Demain est un documentaire français réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, sorti en 2015. Devant un futur que les scientifiques annoncent préoccupant, le film a la particularité de ne pas donner dans le catastrophisme. Adoptant un point de vue optimiste, il recense des initiatives dans dix pays, face aux défis environnementaux et sociaux du , qu'il s'agisse d'agriculture, d'énergie, d'économie, d'éducation ou de gouvernance.
Fait rare pour un documentaire, il dépasse le million d'entrées en France. Il remporte en 2016 le César du meilleur film documentaire.
Synopsis En 2012, dans la revue Nature., Anthony Barnosky, Elizabeth Hadly et scientifiques annoncent qu'une partie de l'humanité pourrait disparaître avant 2100., du fait de l'impact de l'espèce humaine sur les écosystèmes, entraînant la fin des conditions de vie stables sur Terre.. La surpopulation, le manque d'eau, le manque d'énergies fossiles, le réchauffement climatique vont lancer des millions de pauvres désespérés à l'assaut des pays nantis.
Mais le film ne s'attarde pas sur ce constat. L'essentiel du film est un road movie qui fait découvrir, en cinq volets thématiques, des exemples de réponses concrètes face aux problèmes environnementaux et sociaux du début du . L'équipe du film se rend dans dix pays, à la rencontre de citoyens qui mettent en œuvre des initiatives : en France métropolitaine et à La Réunion, en Finlande, au Danemark, en Belgique, en Inde du Sud, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Suisse, en Suède et en Islande« Demain, le film », sur demain-lefilm.com (consulté le 16 décembre 2015).. Ils agissent à l'échelle de leur commune (en impliquant si possible les élus« Présentation détaillée du projet », sur kisskissbankbank.com, 2015 (consulté le 22 août 2016).) ou à l'échelle de leur entreprise. Chaque groupe fait preuve de créativité, de débrouillardise et de solidarité.
Agriculture Détroit, ville des États-Unis dont l'activité reposait tout entière sur l'industrie, est passée de en 1950 à en 2010« Detroit aurait perdu un quart de sa population en 10 ans », sur geopopulation.com, 2015 (consulté le 19 décembre 2015).. Parmi la population défavorisée restée dans la ville beaucoup se sont organisés de façon autonome pour que leur nourriture ne dépende plus du transport, c'est-à-dire du pétrole. Ils produisent leurs légumes sur place, en ville. Détroit, qui compte , est devenue la ville du Do it yourself et de la consommation collaborative..
vignette|alt=Assis, tenant un dossier en main, parle dans un micro.|right|upright=1|Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l'alimentation.
En Normandie, Perrine et Charles Hervé-Gruyer, agriculteurs bio, pratiquent une sorte de permaculture, qu'ils nomment écoculture., dans leur ferme du Bec-Hellouin. Ils produisent diversifié ( sur un hectare), sans pétrole. La terre, chargée d'humus, est plus fertile. En permettant à la nature de se régénérer, les Hervé-Gruyer réussissent à multiplier leur rendement par dix. Dans cette petite exploitation, l'agroécologie se révèle plus rentable que la monoculture, qui appauvrit la terre et reste tributaire du pétrole, des engrais et des pesticides. Sur notre planète, 75 % de la nourriture est produite par des petites fermes de quelques hectares. Selon Olivier De Schutter, le recours à l'agroécologie permettrait de doubler les rendements agricoles dans les dix ans.
En Angleterre, les habitants de Todmorden sèment des légumes et plantent des arbres fruitiers dans les rues, et tout le monde peut venir se servir. Réunis dans le mouvement Les Incroyables ComestiblesNoémie Guillemot, « Demain c'est aujourd'hui ! », sur arty-buzz.fr 3 décembre 2015 (consulté le 16 décembre 2015)., ils tentent d'atteindre l'autosuffisance alimentaire pour 2018. Dans le Devon, à la ferme de , , associé à d'autres fermiers bio de tout le pays, supervise la livraison de par semaine, livrés dans les aux particuliers.
