Le Porajmos, Porrajmos (littéralement « dévorer » en romani), Samudaripen ou génocide tzigane est l'entreprise de persécutions et d'extermination des ethnies roms (ou sinté, manouches, gitans, kalderash) et Yéniches appelés « Tsiganes » (Zigeuner en allemand), nomades, sédentaires ou semi-sédentaires pendant la Seconde Guerre mondiale, en Allemagne nazie, dans les territoires qu'elle occupe et chez ses alliés..

Les estimations de plusieurs historiens varient entre et victimes.

Les Roms sont démographiquement la troisième population européenne victime d'une extermination familiale et raciale, après les Juifs d'Europe. et les Arméniens.

En Europe, la reconnaissance de ce génocide est tardive.. C'est en 1982 qu'il est reconnu en Allemagne, où son déni relève d'une infraction pénale.

Outre l'antitsiganisme persistant., de multiples raisons ont pu contribuer à ce retard..... Comme les traumatismes générés pour les survivants, associés aux coutumes de transmissions orales. Une tradition des tabous, de la discrétion., l'usage de noms d'emprunt, ainsi que le partage interne à la communauté dû à une méfiance accrue en raison des persécutions... Faute d'une organisation puissante pour représenter ces peuples sans frontière et politiquement sous-représentés.., les autorités ont pu occulter ce génocide durant plusieurs décennies.

En raison du nomadisme qui concerne une partie d'entre eux, le recensement par les administrations officielles est délicat.... Contrairement à une idée répandue, la grande majorité de ces populations, qui sont présentes en Europe depuis le , étaient des familles sédentaires, stables et faisant partie intégrante des sociétés.. Les Roms, sédentaires ou non, sont surveillés et fichés dès que possible par la majeure partie des États européens, ce dès la fin du , ce qui facilite les actions violentes menées contre eux...

Les victimes du Porajmos ont été longtemps oubliées., parfois confondues avec des personnes juives.. Pour marquer les détenus tsiganes des camps, les nazis leur ont attribué le triangle marron. Certains ont été catégorisés avec les asociaux., en raison d'une méconnaissance de leur mode de vie jugé « précaire ». Cette dernière catégorie arbitraire. regroupait également des personnes en situation de handicap et les autres minorités ciblées par les nazis... vignette|center|150px|

Identifiés par les partisans du Troisième Reich tantôt Tsiganes, Tsiganes métissés, nomades, asociaux, politiques, ou identité usurpée/dissimulée, le nombre réel de victimes reste indéterminé.

Terminologie et débat sur le génocide Le terme porajmos fut introduit dans la littérature par l'universitaire et militant rom Ian Hancock, au début des années 1990Ian Hancock, On the word Porrajmos.. Un autre terme, samudaripen, est revendiqué par Marcel Courthiade, un linguiste qui a créé la forme standard de romani utilisée en Roumanie. Hancock objecte que ce terme n'est pas conforme à la langue rom.

Suivi par de rares chercheurs, le politologue Guenter Lewy, habitué des débats sur l'unicité de la Shoah, a soutenu que le Porajmos n'est pas un génocide en se fondant sur une interprétation de la définition internationale du génocide et en tentant de montrer que les Tsiganes étaient ciblés pour des attributs comportementaux non raciauxGuenter Lewy, The Nazi Persecution of the Gypsies, Oxford University Press, 2000.. Plusieurs historiens lui ont répondu sur ce terrain, ainsi que des activistes roms comme Romani RoseJennifer Illuzzi, « The genocide of the Romani people in Europe », dans Ben Kiernan (dir.), The Cambridge World History of Genocide, Cambridge University Press, 2023, , . et Ian Hancock. Celui-ci a sélectionné des ordonnances nazies pour montrer que les sorts des Juifs et des Tsiganes étaient liés et que les termes « génocide », « holocauste » ou encore « solution finale » conviennent au Porajmos ; il a plaidé pour un réexamen de l'ampleur de la dépopulation et de l'extermination des Roms, citant des chiffres très grands. Il témoigne qu'il est peu suivi sur ces points par les chercheurs..

