L’université Jagellonne de Cracovie (), fondée en 1364 par le roi de Pologne Casimir le Grand sous le nom d'Académie de Cracovie (Akademia Krakowska), est la seconde plus ancienne université d'Europe centrale après l'université Charles de Prague. Son nom actuel, adopté en 1817, rend hommage à la dynastie royale des Jagellon, qui régna sur la république des Deux Nations et dont le premier roi, Ladislas II Jagellon, refonda l'université d'une manière durable en 1400..
Histoire vignette|gauche|redresse|alt=|Fondation de l'Académie, toile de Jan Matejko. L'université de Cracovie est fondée, sous le nom d'Akademia Krakowska, le , par le roi Casimir le Grand qui reçoit la permission du pape d'établir une université à Cracovie (alors capitale de la Pologne). Cependant, le Studium Generale à Cracovie ne fonctionne qu'en 1367 avec seulement trois facultés (arts libéraux, médecine et droit), le pape ayant refusé de fonder une faculté de théologie (alors la discipline la plus noble). Le Studium Generale nait sur le modèle de l'université de Paris.
Le premier chancelier de l'université est le juriste et évêque de Cracovie Piotr Wysz de Radolin, et les premiers professeurs sont tchèques, allemands et polonais, presque tous issus de l'université Charles de Prague, où leur grand maître est Matthieu de Cracovie.. Dans le monde universitaire de cette époque, on attend beaucoup des conciles et les professeurs de Cracovie sont favorables à celui de Pise en 1409. Lors du concile de Constance de 1414, le recteur de l'université de Cracovie, Paweł Włodkowic, se rend célèbre en Europe en défendant le principe de la tolérance religieuse envers les non-chrétiens et condamne la conversion par la force..
Le développement de l'université est interrompu par la mort du roi Casimir. Le monarque polonais suivant, Louis de Hongrie, ne s'intéresse pas aux sciences, ce qui cause un long retard. Cependant, l'université est remise sur pied en 1400 par le roi Ladislas II, fondateur de la dynastie Jagellon. Sa femme Hedwige, couronnée « roi » de Pologne, contribue largement à cette restauration en léguant dans son dernier testament en 1399, une partie considérable de son domaine privé à l'université. En 1397, elle persuade le pape de rétablir l'université en y intégrant la faculté de théologie. L'université de Cracovie est la seule université de Pologne jusqu’au où sont fondées l’Académie de Vilnius/Wilno par le roi Étienne Báthory en 1578 et l’académie de Zamość par le chancelier Jan Zamoyski en 1594.
vignette|gauche|redresse=1.2|alt=|L'influence de l'Académie sur le pays, toile de Jan Matejko figurant des étudiants et professeurs célèbres : Zbigniew Oleśnicki, Jean de Capistran, Jean de Kenty, Jean de Kolno, Jérôme de Prague, Grzegorz de Sanok, Jan Długosz, Filippo Buonaccorsi, Conrad Celtes, Albert Brudzewski, Nicolas Copernic et Michał z Wielunia.
Au , l'université connait son siècle d'or. Au nombre des facultés les plus prospères se trouvent la faculté de droit, où enseignent Stanisław de Skarbimierz et Paweł Włodkowic, et celle d'astronomie et de mathématiques, sous l'enseignement de Wojciech Brudzewski (qui met en doute le géocentrisme).. Ses étudiants les plus célèbres sont Nicolas Copernic, Conrad Celtes et Bernard Wapowski. Y étudie aussi le créateur de la langue biélorusse, Francysk Skaryna.
L'université et son chancelier sont des partisans du concile œcuménique de Bâle.
En 1473, l’imprimeur Kasper Straube de Bavière installe à Cracovie la première presse. Il est suivi par Johann Haller qui établit à Cracovie son imprimerie avant 1500. Parmi les personnalités qui influencent la philologie classique, figurent Grzegorz de Sanok, Paweł de Krosno, Stanisław Grzebski et Jakub Górski. ; l'hébreu y est aussi enseigné..
