vignette|Victimes du massacre de la Ghouta en 2013. Des armes chimiques sont employées au cours de la guerre civile syrienne. L'utilisation de gaz sarin, du chloreBenjamin Barthe, Jacques Follorou, Cécile Hennion et Yves-Michel Riols, Attaques au chlore en Syrie : ces preuves qui embarrassent les Occidentaux, Le Monde, 4 juin 2014. et de gaz moutarde est observée pendant le conflit. La grande majorité des attaques chimiques (plus de 200 à 300, selon diverses ONG et services de renseignement) sont le fait du régime syrien (essentiellement aux agents inervants et au chlore gazeux), mais l'État islamique en fait également usage (5 attaques au gaz moutarde documentées)Du gaz moutarde a été utilisé dans la guerre en Syrie, AFP, 5 novembre 2015., ainsi que, peut-être, les rebelles.
Selon des ONG médicales et humanitaires, les armes chimiques du régime auraient fait près de de fin 2012 à mi-2017.
Les attaques chimiques ont principalement causé des victimes parmi les civils, essentiellement dans des zones aux mains de l'opposition. Le massacre de la Ghouta, le , le massacre de Khan Cheikhoun, le , et l'attaque chimique de Douma, le sont les attaques chimiques les plus meurtrières du conflit, elles font essentiellement des victimes civiles.
Armes chimiques du régime syrien
Conception des armes chimiques avant la guerre civile Lorsque la guerre civile éclate, la Syrie fait partie des huit pays au monde — avec l'Angola, la Corée du Nord, l'Égypte, Israël, la Somalie et le Soudan du Sud — à ne pas avoir signé la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, entrée en vigueur en 1997Cyrille Vanlerberghe, La Syrie, un des derniers partisans de l'arme chimique, Le Figaro, 21 août 2013.. Elle a cependant rejoint en 1968 le Protocole de Genève, qui comporte un engagement moral à ne pas utiliser d'armes chimiques, mais qui n'encadre ni la possession ni la production de ces armes. Le régime syrien a passé les dernières décennies à constituer et amasser l'un des plus gros stocks d'armes chimiques. Sous la pression de la communauté internationale, après le massacre de la Ghouta, la Syrie rejoint la Convention sur l'interdiction des armes chimiques en et s'engage à communiquer des informations sur la quantité et l'origine de ses armes chimiques, informations qui ne seront jamais publiées par la Convention. Jusqu'en 2022, le régime ne tient cependant pas ses engagements.
Des témoignages de plusieurs scientifiques syriens sont recueillis par Mediapart en 2017. Ces derniers affirment avoir accepté de participer à l'élaboration d'armes chimiques afin que la Syrie puisse disposer d'une arme dissuasive contre Israël qui disposait de son côté de l'arme nucléaire. Mais ils se sont ensuite opposés ou ont émis des réserves à l'utilisation de ces armes contre les populations civiles syriennes au début de la guerre civile et ont choisi de fuir le pays par craintes de représailles. Selon eux, c'est dès 2009, après la révolution verte en Iran, que le régime syrien décide d'utiliser des gaz de combat, en particulier le sarin, en cas de soulèvement de sa propre population. L'idée aurait été émise par Ali Mamlouk, le chef du renseignement syrien. Sept bases aériennes militaires sont utilisées pour servir d'installation de systèmes de stockage des précurseurs du sarin et de dispositifs de remplissage des bombes et des munitionsRené Backmann, Comment Bachar al-Assad a gazé son peuple: les plans secrets et les preuves, Mediapart, juin 2017.. Quels que soient les groupes suspectés d'être impliqués, une partie des munitions au sarin utilisées dans la guerre ont été fabriquées directement en Syrie par le régime. D'une capacité d'une soixantaine de litres et nécessitant des traitements particuliers, seuls une entité gouvernementale et du personnel formé ont pu les maintenir et les déplacer.
