagne est F. Godefroy, Lexique de l'ancien français, , Champion, Paris, 1994.. Chacun des comtes de Champagne la reprend suivie d'un complément qui l'individualise. Thibaud le Chansonnier criait , jeu de mots qui semble signifier « Là, Thibaud marche en tête » et sous entend « Dans cet acte, le service de l'état passe avant la personne du souverain ». Ce complément devient dans la devise féministe de la régente Marguerite de Bourbon. C'est la formule reprise par les édiles de la ville de Troyes.

Géographie et composition La Champagne, à l'instar de plusieurs provinces, se subdivise en divers pays traditionnels. On peut la subdiviser ainsi :

Réthelois, ou Réthelais (autour de Rethel, Charleville-Mézières, Rocroi et Sedan) ; Rémois (autour de Reims) ; Brie champenoise subdivisée en : Haute-Brie (autour de Meaux) ; Brie-Pouilleuse ou Pays de Galvesse (autour de Château-Thierry) ; Basse-Brie (autour de Provins) ; Champagne propre (autour de Troyes et Châlons-en-Champagne) ; Perthois (autour de Vitry-le-François) ; Vallage (autour de Joinville) ; Bassigny (autour de Langres) ; Sénonais (autour de Sens) ;

Histoire vignette|centré|upright=2.5|La Champagne dans ses limites du avec les communes et départements actuels.

La formation de la Champagne La préhistoire de la Champagne Groupe de Cerny.

La protohistoire de la Champagne Tombe de Troyes.

L'héritage antique La formation d'un état champenois remonte au Moyen Âge central, à la suite de la poussée démographique de l'an mil, mais sa géographie naturelle et son exploitation économique tendent à la regrouper au sein des mêmes intérêts politiques et familiaux dès le traité de Verdun, qui instaure deux états séparés par la frontière de la Meuse. Le processus aboutit à l'érection du comté de Champagne en 1065.

Le territoire de ce comté regroupe alors celui de trois subdivisions de l'ancienne Gaule : la cité des Tricasses, clients des Lingons, celui des Meldes, clients des Suessions, la cité des Rèmes, qui inclut les Catalaunes,

Sous le Dominat, ce territoire était réparti entre la Belgique, pour la partie correspondant au diocèse de Reims qui s'étend sur les actuels départements des Ardennes et de la Marne, la Sénonaise, qui s'étend jusqu'à Paris, et la Lyonnaise (Lyonnaise I), future Bourgogne. Cette division antique traverse les siècles par le maintien de frontières archidiocésaines identiques. Aux , elle est transcrite en droit féodal. Le comte de Champagne reconnait alors trois suzerains principauxA. Longnon, Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie, 1172-1361, Introd., pl. II, Ministère de l'Instruction publique, Paris, 1901, le roi, l'archevêque de Reims, le duc de Bourgogne, auxquels des extensions territoriales secondaires ajoutent entre autres l'archevêque de Langres et l'Empereur, sans compter les possessions en dehors de la Champagne elle-mêmeA. Longnon, Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie, 1172-1361, Introd., p. LXIV & sq., Ministère de l'Instruction publique, Paris, 1901.

La Champagne mérovingienne et carolingienne (500-870) vignette|Les pagis bourguignons au . On remarque que le sud de la province de Champagne dépend alors de l'influence bourguignonne. En 511, lors du partage de la Gaule entre les quatre fils de Clovis, ce territoire est, avec celui de la future Lorraine, au cœur de l'Austrasie, constituée au profit de l'aîné, Thierry. En 566, le neveu de Thierry, , prive Reims du statut de capitale au profit de Metz. Déjà cinq ans plus tôt, en 561, à la mort du cadet Clotaire le Vieux, le fils de celui-ci, Gontran, obtient le rattachement du Troyes austrasien à la Bourgogne. Avec le Brenois, le Blaisois, le Bolesnois et le Barrois (celui d'Arc et non de Bar-le-Duc, qui n'existait pas à l'époque), il y restera jusqu'au Partage de Verdun en 843 puis sous le règne des ducs de Bourgogne successifs.

En 837, Aleran, comte de Troyes fonde l'abbaye de Montiéramey. En 852, Charles le Chauve confie le comté à Eudes. De 843 à 855, le territoire champenois, excepté donc cette partie de Bourgogne qu'est alors le comté de Troyes, est inclus à la suite du traité de Verdun dans l'éphémère Francie médiane puis, en vertu du traité de Prüm dans la tout aussi éphémère Lotharingie. En 858, c'est l'archevêque de Reims Hincmar qui met un terme à l'invasion de la Francie occidentale par Louis le Germanique. Le comté de Troyes est alors confisqué à Eudes, qui a soutenu l'Empereur. En 870, le traité de Meerssen donne le reste du territoire champenois resté lotharingien à Charles le Chauve, roi de France (« Francia »), la séparant ainsi définitivement de la future Lorraine impériale avec laquelle elle formait la première Austrasie.

Agrégation de comtés par les herbertiens (871-1020) En 871, Eudes de Troyes récupère légalement le comté de Troyes qui avait été confisqué à son père Eudes. Par le mariage de son frère, Robert Porte Carquois, qui lui succède à sa mort en 876, avec Gisèle, les comtes de Troyes entrent dans une alliance royale. Adalelme, le neveu de Robert Porte Carquois, dont la femme est morte prématurément sans laisser d'enfants, lui succède. En 894, Adalelme meurt à la guerre aux côtés de son frère Adémar d'Angoulême et le comté en déshérence revient légalement à son suzerain, Richard le Justicier, duc de Bourgogne.

En cette fin du , l'antique cité melde, comme elle avait appartenu à Soissons, appartient au comte de Vermandois, le nivelonide Thierry. Son héritier, Herbert de Vermandois, petit-fils par son père du roi carolingien des Lombards déchu Bernard, étend son territoire jusque sur le Vexin pour faire face à l'invasion normande. En 925, Herbert II, le fils d'Herbert de Vermandois, investit Reims et crée un comté de Reims au profit de son fils de cinq ans, Hugues. Six ans plus tard, l'usurpateur Raoul l'en chasse une première fois. En , Hugues, désormais majeur et aidé de son père, reconquiert le Rémois puis le Rethelois, érigé en comté par Artaud de Reims, l'archevêque de Reims déchu, comme une position de repli défendue par le neveu de ce dernier, Manassès. Six ans plus tard, Hugues de Vermandois, son père ayant été pendu trois ans plus tôt, peine infamante, doit de nouveau renoncer à Reims à la suite de l'intervention de l'Empereur Otton, venu avec les troupes de Conrad de Bourgogne restaurer Louis d'Outremer sur le trône de Francie occidentale.