Au , l'université commence à subir une crise. D'une part, elle voit son autorité contestée par les Jésuites qui cherchent à étendre leur emprise sur l'enseignement en Pologne, et projettent même (non sans provocation) d'ouvrir un collège à proximité des bâtiments de l'UniversitéMycinski Jean. Quelques problèmes religieux en Pologne sous le règne de Ladislas IV Vasa (1632-1648). In: Revue du Nord, tome 49, n°194, Juillet-septembre 1967. p.413. S'ensuivront plusieurs procès entre les différents protagonistes. D'autre part, l'Académie de Cracovie se réforme trop lentement, tandis que les universités allemandes, sous l'influence de la Réforme, abandonnent les scolastiques médiévaux plus tôt. Aussi le magicien Johann Georg Faust et avant lui l'alchimiste Pan Twardowski seraient ses étudiants de l'époque. Malgré tout, l'université attire toujours des humanistes, dont des personnalités renommées comme Jan Kochanowski, Andrzej Frycz Modrzewski ou Marcin Kromer.
La crise dure jusqu'à la réforme inspirée par les Lumières et menée par Hugo Kołłątaj, représentant de la Commission de l'éducation nationale, administration centrale d’instruction publique fondée en Pologne après la suppression des Jésuites en 1773.
En 1817, l'université prend le nom de Jagellonne en l'honneur de cette dynastie de rois de Pologne. Parmi ses grands professeurs du figurent Karol Olszewski, Zygmunt Wróblewski, Józef Szujski, Michał Bobrzyński, Stanisław Tarnowski, Jan Niecisław Baudouin de Courtenay, Stanisław Estreicher, Napoleon Cybulski et Marian Smoluchowski.
Tout au long de son histoire, l'université attire des milliers d'étudiants venus de toute l'Europe. Au cours de la seconde moitié du , près de 40 % des étudiants viennent de l'étranger. Au cours des siècles, presque toute l'élite intellectuelle polonaise y est instruite.
En 1939, les Allemands mènent l'opération Tannenberg, connue aussi sous le nom dIntelligentzaktion dont le but est l'extermination des cadres de la société polonaise. À Cracovie, au cours de la Sonderaktion Krakau, le chef de la Gestapo Bruno Müller demande au recteur de réunir tous les professeurs de l'université. Venus de bonne foi, ils sont arrêtés, puis déportés au camp de concentration de Sachsenhausen.
Aujourd’hui, l'université compte seize facultés, dont trois facultés de médecine regroupé dans le Collegium medicum. Près de s'y inscrivent chaque année, dont 65 % sont des femmes. L'université compte environ enseignants-chercheurs.
Bâtiments et campus L'université Jagellonne possède plus de . Le plus ancien est Collegium Maius construit au . Il abrite aujourd'hui le musée de l'université Jagellonne et sa vaste collection d'instruments historiques en lien avec l'astronomie, la météorologie, la cartographie, la physique et la chimie.
Le Collegium Novum, bâti entre 1873 et 1887, est toujours le siège du recteur de l'université. D'autres bâtiments de valeur historique sont situés dans le centre historique de Cracovie () dont le Collegium Minus, le Collegium Witkowski, Collegium Iuridicum, le Collegium Broscianum, le Collegium Wróblewski et l'Arsenal de Ladislas IV.
L'adaptation de l'université aux exigences de l'enseignement supérieur et de la recherche modernes a conduit à la modernisation du et à la construction de l'Auditorium Maximum (en fonction depuis 2005), avec un amphithéâtre pour .
Le situé dans le district de Ruczaj et de Pychowice, à côté du Parc technologique de Cracovie. L'ensemble compte dévolus à l'enseignement. Il comprend des bâtiments pour les facultés des sciences de la vie, biotechnologie, biophysique, biochimie, chimie, géographie, géologie, mathématiques, physique, informatique, astronomie, gestion et communication sociale, science politique et études internationales, ainsi que le parc technologique (LifeScience Park) - un élément du Centre Jagellon de l'innovation ; la plupart des bâtiments sont déjà en fonction. Une ligne de tramway a été mise en service en 2012 pour faciliter l'accès au campus..
Il existe également des bâtiments en dehors des campus, comme le Château de Przegorzały (Institut d'études européennes), le Parc botanique, ou le Fort Skala (Observatoire astronomique).
