Jesús Rafael Soto est un plasticien, sculpteur et peintre né le à Ciudad Bolivar (Venezuela) et mort le à Paris Relevé des fichiers de l'Insee.

Il est principalement reconnu pour ses travaux d'art cinétique , usant du regard du spectateur pour mettre en mouvement ses œuvres. Le grand public le connaît par ses Pénétrables et de ses œuvres monumentales sérielles.

Biographie Premières années au Venezuela, 1923-1942 Jesús-Rafael Soto est né le à Ciudad Bolívar. Son père Luis Garcia Parra est musicien et sa mère Emma Soto est femme au foyer. Ils partagent leur modeste maison avec plusieurs autres membres de leur famille.

Il rentre à l'école primaire dès 1929 et fait des petits boulots notamment de livraison de colis entre Ciudad Bolívar et Soledad. Issu d'une famille pauvre, il est difficile pour lui d'obtenir des fournitures de dessin, mais sa grand-mère lui en procure et Soto commence à dessiner à l'âge de 5 ans. En 1933, ses parents divorcent et le peintre est éduqué de façon violente et rigoureuse par son oncle maternel..

En 1934, il est inscrit à l'institut El Colegión, où il obtient de bonnes notes mais échoue aux examens de fin d'année. Ensuite, il abandonne l'école et se rend à Maracaibo pour travailler avec son oncle. En , il retourne à Ciudad Bolívar et obtient son diplôme d'études supérieures. La même année, il apprend à jouer de la guitare et copie des reproductions de peinture qu'il trouve dans les magazines ou dans les livres. En 1936, il intègre l'Institut Aristeguieta pour terminer ses études universitaires.

Vers 1939, il commence à travailler comme affichiste pour un cinéma de la ville et dessine les affiches à la main. En 1940, il rencontre un groupe d'étudiants surréalistes qui l'encouragent à commencer une carrière d'artiste.

La période académique à Caracas, 1942-1950 Grâce à une bourse, il étudie l'art et l'histoire de l'art à partir de à l'École des arts plastiques et appliqués de Caracas. Il apprend la peinture avec Antonio Edmundo Monsanto et y rencontre Carlos Cruz Diez, Alejandro Otero et Pascual Navarro. Durant cette période Soto est notamment influencé par les travaux de Paul Cézanne. Ses premiers paysages et natures mortes montrent son penchant pour le cubisme.. En 1943, il expose ses premières œuvres figuratives au Salon d'art vénézuélien de Caracas. En 1947, il met un terme à ses études et devient le directeur de l'Escuela de artes plasticas de Maracaibo.

Installation à Paris et les Disidentes, 1950-1955 Soto se rapproche du groupe des Disidentes qui s'est formé à Paris. S'y trouvent ses anciens camarades de classe qui ont déjà immigré en France. Leurs volontés artistiques se rapprochent de Piet Mondrian, De Stijl, Bauhaus, Kasimir Malevitch, László Moholy-Nagy, Gabo et Pevsner. Ils ont une position critique envers l'art figuratif qui se pratique alors au Venezuela. Ils optent pour la tendance à l'abstraction géométrique et sont proches du groupe des Madí.

En 1950, Soto obtient une bourse d'études pour aller à Paris, il est recueilli par les artistes vénézuéliens du groupe, mais le décalage frappe le peintre. Le monde artistique français et européen est loin de ce qu'il a étudié à Caracas. Le peintre a l'impression d'avoir environ 30 ans de retard sur le monde artistique.. Malgré cela, dès 1951 il est parrainé par le praticien de l’abstraction, Auguste Herbin. Ce dernier le fait participer pour la première fois au Salon des réalités nouvelles. Il assiste aussi aux conférences de l'atelier d'art abstrait fondé par Jean Dewasne et Edgard Pillet.

En 1952, il collabore avec Alejandro Otero, Alexander Calder, Fernand Léger, Antoine Pevsner, Henri Laurens, Hans Arp, et d'autres dans le Proyecto de Integración de las Artes à l'université centrale du Venezuela, dirigé par l'architecte Carlos Raúl Villanueva ; le projet a été conçu pour intégrer à l'architecture l'art des modernistes d'avant-garde.

