Alfred Henri Baudrillart, né le à Paris (Seine) et mort le dans la même ville, est un cardinal français, universitaire, historien, recteur de l’Institut catholique de Paris et membre de l'Académie française. Il a fait campagne pour susciter le soutien international à la France pendant la Première Guerre mondiale, tandis que pendant la Seconde Guerre mondiale il a soutenu le régime de Vichy et la collaboration avec le nazisme.

Biographie Jeunesse et formation Petit-fils de l'agronome Jacques Joseph Baudrillart, fils de l'économiste Henri Baudrillart, c'est un arrière-petit-fils, par sa mère née de Sacy, de l'orientaliste Silvestre de Sacy.

Condisciple de Jean Jaurès, d'Émile Durkheim et d'Henri Bergson à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (promotion 1878), il est agrégé d’histoire en 1881 et docteur ès lettres et en théologie. D'abord professeur au lycée de Laval, au lycée de Caen, puis au collège Stanislas à Paris, il entre dans les ordres et rejoint la congrégation de l’Oratoire de Jésus (oratoriens). Il est ordonné prêtre en 1893.

Historien de formation, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont une monumentale histoire de Philippe V et la Cour de France.

Dignitaire de l’Église catholique Professeur à l'Institut catholique de Paris, Alfred Baudrillart succède à Pierre-Louis Péchenard en 1907 et devient recteur de cet établissement d’enseignement supérieur catholique.

Au cours de la crise moderniste, il s'oppose vigoureusement au courant moderniste et préconise l'obéissance à l'encyclique Pascendi Dominici gregis de Pie X..

Pendant la Première Guerre mondiale il participe à une tournée de propagande en Amérique. Fortement belliciste, alors que la terrible guerre des tranchées n'a pas commencé, il écrit notamment en , à propos de la guerre : Il déplore, après guerre, qu'on ait à maintes reprises cité de manière tronquée sa lettre au Petit Parisien, en particulier sans en reproduire la fin..

Il célèbre en 1912, le mariage de son neveu Gilbert de la Poix de Fréminville fils de Charles de La Poix de Fréminville à Yvonne de Guérriff de Launay à la Cathédrale Saint-Pierre de Vannes..

Le Paul Claudel, alors consul général de France, et Philippe Berthelot, directeur de cabinet du ministre Aristide Briand, rendent visite au recteur de l'Institut catholique : ils sont inquiets car, depuis la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège (1904), le gouvernement français, alors que la France est en pleine guerre contre les empires centraux, craint un isolement international qui soit préjudiciable à la défense des intérêts nationaux. Ils lui suggèrent la création d'un organisme catholique qui aurait le soutien du gouvernement français dans le cadre de l'Union Sacrée. Le président de la République, Raymond Poincaré (qui fut un condisciple de Baudrillart au Lycée Louis-le-GrandLe Cri de Paris du 16 février 1913.) s'est par ailleurs déclaré favorable à cette création et assure que l’État en financera l'action.

Le est annoncée la fondation du Comité catholique de propagande française à l'étranger. « afin de promouvoir une France patriotique, universelle et religieuse », dont Alfred Baudrillart demeurera le président jusqu'à sa mort. Son investissement dans cette officine de contre-propagande l'amène à se rendre plusieurs fois à l'étranger, pendant le conflit et au-delà..

Entre 1915 et 1919 se créent en Europe et en Amérique (du nord comme du sud) des comités francophones et francophiles qui sont des antennes locales de ce comité de propagande. Après la guerre (1921) ce comité se transforme en une association des Amitiés catholiques françaises dans le monde.

thumb|left|upright=1.2|Les prélats Duchesne (à gauche) et Baudrillart (à droite) à leur sortie de l'Académie en 1921.

Le Saint-Siège le nomme évêque in partibus d' en 1921, puis archevêque de . En 1929, il consacre Ange-Marie Hiral. évêque titulaire de Sululos (Tunisie) et vicaire apostolique du canal de Suez. Pie XI, qui l'apprécie particulièrement, le crée cardinal en 1935. C'est le doyen des six cardinaux français qui participent au conclave de 1939, à l'issue duquel Pie XII est élu.

Il est élu membre de l'Académie française en 1918 et nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1920, officier en 1931 et commandeur en 1935.. Proche des milieux politiques, entre autres du président Raymond Poincaré, du maréchal Foch et d'Aristide Briand, il note dans ses carnets (commencés le et rédigés tous les jours sans aucune interruption jusqu’à son décès) ses déplacements et toutes ses rencontres comme ses activités religieuses et universitairesNeuf volumes publiés aux Éditions du Cerf..

La Seconde Guerre mondiale Le cardinal Baudrillart avait conspué le régime de Hitler, notamment lors de son discours de rentrée de l'Institut catholique en , comme étant païen et inhumain ([le nazisme est une] ), dans la ligne de l'encyclique Mit brennender Sorge publiée en par Pie XI. Mais il était aussi, depuis longtemps, hanté par la peur du bolchevisme, au point d'avoir, en 1930, organisé avec Henry Bordeaux un concours de romans sur le sujet. Il confie en 1936 que cette opération était une commande de Pie XI lui-même..

Depuis le début de l'occupation allemande à Paris en 1940, il est sous l'influence de l'espion nazi , qu'il rencontre fréquemment.. Il soutient Pétain Le , cité par . influencé par des lectures d'Abel Bonnard et d'Alphonse de Châteaubriant. Il prône, âgé, malade., quasiment aveugle, et sous influence, la collaboration avec l'occupant dès le mois de juin., alors qu'il décrivait dans ses carnets un an auparavant Hitler comme un « monstre »..