Personnalités liées à l'université Professeurs
Par ordre chronologique. Stanisław de Skarbimierz (1360-1431), recteur, théologien, avocat, recteur de l'université. Paweł Włodkowic (1370-1435), avocat, diplomate et homme politique, représentant de la Pologne au Concile de Constance, recteur de l'université Jean de Capistran (1386-1456), théologien franciscain. Jean de Kenty (1397-1473), théologien. Grzegorz de Sanok (1406-1477), humaniste et philosophe. Marcin Król de Żurawica (1422 -1460), mathématicien. Jean de Głogów (1445-1507). Maciej de Miechów (1457-1523), recteur de l'université. Albert Brudzewski (1445-1497), astronome et mathématicien. Jan Brożek (1585-1652), mathématicien, astronome et écrivain. Hugo Kołłątaj (1750-1812), écrivain et homme politique, recteur de l'université Jan Śniadecki (1756-1830), mathématicien, philosophe et astronome. Józef Szujski (1835-1883), historien, recteur de l'université. Jan Niecisław Baudouin de Courtenay (1845-1929), linguiste, inventeur de la notion de phonème, inspirateur du formalisme russe. Stanisław Tarnowski (1837-1917), historien, critique littéraire. Zygmunt Wróblewski (1845-1888), physicien. Karol Olszewski (1846-1915), chimiste et physicien. Michał Bobrzyński (1849-1935), historien. Napoleon Cybulski (1854-1919), physiologiste, découvreur de l'adrénaline, fondateur de l'endocrinologie, pionnier de l'électro-encéphalographie, recteur de l'université. Stanisław Zaręba (1863-1942) mathématicien. Fryderyk Zoll (1865-1948), juriste, recteur de l'université. Ignacy Chrzanowski (1866–1940), spécialiste de la littérature polonaise, mort au camp de Sachsenhausen à la suite de Sonderaktion Krakau. Marian Smoluchowski (1872-1917), physicien. Kazimierz Nitsch (1874-1958), slaviste, historien de la langue polonaise, dialectologue. Tadeusz Sinko (1877-1966), spécialiste de la littérature antique. Stanisław Estreicher (1869-1939), historien et bibliographe, recteur de l'université. (1873-1963), économiste. Czesław Białobrzeski (1878-1953), physicien et philosophe des sciences. Rafał Taubenschlag (1881-1958), juriste. Tadeusz Banachiewicz (1882-1954), mathématicien, astronome. Tadeusz Estreicher (1871-1952), chimiste, historien et chercheur en cryogénie. Władysław Konopczyński (1880-1952), historien. Franciszek Leja (1885-1979), mathématicien. (1885-1968), historien de la littérature polonaise, pédagogue. (1886-1957), historien et théoricien de la littérature polonais. Władysław Szafer (1886-1970), botaniste. (1889-1964), historien. Stefan Szuman (1889 -1972), pédagogue, psychologue, médecin. Władysław Konopczyński (1880-1952), historien. Roman Ingarden (1893-1970), philosophe phénoménologue et esthéticien. Jerzy Kuryłowicz (1895-1978), linguiste, spécialiste des langues indo-européennes. (1898-1983), historien et archéologue, spécialiste des Sarmates. Józef Batory (1914-1951), militaire et résistant polonais, figure des Soldats maudits. Adam Vetulani (1901-1976), historien du droit polonais. Leon Sternbach (1908-2005), pharmacologue américain, connu pour la découverte des benzodiazépines. Leon Marchlewski (1869-1946), chimiste, recteur de l'université. Roman Dyboski (1883-1945), philologue et chercheur en littérature, polonais. Ludwik Ehrlich (1889-1968), juriste, historien du droit. (1898-1990), historien. Tadeusz Ważewski (1896-1972), mathématicien. Henryk Niewodniczański (1900-1968), physicien nucléaire. Stanisław Gołąb (1902-1980), mathématicien. Kazimierz Kordylewski (1903-1981), astronome Kazimierz Wyka (1910-1975), philologue, critique littéraire. Jacek Szarski (1921-1980), mathématicien. Jan Zurzycki (1925-1984), biologiste. (1933-), philosophe phénoménologue, ontologiste et esthéticien (élève d'Ingarden). Jerzy Zdrada (1936-), historien et homme politique. Franciszek Ziejka (1940-2020), spécialiste de littérature polonaise, recteur de l'université de 1999 à 2005. Jan Woleński (1940-), philosophe logicien. Tadeusz Lubelski (1949-) historien du cinéma.