L'« analogie métaphysique », ou analogie de l'être, est un mode de connaissance, indispensable notamment pour tous les objets intellectuels qui dépassent les capacités de l'intelligence humaine.. Analogia, ἀναλογία , ana, indiquant la répétition et logos, le rapport., désigne en grec ce que Varron a traduit en latin par proportion, c’est-à-dire l’identité de deux rapports. Que ce soit au sens strict d’une égalité quantitative (a/b = c/d), ou en un sens dérivé, lorsque nous disons, par exemple, que .. Toutefois nous éprouvons, compte tenu de son importance doctrinale et de la diversité des interprétations auxquelles elle a donné lieu, une grande difficulté à trouver une définition de l'analogie. Si la source historique se trouve dans la théorie aristotélicienne des sens multiples de l'être unifiés par référence à un premier, toutes les spéculations autour de la doctrine de l'analogie trouvent leur fondement dans ..
Le terme analogia est d'origine mathématique. C'est le terme utilisé par Euclide pour désigner les égalités de rapports entre nombres naturels (qui, d'ailleurs, commencent à 2 pour les Grecs anciens) dans le livre 5 des Éléments. L'analogia, rapidement élargie au domaine philosophique et appliqué d'abord par Aristote à la solution du problème de l'existence simultanée de l'un et du multiple, s'étendra progressivement, après lui, aux relations entre le sensible et le divin.. En théologie, l'analogie va désigner la connaissance que l'homme a de Dieu, et même, chez certains, l'essence même de Dieu.
Dans ce schéma élargi, les choses analogues sont celles qui ont un même nom et dont la « perfection » désignée par ce nom est simplement diverse en elles quoique semblable selon une certaine proportion. L’analogie est donc une « ressemblance proportionnelle, fondée sur une similitude de rapports entre des réalités différentes ».
Approche de l'analogie Exemples d'analogie Exemples d'analogie dont deux proviennent de l'Éthique à Nicomaque : La vue joue pour le corps le même rôle que l'intelligence pour l'âme. La vieillesse est à la vie ce que le soir est au jour. Le chef est à l'État ce que le pilote est au navire. L’écaille est au poisson ce que la plume est à l’oiseau. Le prince est au peuple, ce que le pilote est au navire. Qu'est ce que l'analogie ? Pour définir l'analogie il convient de la distinguer de ce qu'elle n'est pas. L'analogie n'est pas comparaison Contrairement à l'idée que s'en fait le sens commun l'« analogie métaphysique » n'est pas « comparaison »-.. L'analogie proprement dite n'est pas cela, elle se veut objective et constater un lien réel entre deux objets connus. Dans le langage usuel, la confusion est fréquente, ainsi de l'exemple souvent cité, du pied humain, du pied de la montagne et du pied de la table, donnés comme exemple d'analogie. L'association d'image y est faite à partir d'une propriété commune, constituée par l'idée, de « partie inférieure soutien du reste », applicable aux trois cas, et donc d'un genre commun celui comprenant une « partie inférieure soutien du reste ». L'analogie cherche un rapport rationnel qui ne soit justement pas celui d'un genre commun comme entre la vue et l'intelligence du premier exemple.
Dans l'exemple tiré de l' Éthique à Nicomaque, , on voit qu'Aristote fait appel à une espèce de métaphore et que l'on ne peut parler d'« analogie » que dans les cas où quatre termes étant donnés le second terme est au premier comme le quatrième est au troisième.
L'analogie n'est pas symbole thumb|200px|L’homme et le macrocosme : planche tirée du De utriusque cosmi maioris et minoris historia de Robert Fludd (1619).
De Munnynck., s'appuie sur un exemple précis pour souligner la spécificité du symbole. Le symbolisme est animé par l'idée qu'il y a un sens caché des choses et des événements de la nature qui voilent des événements supérieurs relevant du monde des esprits (la tour de l'église assimilée à un doigt de Dieu). Pour de tels esprits il n'est pas de phénomène matériel qui ne puisse trouver sa correspondance dans le ciel (voir sur ce sujet « Analogies et correspondances ») - .. Symbolisme et analogie prétendent tous deux atteindre une réalité supérieure, mais alors que le symboliste avance cette correspondance comme un postulat, l'analogie plus modestement se sert de ses propres limites en recourant au concept de proportionnalité.
La connaissance analogique De Munnynck en dénombre deux sortes :
La première, provisoire, destinée aux objets qui par nature sont accessibles à une investigation directe que la recherche n'ait pas été encore entreprise, qu'elle soit trop longue ou trop complexe ou qu'elle supposerait l'acquisition de connaissances préalables.
La deuxième, part de la constatation que notre intelligence est limitée, qu'elle sait qu'elle l'est, mais qu'il peut y avoir mieux et plus grand qu'elle. Regardant au-delà, le métaphysicien découvre l'être, il découvre les notions d'unité, de vérité et de bien, de subsistance, d'individualité, de substance et .. Même si notre connaissance est enchaînée à l'ordre sensible du fait que tout le réel est être et que les notions fondamentales s'appliquent à l'être il s'ensuit que ces notions s'appliquent aussi à tout le réel, ..
Principe de structure, l'analogie est aussi un principe herméneutique avec lequel on peut aussi observer l'histoire de la pensée qui ne cesse de la mettre en valeur écrit Philibert Secretan dans sa présentation de l' Analogia entis de Erich Przywara..
L'origine de l'analogie Fondement théorique de l'analogie métaphysique À la base l'analogie découle de notre besoin de comprendre, or sachant ce qu'est notre entendement, nous imposons l'unité du concept à la diversité du réel, car pour nous, penser, c'est unifier. L'être est la forme la plus générale sous laquelle nous rassemblons toute la réalité dans l'unité. s'interroge Bernard Montagnes..
