Apsley Cherry-Garrard, né le à Bedford (Royaume-Uni) et mort le à Londres, est un explorateur polaire et écrivain voyageur britannique. Il participe à l'expédition Terra Nova (1910-1913) menée par Robert Falcon Scott dans l'Antarctique. Lors de cette expédition, il participe notamment à la marche hivernale vers le cap Crozier et fait partie de l'un des nombreux groupes de soutien qui permettent à Robert Scott et à quatre accompagnateurs de progresser vers le pôle Sud géographique. Il fait également partie de l'équipe de recherche qui découvre en le dernier camp du groupe du pôle Sud et les corps de Robert Scott, Edward Wilson et Henry Bowers. Il décrit l'expédition et les évènements dans son livre Le Pire Voyage au monde, paru en 1922, et qui fait désormais partie des classiques de la littérature de voyage et polaire.

Après un voyage d'exploration médicale en Chine en 1914 et sa participation à la Première Guerre mondiale dans le Royal Naval Air Service, Apsley Cherry-Garrard connaît de graves problèmes de santé en 1916, probablement causés par les expériences traumatisantes vécues lors de l'expédition Terra Nova, et dont il souffrira pendant le reste de sa vie.

Biographie vignette|Apsley Cherry-Garrard (à droite) avec ses parents et ses sœurs Mildred, Elsie et Ida (de gauche à droite) en 1896.|alt=Photographie noir et la blanc d'une famille. Le père à gauche, avec les quatre enfants à sa droite et la mère au milieu.|gauche Apsley George Benet Cherry-Garrard nait le au de la de Bedford, au sud de l'Angleterre. Il est le fils d'Evelyn Edith (née Sharpin, 1857-1946), et d'Apsley Cherry (plus tard Cherry-Garrard, 1832-1907), major général, compagnon de l'Ordre du Bain (CB) et Justice de Paix (JP). Apsley est l'aîné de six enfants et le seul garçon de sa fratrie. La famille Cherry, originaire de France, appartient à la classe moyenne aisée de l'époque victorienne. Son père sert comme officier de l'armée britannique lors de la rébellion indienne de 1857, ainsi que dans la colonie sud-africaine du Cap lors des guerres cafres et de la guerre anglo-zouloue de 1879.

Apsley passe sa jeunesse dans la propriété familiale de Denford Park à Kintbury, dans le Berkshire et, à partir de 1892, dans le domaine de Lamer Park à Wheathampstead dans le Hertfordshire. Ce dernier appartient à la lignée paternelle des Garrard depuis le milieu du et devient la propriété du père d'Apsley par héritage ; ce dernier hérite aussi des armoiries et du nom de la famille Garrard.

À l'âge de sept ans, Apsley Cherry-Garrard est envoyé par ses parents à la Grange Preparatory School de Folkestone, dans le Kent. Plus tard, il fréquente le Winchester College et obtient un Bachelor of Arts (B.A.) en philologie classique et en histoire moderne au Christ Church College d'Oxford. Le jeune garçon, qui souffrira toute sa vie d'une forte myopie, est considéré pendant sa scolarité comme un solitaire ; il est timide et évité par ses camarades de classe aux ambitions sportives. Pendant ses études, il devient néanmoins un excellent rameur et, en 1908, il remporte la prestigieuse régate royale de Henley dans une équipe de sélection en huit de son collège.

