Shamash, aussi transcrit Šamaš, est le nom akkadien du dieu-Soleil dans le panthéon mésopotamien. Il correspond au sumérien Utu. Il occupe une petite position secondaire dans la hiérarchie divine par rapport au dieu Lune Sîn, considéré comme son père, et a un rôle effacé dans la mythologie, qui contraste avec la grande popularité dont il a bénéficié auprès des anciens Mésopotamiens comme l'atteste le fait que nombre d'entre eux ont porté un nom faisant référence à ce dieu.
Shamash était vu comme le garant de la justice. Tout comme le soleil disperse les ténèbres, il expose en pleine lumière le mal et l'injustice. Dans la mentalité mésopotamienne, cette fonction de justice a été mise en relation avec celle de guérison, vue comme la libération de l'emprise de maux injustement subis, ou encore avec la divination, Shamash éclairant les messages divins qui apparaissent dans les entrailles d'ovins, dans les rituels d'hépatoscopie très répandus en Mésopotamie ancienne. Il exerce également des fonctions semblables envers les défunts : selon la mythologie mésopotamienne le dieu-soleil se trouve dans le Monde souterrain, les Enfers, il intervient dans des exorcismes en lien avec des fantômes et dans des jugements de défunts. Tout cela lui vaut d'être célébré dans de nombreux hymnes et prières qui figurent parmi les plus belles pièces de la littérature mésopotamienne.
Noms
Le nom akkadien de Shamash est dérivé de šamšu(m) qui signifie « Soleil ». Ce terme issu d'une racine sémitique à rapprocher de l'hébreu שמש : šémeš, de l'arabe شمس : šams. Il signifie aussi « lumière solaire », « jour », « lumière du jour », « disque solaire » et peut servir d'épithète pour des rois ou des dieux (du type « Mon Soleil ») The Assyrian Dictionary of the Oriental Institute of the University of Chicago, Volume 17 Š Part 1, Chicago, 1989, ; ; W. von Soden, Akkadisches Handwörterbuch, Band III, Wiesbaden, 1974, et 1158-1159..
Le nom sumérien du dieu est Utu. Il s'écrit avec le signe signifiant le « jour » (UD), qui sert de logogramme pour désigner le dieu dans les textes en akkadien.
Pouvoirs et fonctions
Le dieu-Soleil
Shamash est le Soleil, comme son nom l'indique, et la lumière qui en émane. Il est donc celui qui illumine la Terre chaque jour, ce que célèbre un passage du grand hymne qui lui est dédié, daté de la seconde moitié du et considéré comme un des chefs-d’œuvre de la littérature akkadienne :
thumb|left|Empreinte de sceau-cylindre de la période d'Akkad figurant une scène de renouveau de la nature : le dieu Shamash est en bas en train de trancher les montagnes du levant avec sa scie ; à ses côtés, Ishtar (à gauche) et Ea (à droite avec son vizir Ushmu).
La célébration de ce dieu porte donc sur le fait que rien n'échappe à sa lumière, car il parcourt chaque jour la Terre. Selon la cosmologie mésopotamienne, la surface de la Terre est plane et finie, entourée par une mer puis des montagnes situées au bout du monde. Au matin, Shamash émerge depuis l'est, entre les montagnes du levant marquant la limite du monde, figurées couramment sur des sceaux-cylindres représentant Shamash par deux monts jumeaux entre lesquels passe le dieu, appelés Mashu dans l'Épopée de Gilgamesh, où ils sont gardés par un homme-scorpion, créature associée à Shamash. Dans l'écriture cunéiforme, le logogramme servant à désigner le dieu Shamash et le soleil, mais aussi le « jour » (ud/u ; ūmu(m) en akkadien), était d'ailleurs à l'origine un pictogramme représentant le soleil se levant entre deux collinesR. Labat et F. Malbran-Labat, Manuel d'épigraphie akkadienne (Signes, Syllabaires, Idéogrammes), Paris, 1988 (réimpr. 2002), et 174-175..
Certains sceaux associent cette image à celle de deux divinités en train d'ouvrir des portes, ce qui trouve une explication dans plusieurs prières évoquant les portes du ciel que le dieu franchit chaque matin, même s'il est généralement expliqué qu'il les ouvre lui-même, parfois en débloquant leur verrou par exemple.. Suivant certains textes, Shamash accomplit ces voyages de jour et de nuit sur un char conduit par son vizir Bunene.
Au soir, le soleil qui a traversé le ciel durant la journée se retrouve à l'extrémité ouest du monde où il franchit les monts du ponant puis les portes du ciel. Il semble que plusieurs croyances pouvant entrer en contradictions cohabitent sur ce qu'il faisait la nuit : certains textes indiquent qu'il rentrait dans sa résidence céleste (qui porte le nom de « Maison brillante », comme ses résidences terrestres), apparemment pour se reposer ; d'autres (dont le Grand Hymne à Shamash) semblent indiquer que le dieu passait ensuite sous la surface de la Terre, dans le Monde inférieur (les Enfers) où il rendait également la justice (avant de retourner se reposer au ciel si on veut établir une cohérence entre ces croyances) W. Heimpel, « The Sun at Night and the Doors of Heaven in Babylonian Texts », dans Journal of Cuneiform Studies 38/2, 1986, . Ceci explique pourquoi le dieu solaire, même s'il apparaît aux vivants dans l'espace céleste, est également couramment associé aux Enfers, le monde souterrain, et exerce une autorité sur les morts, en particulier les spectres, notamment dans les rituels J. A. Scurlock, Magico-Medical Means of Treating Ghost-Induced Illnesses in Ancient Mesopotamia, Leyde, 2006, .
