( - ) est l'un des fondateurs du Parti communiste japonais. Il fut à différentes périodes de sa vie écrivain, éditorialiste, syndicaliste, agent communiste, politicien et professeur d'université.

Il est le fils d'un riche commerçant japonais et étudie à la prestigieuse université Keiō. Pendant ses études, il s'intéresse aux mouvements sociaux et rejoint un syndicat modéré après sa remise de diplôme, travaillant comme membre de l'équipe de recherche, et écrivain et éditorialiste du magazine de l'organisation. Il voyage au Royaume-Uni en 1919 pour étudier l'économie politique, en profite pour approfondir sa connaissance du marxisme et devient un communiste convaincu. Nosaka est l'un des membres fondateurs du Parti communiste britannique, mais ses activités dans les cercles britanniques le font expulser du pays en 1921.

Après son départ du Royaume-Uni, Nosaka voyage en Union soviétique. Il retourne au Japon en 1922 où il co-fonde le Parti communiste japonais. Nosaka devient syndicaliste mais est arrêté deux fois par le gouvernement japonais pour ses activités. Après avoir été libéré de prison une seconde fois, Nosaka retourne secrètement en URSS en 1931 où il devient un agent du Komintern. Il voyage sur la côte ouest des États-Unis où il travaille comme espion communiste de 1934 à 1938.

Après son départ des États-Unis, Nosaka travaille en Chine de 1940 à 1945, soutenant le Parti communiste chinois en recrutant des soldats japonais capturés pour combattre pour les communistes chinois contre l'Armée impériale japonaise, et en coordonnant un réseau d'espions opérant dans la partie chinoise occupée par le Japon. Après la reddition du Japon en 1945, Nosaka retourne dans son pays avec des centaines d'autres communistes japonais et dirige le Parti communiste japonais durant l'occupation américaine du JaponGillin and Etter pp. 511-512.

Nosaka tente de montrer le Parti communiste comme un parti populiste soutenant la transition pacifique du Japon vers le socialisme, mais sa stratégie est critiquée par le Parti et l'Union soviétique. Durant la guerre de Corée, le Parti approuve temporairement la violence, et Nosaka disparaît de la vie publique pour vivre clandestinementUniversalium. Il réapparaît pour de nouveau prendre la tête du Parti en 1955 et tente de perturber la signature du traité de coopération mutuelle et de sécurité entre les États-Unis et le Japon en organisant des manifestations publiques, mais il soutient généralement le rôle pacifique du PartiTaylor pp. iv, 13-14, 19. En 1958, Nosaka devient président du Parti et le reste jusqu'à son retrait à l'âge de 90 ans après sa nomination comme président d'honneur. Nosaka rejoint la faculté de l'université Keiō, et est globalement idolâtré parmi les intellectuels de gauche jusque dans ses dernières années, avant que la chute de l'Union soviétique ne mette au jour tous les aspects controversés de sa relation avec le régime communiste de Joseph StalineKirkup.

Biographie Jeunesse et formation Sanzō Nosaka est le fils d'un prospère commerçant japonais et grandit dans un environnement bourgeois. Jeune, Nosaka est remarqué pour son bon goût vestimentaire et son gros chien qui l'accompagne souvent en public. Il est calme, studieux, introverti, et plus à l'aise à la bibliothèque qu'en public. Après le lycée, Nosaka entre à l'université Keiō qui est alors considéré comme une « école pour garçons riches ». À Keio, Nosaka commence à s'intéresser au mouvement syndicaliste international, un intérêt qui est grandement encouragé par l'un de ses professeurs, Kiichi Horie. Nosaka décide d'écrire sa thèse sur l'organisation syndicaliste modérée fondée par Bunji Suzuki, la Yuaikai (« Société de l'amitié »). Lors de ses recherches pour sa thèse, Nosaka contacte le siège de la Yuaikai et rencontre en personne ses dirigeants : Suzuki croit d'abord que Nosaka est un vendeur de journaux quand il le rencontre pour la première fois. Quand Nosaka sort diplômé de Keio en 1915, il rejoint la Yuaikai et travaille comme membre d'une équipe de recherche et éditorialiste pour le journal de l'organisation, le Rodo Oyobi Sangyo (« Travail et industrie »)Scalapino p. 4.