Le régime syrien dispose de sarin depuis les années 1980, qu'il synthétise suivant une procédure particulière avec la présence de deux produits : le (DIMP) et l'hexamine. Selon Mediapart . D’après Brad Roberts, le régime était alors déjà capable de frapper Israël avec des armes chimiques en deux minutes. Le développement des armes chimiques est effectué par le Centre d'études et de recherches scientifiques (CERS), un complexe scientifique et militaire divisé en cinq départements, rattaché directement à la présidence et étroitement surveillé par l'armée et les Moukhabarat. Le département chimie (également appelé le département 3000, puis le département 5000) est dirigé en 2017 par Zouhair Fadhloun et dépend des services de Renseignement de l'Armée de l'Air. Basé dans le quartier de Barzeh à Damas, il dispose également de plusieurs sites dans le désert, notamment à Dumayr. Il dispose également d'une emprise à Jamrayah, près du Palais présidentiel de Bachar el-Assad, et à Mayssaf, près de HomsGeorges Malbrunot, Syrie : qu'est-ce que le mystérieux Centre chimique frappé par les alliés ?, Le Figaro, 15 avril 2018..
Origine de l'arsenal chimique syrien La Russie, l'Arménie et l'Allemagne ont été les principaux fournisseurs de technologie et de matières premières pour le programme syrien de production d'armes chimiquesRené Backmann, Armes chimiques: le régime syrien a construit son arsenal avec l'aide de plusieurs pays, Mediapart, 2 juin 2017.Anne-Laure Frémont, L'Allemagne reconnaît avoir livré des produits chimiques à la Syrie, Le Figaro avec Reuters, 19 septembre 2013..
En réponse au député allemand Jan Van Akten du parti Die Linke, le ministère de l'économie allemande précise que des composés chimiques entrant dans la composition du gaz chimique sarin tels que le fluorure de sodium, l'acide fluorhydrique et l'hydrogène fluoré ont été exportés en 2002-2003 à hauteur de puis en 2005-2006 pour un montant de . Le feu vert à la livraison est donné sous le gouvernement de Gerhard Schröder puis sous celui de Angela Merkel après avis des services secrets indiquant que .
En , un rapport de l'ONU affirme que deux convois nord-coréens à destination de la Syrie ont été interceptées par deux États membres de l'ONU au cours de l'année 2017. Ces marchandises proviendraient du (Komid) — un exportateur d'armes nord-coréen figurant depuis 2009 sur la liste noire du Conseil de sécurité de l'ONU — et avaient comme destinataire des organismes syriens utilisés comme des sociétés-écrans pour le Centre d'études et de recherches scientifiques syrien (CERS). Une commission d'experts de l'ONU enquête alors sur Deux cargaisons nord-coréennes destinées à la Syrie interceptées, Le Figaro avec Reuters, 22 août 2017..
Utilisation du sarin entre 2012 et 2013 En , le régime ordonne au Centre d'études de recherches scientifiques (CERS) la production de munitions de petite taille — comme des obus, des grenades ou des ogives de roquettes — adaptées à l'usage d'armes chimiques. Les unités d'hélicoptères reçoivent leurs premières grenades de sarin. La première utilisation de sarin lors du conflit syrien est signalée en à Kafr Takharim et Salqin, à à l'ouest d'Alep. Selon le Ministère français des Affaires étrangères, les gaz de combat ont été utilisés à près de 130 reprises par le régime syrien entre et . Selon les ONG médicales et humanitaires, ces attaques auraient fait près de .
Le régime syrien reconnaît officiellement disposer d'armes chimiques le , il menace alors de les utiliser contre les forces occidentales si ces dernières devaient intervenir militairement en SyrieLa Syrie menace d'utiliser des armes chimiques : la mise en garde d'Obama, Le Parisien avec AFP, 23 juillet 2012.Céline Lussato, Armes chimiques : quel arsenal possède Bachar al-Assad ?, Le Nouvel Observateur, 25 juillet 2012.Yohan Blavignat, Attaques chimiques en Syrie : histoire d'un massacre de masse, Le Figaro, 5 avril 2017..
