Yan' Dargent, pseudonyme de Jean-Édouard DargentPlus tard, il préféra Yann, auquel l'élision d'un « n » oblige d'adjoindre une apostrophe, et signera Yan' Dargent. Son nom sera souvent orthographié « d'Argent » par les critiques d'art de son époque. Ce « D' » est sans raison., né le à Saint-Servais et mort le à Paris, est un peintre et illustrateur français.
La majeure partie de son œuvre picturale est consacrée à sa région natale, la Bretagne.
Biographie Les jeunes années Son père, Claude Dargent, émigré lorrain, est tanneur, sa mère, Marguerite Perrine Clémentine Robée, fille de Pierre Robée aubergiste, tenait également le relais de poste et le débit de tabac. Il devint maire à la monarchie de Juillet. Yan' Dargent a deux ans quand sa mère meurt. Son père se remarie à Saint-Pol-de-Léon avec Marie Félicité Wangrevelynghe, âgée de 20 ans., et l'enfant est élevé par ses grands-parents. Pierre Robée, grand-père maternel, ancien marin, le confie à l'un de ses oncles, Thomas, vieux chouan, instituteur à Plouaret, où il aura comme condisciple François-Marie Luzel, poète, folkloriste, puis archiviste, qui restera son ami.
Il est d'abord élève au collège Saint-Joseph de Landerneau, puis en 1836 à l'institution Notre-Dame du Kreizker de Saint-Pol-de-Léon, où il fait des études médiocres, avant de rejoindre son père à LanderneauN'ayant pas pu s'installer comme tanneur à Morlaix, Claude Dargent s'installe à Landerneau (1833-1834)..
Son grand-père voulait en faire un marin, mais Yan' Dargent préférait les mathématiques et le dessin.
En 1840, d'abord dessinateur à Brest dans l'entreprise de travaux publics Déniel, il entre après examen dans l'administration des ponts et chaussées, puis passe à la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest qui doit construire la ligne de chemins de fer entre Morlaix et Brest, où il est chargé de faire des relevés topographiques.
En 1846, alors inspecteur des travaux à la construction de chemin de fer de Montereau, sa rencontre avec Jules-Nicolas Schitz, professeur de dessin du lycée de Troyes, qui l'engage à développer ses talents, sera déterminante.
Considéré comme autodidacte, il n'a jamais fait partie d'une « école », ce qui a pu nuire à sa carrière.
Le peintre et l'illustrateur
En 1849, sa compagne, Aimée Louise Eulalie Crignou (ou Gignon), donne naissance à un fils, Ernest, que Yan' Dargent ne reconnaîtra qu'à la mort d'Aimée, en 1861.
En 1850, alors qu'il est pressenti par sa compagnie des chemins de fer pour la réalisation d'un chantier en Espagne et, sur les instances réitérées du fils de l'éditeur Furne qui avait deviné ses talents, il donne sa démission pour se consacrer à son art d'illustrateur et s'installe à Paris. Pendant dix ans, il poursuit sa production artistique et expose tous les ans, sans succès, au Salon de Paris, à partir de 1851.
En 1861, aux côtés d'Évariste-Vital Luminais, Adolphe Leleux, Charles Fortin, Jules Noël, Octave Penguilly L'Haridon, il présente quatre tableaux (Les Lavandières de la nuit (ballade bretonne), Souvenir de collège, Les Pilleurs de Mer à Guissény, Pâtres des plaines de Kerlouan), ce que Maxime Du Camp, comme beaucoup d'autres, fait remarquer ironiquement : . Au contraire, Théophile Gautier fait l'éloge des Lavandières de la nuit (musée des Beaux-Arts de Quimper). Et Théophile Gauthier de conclure : ― Théophile Gautier, Abécédaire du Salon de 1861, Paris, E. Dentu éditeur, 1861.. Sa renommée est faite.
À ce succès sans suite, il trouve, comme son ami et rival Gustave Doré, dans l'illustration de livres , une rémunération plus régulière que la vente de ses toiles.
Il est aussi un illustrateur très fécond, pour des revues telles que le Magasin pittoresque, le Musée des familles, La vie à la campagne, ou La France illustrée.
Près de Saint-Pol-de-Léon, à Créac'h-André, il fait construire une villa à l'endroit même où écolier à Saint-Pol, il venait en promenade le jeudi et le dimanche.