Il juge en juillet, après Mers el-Kébir, la conduite de Churchill , comme beaucoup de Français qui ne voyaient pas l'enjeu stratégique de cette bataille navale. Il invite publiquement, en novembre, les Français à suivre Pétain., après le discours de celui-ci, radiodiffusé le , en faveur de la collaboration.

Âgé, malade et aveugle, il appartient au comité d'honneur du groupe Collaboration.. Selon Philippe Valode, dont la rigueur scientifique des travaux a été remise en cause par Bénédicte Vergez-Chaignon., il adhère au Parti populaire français du fasciste Doriot.. En 1941, il apporte tout son soutien à la création de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme., déclarant : Il apparaît, début décembre, en tête des membres du comité de patronage de la LVF où figure aussi le chanoine Alphonse Tricot, vice-recteur de l'Institut catholique... Pétain avait fini par dire de lui (recevant une délégation d'étudiants de l'Institut catholique) :

Le cardinal meurt quasi aveugle, à Paris, dans la nuit du 18 au , à l'âge de . Son éloge funèbre est prononcé à l'Académie française, le , par Paul Hazard. ; il est enterré à la chapelle des Carmes de l'Institut catholique le .. En rappelant la mémoire des otages fusillés par les Allemands le , l'écrivain catholique Paul Claudel proteste, dans une lettre adressée quelques jours plus tard au cardinal Gerlier, contre les honneurs solennels qui lui ont été rendus à Notre-Dame : « Pour l'émule de Cauchon, l’Église de France n'a pas eu assez d'encens. Pour les Français immolés, pas une prière, pas un geste de charité ou d'indignation »Lettre du citée par ..

Une messe de requiem est encore célébrée à sa mémoire, le , en présence d'une trentaine d'archevêques et d'évêques, à Notre-Dame de Paris..

Les Carnets (1914-1942) À partir du , Alfred Baudrillart note dans un journal personnel (sous la forme de carnets) les principaux faits qui traversent ses journées, et ce jusqu'à sa mort en 1942..

Entre 1994 et 2003, l'historien Paul Christophe s'est attaché à retranscrire et à publier une très large partie de ces pages dans 9 volumes, qualifiés de par Lucien Jerphagnon..

Succession apostolique Alfred Baudrillart a ordonné les évêques suivants. : Évêque Ange-Marie-Paul Hiral, O.F.M. (1929)

Distinctions

().

sans_cadre|50x50px Grand-officier de l'Ordre royal de Saint-Sava (Serbie) (Belgique) sans_cadre|50x50px Croix pro piis meritis (Ordre souverain de Malte)

Publications Philippe V et la cour de France, Paris, Firmin-Didot, 1889-1901, 5 vol. Le Catholicisme en France et les élites intellectuelles, Les Amitiés catholiques françaises, 1900. Léon Lefevre, Morel, 1902. L'Église catholique la Renaissance le protestantisme, Paris, Bloud, 1905. Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, éditions Letouzey et Ané, 1909. Frédéric Ozanam, Paris, Bloud, 1912. Vie de d'Hulst, Gigord, 1912. L'Allemagne et les alliés devant la conscience chrétienne, publication du Comité catholique de propagande française à l'étranger, Bloud et Gay, 1915. La Guerre allemande et le catholicisme, Bloud et Gay, 1915. La France, les catholiques et la guerre. Réponse à quelques objections, Paris, Bloud et Gay, coll. « Pages actuelles », 1917. L'effort canadien. Bloud et Gay, coll. « L'hommage français », 1917. Éloge de Albert de Mun, Institut de France, 1919. Lettres d'un Pèlerin, Athènes, Beyrouth, Smyrne, Lib. Bloud & Gay, 1924. La Vocation catholique de la France et sa fidélité au Saint-Siège à travers les âges, Spes, 1928. La Conquête religieuse de l'Algérie, 1830-1845, Plon, 1930. Nos grandes écoles. L'Institut catholique, 1930. À la jeunesse, Conseils d'hier et d'aujourd'hui, Paris, De Gigord, 1932. Vingt-cinq ans de rectorat. L'Institut catholique de Paris, 1907-1932, Paris, De Gigord, 1932. Vocation de la France, Flammarion, 1934. La Grande et Belle Histoire de la première croisade, Calmann-Lévy, 1935. Soyons prêts !, Flammarion, 1937. Le testament politique d'un prince de l'Église, Inter-France, 1940, préface d'Abel Bonnard.

Les Carnets du cardinal Baudrillart, Le Cerf, 9 volumes (environ ), 1994-2003.

Iconographie Le cardinal Baudrillart a été portraituré par Jules Alexandre Grün et par Félix de Goyon, tableau exposé au salon de la Société nationale des beaux-arts de 1922, ce tableau est passé en vente le , à Troyes chez Pomez et Boisseau, de la plaquette (reproduit).

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Paul Christophe (dir.), Cardinal Alfred Baudrillart, Cerf, 2006, 288 p.

Pierre Texier, Voyage, propagande et pratiques diaristiques. La mission espagnole dans les Carnets de Baudrillart (16 avril-24 mai 1916), mémoire de maîtrise, Université de Bretagne Occidentale, 1 vol. dactyl., 2020, 167 p. (lire en ligne)

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