Aujourd'hui, la plupart des historiens pensent que toutes ces positions, même extrêmes ou orientées, font partie d'un débat complexe. Réticents à qualifier de génocide l'ensemble des persécutions des Roms en Europe, ils estiment néanmoins qu'il y eut au sein de celles-ci un génocide sur critère racial aux limites floues, avec ses caractéristiques propres qu'une comparaison imprudente avec la Shoah ne peut pas révéler. On ignore si ce génocide, dont le régime nazi était le premier responsable, visait la disparition totale d'une culture, mais de fait celle-ci était menacée par des crimes massifs dont l'intensité variait beaucoup d'un pays à un autre : stérilisations, déportations, mises à mort, soit de la totalité d'une communauté tsigane locale, soit d'une partie, les enfants, les femmes, les sédentaires voire de supposés « aryens » pouvant être épargnés en vue d'une acculturationChristopher R. Browning, « The Nazi Empire », dans Donald Bloxham et A. Dirk Moses, The Oxford Handbook of Genocide Studies, Oxford University Press, 2010, .Jennifer Illuzzi, « The genocide of the Romani people in Europe », dans Ben Kiernan (dir.), The Cambridge World History of Genocide, Cambridge University Press, 2023, , .. Christopher Browning explique avec nuance :

Persécutions du Troisième Reich En Allemagne (1933-1945) vignette|Carte des persécutions envers les Roms (1939-1945). De 1933 à 1936 des Roms sont internés dans les camps de concentration de Dachau et de Buchenwald pour « insociabilité ».

Ils sont aussi internés dans le camp de concentration de Berlin-Marzahn. Le , prétextant l'ouverture des Jeux Olympiques de Berlin, la police sous ordre du préfet Wolf-Heinrich von Helldorf arrête plus de 600 sintés pour les reloger avant de les concentrer dans ce camp.

Avant même l'arrivée au pouvoir des nazis, les Roms sont surveillés par les autorités. À leur arrivée au pouvoir en 1933, ils s'intéressent de près aux Zigeuner (tzigane en allemand). Pour eux, il s'agit de définir une tsiganeLire l'intégralité du dossier Hubert.afin de l'éliminer de la société allemande au nom de la pureté raciale.

Les grandes villes allemandes créent entre 1933 et 1935, sans ordre supérieurDictionnaire de la Shoah, ., des camps d'internement de Roms. À partir de 1936, Arthur Nebe, placé sous l'autorité d'Himmler est chargé de la politique de persécution contre les Roms. Il est à l'origine de l'ordre de « prévention contre le crime ».

En 1936, le tsiganologue converti au nazisme en 1933, le Robert Ritter, est chargé de recenser tous les Roms d'Allemagne. Robert Ritter, associé à l'anthropologue Eva Justin, s'établit à Munich où il a déjà 19 000 dossiers. Pour les compléter, il a besoin des dossiers du plus éminent tsiganologue généalogiste d'Allemagne : le Dr Sigmund Wolff de Magdebourg. Or, ce dernier refuse de communiquer ses dossiers. Ils lui sont finalement confisqués par le ministère de l'Intérieur du Reich sur injonction du Dr Gercke, qui transfère au Dr Ritter toute la saisie.

vignette|220px|Avril 1938, l'anthropologue Eva Justin étudie une femme rom.

En 1937, le Ritter est rattaché au ministère de l'hygiène raciale de Berlin. Grâce au fichage des Roms, les arrestations systématiques commencent à partir de 1938. Le 8 , la loi raciste « contre le danger tsigane ». est promulguée par Himmler : il s'agit d'isoler les Roms du peuple allemand afin d'éviter tout métissage..

En , le Ritter recense ou métis, au printemps 1942 il en recense .. Il distingue sur des critères ethno-physiques les « purs tziganes » et les « métissés » (ou demi-tsiganes). Les experts raciaux du Reich reconnaissent que les Roms forment une des dernières populations indo-européennes, mais ils affirment qu'ils ont été corrompus par le métissageDictionnaire de la Shoah, . et qu'ils menacent la société allemande. Est considéré comme Tsigane quiconque a au moins un grand-parent rom.