Le , il épouse Eugénie Antoinette Stéphanie Mathieu, musicienne, fille du peintre Eugène Mathieu et directeur de la publication La France illustrée. De 1869 à 1878, il est chargé par le clergé de la décoration de plusieurs églises : Saint-Servais, Landerneau, Morlaix, Ploudalmézeau et surtout la cathédrale Saint-Corentin de Quimper dont il réalise l'ornementation de toutes les chapelles latérales, ce qui lui prendra sept ans.
Son œuvre est inégale, il connaît une période académique, mais il a aussi réalisé, en dehors des Lavandières de la nuit, son œuvre la plus célèbre, des peintures comme La Petite Roscovite (mairie de Saint-Pol-de-Léon). Il a également peint des couchers de soleil sur les grèves de Roscoff, ainsi que des tableaux sur les paysages du Léon.
Par décret du , il est nommé chevalier de la Légion d'honneur.
En , à la mort d'Eugénie Mathieu, il se fixe définitivement à Créac'h-André.
Lors de la création de l'Union régionaliste bretonne en 1898, il accepte d'être le premier président de la section des Beaux-Arts.
À la fin de sa vie, en proie à des difficultés financières, il sera accueilli par son fils.
Il meurt le à Paris, probablement d'une embolie pulmonaire, et est enterré à Saint-Servais.
Postérité vignette|redresse|Tombe de Yan' Dargent à Saint-Servais. Avant sa mort, il avait demandé à être enterré à Saint-Servais, et que sa tête soit déposée dans l'ossuaire qu'il avait décoré, à côté des ossements de sa mère et de ses grands-parents, selon la pratique de l'époque. Un délai de cinq ans étant nécessaire pour les descendants, c'est le que son fils, Ernest Yan' Dargent, muni de l'approbation de l'évêque de Quimper et de Léon, fait ouvrir le cercueil afin de procéder à la décollation. Mais après huit ans, le corps est encore en bon état de conservation, et l'abbé Guivarc'h est obligé de trancher lui-même la tête, .. La belle-familleFélix et Hyacinthe Dargent, les demi-frères de Yan' Dargent., celle issue du second mariage de Claude Dargent, intente un procès, qui durera six mois, à Ernest et à l'abbé pour violation de sépulture, et abus de pouvoir de la part du fils, légataire universel. Le , le tribunal correctionnel de Morlaix prononce l'acquittement, mais Ernest meurt quatre jours plus tard, sous le coup de l'émotion.
Le dernier décollement de chef connu en Bretagne fut celui du peintre Yan' Dargent réalisé selon sa volonté dans le cimetière de Saint-Servais en 1907 :
Le chef de Yan' Dargent est toujours enfermé dans un reliquaire en zinc, à droite de l'autel de l'ossuaire.
Un musée lui est consacré dans sa ville natale de Saint-Servais.
De nombreux dessins du peintre sont conservés au musée départemental breton de Quimper (études préparatoires pour les peintures murales de la cathédrale de Quimper ; décors de céramiques). Le musée conserve également deux grands plats décorés par Yan' Dargent, exécutés à Quimper.
Il y a quelques années, toutes les peintures murales de la cathédrale de Quimper, réalisées par Yan' Dargent ont été restaurées. Cela a permis à ce peintre oublié de sortir de l'anonymat. Une étudiante de l'université de Brest lui a consacré sa thèse.
De nombreuses rues portent son nom en Bretagne.