Il est donc possible pour des citadins de produire leur nourriture. Il est possible aux campagnes de se repeupler. Cela pourrait même se pratiquer à grande échelle, si l'industrie pétrochimique, qui est liée au secteur agro-alimentaire, n'y faisait obstacle.
Énergie vignette|alt=Vu en contre-plongée, en buste, chemise noire, parlant, mains en avant.|L'urbaniste danois Jan Gehl, concepteur de Strøget, à Copenhague. Dans le domaine énergétique, le film fait découvrir des bâtiments aux toits couverts de panneaux solaires, des alignements d'éoliennes, une réutilisation des déchets comme compost (à San Francisco) ou pour produire de l'électricité (à Copenhague) : des villes, voire des pays, anticipent la fin des énergies fossiles et du nucléaire. Les énergies renouvelables (notamment la géothermie) ne sont pas loin de donner à l'Islande son autonomie énergétique. En Inde du Sud, le village modèle de Kuthambakkam, construit avec des matériaux locaux écologiques, assure presque, lui aussi, son autonomie énergétique grâce aux énergies renouvelables.
Il reste que la transition énergétique est coûteuse. S'il faut être prêt à encaisser les changements climatiques, il faut aussi veiller à faire des économies. Les bâtiments publics de Copenhague ont déjà réduit de 45% leur consommation en énergie. La ville bénéficie d'un urbanisme modèle. Les habitants vivent à moins de d'un espace vert, et ils sont 50 % à se déplacer à vélo. L'objectif est de ne plus émettre de en 2025. Les habitants de Copenhague sont les plus grands consommateurs d'aliments bio au monde. Leur système de gestion des déchets est un des plus performants au monde.
Économie Quand une ville britannique émet sa propre monnaie à l'effigie de David Bowie, cette monnaie n'a aucune valeur ailleurs. L'argent gagné va donc être dépensé localement. Il n'ira pas dans la poche de multinationales préférant placer leur argent dans des paradis fiscaux plutôt que d'investir dans cette ville.
Le système de la monnaie complémentaire fait ses preuves en Suisse. La banque Wir y émet depuis 1934 le franc Wir, monnaie interentreprises qui ne peut être dépensée que dans les adhérentes. En Suisse, une PME sur cinq utilise le wir. Il permet, lorsqu'une crise paralyse le système bancaire, de trouver les financements nécessairesÉric Tariant, « Le wir, carburant de l’économie suisse », sur terraeco.net, 11 avril 2012 (consulté le 14 décembre 2015)..
Mais comment combattre l'inégalité, que renforce chaque jour la mondialisation, entre les richissimes entreprises (qui détruisent la nature, épuisent les ressources) et les petites qui se débattent pour survivre ? Les petites entreprises doivent penser « local » et s'organiser en réseau. C'est ce qu'explique la localiste américaine Michelle Long, dirigeante du Balle (Business Alliance for Local Living Economies), un réseau de locaux.
La ville de San Francisco () pratique l'économie circulaire en recyclant 80 % de ses déchets et en visant le « zéro déchet » d'ici à 2020Lucie Montchovi, « Bientôt « zéro déchet » à San Francisco ? », sur franceinfo.fr, 30 mai 2014 (consulté le 19 décembre 2015)..
Dans les domaines de l'agriculture, de l'énergie, de l'habitat, de l'économie, des solutions abouties prouvent qu'elles fonctionnent. Pourquoi, se demandent les cinéastes, les gouvernements ne les mettent-ils pas en œuvre à plus grande échelle ?
Démocratie vignette|alt=Parlement en arrière-plan. Manifestants au premier plan, de dos, brandissant des pancartes : « Stop the oppression resign » et « Stop the corruption resign ».|Révolution des casseroles à Reykjavik, en 2008.
Les citoyens n'attendent plus des hommes politiques qu'ils répondent à leurs attentes. Comme le dit dans le film Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations unies, la démocratie a disparu : les hommes politiques n'écoutent plus les citoyens, ils se contentent de répondre aux vœux des entreprises, qui veulent toujours plus d'une croissance aberrante.