Apport à l'art cinétique, 1955-2005 En , il participe à l'exposition Le Mouvement à la galerie Denise René à Paris. Cette exposition est considérée comme l'acte de naissance de l'art cinétique en France et en Europe. Pour Jean Clay. c'est le moment où Soto bascule définitivement dans l'art cinétique avec sa première œuvre en mouvement, Spirale. Il explore les problèmes perceptuels du système abstrait-constructiviste ; avec des idées auxquelles contribuent Victor Vasarely, Yaacov Agam, Jean Tinguely, et Julio Le Parc. Son exploration s'approfondit et augmente quand il se familiarise avec le travail de Marcel Duchamp. Soto voit l’œuvre Rotative en demi-sphère (1921) de ce dernier à la galerie Denise René lors de l'exposition Le Mouvement. Alors que cette dernière a déjà commencée Soto s'inspire de ce travail et expose Spirale quelques jours plus tard. vignette|redresse|Sans titre (1957), Caracas, université centrale du Venezuela. Soto développe un vocabulaire cinétique qui permet de produire différentes formes de vibrations optiques : celles-ci, à leur tour, modifient l'espace et la perception du visionneur. Il expérimente également les plans chromatiques et les qualités de la couleur, explorant les rapports entre les lignes parallèles et la figure, et entre le fond et le premier plan, afin de produire du mouvement dans les peintures, des constructions tridimensionnelles, et des reliefs.

Par ses travaux, il se trouve régulièrement en lien avec les artistes du GRAV (Groupe de recherche d'art visuel), comme François Morellet, Julio Le Parc ou Joël Stein, mais sans jamais intégrer réellement le groupe. Soto préfère rester indépendant malgré les nombreux rassemblements d'artistes à cette époque comme le Groupe N à Padoue, le Groupe T à Milan, le Groupe Zéro à Düsseldorf, le Groupe Nul en Hollande, le Groupe Dvizhenie à Moscou, le Groupe Anonima de Cleveland.

Sa mort en 2005 Jesús Rafael Soto meurt dans sa résidence parisienne, le . Il avait décidé que sa tombe se trouverait dans le cimetière du Montparnasse (division 2), en souvenir de sa vie parisienne loin du Venezuela. À posteriori, Soto est un artiste particulièrement exposé en France, mais aussi dans le monde entier, entraîné par le regain d'intérêt pour l'art cinétique qui s'est opéré au début dans les années 2000.

Chronologie Sélection de dates tirée du site de la galerie Denise René.

1955 : Jesús-Rafael Soto reçoit le grand prix national de la sculpture en France. 1956 : première exposition personnelle à la galerie Denise René à Paris. 1960 : il obtient le prix national de la peinture au Venezuela. 1961 : il participe à l'importante exposition internationale d'art cinétique Bewogen Beweging organisée par Daniel Spoerri au Stedelijk Museum d'Amsterdam puis reprise par Pontus Hulten au Moderna Museet de Stockholm. 1963 : il gagne le prix Lobo à la Biennale de São Paulo, et l'année suivante il reçoit le deuxième prix de D. Brigtht à la Biennale Venise. 1967 : il réalise son premier pénétrable à la galerie Denise René qui édite alors la boîte Sotomagie, biographie en valise constituée de 11 multiples d'œuvres réalisées entre 1951 et 1965. Participe à l'exposition Lumière et Mouvement organisée par Frank Popper au musée d'Art moderne de la ville de Paris en créant un Grand Mur Vibrant d'environ de long vibrant sous une lumière artificielle. 1968-69 : à la Kunsthalle de Berne, grande rétrospective Soto qui circule en Europe pour finir au Palais de Tokyo à Paris : l'évènement est créé par un pénétrable de qui couvre entièrement le parvis du musée. 1969 : à la Kunsthalle Göteborg en Suède, rencontre du peintre cinétique dans cette ville de Youri Messen-Jaschin. 1970 : exposition à la galerie Denise René rive droite autour du thème du plein : l'artiste anime murs et plafonds de la galerie et réalise son premier pénétrable sonore. 1973 : il fonde el Museo de Arte Moderno Jesús Soto dans Ciudad Bolívar avec des travaux de sa collection ; Villanueva a conçu le bâtiment du musée. 1974 : vaste rétrospective Soto au Musée Guggenheim à New York. Simultanément présentation des œuvres récentes de l'artiste à la galerie Denise René à New York. 1980 : exposition personnelle à la galerie Denise René rive gauche. 1982 : rétrospective à Madrid au Palacio de Vélasquez, Parque del Retiro. 1992 : il participe à l'exposition L'Art en mouvement à la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence : présentation d'un monumental Cube de Provence. 1992 : il participe à l'Exposition universelle de 1992 à Séville en y exposant notamment Media esfera azul y verde. 1998 : grande rétrospective de l'œuvre de Soto organisée par Daniel Abadie à la galerie nationale du Jeu de paume. 1999 : Soto est nommé docteur honoris causa de l'université de Carabobo au Venezuela.