À la suite d'une analyse complexe, le grand théologien catholique Erich Przywara, dans son œuvre majeure Analogia entis, rattachera l'analogie au traitement théorique du grand « principe de contradiction ».
L'unité d'ordre par référence à un premier L'origine de l'analogie est à rechercher du côté des problèmes que posaient à la philosophie grecque naissante le caractère bien souvent équivoque du langage, entre les mots à signification homonyme (même mot mais sens différent, comme « mine » de charbon et « mine » de crayon) et d'autres à signification synonyme (mots différents mais de même sens. Les divers exposés sur l'analogie procèdent à la division des prédicats en trois groupes : prédicats univoques, équivoques et analogues (ces derniers formant une classe intermédiaire).
L'analogie sera du point de vue linguistique le moyen qui sera utilisé pour réduire la tension entre d'une part, le problème de l'unification requise du sens et les différents types d'homonymie.. En sémantique, l'analogie va occuper la place médiane entre l'« univocité » c'est-à-dire la signification unique d'un terme appliqué à plusieurs référents, et l'« équivocité », signification différente selon les référents..
L'homonymie de l'être Certains concepts, et notamment l’« être », « l’Un » ou le « Bien » ne peuvent être considérés comme univoques, c’est-à-dire utilisés toujours avec la même signification. Pour qu'un langage soit possible, il est fondamental que domine l'univocité et que soit réduite la proportion des « homonymes »Sinon - .. Or, il est un mot dont Aristote s'est plu à démontrer que les nombreuses significations ne seront jamais réductibles à l'unité, c'est le mot fondamental de la philosophie, le mot « être ».. Le mot « être » n'est ni un synonyme, ni un homonyme purement accidentel puisqu'on l'a dit plus haut, il est irréductible. Aristote va s'interroger sur le genre de rapport qu'entretient ce mot « être » avec ses significations multiples , les catégories (substance, qualité, quantité, relation), mais aussi l'être en tant que vrai , possible et en acte - .. La réponse est fournie dans un texte de la Métaphysique : l'être est un « Pros hen légomenon » à savoir, qui possède une ., cité par ..
S'agissant de l'homonymie de l'être, la réponse apportée par Aristote n'est pas comme la Scolastique le lui a fait dire l'« analogie », terme qu'il n'emploie jamais pour désigner le rapport irréductible des « Catégories » à l'être, comme le constate Pierre Aubenque. Tout au contraire il s'agit pour lui de faire de la doctrine du pros hen légomenon le fondement de toutes les autres analogies.
L'homonymie du Bien . Tout le raisonnement d'Aristote est basé sur l'exemple privilégié du Bien : note Pierre Aubenque.. On voit que le Bien se dit dans plusieurs catégories de l'être : l'agir, la qualité, la quantité, le temps d'où la conclusion qui s'impose : de même que l'être, le Bien est un homonyme car toutes les significations se disent toutes relativement à ce terme unique.
Ce qu'il y a de remarquable avec le Bien c'est que cette homonymie, alors qu'il n'y a rien de commun entre l'action bonne, la juste mesure et le temps opportun, n'a pas d'autre fondement que celle de l'être lui-même.. Car cette homonymie a bien un sens, elle est réelle et n'est pas un simple fait de langage. Aristote ne se contente pas non plus de faire de l'idée du Bien une « unité de multiplicité » à la manière de la « Théorie des idées » de Platon qu'il combat. Le Bien n'est pas un genre dont l'action bonne, la juste mesure et le temps opportun, seraient les espèces.
La méthode analogique Il y a (selon les catégories et selon l'être vrai, l'être possible et l'être en acte)., qui de fait, n'a été possible que parce que le christianisme a apporté une tout autre perspective qui substituait à la problématique des anciens, de l'un et du multiple celle des rapports entre un Dieu créateur et un monde créé. Repris dans la perspective judéo-chrétienne de la relation Créateur-créature c'est nécessairement une analogie « de proportion » (similitude des référents). Nécessaire parce qu'il ne peut y avoir que similitude de proportions entre l"être de la créature composé de puissance et d'acte et l'être Dieu, acte pur..
Aristote a donné une définition pratique de l'analogie « de proportionnalité » que Philibert Secretan. appelle analogie stricto sensu : , ce qui va permettre au poète ou à l'orateur d'employer le quatrième au lieu du second et le second au lieu du quatrièmePour qu'il y ait analogie « de proportionnalité » (similitude des rapports), il faut la présence de deux séries entre lesquelles il puisse s'établir un rapport de terme à terme, la série des significations de l'être étant la plus fondamentale par rapport à laquelle toutes les autres série (les significations du Bien ou de l'Un), seront mesurées. L'absence de série plus fondamentale que celle des significations de l'être vont confirmer l'intuition qui domine la pensée d'Aristote à savoir l'impossibilité pour la pensée de remonter au-delà des catégories de l'être qui demeurent comme le fait primitif et incompréhensible - .. Ainsi nous dit Pierre Aubenque, .
L'analogie de l'être peut être envisagée soit comme une propriété constitutive de l'étant en son entier, soit comme un simple principe de méthode. Dans le premier cas ce qui est recherché c'est l'affirmation conjointe de l'immanence de Dieu et de sa transcendance qui dégage la possibilité d'un discours sur Dieu et la tension de notre être vers lui. Sur le plan de la méthode l'analogie cherche à comprendre l'évolution de l'histoire de la pensée de l'intérieur par le principe profond qui en fait l'unité, c'est l'attitude de Erich Przywara dans son ouvrage Analogia entis..
L'élargissement scolastique