L'équipe du film découvre que, dans certains pays, des mécanismes de démocratie directe sont mis en place par les citoyens. Ceux-ci peuvent dès lors proposer des lois, s'y opposer, écrire la constitution ou la modifier. Elle montre comment la démocratie locale a pu transformer la petite ville de Kuthambakkam, en Inde du Sud, expérience tirée du livre Un million de révolutions tranquilles de Bénédicte Manier. (cité au générique du film).
La petite équipe de cinéastes se demande alors si les humains sont prêts à combattre leur avidité naturelle, à se montrer solidaires, coopératifs. Ne doivent-ils pas être sensibilisés à ces valeurs dès leur plus jeune âge ?
Éducation La Finlande est présentée comme un modèle en matière d'éducation. Cyril Dion décrit l'enseignement à la Kirkkojärvi Comprehensive School d'Espoo comme . Les enseignants aiment leur métier, ne distribuent ni notes ni sanctions, prennent leurs repas avec les élèves, ont recours à plusieurs pédagogies plutôt qu'à une seule, tiennent compte de la personnalité et des dispositions de chaque élève, dans des classes de moins de 15 enfants. Là, on recherche l'épanouissement de l'enfant plus que la transmission du savoir. On apprend à vivre en harmonie avec les autres, à coopérer et à négocier. On apprend aussi à se servir de ses mains. Les résultats mesurés sur des critères « scolaires » sont meilleurs : en 2009, le système éducatif finlandais (qui ne suit cependant pas tout à fait le même modèle que cette école) est classé deuxième mondial en sciences, troisième en lecture et sixième en mathématiques, . Mais surtout, ces enfants respectés, autorisés à exprimer leurs émotions sont formés .
Fiche technique Titre original : Demain Réalisation : Cyril Dion et Mélanie Laurent Scénario : Cyril Dion Direction artistique : Jonathan Grimbert-Barré Son : Laurent Cercleux Photographie : Alexandre Léglise Montage image : Sandie Bompar Musique : Fredrika Stahl Production : Bruno Levy « Full Cast & Crew », sur imdb.com, 2015 (consulté le 15 décembre 2015). Sociétés de production : Move Movie, France 2 cinéma, Mars films et Mely Production (coproduction) ; Fonds de dotation Akuo Energy, OCS et France Télévisions (participation) ; KissKissBankBank (financement participatif) Société de distribution : Mars Distribution« Financez le premier film qui réinvente le monde de demain à partir des meilleures solutions d'aujourd'hui ! », sur kisskissbankbank.com, 2015 (consulté le 15 décembre 2015). Budget : euros« Critique », sur cineseries-mag.fr, 9 janvier 2016 (consulté le 18 avril 2016). Pays d'origine : Langue : français, anglais Format : couleur - 2.4 : 1 « Technical Specifications », sur imdb.com, 2015 (consulté le 15 décembre 2015). Genre : documentaire Durée : Dates de tournage : 2014 Lieux de tournage : Eure, Nord, La Réunion, Belgique, Finlande, Danemark, Inde du Sud, Grande-Bretagne, États-Unis, Suisse, Suède, Islande thumb|Logo Tomorrow de la version allemande du documentaire (2016). Sortie en salle
: en français, en allemandVoir sur movies.ch (page consultée le 20 juin 2016). : « Release Info », sur imdb.com, 2015 (consulté le 15 décembre 2015).
Nombre d'entrées : en 19 semaines.
Intervenants thumb|alt=Portrait, tenant des papiers, parlant au micro, doigt levé.|Jeremy Rifkin, prospectiviste. thumb|alt=Portrait, de trois-quarts, parlant, mains en avant.|Rob Hopkins, initiateur du mouvement des villes en transition. Les personnes intervenant à l'écran sont dans leur propre rôle. Cyril Dion, écrivain, réalisateur et poète français, cofondateur du mouvement Colibris et directeur jusqu'en 2013. Mélanie Laurent, actrice, réalisatrice et chanteuse française. Pierre Rabhi, essayiste, agriculteur biologiste, romancier et poète français, fondateur du mouvement Colibris. Vandana Shiva, écologiste, écrivain et féministe indienne. Jeremy Rifkin, essayiste américain, spécialiste de prospective économique et scientifique.