L'aspect voyageur du dieu solaire explique peut-être pourquoi lui a été associé un certain type de génie du folklore mésopotamien, l'« homme-bison » (kusarikku(m)), symbolisant les contrées lointaines et montagneuses que traverse Shamash. Dans les plus anciennes représentations le dieu est présenté comme combattant cette créature. Par la suite les hommes-bisons sont présentés comme serviteurs de Shamash, soutenant ses étendards ou son trône ; .
thumb|Représentation du disque solaire de Shamash, bas-relief assyrien du
Les symboles de Shamash sont associés à son rôle solaire. Il est souvent représenté avec des rayons solaires jaillissant par-dessus ses épaules, symbolisant la lumière qu'il dispense. Il est aussi représenté par le disque solaire comprenant une étoile à quatre branches d'où irradient des rayons de soleil. Plusieurs textes indiquent que des disques solaires (šamšu(m)) en or étaient voués par des fidèles au dieu Shamash (ainsi qu'à d'autres divinités) The Assyrian Dictionary of the Oriental Institute of the University of Chicago, Volume 17 Š Part 1, Chicago, 1989, , et un disque solaire (niphu) tel que figuré sur la « Tablette du Dieu-Soleil » joue un rôle dans le culte du dieu dans son temple de Sippar.
À partir de la seconde moitié du , le disque solaire ailé apparaît dans le répertoire iconographique mésopotamien (en particulier assyrien) à partir de Syrie, peut-être depuis l'Égypte (avant d'être repris par les artistes de l'Empire achéménide pour représenter Ahura-Mazda). Il est souvent supporté par des créatures associées à Shamash, notamment des hommes-taureaux et des hommes-scorpions. Son autre attribut est une scie recourbée (šaššâru(m)) à la signification indéterminée, qui semble lui servir à trancher les montagnes du levant quand il les franchit au matin sur les sceaux-cylindres, et est peut-être aussi liée à sa fonction de dieu de la justice (voir plus bas).
En tant que Dieu-Soleil, Shamash présente des similitudes avec les autres divinités solaires du Proche-Orient ancien, qui dans les textes cunéiformes sont d'ailleurs souvent désignées par le même logogramme que lui, UTU. Dans les pays sémitiques occidentaux (Syrie et Levant), le soleil est souvent une divinité féminine, comme la déesse Shapash à Ugarit (dont le nom est formé à partir de la même racine que celui de Shamash). Les Hittites et autres peuples anatoliens connaissaient des divinités solaires masculines et féminines, en particulier la Déesse-Soleil d'Arinna qui était au sommet du panthéon officiel hittite, ce qui est unique pour une divinité solaire du Proche-Orient ancien, encore que celle-ci soit particulière puisqu'elle présente des aspects chthoniens. La divinité solaire qui présente le plus de points communs avec le Dieu-Soleil mésopotamien est le dieu élamite Nahhunte, qui est lui aussi considéré comme le dieu de la justice G. Leick, A Dictionary of Ancient Near Eastern Mythology, Londres et New York, 1991, , 149 et 155.
Une divinité bénéfique aux humains
Le dieu solaire mésopotamien est vu comme un être puissant et bon, fondamentalement favorable aux humains, auxquels il vient souvent en aide. Pourvoyeur de lumière, il éloigne le mal et les maléfices, ce qui en fait un dieu des exorcisme, et apporte la justice et l'ordre.
Utu a pu avoir une place plus importante dans les temps archaïques, puisque plusieurs rois des premières dynasties sumériennes connues, en particulier à Uruk, semblent lui accorder une grande importance et un aspect royal et martial, avant qu'il n'ait été relégué à un rang secondaire sous la dynastie d'AkkadComme proposé par C. Fischer, « Twilight of the Sun-God », dans Iraq 64, 2002, ; mais il occupe néanmoins une place importante dans la glyptique de cette période, apparaissant dans les scènes d'« épiphanie » symbolisant un renouveau de la nature et aussi dans des scènes de combatP. Amiet, L'art d'Agadé au musée du Louvre, Paris, 1976, .
Shamash conserve l'aspect d'un dieu profondément bénéfique aux hommes, prodiguant lumière et chaleur à tous, qui lui assure une grande popularité parmi les fidèles. Durant la première moitié du et après, il est une des figures les plus révérées du panthéon mésopotamien (sans jamais être vu comme une divinité de premier rang dans les théologies officielles), ce qui est peut-être lié à l'émergence d'une piété plus personnelle mettant en avant les dieux intercesseurs que l'on pouvait approcher par des prières. Dans la mythologie, il a d'ailleurs souvent cette fonction d'appui à des dieux et des héros en difficulté : il aide Dumuzi à échapper à des démons le poursuivant dans la Descente d'Ishtar aux Enfers en le transformant ; il appuie Gilgamesh dans son combat contre le démon Humbaba ; dans le Mythe d'Etana, il vient au secours du héros éponyme et de l'aigle qui l'assiste.
Le dieu de la justice et de l'équité
thumb|Bas-relief représentant Shamash assis sur un trône avec des rayons solaires jaillissant au-dessus de ses épaules, face au roi Hammurabi en position de révérence, stèle du Code de Hammurabi, c. 1750 av. J.-C. Musée du Louvre. thumb|left|Sceau-cylindre avec impression, représentant un roi versant une libation devant Shamash, qui tient l'anneau et le bâton symbolisant l'équité. Ur, v. 1900 av. J.-C. British Museum.
Shamash éclaire tout et voit tout, personne ne pouvant lui cacher quoi que ce soit. Cette capacité à débusquer le mensonge est sans doute à l'origine de son rôle de dieu garant de la justice et de l'équité.