Nosaka commence à s'intéresser au communisme après la révolution bolchevique de 1917Encyclopædia Britannica. Le grand volume de littérature gauchiste occidentale qui entre alors au Japon a une importante influence sur la modification de l'orientation politique de Nosaka. Les premiers textes occidentaux sur la théorie de révolution sociale disponibles au Japon sont principalement anarchistes, mais Nosaka apprécie également le roman utopique d'Edward Bellamy, Cent ans après ou l'An 2000. En 1918-1919, Nosaka lit le Manifeste du Parti communiste en version anglaise apporté au Japon par son ami Shinzo Koizumi. Après cette lecture, il embrasse les théories marxistesScalapino pp. 4-5.

Nosaka annonce son intention d'aller étudier les théories sociales dans le Rodo Oyobi Sangyo de . Il part du port de Kobe le et arrive à Londres le pour étudier l'économie politique à l'université de Londres. Comme beaucoup d'autres intellectuels britanniques de l'époque, Nosaka approfondi ses études du marxisme et devient un communiste convaincu à l'université. Il commence à fréquenter les cercles communistes de Londres, se rapproche de chefs syndicalistes, et assiste au congrès syndicaliste de Glasgow du 8 au en tant que correspondant du Rodo Oyobi SangyoScalapino p. 5. Il est un membre fondateur du Parti communiste britannique en 1920Pace et assiste à la première session du Parti comme représentant de Londres. Ses activités au sein du Parti communiste attirent l'attention de Scotland Yard et Nosaka est expulsé de Grande-Bretagne en 1921. Après son départ, il voyage en Europe jusqu'à la nouvelle Union soviétique. En Russie, avec l'aide de contacts dans la hiérarchie communiste, Nosaka gagne de l'influence dans le Parti communiste. Il est suspecté d'être un agent britannique ou japonais mais, grâce à ses contacts haut-placés parmi les dirigeants finlandais et russes, il n'est jamais victime d'épuration politique.

Après avoir assisté à la conférence des peuples orientaux de l'Union soviétique, Nosaka retourne au Japon en 1922 et participe à la création du Parti communiste japonais la même année. Il reste discret sur sa relation avec le Parti communiste après son expérience britannique, et garde secret son adhésion à Bunji Suzuki et d'autres chefs syndicalistes modérés. Après son retour, il travaille comme syndicaliste et éditorialiste au journal officiel du Parti, le Musansha Shimbun.

En raison de ses activités au sein du Parti communiste (qui est illégal au Japon)Scalapino p. 21, Nosaka, comme de nombreux autres communistes, est arrêté (deux fois dans son cas), interrogé, et torturé par la police secrète japonaise, la Kenpeitai, mais il est libéré à chaque fois peu de temps après. Nosaka est arrêté une première fois en 1923 et relâché moins d'un an plus tard. Il participe ensuite au mouvement syndicaliste japonais. En , la police japonaise lance une campagne de harcèlement et de suppression du Parti communisteTaylor p. 1 à la suite de l'incident du 15 mai. Après sa seconde arrestation en 1929, Nosaka passe deux ans en prison. Il est libéré en 1931 pour raisons de santéThe Japan Times Online. Les courtes durées d'incarcération de Nosaka éveillent des suspicions parmi les autres communistes japonais qui pensent qu'il a donné d'importantes informations à la police, mais ces soupçons ne sont jamais prouvés.

Agent du Komintern Après sa libération, Nosaka retourne secrètement en Union soviétique et arrive à Moscou en Scalapino p. 42. Il y travaille comme représentant du Parti communiste japonais et devient membre de l'exécutif du Komintern. Il participe à la rédaction de la « Thèse de 1932 » qui sera le document guide du Parti communiste japonais jusqu'en 1946. La plupart de ses collègues japonais, qui ne peuvent partir à l'étranger, sont par la suite arrêtés par la Kenpeitai en été 1932Ariyoshi, Beechert, and Beechert p. 124.