Le , le président des États-Unis Barack Obama avertit le que aurait et constituerait une Natalie Nougayrède, La menace des armes chimiques syriennes, Le Monde avec AFP et Reuters, 4 décembre 2012.Obama n'exclut pas d'intervenir en Syrie, AFP, 20 août 2012.Isabelle Lasserre, Barack Obama établit une «ligne rouge» en Syrie, Le Figaro, 22 août 2012.Hélène Sallon, Les armes chimiques, ligne rouge d'une intervention en Syrie, Le Monde avec AFP et Reuters, 27 mai 2013.. Si cette dernière devait être franchie, le président américain menace d'une possible intervention militaire : . Cette position également endossée deux jours plus tard par le Premier ministre britannique David Cameron. Le , le président français François Hollande déclare également que l'emploi d'armes chimiques par le régime syrien serait Hollande brandit la menace d'une "intervention directe" en Syrie, France 24 avec AFP, 27 août 2012..
À partir du mois de , selon le journal Le Monde, les troupes du régime syrien commencent à utiliser des armes chimiques contre les rebelles dans la Ghouta orientaleJean-Philippe Rémy, Guerre chimique en Syrie - Sur le front de Damas 1/5, Le Monde, 27 mai 2013. : une enquête est menée sur le terrain par le journaliste Jean-Philippe Rémy et le photographe Laurent Van der Stockt, qui se rendent en avril dans le quartier de Jobar, contrôlé par l'Armée syrienne libre, à l'est de Damas. Ils y sont témoins à plusieurs reprises d'attaques à l'arme chimique par l'armée syrienne, Laurent Van der Stockt étant même légèrement blessé. Selon Jean-Philippe Rémy : . Les deux envoyés spéciaux regagnent ensuite la France avec des vêtements et des échantillons de sang, d'urine et de cheveux, fournis par des médecins de plusieurs hôpitaux de fortune et des insurgés, et prélevés principalement sur des combattants rebelles de Jaych al-Tahrir al-Cham actifs à Jobar et Zamelka, car les plus exposésJean-Philippe Rémy, Syrie : comment les échantillons de gaz sarin ont été rapportés, Le Monde, 5 juin 2013.. Les analyses, menées par le Centre d'études du Bouchet, dépendant de la Direction générale de l'Armement (DGA), confirment l'utilisation du gaz sarinChristophe Ayad, Syrie : Paris et Londres affirment avoir des preuves de l'utilisation de gaz sarin, Le Monde avec AFP et Reuters, 5 juin 2013.Thierry Oberlé, Paris confirme l'utilisation de gaz sarin en Syrie, Le Figaro, 5 juin 2013.Roland Gauron, Des analyses confirment l'utilisation de gaz sarin en Syrie, Le Figaro, 28 juin 2013..
Le , le général Itaï BrunPuis, le chef du département de recherche et d'analyse au sein de la division du renseignement de l'armée israélienne, déclare que les forces de Bachar el-Assad ont fait usage de l'armée chimique : Syrie : Londres et Washington changent de ton et évoquent l'usage d'armes chimiques, Le Monde, 25 avril 2013.. Le même jour, le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, affirme cependant que les États-Unis ne sont « pas parvenus à la conclusion » que ce type d'armes ait été employés en SyrieObama reçoit l'émir du Qatar en plein ballet diplomatique sur la Syrie, AFP, 23 avril 2013.. Mais le , les États-Unis changent de ton et affirment pour la première fois, ainsi que le Royaume-Uni, que le régime syrien a probablement utilisé des armes chimiques. Le secrétaire à la Défense des États-Unis, Chuck Hagel, affirme alors que : Laure Mandeville, Syrie : pour Washington, Damas a utilisé des armes chimiques, Le Figaro, 26 avril 2013.. Cependant la Maison Blanche se montre plus prudente et indique que les évaluations du renseignement n'apportent pas de suffisantes. De son côté, un porte-parole du ministère britannique des affaires étrangères affirme que Londres a .