Expédition Terra Nova

vignette|Apsley Cherry-Garrard devant sa machine à écrire dans la cabane de l'expédition, au cap Evans sur l'île de Ross en Antarctique.|alt=Photographie noir et blanc d'un homme assis à un bureau devant une machine à écrire. Dès son plus jeune âge, Apsley Cherry-Garrard admire son père pour son style de vie aventureux et il est bien décidé à l'imiter. En 1907, il se lance donc dans un tour du monde à bord de cargos. Alors qu'il se trouve à Brisbane, en Australie, il apprend que Robert Falcon Scott prépare sa deuxième expédition en Antarctique afin d'être le premier à atteindre le pôle Sud géographique. Lorsque l'homme de confiance de Robert Scott, Edward Wilson, se trouve à l'automne 1908 dans la propriété écossaise d'un des cousins de Cherry-Garrard, ce dernier en profite pour poser sa candidature à l'expédition. Robert Scott le refuse dans un premier temps, malgré l'intervention d'Edward Wilson. Cherry-Garrard accepte de mettre à disposition de l'expédition (l'équivalent de £ dans les années 2020), même sans contrepartie. Robert Scott est tellement impressionné par ce geste qu'il finit par le recruter officiellement comme assistant zoologiste, de facto comme assistant d'Edward Wilson. Cherry-Garrard et Lawrence Oates, qui est chargé de s'occuper des poneys de Mandchourie, sont les seuls membres de l'expédition à payer pour leur participation. Malgré le mal de mer, Cherry-Garrard fait partie de l'équipe qui effectue l'entièreté du voyage entre Cardiff et le cap Evans sur l'île de Ross entre le et le à bord du navire de recherche Terra Nova.

Alors qu'au début, les membres de l'expédition, en particulier les scientifiques, se moquent de lui en raison de son manque de qualifications, Robert Scott écrit qu'il est et qu'il est . Au camp de base, il est notamment chargé de la rédaction du journal d'expédition, Robert Scott lui ayant demandé d'apprendre à utiliser une machine à écrire avant le début de l'expédition. En tant qu'éditeur du , il est le successeur direct d'Ernest Shackleton et de Louis Bernacchi, qui ont assumé cette tâche l'un après l'autre lors de l'expédition Discovery de Robert Scott (1901-1904). Dans la cabane de l'expédition, il partage le logement avec Lawrence Oates, Henry Bowers, Edward Atkinson et Cecil Meares, Id. Il développe des relations amicales avec ces hommes ainsi qu'avec Edward Wilson.

Mise en place de dépôts d'approvisionnement vignette|Apsley Cherry-Garrard (troisième à partir de la droite) avec l'équipe des premiers dépôts en janvier 1911.|alt=Photographie noir et blanc de debout dans la neige, avec du matériel et un traineau.|gauche Le , l'équipe commence, comme Cherry-Garrard le décrit , à constituer des dépôts pour la marche prévue vers le pôle Sud géographique. Il fait partie d'un groupe de treize personnes dirigé par Robert Scott qui, ce jour-là, part avec huit poneys et pour le transport de provisions et d'équipement vers l'ancien quartier de l'expédition Discovery sur la péninsule de Hut Point. Il s'agit de la première de toute une série de marches, au cours desquelles Cherry-Garrard parcourra l'équivalent de , soit la distance plus longue que tous les autres membres de l'expédition. L'objectif de ces marches de ravitaillement est d'établir le dépôt le plus au sud, à une latitude , sur la calotte glaciaire de la barrière de Ross, en plus d'autres dépôts de nourriture.

L'entreprise échoue en raison du mauvais temps et d'un sol mou dans lequel les poneys s'enfoncent jusqu'au ventre, surtout s'ils ne portent pas de raquettes. Finalement, le , Scott fait aménager le One Ton Depot , à environ au nord de la position visée et à quelque au sud de la péninsule de Hut Point. Certains hommes, dont Apsley Cherry-Garrard, souffrent déjà à ce moment-là d'engelures au visage. Lors du retour au camp de base en équipes séparées jusqu'à fin , six des huit poneys périssent de froid et d'épuisement. Trois des quatre chevaux meurent lors de la tentative commune d'Apsley, Henry Bowers et Tom Crean de ramener les animaux sur une surface de glace en train de se briser entre la péninsule de Hut Point et le cap Evans.