Travaux artistiques Jesús-Rafael Soto est célèbre pour ses peintures et constructions, jouant avec les effets d'optiques. Artiste emblématique du mouvement de l'art cinétique, Soto a notamment exploré la question de l'implication du spectateur dans l'œuvre avec ses Pénétrables. Ses objets sont des volumes virtuels installés dans l'espace qui semblent interagir avec leurs environnements (nature, espace urbain, etc.). L'artiste travaille aussi beaucoup en série, cette idée que créer des œuvres en multiples, parfois par dizaines d’exemplaires, en ressort la notion d’effacement. Dès 1951 il se dirige vers les arts programmés et sériels, par la répétition des formes simples et des effets optiques. C'est cette évolution qui le mène jusqu'à l'art cinétique.

En 1955, il participe à l'exposition Le Mouvement, à la galerie parisienne Denise René aux côtés de Yaacov Agam, Pol Bury, Alexander Calder, Marcel Duchamp, Robert Jacobsen, Jean Tinguely et Victor Vasarely. La particularité des œuvres cinétiques de Soto est qu'il met en mouvement les œuvres picturales sans avoir recours à la mécanique. Il utiliser l'œil humain comme moteur, profitant des effets optiques et rétiniens pour donner la sensation au spectateur que l'œuvre bouge.

La superposition des plans Durant l'exposition de 1955, Soto présente Spirale, qui marque son passage à l'art cinétique, mais dès 1954 avec Métamorphose Soto met en avant le fait d'utiliser l'œil du spectateur comme moteur grâce à une superposition des plans entre un fond peint en bois et une plaque de Plexiglas. On retrouve la superposition des plans dans des œuvres comme Spiral con Rojo (1955) ou Structure cinétiques (1955). L'utilisation du Plexiglas est directement inspirée des travaux de Lászlό Moholy-Nagy dont il a fait traduire le livre Vision in Motion.

Le fond strié et les formes géométriques Rapidement Soto laisse de côté l'utilisation du Plexiglas pour utiliser les fonds striés, noir et blanc. Grâce à ce nouveau fond strié, il n'a plus besoin de la transparence pour jouer entre les plans. La contiguïté du fond strié contraint l’œil à un constant et impossible ajustement par rapport à ce qui se trouve au-devant. Tant que l’œil ne bouge pas l’œuvre reste stable. Dès que le regard se déplace la régularité de la forme disparaît sous le fond strié, la vibration englobe tout. L'œuvre Première Vibration est réalisée en 1957. On retrouve le même procédé dans toute la série des Vibraciones, mais aussi des Leños Viejo en 1959, en association avec le travail de Jean Tinguely.

En découle directement en 1963 la grande série des Ecritures, où Soto introduit le fil de Nylon dans ses œuvres. Il suspend au devant de fonds striés des éléments de formes géométriques en tige de métal peint en noir. L'ensemble donne un effet de lévitation et la vibration est toujours présente grâce à l'œil moteur. Les Vibrations Horizontales du milieu des années 1960 répondent aux mêmes principes de vibration et de suspensions dans un autre sens, ajoutant aussi le mouvement éolien.

Le carré