L'un des amis de Nosaka, Kenzo Yamamoto, est un légendaire communiste qui s'est installé en Union soviétique avec sa femme, Matsu, en 1928. Yamamoto a la réputation d'être un grand coureur de jupons et des rumeurs disent qu'il a une relation avec la femme de Nosaka, Ryu. Nosaka écrit une lettre confidentielle au KGB (datée du ) indiquant qu'il pense que Yamamoto et sa femme sont des espions japonais au service de la Kenpeitai. Sur l'ordre de Staline, Yamamoto et Matsu sont arrêtés pour espionnage. Un peloton d'exécution fusille Yamamoto, et Matsu meurt au goulag. Ils seront officiellement réhabilités à titre posthume par Nikita Khrouchtchev le car il n'existe aucune preuve qu'ils étaient vraiment des espions. Dans son autobiographie, Nosaka écrira qu'il avait essayé de sauver la vie de Yamamoto.

En 1934, Nosaka se rend secrètement sur la côte ouest des États-Unis où il devient espion pour le du Komintern contre le gouvernement de l'empire du Japon. Les activités de Nosaka comprennent des transferts d'informations aux communistes actifs au Japon, des infiltrations et prises de contacts avec les communistes japonais actifs aux États-Unis, et l'établissement de plusieurs organisations communistes de façade à Seattle, Los Angeles, et dans d'autres villes de la côte ouest. Nosaka travaille pour ramener des fonds au Komintern pour ses activités, et tente de faire venir secrètement d'autres communistes japonais en Amérique. Il envisage de recruter des agents américains et japonais pour les envoyer à Yokohama établir une cellule qui opérerait comme organisation communiste de façade. Comme les archives de cette période sont incomplètes, les historiens ne peuvent mesurer avec exactitude l'ampleur des efforts de Nosaka en Amérique. Il travaille comme agent du Komintern jusqu'en 1938 avant de retourner à Moscou. En 1940, le Komintern lui donne l'ordre d'aller aider les forces communistes en Chine.

Activités en Chine vignette|300px|Kyūichi Tokuda, Nosaka et Yoshio Shiga (vers 1945-46). De à fin 1945, durant la seconde guerre sino-japonaise, Nosaka réside à la base de l'Armée rouge chinoise à Yan'an dans la province du Shaanxi d'où il dirige la ligue d'émancipation du peuple japonais. Cette organisation vise à « rééduquer » les nombreux prisonniers de guerre japonais et à les enrôler dans la cause des communistes chinois. Les troupes japonaises capturées par les communistes sont ensuite utilisées dans divers rôles civils et militaires, et ont une grande valeur en raison de leur expertise technique qui est généralement supérieure à celle des soldats chinois. Les troupes japonaises « rééduquées » sont déterminantes dans plusieurs victoires communistes après la Seconde Guerre mondiale, comme lors de la pendant laquelle la plupart des artilleurs des communistes sont des Japonais. De manière générale, les méthodes de « rééducation » conseillées et employées par Nosaka sont grandement efficacesGillin and Etter p. 511.

Initialement, l’armée rouge est une pure force de guérilla qui ne dispose pas d'installations pour loger ses prisonniers. La politique de l'armée de la 8e route, la principale force communiste durant la guerre, est d'interroger les prisonniers avant de les relâcher. Mais après des rapports indiquant que les Japonais punissent les prisonniers après leur retour, la politique de l'armée rouge a graduellement changé pour garder les prisonniers, et les communistes commencent à mettre en place cette politique lorsque Nosaka arrive à Yan'anInoue. Pendant la guerre, l'armée japonaise apprend à ses officiers et ses simples soldats à mourir plutôt que de se rendre. Les soldats blessés sont cependant facilement capturés et forment l'essentiel des prisonniers japonais. Ceux-ci pensent qu'ils seront tués mais sont au contraire nourris et vêtus et commencent à échanger avec leurs geôliers.