Décoration
Œuvre vignette|redresse|Poucette, illustration pour les contes d'Andersen. vignette|redresse|Frontispice du Nouveau Robinson suisse, gravure de Joliet d'après Yan' Dargent. Ancien calvaire de Killinen, près Quimper, 1893, huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de QuimperTableaux visibles au musée des Beaux-Arts de Quimper.. Brizeux et Marie, musée d'Art et d'Histoire de Saint-Brieuc Dahut enlevée par une lame, huile sur toile, , localisation inconnue. Légende du Folgoët, localisation inconnue. La Falaise de Pen-Hir, Camaret, fusain, , musée des Beaux-Arts de Brest. Le Menhir, localisation inconnue. Le Soir aux grèves de Roscoff, vers 1865-1870, huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de Brest.. Les Pilleurs de la mer [à Guissény], exposé au Salon de 1861, décrite notamment par Théophile GautierThéophile Gautier, Abécédaire du Salon de 1861, 1861 (en ligne sur Gallica)., œuvre disparue ; il en subsiste une étude préparatoire.. Le Travail, 1875, huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de Quimpermusée des Beaux-Arts de Quimper.. Les Lavandières de la nuit, 1861, huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de Quimper. L'Intempérance, vers 1870, huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de Quimpermusée des Beaux-Arts de Quimper.. Mort du dernier barde, vers 1865, dessin au fusain et à la craie blanche sur papier, 56.5 x 117.5 cm musée des Beaux-Arts de Quimper. Saint Houardon, 1859, huile sur toile, , Landerneau, église Saint-Houardon. Paysage à Goulven en Plounéventer, 1899, huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de Morlaix. Soir en Plounéventer, huile sur bois, Vannes, musée de la Cohue. À la queue de l'étang de Brézal, 1889, musée des Beaux-Arts de Rennes. Sauvetage à Guissény, localisation inconnue. Portrait de Prosper Proux, huile sur bois, , localisation inconnue. Un soir sur la lande, localisation inconnue. Vue de La Roche-Maurice, localisation inconnue. Tableaux dans l'église des Carmes, à Brest, et dans l'église de Ploudalmézeau. Cortège des saints personnages convergeant vers le Christ glorieux (1891-1893), peinture murale dans le chœur. et Saint Houardon voguant dans une auge de pierre, huile sur toile, Landerneau, église Saint-Houardon. Le Père Maunoir recevant le don de la langue bretonne et Le vénérable Michel Le Nobletz prêchant à une foule en Bretagne, peintures murales, Quimper, cathédrale Saint-Corentin. À la demande de l'évêque René-Nicolas Sergent, Yan' Dargent réalise le décor du pourtour du chœur et des chapelles en utilisant la technique de la peinture à la cire et à l'huile sur enduit sec. Un fonds de dessins préparatoires est conservé à Quimper au musée départemental breton. Présentation de Jésus au Temple, tableau préliminaire de la fresque de la nef de la chapelle Saint-Joseph à MorlaixJean Édouard Dargent dit Yan D'Argent, Présentation de Jésus au Temple, Cerca Trova.. La Roche-Maurice le soir", huile sur toile, XIXe, , Musée_des_Beaux-Arts_de_Béziers.
Illustration d'ouvrages Christophe Colomb, éditions Palmer. Dante, éditions Garnier. Lourdes, éditions Lasserre. Contes des frères Grimm, éditions Garnier, 1921. Nouveaux contes bleus d'Édouard Lefebvre de Laboulaye, éditions Furne, Jouvet et , 1868. Contes danois de Hans Christian Andersen, traduits par Ernest Grégoire et Louis Moland, éditions Garnier Frères, 1873. Nouveaux contes danois de Hans Christian Andersen, traduits par Ernest Grégoire et Louis Moland, éditions Garnier Frères, 1875. Les Souliers rouges et autres contes de Hans Christian Andersen, traduits par Ernest Grégoire et Louis Moland, éditions Garnier Frères, 1880. Le Robinson suisse, Le Nouveau Robinson suisse, de Johann David Wyss éditions Hetzel, 1866. L'Espace céleste, par Emmanuel Liais, éditions Garnier. Histoire fantastique du célèbre Pierrot d'Alfred Assollant, éditions Furne et Boivin. La Révolution, par Adolphe Thiers, éditions Furne et Boivin. Vie des Saints, par , éditions Victor Palmé, 1887. La Vie des fleurs et des fruits, Eugène Noël, Lévy frères, Paris, 1859. Histoire d'un bûche, Jean-Henri Fabre, Garnier frères, 1867... Le monde des insectes, Samuel-Henri Berthoud, Garnier, 1869. Les Hôtes du logis, Samuel-Henri Berthoud, Garnier. L'Homme depuis cinq mille ans, Samuel-Henri Berthoud, Garnier, 1876. L'esprit des oiseaux, Samuel-Henri Berthoud, Alfred Mame, 1867.. Chasses dans l'Amérique du Nord, Bénédict-Henry Révoil, Alfred Mame, 1869.
Notes et références
Annexes Bibliographie Jean-Loup Avril, Mille Bretons, dictionnaire biographique, Saint-Jacques-de-la-Lande, Les Portes du large, 2002, . André Cariou et Dominique Radufe, Yan Dargent 1824-1899, éd. du musée des Beaux-Arts de Quimper, 1999 . Marcus Osterwalder (dir.), Dictionnaire des illustrateurs, 1800-1914, éditions Ides et Calendes, 1989, .