Par le décret du 16 décembre 1942, le , Himmler ordonne le transfert des Tsiganes et des , demi-Tsiganes, du Grand Reich à Auschwitz-Birkenau..

Les Roms, Allemands ou déportés des autres pays européens, furent aussi internés dans tous les camps présents en Allemagne.

À Ravensbrück, la torture des femmes, enfants et jeunes filles, et les méthodes pour stériliser les femmes roms témoignent des persécutionsLe génocide des Tsiganes par les nazis..

À Bergen-Belsen, de nombreux roms et sinté, périrent. Leur nombre exact n'a toujours pas pu être identifié.

Selon une idée commune (et fausse) à l'époque en Allemagne, deux groupes de Roms étaient réputés « racialement purs » (non métissés et donc aryens) : les Sinti (~13 000 en 1939) et les Lalleri ( en 1942).. Les Roms non métissés (les Sinti et les Lalleri) ont un passeport brun, les métis ont un passeport bleu ciel, les nomades un passeport gris. Théoriquement, les Roms « purs » devaient être préservés et isolés. Cependant, on retrouve beaucoup de Sinti et Lalleri dans les chambres à gaz des camps de concentration. Il est évident que, durant la guerre, la différenciation entre Tsigane « racialement pur » ou non, ne préoccupait pas les fonctionnaires allemands : Tsiganes ou métissés, ils étaient condamnés. De plus, même si ces Tsiganes « purs », n'auraient, théoriquement, pas dû être déportés, ils étaient aussi soumis à la stérilisation forcée. La politique de génocide était généralisée. Abattus, gazés ou stérilisés, les Tsiganes d'Allemagne étaient condamnés à disparaître..

Durant les derniers mois de la guerre, de nombreux prisonniers libérés des camps ont été soumis aux marches de la mort, des roms figurent parmi les victimes. Le professeur britannique Dan Stone a mis en lumière le cas de Karl Franz, qui apparait dans les registres de la marche de Neunburg vorm Wald. Malgré la présence des archives, la demande de sa fille qui le recherchait en 1959, reste sans suite de la part des autorités allemandes.

Les Les (ou ) étaient les camps de concentration et d'extermination des familles tsiganes. Les plus connus étaient ceux d'Auschwitz (Pologne) où Josef Mengele et Carl Clauberg ont pratiqué de nombreuses expériences médicales, sévices et barbaries pseudo-médicales, tout particulièrement sur les populations tziganes..

vignette|220px|1943, Johanna Schmidt, Sinté née à Leipzig en 1937. Utilisés avec son petit frère Erdmann par le Mengele, le 6 juin 1943. Disparus.

Dans l'Europe occupée (1939-1945) Dans les zones de l'Europe occupées par les Allemands, le destin des Roms varie d’un pays à l’autre, selon les circonstances locales. Les nazis internaient généralement les Roms et les déportaient ensuite en Allemagne ou en Pologne et dans les camps de la mort pour les soumettre au travaux forcés, les assassiner, et/ou pratiquer des expériences médicales.

Ils sont aussi tués dans des Gaswagen (camion à gaz), sur les territoires d'Autriche, de Serbie et aux ghettos polonais.

En Pologne, dans les camps d'Auschwitz où les travaux d'identification ne sont pas terminés, de nombreuses familles tsiganes ont perdu la vie.. À partir du printemps 1942, pour les prisonniers qui ne sont pas gazés dès leur arrivée, les matricules précédés d'un Z sont tatoués sur le bras pour les adultes et sur la cuisse pour les enfants roms ayant les bras trop fins.

L'une des dates marquantes, est la nuit du 2 au , appelée la (la « nuit tzigane » en allemand). La liquidation des camps des familles d'Auschwitz est ordonnée. présents à cette date, en particulier des femmes, enfants et personnes âgées sont exécutés., nuit dont André Rogerie, résistant français a été témoin. La résistante Marie-Claude Vaillant-Couturier en témoignera également lors du Procès de Nuremberg.

vignette|300px|1940, Stephanie Holomek, femme rom, cliché d'identification SS à Auschwitz.

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