Le , Cherry-Garrard et sept compagnons, sous la direction du chef d'expédition adjoint Edward Evans, entreprennent une dernière marche en direction d'un nouveau dépôt sur le plateau de Ross avant le début de l'hiver antarctique. Le groupe est pris dans une tempête de neige qui lui fait perdre temporairement l'orientation dans un terrain comportant de nombreuses crevasses et qui le mène avec difficulté jusqu'au Corner Camp à l'est de l'île White. Le retour se déroule en revanche sans encombre et l'équipe arrive saine et sauve à Hut Point le .

Marche hivernale vers le cap Crozier vignette| De gauche à droite : Henry Bowers, Edward Wilson et Apsley Cherry-Garrard au début de la marche hivernale vers le cap Crozier le .|alt=Photographie noir et blanc de trois hommes en tenue pour la marche (raquette, manteau, bonnet). Le , Apsley Cherry-Garrard, Henry Bowers et Edward Wilson entreprennent une marche vers une colonie de manchots empereurs située au cap Crozier. L'hiver antarctique correspond à la période de reproduction de ceux-ci et l'idée est de récolter des œufs incubés. Les embryons contenus dans les œufs doivent servir de matériel d'étude pour reproduire la théorie de la récapitulation établie par Ernst Haeckel, mais largement réfutée depuis, selon laquelle l'embryogenèse est une répétition abrégée de la phylogenèse d'un organisme. Le manchot empereur est alors considéré comme un oiseau particulièrement primitif, dont le développement embryonnaire doit donner une indication sur le chaînon manquant dans l'évolution des oiseaux et des reptiles.

Les trois hommes doivent tirer eux-mêmes leurs deux traîneaux de transport, d'un poids total d'environ , dans une obscurité quasi permanente et par des températures allant jusqu'à , pour parcourir la distance d'environ entre le refuge de l'expédition au cap Evans et l'extrémité est de l'île de Ross. Avec leurs vêtements gelés, ils avancent parfois de moins de par jour. Cherry-Garrard note : . De plus, le poids élevé des traîneaux les oblige à faire des étapes cycliques juste après avoir atteint la calotte glaciaire de Ross le . Après avoir transporté une partie de leur équipement sur une certaine distance, ils font demi-tour pour aller chercher l'autre partie. À l'aller, ils expérimentent leur régime alimentaire à la demande de Robert Scott, en prévision de la marche imminente vers le pôle Sud. Alors qu'Edward Wilson et Henry Bowers ont une alimentation riche en graisses et en protéines, Cherry-Garrard consomme surtout des aliments riches en glucides sous forme de biscuits, ce qui lui donne une sensation de faim persistante et des brûlures d'estomac. Selon les notes d'Edward Wilson, il souffre également de gelures aux mains, aux pieds et au visage, davantage que ses compagnons. Après avoir d'abord progressé vers l'est à une certaine distance de la côte sud-ouest de l'île Ross, les trois hommes atteignent le , dans un épais brouillard, la pointe dite Terror Point (), un contrefort du mont Terror proche de la côte et situé à environ de leur objectif. Pendant trois jours, ils y sont retardés par une tempête. Les températures montent ensuite jusqu'à . Les patins des traîneaux de transport glissent ainsi mieux et les hommes progressent parfois de plus de par jour.

vignette| Carte de la marche hivernale vers le Cap Crozier.|alt=Carte en noir et blanc.|gauche Enfin, le , le groupe de trois compagnons aperçoivent le Knoll, un volcan caractéristique des flancs du mont Terror, dont le flanc escarpé forme le cap Crozier. Pour y parvenir, ils contournent d'abord le cap MacKay (), puis traversent une zone de crêtes glaciaires très déchiquetées. Après une ascension d'environ sur les contreforts du Knoll, ils passent trois jours à construire un abri de fortune () avec des blocs de roche, de la neige et une toile de lin en guise de toit. Impressionné par le décor qui les entoure, Cherry-Garrard écrit : .